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Permis de construire : quand la loi change, la condamnation tombe (Cass. crim., 17 févr. 1987)
Droit-foncier

Permis de construire : quand la loi change, la condamnation tombe (Cass. crim., 17 févr. 1987)

📅 Décision du 17 février 1987⚖️ Cour de cassation👁️ 12 vues📖 8 min de lecture

Un propriétaire poursuivi pour construction sans permis a vu sa condamnation annulée par la Cour de cassation parce que la loi avait changé entre les faits et le jugement : désormais, une simple déclaration suffisait. Une leçon sur l'application de la loi pénale plus douce dans le temps.

Décision de référence : cc • N° 86-91.184 • 1987-02-17 • Consulter la décision →

Vous venez d'acheter un terrain à Bayonne, avec vue sur les Pyrénées. Vous y installez une serre pour vos orchidées, sans vous poser de questions. Quelques mois plus tard, le facteur vous remet une convocation au tribunal correctionnel : « défaut de permis de construire ». Vous pensiez que tout était en règle. Mais qu'en est-il si, entre le moment de la construction et votre procès, la loi a changé et autorise désormais ce type d'ouvrage sans permis ? Cette décision de la Cour de cassation du 17 février 1987 vous concerne directement.

La question que se pose chaque propriétaire : puis-je être condamné pour une construction qui, au moment du jugement, est devenue légale ? La réponse des magistrats est claire : non. Le principe de l'application de la loi pénale plus douce (principe constitutionnel) protège le prévenu. L'arrêt commenté en est une illustration parfaite.

Mais attention : il ne suffit pas que la loi change après les faits pour être automatiquement relaxé. Encore faut-il que la nouvelle réglementation supprime l'infraction ou réduise la peine. Et surtout, que les formalités de remplacement (comme la déclaration préalable) aient été accomplies. Cette décision est un cas d'école, mais aussi un avertissement : mieux vaut anticiper.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X, propriétaire à Bayonne, décide en 1984 de faire édifier des serres sur son terrain. Il ne demande pas de permis de construire. Pourquoi ? Parce qu'à l'époque, la réglementation locale ne soumet pas les serres à cette formalité. Il construit donc tranquillement.

Mais la mairie voit les travaux, verbalise, et le procureur le poursuit pour démolition devient une simple réparation civile">construction sans permis. Le 7 janvier 1986, la cour d'appel d'Angers le déclare coupable et le condamne à 800 francs d'amende (environ 122 euros), avec obligation de remettre les lieux en état.

Entre-temps, deux textes ont été adoptés : la loi du 6 janvier 1986 et le décret du 14 mars 1986. Ces textes modifient les règles d'urbanisme : pour les serres comme celle de M. X, le permis de construire n'est plus exigé. Une simple déclaration préalable suffit. M. X n'a pas fait de déclaration, mais la loi est plus douce. Il se pourvoit en cassation.

Le rebondissement : la Cour de cassation lui donne raison. Elle annule l'arrêt d'Angers, estimant que les juges auraient dû appliquer la loi nouvelle, plus favorable. L'affaire est renvoyée devant une autre cour d'appel.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur un principe fondamental du droit pénal : l'application immédiate de la loi pénale plus douce. Ce principe, consacré à l'article 112-1 du Code pénal (nouveau), veut qu'une personne ne puisse être punie plus sévèrement que ne le prévoit la loi en vigueur au moment du jugement.

En l'espèce, le délit de construction sans permis existait au moment des faits. Mais la loi du 6 janvier 1986 et le décret du 14 mars 1986 ont supprimé l'obligation de permis pour les serres, la remplaçant par une simple déclaration. Or, la déclaration n'est pas une infraction pénale en soi : son absence peut donner lieu à une amende administrative, mais pas à une condamnation correctionnelle avec mise en conformité.

undefined, la nouvelle réglementation a dépénalisé (transformé en simple formalité administrative) la construction litigieuse. Les juges d'Angers auraient dû en tenir compte. En ne le faisant pas, ils ont violé le principe de la rétroactivité in mitius (application de la loi plus douce).

undefined, c'est que ce principe s'applique même si le prévenu n'a pas respecté les nouvelles formalités. La Cour de cassation est claire : l'infraction n'existe plus pénalement. Toutefois, l'administration peut exiger une déclaration a posteriori et infliger une amende administrative.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications pratiques importantes pour les propriétaires, les acquéreurs et les professionnels de l'immobilier.

