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Pénalité pour retard de paiement : les règles du contrat de construction
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Pénalité pour retard de paiement : les règles du contrat de construction

📅 Décision du 25 septembre 2013⚖️ Cour de cassation👁️ 7 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation précise que le contrat de construction de maison individuelle peut prévoir une pénalité pour retard de paiement à la charge du maître d'ouvrage, à condition que son taux n'excède pas 1% par mois si la pénalité pour retard de livraison est limitée à 1/3000 du prix par jour. Une décision qui équilibre les droits du constructeur et du propriétaire.

Décision de référence : cc • N° 12-21.231 • 2013-09-25 • Consulter la décision →

Vous avez signé un contrat de construction de maison individuelle pour votre future résidence à Chenôve, dans la banlieue de Dijon. Les travaux sont en cours, mais vous rencontrez un imprévu de trésorerie : vous ne pouvez pas régler l'échéance prévue au contrat. Le constructeur vous réclame alors une pénalité de retard. Mais est-ce légal ? Et à quel taux ?

Cette question, beaucoup de propriétaires se la posent. La réponse se trouve dans une décision de la Cour de cassation du 25 septembre 2013 (n° 12-21.231). Elle précise que le contrat de construction de maison individuelle (CCMI) peut effectivement prévoir une pénalité pour retard de paiement à la charge du maître d'ouvrage (le propriétaire). Mais attention : cette pénalité n'est pas libre. Le taux ne peut pas dépasser 1 % par mois si, en contrepartie, la pénalité pour retard de livraison due par le constructeur est limitée à 1/3 000 du prix par jour de retard. undefined, il y a un équilibre à respecter.

Dans cet article, je vais vous expliquer concrètement ce que cette décision change pour vous, que vous soyez propriétaire, futur acquéreur ou même constructeur. Et je vous donnerai des conseils pratiques pour éviter les litiges.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, un habitant d'Auxonne, en Côte-d'Or, avait signé un contrat de construction de maison individuelle avec une société de construction. Le contrat prévoyait un prix total et un échéancier de paiement. Mais M. X a rencontré des difficultés financières et n'a pas payé certaines échéances à temps. Le constructeur a alors réclamé le solde du marché, assorti d'intérêts de retard calculés à un taux journalier de 0,33 % (soit environ 10 % par mois). En parallèle, M. X reprochait au constructeur des malfaçons et un retard de livraison, et invoquait la pénalité contractuelle de 1/3 000 du prix par jour de retard.

L'affaire a été portée devant la cour d'appel de Reims. Celle-ci a condamné M. X à payer le solde du marché, avec des intérêts de retard au taux journalier de 0,33 %. Mais la Cour de cassation a cassé cet arrêt. Pourquoi ? Parce que la cour d'appel n'a pas vérifié si le taux de la pénalité pour retard de paiement respectait la limite légale.

undefined le contrat prévoyait une pénalité pour retard de livraison plafonnée à 1/3 000 du prix par jour. Dans ce cas, l'article R. 231-14 du Code de la construction et de l'habitation impose que la pénalité pour retard de paiement ne dépasse pas 1 % par mois des sommes non réglées. Or, le taux de 0,33 % par jour équivaut à environ 10 % par mois, ce qui est dix fois supérieur à la limite autorisée. La décision de la cour d'appel était donc contraire à la loi.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'est appuyée sur l'article R. 231-14, alinéa 2, du Code de la construction et de l'habitation. Ce texte prévoit que lorsque le contrat de construction de maison individuelle stipule une pénalité pour retard de livraison à la charge du constructeur (limitée à 1/3 000 du prix par jour), la pénalité pour retard de paiement à la charge du maître d'ouvrage ne peut excéder 1 % par mois des sommes non réglées. undefined, le législateur a voulu un équilibre entre les droits des deux parties.

Mais pourquoi une telle règle ? L'idée est de protéger le propriétaire, qui est souvent la partie la plus vulnérable. Sans cette limite, un constructeur pourrait imposer des pénalités exorbitantes, dissuasives pour le maître d'ouvrage qui aurait un retard de paiement, même minime. À l'inverse, la pénalité pour retard de livraison est plafonnée pour protéger le constructeur d'une indemnisation excessive.

