Décision de référence : cc • N° 19-17.045 • 2020-09-10 • Consulter la décision →
Imaginez-vous propriétaire d'un appartement dans une résidence à Capbreton, face à l'océan. Vous recevez chaque trimestre votre décompte de charges de copropriété (les frais communs pour l'entretien des parties communes, l'ascenseur, le gardiennage, etc.). Mais voilà : vous avez l'impression que votre quote-part (votre part des charges) est trop élevée par rapport à celle de votre voisin qui possède un logement similaire. Vous consultez le règlement de copropriété (le document qui organise la vie dans l'immeuble) : la répartition y est bien inscrite, datant parfois de la construction. Pensez-vous être coincé ?
Cette situation, je la rencontre régulièrement dans mon cabinet, que ce soit à Mont-de-Marsan ou sur la Côte d'Azur. Des copropriétaires se sentent lésés par une répartition des charges qu'ils jugent injuste, mais hésitent à agir car « c'est écrit dans le règlement ». La question est simple : peut-on contester une clause du règlement de copropriété, même ancienne, si elle ne respecte pas la loi ?
La Cour de cassation, dans une décision du 10 septembre 2020, apporte une réponse claire et rassurante. Elle rappelle que l'assemblée générale des copropriétaires (la réunion annuelle de tous les propriétaires) est l'organe compétent pour modifier le règlement. Surtout, elle affirme que tout copropriétaire peut, à tout moment, faire constater qu'une clause de répartition des charges n'est pas conforme à la loi et demander sa correction. undefined, le fait qu'une clause soit écrite dans le règlement ne la rend pas intouchable si elle est illégale. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire à Parentis-en-Born ou locataire à Capbreton ?
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Prenons l'exemple de M. Dubois, propriétaire d'un appartement dans une copropriété de 20 lots à Parentis-en-Born, près du lac. Lors de l'achat il y a cinq ans, il a reçu le règlement de copropriété, un document d'une trentaine de pages. À l'article 8, la répartition des charges est détaillée : 60% selon la valeur relative de chaque lot (c'est-à-dire en fonction de la surface et de la situation), et 40% selon les tantièmes (les parts de copropriété attribuées à chaque lot). M. Dubois paie ainsi environ 1 200 € de charges annuelles pour son T3 de 70 m².
Lors d'une assemblée générale, il discute avec son voisin du dessus, M. Martin, qui possède un T3 identique. Ce dernier lui révèle qu'il ne paie que 900 € de charges par an. Stupéfait, M. Dubois vérifie : effectivement, dans le règlement, les tantièmes attribués à son lot sont supérieurs à ceux de M. Martin, sans raison objective (mêmes surface, exposition, étage). Il estime que cette différence, qui lui coûte 300 € par an, soit 1 500 € sur cinq ans, est injustifiée.
M. Dubois saisit alors le syndic (le gestionnaire de la copropriété) pour demander une modification de la répartition. Le syndic lui répond que le règlement, établi à la construction en 1995, ne peut être modifié que par une décision de l'assemblée générale à la majorité qualifiée (les deux tiers des voix), et que cela semble compliqué. Frustré, M. Dubois engage une action en justice contre le syndicat des copropriétaires (l'entité juridique qui représente tous les copropriétaires) pour faire constater l'illégalité de la clause et obtenir une nouvelle répartition.
Le tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan, saisi en première instance, donne raison à M. Dubois. Il estime que la répartition des charges doit respecter l'article 10 de la loi du 10 juillet 1965 (la loi qui régit la copropriété), qui impose une répartition équitable en fonction de l'utilité que chaque lot retire des charges. La cour d'appel de Pau confirme ce jugement. Le syndicat des copropriétaires forme alors un pourvoi en cassation, arguant que l'assemblée générale n'avait pas le pouvoir de modifier une clause du règlement de copropriété sans respecter des formalités strictes. C'est là que la Cour de cassation intervient.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation, dans son arrêt du 10 septembre 2020, rejette le pourvoi du syndicat et valide la décision des juges du fond. Son raisonnement repose sur deux piliers juridiques clés, que je vais vous expliquer simplement.
