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Pacte de préférence : la connaissance du droit de préemption s'apprécie à la promesse de vente, pas à l'acte authentique
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Pacte de préférence : la connaissance du droit de préemption s'apprécie à la promesse de vente, pas à l'acte authentique

📅 Décision du 25 mars 2009⚖️ Cour de cassation👁️ 14 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation précise que la connaissance du pacte de préférence et de l'intention de son bénéficiaire de s'en prévaloir s'apprécie à la date de la promesse de vente, et non à celle de sa réitération par acte authentique. Cette décision protège le bénéficiaire du pacte et oblige le vendeur à informer l'acquéreur dès la signature du compromis.

Décision de référence : cc • N° 07-22.027 • 2009-03-25 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Bordeaux, dans le quartier des Chartrons. Vous avez signé il y a quelques années un Droit de préemption et pacte de préférence">pacte de préférence avec votre voisin, M. Dupont, lui donnant le droit d'acheter votre bien avant tout autre acquéreur. Aujourd'hui, vous recevez une offre alléchante d'un promoteur. Vous signez un compromis de vente sans en informer M. Dupont. Puis, quelques semaines plus tard, vous réitérez la vente par acte authentique. M. Dupont apprend la vente et vous assigne en justice. À quel moment devez-vous lui proposer le bien ? À la signature du compromis ou à l'acte authentique ? C'est exactement la question qu'a tranchée la Cour de cassation dans cet arrêt du 25 mars 2009.

Cette décision est fondamentale pour tout propriétaire, locataire ou professionnel de l'immobilier. Elle fixe un principe simple : la connaissance du pacte de préférence et de l'intention de son bénéficiaire de s'en prévaloir s'apprécie à la date de la promesse de vente, qui vaut vente, et non à celle de sa réitération par acte authentique. undefined, si vous vendez un bien grevé d'un pacte de préférence, vous devez proposer le bien au bénéficiaire dès la signature du compromis, pas au moment de l'acte authentique.

Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous ? Que faire si vous êtes bénéficiaire d'un pacte de préférence et que le vendeur ne vous a pas informé ? Et si vous êtes acquéreur, comment vous protéger ? Nous allons décortiquer cette décision et ses implications pratiques, avec des exemples concrets à Bordeaux et Mérignac.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Mme X, propriétaire d'une maison à Mérignac, avait consenti un pacte de préférence à son voisin, M. Y, lui donnant le droit d'acheter la maison en priorité. En 2003, Mme X signe un compromis de vente avec M. Z, un promoteur immobilier, sans informer M. Y. Le compromis prévoit que la vente sera réitérée par acte authentique quelques mois plus tard. M. Y apprend la vente après la signature du compromis et assigne Mme X en justice pour violation du pacte de préférence. Il demande l'annulation de la vente et des dommages et intérêts.

Les juges du fond (la cour d'appel) avaient rejeté la demande de M. Y, estimant que la connaissance du pacte et de l'intention de s'en prévaloir devait s'apprécier au moment de l'acte authentique, et non au moment du compromis. Or, à la date de l'acte authentique, M. Y n'avait pas encore manifesté son intention. La Cour de cassation censure ce raisonnement. Elle considère que le compromis de vente vaut vente (c'est un contrat définitif), et que c'est à cette date que le vendeur doit informer le bénéficiaire du pacte. En l'espèce, Mme X avait signé le compromis en sachant que M. Y bénéficiait d'un pacte de préférence et qu'il souhaitait l'exercer. Elle aurait dû le lui proposer avant de signer avec M. Z. L'affaire a été renvoyée devant une autre cour d'appel pour être rejugée.

undefined, c'est que le pacte de préférence n'est pas toujours écrit. Il peut être verbal ou résulter d'un comportement. undefined, j'ai rencontré des dossiers où le pacte était simplement mentionné dans un courrier ou un email. La difficulté est de prouver son existence et l'intention du bénéficiaire de s'en prévaloir. Ici, le pacte était écrit, mais la question portait sur le moment où le vendeur devait l'exécuter.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation se fonde sur l'article 1134 du Code civil (ancien, aujourd'hui 1103) qui dispose que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. Le pacte de préférence est une convention par laquelle une partie s'engage à proposer un bien prioritairement à une autre. La Cour rappelle que la promesse de vente (compromis) vaut vente dès lors qu'il y a accord sur la chose et le prix. C'est donc à ce moment que le vendeur doit exécuter ses obligations, notamment celle issue du pacte de préférence.

La Cour ajoute que la connaissance du pacte de préférence et de l'intention de son bénéficiaire de s'en prévaloir s'apprécie à la date de la promesse de vente. undefined si le vendeur sait, au moment où il signe le compromis, que le bénéficiaire veut acheter, il doit le lui proposer avant d'accepter l'offre d'un tiers. S'il ne le fait pas, il engage sa responsabilité contractuelle et peut être condamné à des dommages et intérêts, voire à l'annulation de la vente si le tiers était de mauvaise foi.

