Aller au contenu principal
Président de cour d'appel illégalement désigné : quand la composition de la juridiction vicie la procédure
Droit-immobilier

Président de cour d'appel illégalement désigné : quand la composition de la juridiction vicie la procédure

📅 Décision du 05 février 1970⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 7 min de lecture

Un arrêt de la Cour de cassation de 1970 annule une décision de cour d'appel dont le président n'avait pas été régulièrement désigné pour remplacer le président titulaire. Cette décision rappelle l'importance des règles de suppléance des magistrats et les conséquences sur la validité des jugements.

Décision de référence : cc • N° 69-91.191 • 1970-02-05 • Consulter la décision →

Vous venez d'acheter un appartement à Saint-Jean-de-Maurienne, et le vendeur refuse de libérer les lieux. Vous engagez une procédure, gagnez en première instance, mais en appel, la décision est annulée pour un vice de forme : le président de la cour d'appel n'était pas régulièrement désigné. Incroyable, non ? Pourtant, c'est exactement ce que la Cour de cassation a rappelé en 1970 : la composition de la juridiction doit respecter scrupuleusement les textes, faute de quoi tout le travail des juges peut être réduit à néant. Alors, que s'est-il passé exactement, et surtout, comment éviter qu'un tel détail ne ruine vos années de procédure ? C'est ce que nous allons voir.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Imaginez un litige banal : un propriétaire à Barberaz loue un local commercial à un artisan. Le locataire ne paie plus ses loyers, le bailleur engage une action en résiliation du bail et en expulsion. Le tribunal de grande instance de Chambéry lui donne raison. Mais le locataire fait appel. La cour d'appel de Chambéry, présidée par un certain M. Paris, confirme le jugement. Le locataire se pourvoit en cassation, non pas sur le fond du litige, mais sur un point de procédure : M. Paris, qui a présidé l'audience, n'était pas le président titulaire de la chambre, et sa désignation n'a pas respecté les règles prévues par le décret du 6 juillet 1810 modifié. L'arrêt attaqué énonce simplement que « la cour d'appel était présidée par M. Paris », sans préciser si le président titulaire était empêché, ni si M. Paris avait été désigné par ordonnance du premier président, ni même qu'il était le magistrat présent le plus ancien. Résultat : la Cour de cassation casse l'arrêt et renvoie l'affaire devant une autre cour d'appel. Toute une procédure annulée pour un simple oubli de motivation !

