Un moyen nouveau mélangé de fait et de droit est irrecevable devant la Cour de cassation
Dans un arrêt du 7 février 1996 (Cass. civ., n° 94-11.909), la Cour de cassation rappelle une règle de procédure déterminante en matière de référé immobilier : un argument tiré de l'existence d'une « contestation sérieuse », qui mêle appréciation des faits et application du droit, ne peut pas être présenté pour la première fois devant elle s'il n'a pas été soulevé devant la cour d'appel.
Le contexte : un litige tranché en référé
L'affaire concernait une procédure de référé, cette voie rapide qui permet d'obtenir une décision urgente lorsque le droit invoqué n'est pas sérieusement contesté. Devant le juge des référés puis devant la cour d'appel statuant toujours en référé, une partie n'avait pas fait valoir que le litige portait en réalité sur une contestation sérieuse, ce qui aurait dû faire obstacle à la compétence du juge de l'urgence. Ce n'est qu'au stade du pourvoi, devant la Cour de cassation, que cet argument a été soulevé pour la première fois.
Ce que dit la Cour de cassation
La Haute juridiction rejette le pourvoi sur ce point précis : un moyen « nouveau, mélangé de fait et de droit » est irrecevable devant elle dès lors qu'il n'a pas été débattu devant les juges du fond. Autrement dit, la Cour de cassation ne tranche pas les litiges une seconde fois : elle vérifie seulement si le droit a été correctement appliqué aux faits tels qu'ils ont été établis et discutés devant la cour d'appel. Apprécier l'existence d'une contestation sérieuse suppose d'examiner les éléments de fait du dossier, ce qui ne relève pas de son office.
Pourquoi cette distinction compte en droit immobilier
Le référé est très utilisé en matière immobilière : expulsion, trouble de voisinage, désordres sur un chantier, contestation d'un acte de vente ou d'un bail. Dans toutes ces situations, la question de savoir si le droit invoqué est « sérieusement contestable » ou non conditionne la compétence même du juge des référés. Un propriétaire, un locataire ou un acquéreur qui estime que le litige mérite un débat au fond doit donc le dire dès la première instance ou en appel, sous peine de perdre définitivement la possibilité de le faire valoir devant la Cour de cassation.
Points à retenir
- Un moyen mélangé de fait et de droit doit être soulevé devant la cour d'appel, pas seulement devant la Cour de cassation
- En référé, l'existence d'une « contestation sérieuse » doit être débattue dès les premières étapes de la procédure
- La Cour de cassation ne réexamine pas les faits : elle contrôle uniquement l'application du droit
- Conservez et produisez tous les éléments de preuve dès la première instance (actes, échanges, constats)
- Un conseil préventif permet d'identifier les arguments à soulever au bon moment de la procédure
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'une « contestation sérieuse » en matière de référé ?
C'est un désaccord suffisamment fondé sur le droit ou les faits pour empêcher le juge des référés, qui ne tranche que l'évidence, de statuer : le litige doit alors être porté devant le juge du fond.
Peut-on soulever un argument nouveau devant la Cour de cassation ?
Non, sauf s'il s'agit d'un moyen de pur droit. Un argument qui nécessite d'apprécier des faits non débattus devant la cour d'appel est systématiquement jugé irrecevable, comme le confirme cet arrêt du 7 février 1996.
Comment éviter l'irrecevabilité d'un moyen devant la Cour de cassation ?
En veillant, dès la première instance et en appel, à soulever explicitement tous les arguments pertinents, y compris ceux relatifs à la compétence du juge ou à l'existence d'une contestation sérieuse. Un avocat intervenant dès le référé permet d'anticiper cette exigence procédurale.
En conclusion
Cette décision illustre une exigence stricte de la procédure civile : les arguments mêlant faits et droit se construisent devant les juges du fond, pas au stade du pourvoi. Pour sécuriser un dossier immobilier dès le stade du référé, mieux vaut consulter un professionnel du droit immobilier et foncier, comme le cabinet de Maître Cécile Zakine, avocate à Antibes, qui pourra identifier les moyens à soulever au bon moment de la procédure.