La décision est une confirmation d'une jurisprudence antérieure (Civ. 3e, 10 mai 1989, n° 87-17.503). Elle n'est donc pas un revirement, mais elle précise le point de départ du délai pour se prévaloir du pacte. Les juges ont rejeté l'argument du vendeur selon lequel le bénéficiaire n'avait pas manifesté son intention avant l'acte authentique. La Cour considère que c'est au vendeur de provoquer cette manifestation en informant le bénéficiaire dès le compromis. undefined, le vendeur ne peut pas attendre l'acte authentique pour se cacher derrière le silence du bénéficiaire.

Attention toutefois : cette solution suppose que le vendeur ait connaissance du pacte et de l'intention sérieuse du bénéficiaire. Si le vendeur ignorait le pacte ou si le bénéficiaire n'avait jamais manifesté son intérêt, la solution pourrait être différente. Mais dans la majorité des cas, le vendeur connaît le pacte car il l'a lui-même consenti.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire vendeur : Si vous avez consenti un pacte de préférence, vous devez, avant de signer un compromis de vente avec un tiers, proposer le bien au bénéficiaire par lettre recommandée avec accusé de réception. Vous devez lui laisser un délai raisonnable (généralement 1 à 3 mois) pour répondre. Si vous ne le faites pas, vous risquez d'être condamné à verser des dommages et intérêts équivalents à la perte de chance d'acheter (souvent 10 à 20 % de la valeur du bien). Par exemple, à Bordeaux, pour un bien de 300 000 €, cela peut représenter 30 000 à 60 000 €. En outre, si l'acquéreur était au courant du pacte, la vente peut être annulée.

Pour le bénéficiaire du pacte : Si vous apprenez qu'un bien a été vendu sans que le vendeur vous ait proposé en priorité, vous pouvez agir en justice dans les 5 ans à compter de la vente. Vous devez démontrer que le vendeur connaissait votre intention d'acheter. Conservez tous les écrits (courriers, emails) où vous manifestez votre intérêt. L'arrêt vous protège en fixant le moment clé à la promesse de vente. Si le vendeur a signé un compromis sans vous consulter, vous pouvez demander des dommages et intérêts pour violation du pacte.

Pour l'acquéreur : Avant d'acheter un bien, demandez au vendeur s'il existe un pacte de préférence. Vous pouvez consulter le fichier immobilier ou le registre des hypothèques. Si le vendeur vous cache l'existence d'un pacte, vous pourriez être considéré comme de mauvaise foi si vous en aviez connaissance. Dans ce cas, la vente pourrait être annulée. Par exemple, à Mérignac, un acquéreur qui savait que le voisin avait un pacte de préférence a vu sa vente annulée après 2 ans de procédure.

Pour le notaire : Le notaire doit vérifier l'existence de tout pacte de préférence avant de rédiger l'acte. Il peut être tenu pour responsable s'il omet de le signaler. Sa responsabilité professionnelle peut être engagée.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Insérez une clause dans le compromis de vente : Faites déclarer par le vendeur qu'il n'existe aucun pacte de préférence, ou, s'il en existe un, qu'il a été respecté. En cas de fausse déclaration, le vendeur devra vous indemniser.
  • Conservez toutes les preuves de votre intention : Si vous êtes bénéficiaire d'un pacte, envoyez un courrier recommandé au vendeur pour lui rappeler votre intérêt à acheter le bien. Gardez une copie. Cela vous permettra de prouver votre intention au moment de la promesse de vente.
  • Vérifiez les registres fonciers : Avant d'acheter, demandez au notaire de consulter le fichier immobilier (ex-hypothèques) pour détecter d'éventuels pactes de préférence publiés. Tous les pactes ne sont pas publiés, mais c'est une première sécurité.
  • Fixez un délai dans le pacte : Lorsque vous consentez un pacte de préférence, prévoyez un délai de validité (par exemple 5 ans) et un délai de réponse (30 jours). Cela évitera les situations où le bénéficiaire laisse passer des années sans se manifester.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà en 1989 (Civ. 3e, 10 mai 1989, n° 87-17.503), la Cour avait jugé que la violation d'un pacte de préférence était constituée dès la conclusion du compromis. Plus récemment, elle a précisé que le bénéficiaire peut demander la nullité de la vente si le tiers acquéreur était de mauvaise foi (Civ. 3e, 30 janvier 2008, n° 06-20.677). La tendance est donc protectrice pour le bénéficiaire. Les tribunaux exigent du vendeur une loyauté contractuelle accrue. En revanche, si le bénéficiaire n'a jamais manifesté son intention, le vendeur peut vendre librement. Il est donc crucial pour le bénéficiaire de se manifester clairement et par écrit.