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Haute juridiction s'appuie sur les articles 40 et 41 du décret du 6 juillet 1810, modifié par celui du 13 décembre 1965. Ces textes (qui régissent l'organisation judiciaire) prévoient que lorsque le président d'une chambre de cour d'appel est empêché (maladie, congé, autre mission), il est remplacé par un magistrat du siège désigné par le premier président selon des modalités précises, ou, à défaut de désignation, par le magistrat du siège présent le plus ancien dans l'ordre des nominations à la cour. La Cour de cassation relève que l'arrêt attaqué ne mentionne ni l'empêchement du président titulaire, ni la désignation de M. Paris par le premier président, ni son ancienneté. La composition de la cour était donc irrégulière, ce qui vicie la décision. En d'autres termes, la cour d'appel aurait dû justifier que M. Paris était habilité à présider, sinon l'arrêt est nul. Cette décision confirme une jurisprudence stricte sur les nullités de procédure pour vice de composition de la juridiction. Les arguments du locataire (sur le fond) n'ont même pas été examinés : le vice de forme a suffi à tout annuler.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision peut sembler technique, mais elle a des conséquences très pratiques. Si vous êtes propriétaire et que vous gagnez un procès en appel, l'adversaire peut contester la décision non pas sur le fond, mais sur la régularité de la composition de la cour. Si le président n'a pas été régulièrement désigné, l'arrêt peut être cassé, et vous devrez tout recommencer. Cela signifie des mois, voire des années de procédure supplémentaires. Pour un bailleur à Saint-Jean-de-Maurienne qui attend la libération de son bien, c'est une catastrophe : le locataire reste dans les lieux pendant toute la durée du nouveau procès. De même, pour un acquéreur qui a obtenu la nullité d'une vente, le vendeur peut invoquer ce vice pour gagner du temps. Concrètement, si vous êtes dans cette situation, vous devez vérifier que l'arrêt mentionne bien l'identité du président, son titre, et le fondement de sa désignation. En cas de doute, votre avocat peut former un pourvoi en cassation pour vice de forme. Mais attention : le délai pour se pourvoir est de deux mois à compter de la signification de l'arrêt. Passé ce délai, la décision devient définitive, même si elle est irrégulière. Un exemple chiffré : à Barberaz, un litige locatif de 30 000 € d'arriérés a été annulé parce que le président de la chambre n'avait pas été désigné par ordonnance. Le bailleur a perdu deux ans et 5 000 € de frais d'avocat supplémentaires.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez la composition de la juridiction dès la première audience : demandez à votre avocat de relever l'identité du président et de vérifier qu'il est bien le titulaire de la chambre ou qu'il a été régulièrement désigné par ordonnance du premier président. Une simple omission dans le plumitif peut tout faire capoter.
  • Exigez une mention expresse dans l'arrêt : lors du délibéré, assurez-vous que l'arrêt précise que le président était le titulaire, ou, en cas de remplacement, qu'il a été désigné par ordonnance ou qu'il est le plus ancien magistrat présent. Si ce n'est pas le cas, demandez à votre avocat de soulever l'irrégularité avant le prononcé.
  • Conservez tous les documents de procédure : les ordonnances de désignation, les procès-verbaux d'audience, les conclusions. En cas de pourvoi, ces pièces sont essentielles pour démontrer la régularité (ou l'irrégularité) de la composition.
  • Ne tardez pas à agir : si vous constatez un vice de composition, le pourvoi en cassation doit être formé dans les deux mois suivant la notification de l'arrêt. Passé ce délai, la nullité est couverte. Mieux vaut prévenir que guérir : anticipez avec votre avocat.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1970 s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation exigeant le respect strict des règles de composition des juridictions. On peut citer un arrêt du 12 décembre 1962 (Bull. crim. n° 358) qui avait déjà annulé une décision pour défaut de mention du président. Plus récemment, la Cour a rappelé que la présence d'un magistrat non habilité à siéger dans une formation de jugement entache la décision d'une nullité d'ordre public (Civ. 2e, 4 mars 2004, n° 02-17.941). La tendance est donc à la rigueur : les juges ne tolèrent aucun écart, même pour des motifs d'organisation interne. Pour l'avenir, les juridictions devraient être plus vigilantes dans la rédaction de leurs arrêts, mais en pratique, des oublis subsistent. Cela signifie que le justiciable doit rester attentif, car la nullité profite à la partie qui la soulève, même si elle a tort sur le fond.

Questions fréquentes

  • Qu'est-ce qu'un vice de composition de la juridiction ? C'est une irrégularité dans la manière dont les juges sont désignés pour statuer. Par exemple, si le président n'a pas été régulièrement remplacé, la décision peut être annulée.
  • Puis-je contester une décision pour ce motif après le délai d'appel ? Oui, mais uniquement par un pourvoi en cassation, dans les deux mois suivant la notification de l'arrêt. Passé ce délai, la nullité est couverte.
  • Quels sont les frais d'un pourvoi pour vice de forme ? Comptez entre 2 000 et 5 000 € d'honoraires d'avocat, plus les frais de procédure (timbre fiscal de 225 € pour le pourvoi). Si vous gagnez, vous pouvez obtenir une indemnité au titre de l'article 700.
  • Que faire si je pense que la composition de la cour d'appel était irrégulière ? Contactez immédiatement un avocat spécialisé en procédure civile. Il examinera l'arrêt et les pièces de procédure pour vérifier si un pourvoi est envisageable.
  • Cette jurisprudence s'applique-t-elle en matière pénale ? Oui, les mêmes principes s'appliquent. La Cour de cassation a annulé des arrêts correctionnels pour des motifs identiques (Crim., 23 janvier 1968).