Premier pilier : l'article 43 de la loi du 10 juillet 1965. Cet article dispose que « l'assemblée générale statue sur les modifications à apporter au règlement de copropriété ». Les magistrats de la Cour de cassation interprètent cette disposition de manière large. Ils estiment que l'assemblée générale est l'organe habilité à modifier le règlement, et que ce pouvoir inclut la possibilité de reconnaître le caractère non écrit d'une clause. undefined si une clause du règlement (comme celle sur la répartition des charges) ne respecte pas la loi, l'assemblée générale peut décider qu'elle est nulle et doit être remplacée. Cela ne signifie pas qu'elle peut modifier le règlement à sa guise, mais qu'elle a l'autorité pour corriger les illégalités.
Deuxième pilier : l'article 10, alinéa 1er, de la même loi. Cet article impose que « les charges de copropriété sont réparties entre tous les copropriétaires proportionnellement à l'utilité que présente chaque lot ». La Cour rappelle que tout copropriétaire ou le syndicat des copropriétaires peuvent, à tout moment, faire constater l'absence de conformité d'une clause de répartition des charges à cette règle. Peu importe que cette clause figure dans le règlement de copropriété initial, dans un acte modificatif ultérieur ou dans une décision d'assemblée générale. Dès qu'elle est illégale, elle peut être contestée.
Dans le cas de M. Dubois, la cour d'appel avait constaté que la répartition basée sur des tantièmes inégaux pour des lots similaires ne respectait pas le principe d'utilité. La Cour de cassation valide cette analyse. Elle confirme ainsi une jurisprudence constante : les tribunaux peuvent contrôler la légalité des clauses du règlement de copropriété, et les copropriétaires ont un droit d'action permanent pour les faire corriger. Ce n'est pas une évolution révolutionnaire, mais une confirmation importante qui renforce la sécurité juridique des propriétaires.
Attention toutefois : la décision ne dit pas que l'assemblée générale peut modifier le règlement sans condition. Elle doit le faire dans le respect de la loi, et notamment de l'article 10. Si elle prend une décision illégale (par exemple, une répartition arbitraire), elle pourra être annulée en justice. undefined, c'est que cette jurisprudence s'applique aussi aux clauses qui prévoient une division en copropriété verticale (comme mentionné dans le contenu de la décision), mais c'est un autre sujet.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Cette décision a des implications pratiques immédiates pour différents profils, que vous soyez propriétaire, locataire ou professionnel de l'immobilier dans le ressort de Mont-de-Marsan, y compris à Capbreton ou Parentis-en-Born.
Si vous êtes copropriétaire (le détenteur d'un lot dans un immeuble en copropriété), cette décision vous donne un levier d'action. Supposons que vous possédiez un appartement à Capbreton et que vous payiez 1 500 € de charges annuelles, alors que votre voisin au même étage avec une surface identique n'en paie que 1 200 €. Vous pouvez désormais agir en plusieurs étapes. D'abord, vérifiez la répartition dans le règlement de copropriété et évaluez son équité. Ensuite, saisissez le syndic par écrit pour demander une correction. Si le syndic refuse ou tarde, vous pouvez saisir l'assemblée générale en proposant un vote pour modifier la clause. En cas d'échec, vous avez le droit d'engager une action en justice, comme M. Dubois. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des copropriétaires ont récupéré plusieurs milliers d'euros de trop-perçus sur 5 à 10 ans.
Si vous êtes locataire (la personne qui occupe le logement sans en être propriétaire), cette décision vous concerne indirectement. En effet, les charges de copropriété sont souvent répercutées sur vous via les charges locatives. Si votre propriétaire paie une quote-part excessive, il pourrait être tenté de vous facturer plus. Mais sachez que la répartition des charges entre propriétaire et locataire est régie par le décret du 26 août 1987, et que vous avez des recours si vous estimez être surchargé. Cette décision renforce la position des propriétaires pour négocier une répartition équitable en copropriété, ce qui peut bénéficier in fine aux locataires.
Si vous êtes acquéreur (une personne qui envisage d'acheter un bien en copropriété), cette décision est un signal d'alerte. Avant d'acheter, examinez attentivement le règlement de copropriété, notamment la répartition des charges. À Parentis-en-Born, par exemple, pour un achat de 200 000 €, des charges annuelles de 1 800 € contre 1 200 € pour un lot similaire peuvent représenter un surcoût significatif sur la durée. Vous pouvez maintenant négocier avec le vendeur pour qu'il règle ce point avant la vente, ou prévoir une action post-achat. Les délais pour agir sont souples : vous pouvez contester à tout moment, même des années après l'acquisition.
Si vous êtes syndic ou professionnel de l'immobilier, cette décision vous impose une vigilance accrue. Vous devez vérifier que les règlements de copropriété que vous gérez ou dont vous vendez les biens respectent l'article 10 de la loi de 1965. En cas de doute, conseillez aux copropriétaires de régulariser la situation en assemblée générale pour éviter des litiges coûteux. Un contentieux sur la répartition des charges peut durer 1 à 2 ans et coûter plusieurs milliers d'euros en frais de justice.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez systématiquement le règlement de copropriété avant d'acheter : Demandez une copie du règlement et faites analyser la répartition des charges par un professionnel. Comparez votre quote-part avec celle de lots similaires. Si vous constatez une anomalie, négociez une correction avec le vendeur ou prévoyez une action future.
- Assistez aux assemblées générales et votez en connaissance de cause : Participez activement aux décisions de votre copropriété. Lorsqu'une modification du règlement est proposée, exigez des explications claires sur son impact sur la répartition des charges. Votez contre si elle vous semble inéquitable.
- Documentez vos échanges avec le syndic : Si vous contestez une répartition, faites-le par écrit (email ou courrier recommandé) et conservez les preuves. Cela sera crucial en cas de procédure judiciaire. undefined, j'ai vu des dossiers échouer faute de preuves.
- Consultez un avocat spécialisé dès les premiers signes de problème : Ne laissez pas traîner une situation d'injustice. Une consultation précoce peut vous aider à évaluer vos chances de succès et à définir une stratégie, souvent pour moins de 100 €, alors qu'un procès peut coûter bien plus.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
La décision de la Cour de cassation du 10 septembre 2020 s'inscrit dans une jurisprudence bien établie. Par exemple, dans un arrêt du 15 mars 2018 (n° 16-27.372), la Cour avait déjà affirmé que l'assemblée générale pouvait modifier le règlement de copropriété pour corriger une clause illégale, y compris en matière de répartition des charges. Cette décision de 2020 vient donc confirmer et préciser cette ligne jurisprudentielle.
Il existe cependant des décisions divergentes sur des points annexes, comme la question de la prescription (le délai pour agir). Certains tribunaux ont estimé que l'action pour contester une répartition des charges pouvait se prescrire après 5 ans, mais la tendance actuelle, renforcée par cette décision, est de considérer que le droit d'agir est permanent dès lors que la clause est illégale. Cela signifie que, même si votre règlement date de 30 ans, vous pouvez encore le contester aujourd'hui.
Pour l'avenir, cette jurisprudence encourage une plus grande transparence et équité dans les copropriétés. Elle pousse les syndics et les assemblées générales à revoir les règlements anciens, souvent hérités de pratiques obsolètes. Dans le ressort de Mont-de-Marsan, où de nombreuses copropriétés ont été construites dans les années 1970-1980 (comme à Parentis-en-Born ou Capbreton), cela pourrait conduire à une vague de régularisations. Comment réagir ? En étant proactif : si vous êtes syndic, proposez une mise à jour du règlement ; si vous êtes copropriétaire, saisissez l'opportunité pour faire valoir vos droits.
Checklist avant d'agir
- Vérifiez votre règlement de copropriété : Lisez l'article sur la répartition des charges. Notez votre quote-part et comparez-la à celle de lots similaires.
- Calculez le préjudice : Estimez le surcoût annuel et cumulé sur plusieurs années. Par exemple, 300 € par an sur 10 ans = 3 000 €.
- Contactez le syndic : Adressez-lui une demande écrite de correction, en citant l'article 10 de la loi de 1965 et la décision de la Cour de cassation.
- Préparez l'assemblée générale : Si le syndic ne réagit pas, proposez un point à l'ordre du jour de la prochaine assemblée pour voter une modification.
- Consultez un avocat : Si les étapes précédentes échouent, prenez rendez-vous avec un avocat pour évaluer la faisabilité d'une action en justice et ses coûts.
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