Pour l'avenir, il est possible que la jurisprudence évolue vers une obligation d'information plus large, par exemple en imposant au vendeur de consulter le bénéficiaire même si celui-ci ne s'est pas manifesté récemment. Mais pour l'instant, le vendeur doit agir dès qu'il a connaissance d'une intention sérieuse.

En pratique : ce qu'il faut faire

Si vous êtes vendeur et que vous avez consenti un pacte de préférence :

  1. Avant de signer un compromis, adressez au bénéficiaire une lettre recommandée avec AR lui proposant le bien au prix et conditions de la vente projetée.
  2. Laissez-lui un délai raisonnable (30 à 90 jours) pour répondre.
  3. Si le bénéficiaire accepte, vendez-lui. S'il refuse ou ne répond pas, vous pouvez vendre à un tiers.
  4. Conservez une copie de la lettre et de l'accusé de réception.

Si vous êtes acquéreur :

  1. Avant de signer, demandez au vendeur par écrit s'il existe un pacte de préférence.
  2. Faites insérer une clause de garantie dans le compromis.
  3. Vérifiez auprès du notaire l'absence de pacte publié.

Si vous êtes bénéficiaire :

  1. Manifestez votre intention par écrit dès que vous avez connaissance d'une vente potentielle.
  2. Si vous apprenez qu'une vente a eu lieu sans que vous ayez été consulté, consultez un avocat. Vous avez 5 ans pour agir.
  3. Rassemblez toutes les preuves de votre pacte et de votre intention.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un pacte de préférence ?

Un pacte de préférence est une convention par laquelle une personne (le promettant) s'engage à proposer prioritairement à une autre (le bénéficiaire) l'achat d'un bien, avant de le vendre à un tiers. Il est souvent utilisé entre voisins ou associés.

À quel moment le vendeur doit-il proposer le bien au bénéficiaire du pacte de préférence ?

Selon la Cour de cassation, c'est au moment de la signature du compromis de vente (promesse de vente) que le vendeur doit proposer le bien au bénéficiaire, et non à l'acte authentique. Le compromis vaut vente, donc l'obligation naît à ce stade.

Que faire si un bien a été vendu en violation d'un pacte de préférence ?

Le bénéficiaire peut demander des dommages et intérêts au vendeur, et éventuellement l'annulation de la vente si l'acquéreur était de mauvaise foi. Il dispose d'un délai de 5 ans à compter de la vente pour agir en justice.

Comment prouver l'existence d'un pacte de préférence ?

Le pacte peut être écrit (contrat, lettre) ou verbal, mais il est plus facile à prouver par écrit. Il peut aussi être publié au fichier immobilier. Conservez tous les documents où le pacte est mentionné.

Un pacte de préférence est-il opposable à un acquéreur ?

Oui, si l'acquéreur avait connaissance du pacte au moment de l'achat. S'il était de bonne foi (ignorait le pacte), la vente est valable mais le vendeur devra indemniser le bénéficiaire.

Informations juridiques

  • Numéro: 07-22.027
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 25 mars 2009

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire vendeur à Bordeaux : violation d'un pacte de préférence

M. Martin, propriétaire d'un appartement à Bordeaux, avait consenti un pacte de préférence à sa sœur. Il signe un compromis de vente avec un tiers sans la consulter. Sa sœur apprend la vente et l'assigne. Le bien vaut 250 000 €.

Application pratique:

Mme Martin peut demander des dommages et intérêts pour perte de chance, évalués entre 25 000 € et 50 000 €. Si le tiers était informé du pacte, elle peut demander l'annulation de la vente. Il faut agir rapidement : l'action en responsabilité se prescrit par 5 ans.

2

Acquéreur à Mérignac : achat d'un bien grevé d'un pacte

M. Durand achète une maison à Mérignac pour 300 000 €. Le vendeur ne l'informe pas d'un pacte de préférence consenti à un voisin. Le voisin assigne M. Durand en nullité de la vente.

Application pratique:

Si M. Durand ignorait le pacte, la vente reste valable mais le vendeur devra indemniser le voisin. Si M. Durand était au courant, la vente peut être annulée. Il doit vérifier l'absence de pacte avant d'acheter, en consultant le notaire ou le fichier immobilier.

3

Bénéficiaire d'un pacte à Bordeaux : comment se protéger

Mme Lefèvre est bénéficiaire d'un pacte de préférence sur la maison de son oncle à Bordeaux. Elle craint qu'il vende sans la consulter.

Application pratique:

Elle doit envoyer un courrier recommandé à son oncle pour lui rappeler son intérêt à acheter. Elle peut aussi demander la publication du pacte au fichier immobilier pour le rendre opposable aux tiers. En cas de vente, elle pourra prouver son intention et obtenir des dommages et intérêts.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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