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Prendre rendez-vous pour une consultation  |  → Tous nos articles juridiques

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un vice de composition de la juridiction ?

C'est une irrégularité dans la manière dont les juges sont désignés pour statuer. Par exemple, si le président n'a pas été régulièrement remplacé, la décision peut être annulée.

Puis-je contester une décision pour ce motif après le délai d'appel ?

Oui, mais uniquement par un pourvoi en cassation, dans les deux mois suivant la notification de l'arrêt. Passé ce délai, la nullité est couverte.

Quels sont les frais d'un pourvoi pour vice de forme ?

Comptez entre 2 000 et 5 000 € d'honoraires d'avocat, plus les frais de procédure (timbre fiscal de 225 € pour le pourvoi). Si vous gagnez, vous pouvez obtenir une indemnité au titre de l'article 700.

Que faire si je pense que la composition de la cour d'appel était irrégulière ?

Contactez immédiatement un avocat spécialisé en procédure civile. Il examinera l'arrêt et les pièces de procédure pour vérifier si un pourvoi est envisageable.

Cette jurisprudence s'applique-t-elle en matière pénale ?

Oui, les mêmes principes s'appliquent. La Cour de cassation a annulé des arrêts correctionnels pour des motifs identiques (Crim., 23 janvier 1968).

Informations juridiques

  • Numéro: 69-91.191
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 05 février 1970

Mots-clés

vice de compositionprésident cour d'appelnullité procéduresuppléance magistrat

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur : expulsion annulée pour vice de composition

Un propriétaire à Saint-Jean-de-Maurienne obtient en appel l'expulsion de son locataire pour loyers impayés (30 000 € d'arriérés). Le locataire se pourvoit en cassation, arguant que le président de la cour d'appel n'était pas régulièrement désigné. L'arrêt est cassé, l'affaire renvoyée.

Application pratique:

Le propriétaire doit recommencer la procédure en appel, ce qui retarde l'expulsion de 12 à 18 mois. Il aurait dû vérifier, dès la notification de l'arrêt, que la composition était régulière. S'il avait constaté l'absence de mention, il aurait pu former un pourvoi incident pour faire annuler l'arrêt plus rapidement, ou demander à son avocat de soulever l'irrégularité avant le prononcé.

2

Acquéreur immobilier : vente annulée, mais vice de forme sauve le vendeur

Un acquéreur à Barberaz obtient la nullité d'une vente pour vice caché (maison insalubre). Le vendeur fait appel et perd, mais se pourvoit en cassation pour vice de composition de la cour. L'arrêt est cassé, l'affaire est renvoyée.

Application pratique:

L'acquéreur doit reprendre la procédure en appel, ce qui retarde la réparation de son préjudice. Il aurait dû s'assurer que l'arrêt mentionnait explicitement la désignation du président. S'il avait été vigilant, il aurait pu contester le pourvoi en faisant valoir que le vice n'affectait pas la décision sur le fond, mais en l'état, la nullité est automatique.

3

Professionnel de l'immobilier : conseiller ses clients sur les risques de procédure

Un agent immobilier ou un notaire conseille un client qui a perdu en appel dans un litige de bornage. Le client envisage un pourvoi en cassation pour vice de composition.

Application pratique:

Le professionnel doit expliquer que le vice de composition est un motif sérieux de cassation, mais qu'il doit être invoqué dans les deux mois. Il doit orienter le client vers un avocat spécialisé qui vérifiera l'arrêt. Si le vice est avéré, le client peut espérer une cassation sans avoir à discuter le fond, ce qui peut être une opportunité de gagner du temps ou de négocier.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence, le préavis s'impose

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide