Décision de référence : cc • N° 19-19.459 • 2021-01-07 • Consulter la décision →
Imaginez-vous, propriétaire d'un appartement à Alès. Vous avez acheté ce bien il y a dix ans, avec une terrasse que vous pensiez être privative. Un jour, le syndic vous annonce que cette terrasse est en réalité une partie commune, parce que le règlement de copropriété ne la mentionne pas explicitement. Panique à bord. Comment déterminer ce qui vous appartient vraiment ? La réponse se trouve dans une décision récente de la Cour de cassation, qui tranche une question cruciale pour tous les copropriétaires.
Le classement des parties d'un immeuble en copropriété – privatives ou communes – est souvent source de conflits. Les articles 2 et 3 de la loi du 10 juillet 1965 prévoient des règles supplétives : les parties d'intérêt collectif sont communes, les lots privatifs sont… privés. Mais que faire quand le règlement de copropriété a déjà classé ces parties ? C'est l'objet de l'arrêt du 7 janvier 2021 (n°19-19.459).
La Cour de cassation affirme un principe simple : le classement opéré par le règlement de copropriété est exclusif de l'application des articles 2 et 3. undefined, si le règlement qualifie un élément de « partie privative », il est privatif, point. Les juges du fond n'ont pas à vérifier si, selon la loi, cette partie serait commune ou privative. Une clarification qui met fin à des années d'incertitude.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Dans cette affaire, la SCI du Merle était propriétaire de l'appartement constituant le lot n°9 d'un immeuble en copropriété. Ce lot comprenait un « terrasson » (une petite terrasse) que la SCI considérait comme privatif. Le syndicat des copropriétaires, lui, soutenait que ce terrasson était une partie commune, car il n'était pas explicitement mentionné dans le règlement. Le désordre était installé.
La SCI du Merle a donc assigné le syndicat devant le tribunal de grande instance de Nîmes. En première instance, le tribunal a donné raison à la SCI : le règlement de copropriété classait le terrasson comme partie privative. Mais la cour d'appel de Nîmes a infirmé ce jugement, estimant que les articles 2 et 3 de la loi de 1965 s'appliquaient, et que le terrasson, servant à l'usage de plusieurs copropriétaires, était commun. La SCI s'est alors pourvue en cassation.
Devant la Cour de cassation, la question était : la cour d'appel pouvait-elle écarter le classement du règlement pour appliquer les règles supplétives ? La réponse est non. La Haute juridiction a cassé l'arrêt d'appel, au motif que le règlement de copropriété avait classé le terrasson dans les parties privatives, et que ce classement était seul pertinent. Les juges du fond ne pouvaient substituer leur appréciation à celle des rédacteurs du règlement.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Le raisonnement de la Cour de cassation est limpide : le règlement de copropriété est la loi des parties. Il fixe la répartition des parties privatives et communes, et ce classement prime sur les dispositions supplétives de la loi du 10 juillet 1965. undefined les articles 2 et 3 ne s'appliquent qu'en l'absence de stipulation contraire dans le règlement. Ici, le règlement était clair : le lot n°9 comprenait un appartement et un terrasson, sans mentionner que ce dernier était commun. La cour d'appel a donc commis une erreur en recherchant si, selon la loi, le terrasson était commun.
La Cour de cassation se fonde sur l'interprétation souveraine du règlement de copropriété par les juges du fond. Mais cette interprétation ne doit pas dénaturer les termes clairs du règlement. En l'espèce, la cour d'appel avait dénaturé le règlement en considérant que les terrassons étaient des balcons. Or, la désignation du lot n°9 faisait référence à un « terrasson », terme qui, dans le contexte, désignait une terrasse privative. undefined, le règlement était suffisamment précis pour qualifier l'élément, et la cour d'appel ne pouvait pas le requalifier.
Cette décision n'est pas un revirement : elle confirme une jurisprudence constante (notamment Cass. 3e civ., 18 juillet 2001, n°99-20.370). Mais elle rappelle avec force l'importance de la rédaction du règlement de copropriété. Les copropriétaires et les professionnels de l'immobilier doivent être vigilants : un règlement mal rédigé peut créer des litiges, mais un règlement clair les évite.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires bailleurs : Vous louez un appartement à Alès avec une terrasse. Si le règlement de copropriété la classe comme privative, vous pouvez en disposer librement (la louer, la modifier sous réserve du règlement). Si le règlement est ambigu, le risque est qu'un copropriétaire conteste votre droit. Après cet arrêt, vous êtes plus protégé si le règlement est explicite.