  • Pour le propriétaire bailleur : si vous avez construit une serre, un abri de jardin ou une extension sans permis il y a quelques années, et que la réglementation a changé entre-temps, vous ne pouvez pas être condamné pénalement. Exemple à Anglet : en 2020, vous construisez une pergola de 20 m² sans déclaration. En 2023, la loi abaisse le seuil de déclaration à 15 m². Si vous êtes poursuivi après 2023, vous serez relaxé, car à cette date votre construction n'est plus soumise à permis.
  • Pour l'acquéreur : avant d'acheter un bien, vérifiez si des constructions récentes ont été réalisées avec ou sans autorisation. Si le vendeur a été condamné puis relaxé grâce à un changement de loi, l'infraction pénale est effacée, mais l'absence de déclaration peut poser problème pour un futur permis de construire ou une vente. Exemple chiffré : à Bayonne, un garage de 30 m² construit sans permis en 2018 est aujourd'hui conforme si le PLU a été modifié. Mais sans déclaration, vous aurez du mal à obtenir un prêt hypothécaire.
  • Pour le locataire : vous n'êtes pas directement concerné, mais si votre logement comporte une construction non autorisée, sachez que le propriétaire peut être contraint de la démolir malgré un changement de loi, si l'infraction administrative subsiste.
  • Pour le copropriétaire : si le syndicat des copropriétaires engage des travaux sans permis, chaque copropriétaire peut être poursuivi. Mais un changement de loi bénéficie à tous.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez vérifier la date des faits et la loi en vigueur au moment du jugement. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires avaient été condamnés pour des abris de jardin devenus légaux. Grâce à cette jurisprudence, nous avons obtenu l'annulation des condamnations.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez le PLU avant toute construction : le Plan Local d'Urbanisme de Bayonne ou d'Anglet fixe les règles. Une simple pergola peut nécessiter un permis si elle dépasse 5 mètres de haut. Ne vous fiez pas aux dires du vendeur ou du voisin.
  • Faites une déclaration préalable même en cas de doute : c'est gratuit et rapide (1 mois d'instruction). Cela vous évite une poursuite pénale. Exemple : à Anglet, un particulier a installé une cabane de jardin de 12 m² sans déclaration. Il a été condamné à 1 500 € d'amende. Avec une déclaration, il aurait été en règle.
  • Conservez les justificatifs de vos démarches : récépissé de déclaration, permis, photos des travaux. En cas de contrôle, vous prouvez votre bonne foi.
  • Consultez un avocat avant de commencer les travaux : un conseil préventif coûte moins cher qu'une procédure. Maître Zakine peut vous aider à analyser votre projet.

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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante de la Cour de cassation. Par exemple, dans un arrêt du 8 mars 1989 (n° 87-84.215), la chambre criminelle a jugé que l'abrogation d'un texte d'incrimination après les faits entraînait la relaxe, même si des formalités administratives subsistent.

En revanche, attention à la distinction entre dépénalisation et simple modification des seuils. Si la nouvelle loi maintient l'infraction mais en réduit la peine, le principe s'applique aussi. Mais si elle crée une nouvelle formalité (comme la déclaration), le défaut de déclaration peut être sanctionné administrativement.

La tendance récente est à la dépénalisation de nombreuses infractions d'urbanisme, transformées en contraventions de grande voirie ou en sanctions administratives. Cela signifie que les propriétaires doivent redoubler de vigilance sur les formalités déclaratives.