Attention toutefois : la Cour de cassation n'a pas dit que toute pénalité pour retard de paiement est interdite. Elle a simplement rappelé que si le contrat prévoit une pénalité pour retard de livraison plafonnée à 1/3 000, alors la pénalité pour retard de paiement ne peut pas dépasser 1 % par mois. Si le contrat ne prévoit pas de pénalité pour retard de livraison, ou si celle-ci est plus élevée, la règle pourrait être différente.

undefined, c'est que cette règle est d'ordre public : on ne peut pas y déroger par une clause contractuelle. Ainsi, même si le contrat prévoit un taux supérieur, cette clause est réputée non écrite (elle est nulle).

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire qui fait construire sa maison, cette décision est une protection. Si vous êtes en retard de paiement, le constructeur ne peut pas vous réclamer plus de 1 % par mois sur les sommes dues. Par exemple, si vous devez 10 000 € avec un mois de retard, la pénalité maximale sera de 100 €, pas plus. En revanche, si le constructeur livre sa maison avec du retard, vous pouvez réclamer une indemnité de 1/3 000 du prix par jour. Pour une maison à 200 000 €, cela représente environ 66 € par jour de retard.

Pour un constructeur, cette décision rappelle l'importance de rédiger correctement le contrat. Si vous souhaitez prévoir une pénalité pour retard de paiement, assurez-vous qu'elle respecte le plafond de 1 % par mois, surtout si vous avez également prévu une pénalité pour retard de livraison au taux légal.

Imaginons un exemple concret à Auxonne : vous signez un contrat pour une maison à 180 000 €. Le constructeur a 12 mois pour livrer, mais il livre avec 3 mois de retard. Vous pouvez lui réclamer 180 000 x 3 x 1/3 000 = 180 € par jour, soit 16 200 € pour 90 jours de retard. En parallèle, si vous avez payé avec 2 mois de retard une échéance de 20 000 €, le constructeur ne pourra vous réclamer que 20 000 x 2 x 1% = 400 €, et non 20 000 x 60 x 0,33% = 3 960 € comme dans l'affaire jugée.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez vérifier votre contrat : quelles sont les pénalités prévues ? Si le constructeur vous réclame un taux supérieur à 1 % par mois, vous pouvez contester. N'hésitez pas à consulter un avocat spécialisé en droit immobilier.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Lisez attentivement les clauses de pénalités : avant de signer un contrat de construction, vérifiez les taux de pénalité pour retard de paiement et pour retard de livraison. Ils doivent être équilibrés. Si la pénalité pour retard de paiement dépasse 1 % par mois, demandez une modification ou refusez de signer.
  • Anticipez les problèmes de trésorerie : si vous prévoyez des difficultés de paiement, informez-en le constructeur le plus tôt possible. Vous pouvez négocier un échéancier amiable sans pénalités, ou demander un délai de grâce (un report de paiement) qui peut être accordé par le juge en cas de litige.
  • Gardez toutes les preuves : conservez les courriers, les mails, les relevés bancaires et les quittances. En cas de litige, vous devrez prouver la date de vos paiements et les éventuels retards du constructeur.
  • Faites appel à un professionnel pour la rédaction du contrat : un avocat ou un notaire peut vous aider à négocier des clauses équilibrées et à éviter les pièges. C'est un investissement qui peut vous éviter des frais bien plus importants.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La Cour de cassation a rendu plusieurs décisions sur le même sujet. Par exemple, dans un arrêt du 17 septembre 2009 (n° 08-17.319), elle a jugé que la pénalité pour retard de paiement prévue dans un contrat de construction devait respecter le plafond de 1 % par mois, même si le contrat ne prévoyait pas de pénalité pour retard de livraison. En revanche, dans un arrêt du 6 juillet 2017 (n° 16-18.982), elle a précisé que si le contrat prévoit une pénalité pour retard de livraison supérieure à 1/3 000, la pénalité pour retard de paiement peut être plus élevée, à condition qu'elle ne soit pas abusive.

La tendance des tribunaux est donc de protéger le maître d'ouvrage contre les clauses déséquilibrées. Les juges vérifient systématiquement que les pénalités sont proportionnées et conformes à la réglementation. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des constructeurs réclamaient des intérêts de retard à des taux usuraires (plus de 10 % par mois). Grâce à cette jurisprudence, nous avons pu faire annuler ces clauses et réduire la dette de nos clients.