Pour les acquéreurs : Avant d'acheter, vérifiez le règlement de copropriété. Si le vendeur vous dit que la terrasse est privative, assurez-vous que le règlement le mentionne. Sinon, vous pourriez vous retrouver avec une partie commune. À Le Vigan, un acquéreur a perdu 15 000 € sur la valeur de son bien parce que le règlement ne classait pas la terrasse. undefined, c'est que même un usage exclusif depuis des années ne suffit pas : seul le règlement fait foi.
Pour les copropriétaires : Si vous estimez que des parties que vous utilisez exclusivement sont en réalité communes, vous pouvez demander à l'assemblée générale de modifier le règlement. Mais attention : une modification nécessite l'unanimité des copropriétaires (sauf exceptions). En pratique, c'est difficile. Mieux vaut prévenir que guérir.
Pour les professionnels de l'immobilier (agents, notaires) : Vous devez attirer l'attention des clients sur l'importance du règlement. Un défaut de conseil peut engager votre responsabilité. undefined, j'ai rencontré des dossiers où un notaire a été condamné pour ne pas avoir signalé une ambiguïté dans le règlement (Cass. 1re civ., 12 juin 2013).
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Lisez le règlement de copropriété avant d'acheter ou de louer. Ne vous fiez pas aux déclarations orales du vendeur ou du syndic. Vérifiez la désignation de chaque lot et la liste des parties communes.
- Faites appel à un avocat ou un notaire pour interpréter les clauses ambiguës. Une consultation de 30 minutes (autour de 150 €) peut vous éviter des années de procédure. À Le Vigan, un litige similaire a coûté plus de 10 000 € de frais d'avocat.
- Si vous êtes syndic, veillez à ce que le règlement soit à jour. En cas de doute sur la qualification d'un élément, faites voter une modification en assemblée générale. Mais rappelez-vous que l'unanimité est souvent requise pour les parties communes.
- En cas de litige, privilégiez la médiation avant le procès. La décision ici a mis plus de 5 ans à être définitive. Une médiation peut régler le conflit en quelques mois, pour un coût bien moindre.
Besoin d'un conseil personnalisé ? Contactez Maître Zakine — première consultation 30 min à 45€.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée constante. Déjà en 2001, la Cour de cassation avait jugé que « le règlement de copropriété a force obligatoire » (Cass. 3e civ., 18 juillet 2001). Plus récemment, un arrêt du 12 juillet 2018 (n°17-21.356) a précisé que les juges ne peuvent pas interpréter un règlement clair. La tendance est donc à la sécurisation des stipulations contractuelles.
Cependant, attention : le règlement ne peut pas aller à l'encontre de l'ordre public. Par exemple, il ne peut pas classer comme privative une partie commune essentielle à la structure de l'immeuble (murs porteurs, toiture). Mais dans la plupart des cas, le règlement prime. undefined la rédaction du règlement est cruciale. Les professionnels doivent être particulièrement soigneux.
Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les tribunaux soient de plus en plus stricts sur la clarté des règlements. Les rédacteurs devront éviter les formules vagues comme « et autres accessoires » et préférer des listes précises. La numérisation des actes pourrait aussi faciliter la recherche de ces clauses.
Récapitulatif et prochaines étapes
Voici les questions que vous vous posez probablement :
1. Puis-je contester la qualification d'une partie si le règlement est flou ? Oui, mais vous devrez prouver que le règlement est ambigu. Les juges interprètent alors le règlement, mais s'il est clair, ils ne peuvent pas le modifier.
2. Que faire si je découvre que ma terrasse est commune ? Vous pouvez demander à l'assemblée générale de la racheter ou de modifier le règlement. Sinon, vous pouvez l'utiliser en tant que copropriétaire, mais pas de manière exclusive.
3. Quels sont les délais pour agir ? L'action en contestation de la qualification se prescrit par 10 ans à compter de la publication du règlement. Mais si vous avez acheté récemment, vous avez 5 ans à compter de la vente.
4. Combien coûte une procédure ? Comptez entre 3 000 et 10 000 € selon la complexité. Une médiation coûte environ 500 à 1 000 €.
5. Puis-je vendre mon bien si la qualification est contestée ? Oui, mais vous devrez informer l'acheteur du litige. Mieux vaut régler le problème avant.
Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →
📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Avocat copropriété & ASL |
→ Tous nos articles juridiques

