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Résiliation du bail commercial pour impayés : sort de la demande en justice malgré la suspension de la clause résolutoire
Droit Immobilier

Résiliation du bail commercial pour impayés : sort de la demande en justice malgré la suspension de la clause résolutoire

📅 Décision du 26 juin 1991⚖️ Cour de cassation👁️ 3 vues📖 4 min de lecture

Résiliation du bail commercial pour impayés : sort de la demande en justice malgré la suspension de la clause

Résiliation d'un bail commercial impayé : la clause résolutoire suspendue bloque l'action

Tant qu'aucune décision passée en force de chose jugée n'a constaté la résiliation du bail commercial pour impayés de loyers, le bailleur ne peut pas faire valoir cette résiliation face à une procédure collective : la demande en constatation reste irrecevable si le locataire bénéficie entre-temps de la suspension des effets de la clause résolutoire.

La situation

Un bailleur commercial se heurte fréquemment à la même difficulté : son locataire ne paie plus ses loyers, la clause résolutoire du bail est activée, mais avant que le juge n'ait statué définitivement, le locataire est placé en redressement judiciaire. Le bailleur pense alors pouvoir se prévaloir de la résiliation déjà acquise. C'est précisément l'erreur que sanctionne la Cour de cassation dans sa décision du 26 juin 1991 (n° 90-11.948).

Dans cette affaire, les loyers impayés étaient antérieurs au jugement d'ouverture du redressement judiciaire. Le bailleur demandait donc au juge de constater une résiliation qu'il estimait déjà effective. La Cour de cassation rappelle une règle essentielle : la résiliation d'un bail commercial fondée sur une clause résolutoire n'est jamais automatique. Elle doit être constatée par une décision de justice devenue définitive, c'est-à-dire ayant acquis force de chose jugée.

Or, la loi du 25 janvier 1985 (article 38, aujourd'hui repris par les dispositions du code de commerce relatives aux procédures collectives) permet au locataire placé en redressement judiciaire de solliciter la suspension des effets de la clause résolutoire, et ce aussi longtemps que la résiliation n'est pas juridiquement acquise. Tant que cette suspension peut être demandée et obtenue, le bail subsiste juridiquement, quelle que soit l'ancienneté des impayés.

Ce que dit la loi

Ce principe protège l'entreprise en difficulté et son activité économique : l'ouverture d'un redressement judiciaire vise à donner une chance de redressement, et la perte immédiate du local commercial y ferait obstacle. La Cour de cassation confirme ainsi qu'aucune résiliation n'est "acquise" à la date d'ouverture de la procédure collective si elle n'a pas déjà été constatée par une décision définitive avant cette date.

Pour le bailleur, les conséquences sont concrètes : une demande en constatation de résiliation introduite ou poursuivie après l'ouverture du redressement judiciaire, et fondée sur des loyers impayés antérieurs à ce jugement, sera déclarée irrecevable si aucune décision définitive n'est intervenue avant cette date. Le bailleur devra alors composer avec les règles propres aux procédures collectives, notamment la déclaration de créance, plutôt qu'avec une action en résiliation classique.

Points à retenir

  • La résiliation d'un bail commercial n'est jamais automatique : elle suppose une décision de justice passée en force de chose jugée.
  • L'ouverture d'un redressement judiciaire du locataire permet la suspension des effets de la clause résolutoire, tant que la résiliation n'est pas définitivement acquise.
  • Respectez scrupuleusement les délais légaux de recours et anticipez les conséquences d'une procédure collective sur vos actions en cours.
  • Conservez tous vos documents justificatifs (bail, mises en demeure, décomptes de loyers, actes de procédure).
  • Un conseil préventif coûte toujours moins cher qu'un contentieux mal engagé : faites vérifier la recevabilité de votre action avant toute demande en justice.

FAQ

Le bailleur peut-il reprendre le local dès l'activation de la clause résolutoire ?

Non. La clause résolutoire ne produit ses effets définitifs qu'après constatation judiciaire devenue définitive. Avant cela, le locataire peut encore faire valoir des moyens de défense, y compris la suspension de ses effets en cas de procédure collective.