Ce que vous devez retenir absolument

  1. Si la loi change après votre construction, vous ne pouvez pas être condamné pénalement pour une infraction devenue légale.
  2. Mais vous devez régulariser votre situation par une déclaration préalable, sinon l'administration peut vous infliger une amende (jusqu'à 1 200 €) et ordonner la démolition.
  3. Conservez toutes les preuves de la date de construction : photos, factures, attestations. Sans elles, vous ne pourrez pas prouver que la loi en vigueur au moment des faits était différente.
  4. En cas de poursuite, ne plaidez pas seul : un avocat spécialisé en droit immobilier peut invoquer le principe de la loi pénale plus douce et faire annuler la condamnation.
  5. Avant d'acheter un bien, faites vérifier par un notaire ou un avocat la conformité des constructions existantes. Une non-conformité peut bloquer la vente ou entraîner des travaux coûteux.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je être condamné pour une construction sans permis si la loi a changé depuis ?

Non, grâce au principe de la loi pénale plus douce. Si la nouvelle loi supprime l'obligation de permis pour votre type de construction, l'infraction pénale disparaît. Mais vous devez régulariser par une déclaration préalable.

Que faire si j'ai construit sans permis et que la loi a changé ?

Rassemblez les preuves de la date de construction (photos, factures) et consultez un avocat. Vous pouvez demander l'annulation de toute poursuite pénale. En parallèle, déposez une déclaration préalable a posteriori pour être en règle administrativement.

Quels délais pour contester une condamnation pour défaut de permis ?

Le pourvoi en cassation doit être formé dans les 5 jours suivant le prononcé de l'arrêt (délai très court). Pour un appel, vous avez 10 jours. Agissez vite.

Un changement de PLU peut-il aussi dépénaliser une construction ?

Oui, si le PLU modifie les règles d'urbanisme et supprime l'obligation de permis pour votre construction, le principe s'applique. Mais vérifiez que le PLU a force de loi (il s'agit d'un règlement administratif).

Quel est le coût d'une régularisation par déclaration préalable ?

La déclaration préalable est gratuite, mais vous pouvez payer des frais d'architecte ou de géomètre (500 à 2 000 € selon la complexité). L'amende pour défaut de déclaration peut aller jusqu'à 1 200 €.

Informations juridiques

  • Numéro: 86-91.184
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 17 février 1987

Mots-clés

permis de construireloi pénale plus douceurbanismeCour de cassationdéclaration préalable

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'une serre à Bayonne poursuivi après changement de loi

M. X, propriétaire à Bayonne, a construit une serre en 1984 sans permis, conformément à la réglementation locale. En 1986, la loi change et soumet les serres à simple déclaration. Poursuivi, il est condamné en appel. La Cour de cassation annule la condamnation.

Application pratique:

Si vous êtes dans cette situation, vous devez immédiatement faire appel ou vous pourvoir en cassation en invoquant le principe de rétroactivité in mitius. Rassemblez les textes de loi applicables aux dates clés. Consultez un avocat pour rédiger le mémoire.

2

Acquéreur d'une maison avec abri de jardin non déclaré à Anglet

Vous achetez une maison à Anglet. L'ancien propriétaire a construit un abri de jardin de 15 m² en 2019 sans déclaration. En 2023, le seuil de déclaration passe à 20 m². L'abri devient conforme sans formalité.

Application pratique:

Vérifiez la date de construction et le PLU en vigueur. Si l'abri est devenu conforme, demandez au vendeur une attestation sur l'honneur. Sinon, faites une déclaration préalable a posteriori (coût : 0 €, délai : 1 mois). Cela sécurisera votre vente.

3

Copropriétaire à Bayonne dont le syndicat a fait des travaux sans permis

Le syndicat des copropriétaires a construit un local poubelles sans permis. Entre-temps, la loi change et ce type d'ouvrage n'est plus soumis à permis. Les copropriétaires poursuivis peuvent être relaxés.

Application pratique:

Chaque copropriétaire doit vérifier s'il est visé par la procédure. Si oui, invoquez le changement de loi. Le syndicat doit régulariser par une déclaration préalable. En cas de condamnation, faites appel.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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