Pour l'avenir, il est probable que les tribunaux continuent à appliquer strictement l'article R. 231-14. Les constructeurs doivent donc être vigilants dans la rédaction de leurs contrats, sous peine de voir leurs clauses annulées.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ :

  1. Que faire si le constructeur me réclame une pénalité supérieure à 1 % par mois ? Répondez-lui par écrit en citant l'article R. 231-14 du Code de la construction et de l'habitation. Proposez de payer la pénalité légale. S'il insiste, saisissez le juge des référés pour faire constater la nullité de la clause.
  2. Puis-je négocier une pénalité pour retard de paiement plus élevée si le constructeur accepte ? Non, car la règle est d'ordre public. Même avec votre accord, une clause supérieure à 1 % par mois est nulle.
  3. Quels délais pour contester une pénalité ? Vous avez jusqu'à 5 ans à compter de la signature du contrat (délai de prescription de droit commun). Mais il vaut mieux agir rapidement dès la première réclamation.
  4. Quel coût pour une action en justice ? Une procédure devant le tribunal judiciaire peut coûter entre 1 500 € et 5 000 € d'avocat, selon la complexité. Mais une simple mise en demeure bien rédigée peut suffire à faire fléchir le constructeur.
  5. Que faire si j'ai déjà payé des pénalités excessives ? Vous pouvez demander le remboursement du trop-perçu, avec intérêts. La prescription est de 5 ans à compter de chaque paiement.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Quel est le taux maximal d'une pénalité pour retard de paiement dans un CCMI ?

Le taux maximal est de 1 % par mois des sommes non réglées, à condition que le contrat prévoie une pénalité pour retard de livraison plafonnée à 1/3 000 du prix par jour. Ce plafond est d'ordre public.

Que faire si le constructeur me réclame une pénalité supérieure à 1 % par mois ?

Vous pouvez contester par écrit en invoquant l'article R. 231-14 du Code de la construction et de l'habitation. Si le constructeur persiste, saisissez le juge des référés pour faire annuler la clause abusive.

Quels sont les délais pour contester une pénalité excessive ?

Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la signature du contrat ou du paiement de la pénalité. Il est conseillé d'agir rapidement dès la première réclamation.

Puis-je négocier une pénalité plus élevée avec le constructeur ?

Non, car la règle est d'ordre public. Toute clause prévoyant un taux supérieur à 1 % par mois est nulle, même si vous l'acceptez.

Quel est le coût d'une action en justice pour contester des pénalités ?

Les honoraires d'avocat pour une procédure devant le tribunal judiciaire varient généralement entre 1 500 € et 5 000 €. Une mise en demeure peut suffire sans aller jusqu'au procès.

Informations juridiques

  • Numéro: 12-21.231
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 25 septembre 2013

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire en retard de paiement à Chenôve

M. Dupont, propriétaire à Chenôve, a signé un CCMI pour 200 000 €. Il a 3 mois de retard sur une échéance de 15 000 €. Le constructeur lui réclame 0,33 % par jour, soit 4 455 € de pénalités.

Application pratique:

M. Dupont peut contester en invoquant l'article R. 231-14. La pénalité maximale est de 1 % par mois, soit 450 € pour 3 mois. Il doit adresser une mise en demeure au constructeur et, si nécessaire, saisir le tribunal.

2

Constructeur souhaitant rédiger un contrat conforme

Une société de construction basée à Dijon prépare ses contrats types. Elle veut prévoir une pénalité pour retard de paiement de 1,5 % par mois.

Application pratique:

Le constructeur doit ramener le taux à 1 % par mois si la pénalité pour retard de livraison est de 1/3 000. Sinon, la clause sera nulle. Il peut aussi prévoir une pénalité pour retard de livraison plus élevée (ex: 1/2 000) pour justifier un taux de pénalité de paiement plus haut.

3

Acquéreur victime d'un retard de livraison à Auxonne

Mme Martin, à Auxonne, attend la livraison de sa maison depuis 6 mois de retard. Le contrat prévoit 1/3 000 du prix par jour de retard, soit 66 €/jour pour une maison à 200 000 €.

Application pratique:

Elle peut réclamer 66 € x 180 jours = 11 880 € au constructeur. En parallèle, si elle a eu un retard de paiement, elle devra payer au maximum 1 % par mois. La décision de la Cour de cassation protège cet équilibre.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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