Que devient la demande du bailleur si le locataire est placé en redressement judiciaire en cours de procédure ?

Si aucune décision définitive n'a constaté la résiliation avant le jugement d'ouverture, la demande fondée sur des loyers antérieurs devient irrecevable : le bailleur doit alors s'inscrire dans le cadre de la procédure collective.

Comment un bailleur peut-il sécuriser sa position en amont ?

En agissant rapidement dès les premiers impayés, en obtenant une décision définitive avant toute ouverture de procédure collective, et en se faisant accompagner par un avocat pour anticiper les délais de recours et les voies de suspension.

Pour une analyse personnalisée de votre situation en droit immobilier, le cabinet de Me Zakine, avocate à Antibes, vous accompagne dans vos démarches.

Informations juridiques

  • Numéro: 90-11.948
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 26 juin 1991

Mots-clés

droit immobilierjurisprudenceimmobilier

Cas d'usage pratiques

1

Bailleur commercial face à un locataire en redressement judiciaire

À Lyon, un bailleur n'a pas été payé de ses loyers commerciaux depuis 4 mois (environ 12 000 € d'arriérés) lorsque son locataire est placé en redressement judiciaire par jugement du tribunal de commerce. Le bailleur souhaite faire constater la résiliation du bail commercial pour récupérer son local rapidement.

Application pratique:

Cette décision rappelle que la demande en constatation de résiliation du bail est irrecevable si aucune décision de justice définitive ne l'a constatée avant l'ouverture de la procédure collective. Le bailleur doit donc déclarer sa créance de loyers impayés au passif du redressement judiciaire auprès du mandataire judiciaire, dans un délai de 2 mois à compter de la publication du jugement d'ouverture. Il ne pourra pas invoquer la clause résolutoire tant que l'administrateur n'aura pas tranché sur la poursuite ou non du bail ; consulter un avocat avant toute action en résiliation est indispensable pour ne pas voir sa demande rejetée comme irrecevable.

2

Commerçant locataire menacé d'expulsion pendant son redressement

Un restaurateur à Bordeaux, dont l'entreprise vient d'être placée en redressement judiciaire, reçoit un commandement de payer de son bailleur invoquant une clause résolutoire pour des loyers impayés antérieurs au jugement d'ouverture, soit environ 8 000 €. Il craint de perdre son bail commercial et donc son fonds de commerce.

Application pratique:

Selon cette jurisprudence, la résiliation du bail n'est acquise que si elle a été constatée par une décision de justice passée en force de chose jugée avant l'ouverture de la procédure collective. Si ce n'est pas le cas, le locataire peut demander la suspension des effets de la clause résolutoire et faire valoir que la dette de loyers antérieurs doit être traitée dans le cadre du plan de redressement, pas par une résiliation immédiate. Il doit immédiatement informer son administrateur judiciaire et contester toute action en résiliation engagée par le bailleur devant le juge-commissaire. Un conseil juridique rapide (sous 15 jours) est essentiel pour sécuriser le maintien du bail.

3

Repreneur d'entreprise évaluant un bail commercial repris

Un investisseur envisage de racheter un fonds de commerce à Marseille dont l'ancien exploitant a connu un redressement judiciaire deux ans plus tôt, avec des loyers impayés à l'époque mais aucun jugement de résiliation n'avait été rendu avant la procédure collective. Il veut vérifier que le bail commercial attaché au fonds est bien toujours valable avant de signer, pour un prix d'acquisition d'environ 150 000 €.

Application pratique:

Conformément à cette décision, un bail ne peut être considéré comme résilié qu'en présence d'une décision de justice définitive constatant la résiliation avant l'ouverture de la procédure collective ; en l'absence d'une telle décision, le bail subsiste et peut être valablement cédé avec le fonds. L'investisseur doit exiger du vendeur une copie de tout jugement relatif au bail et vérifier au greffe du tribunal de commerce qu'aucune décision de résiliation passée en force de chose jugée n'existe. Il est recommandé de faire vérifier ce point par un avocat avant la signature du compromis, car un bail résilié rendrait le fonds de commerce sans valeur réelle.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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