Décision de référence : cc • N° 93-12.375 • 1995-03-21 • Consulter la décision →
Vous avez signé un compromis de vente avec une condition suspensive d'obtention de prêt. Le délai de deux mois est dépassé, mais le vendeur ne dit rien, continue à préparer l'acte authentique. Puis, soudain, il se rétracte en invoquant la caducité de la promesse. Peut-il le faire ? C'est la question que s'est posée la Cour de cassation dans un arrêt du 21 mars 1995, toujours d'actualité pour les propriétaires et acquéreurs.
À Arcachon comme à Périgueux, les promesses de vente sont monnaie courante. Mais que se passe-t-il si la condition suspensive n'est pas réalisée dans le délai ? Le vendeur peut-il faire comme si rien ne s'était passé et exiger la réitération ? Ou au contraire, doit-il agir rapidement pour constater la caducité ? La réponse des juges est sans appel : le silence peut valoir renonciation.
Dans cette affaire, le vendeur avait continué à transmettre des documents au notaire sans protester du retard. Les juges ont estimé qu'il avait ainsi renoncé à se prévaloir de la condition suspensive. Décryptage d'une décision qui change la donne pour tous les acteurs de l'immobilier.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
En décembre 1986, les époux A... signent une promesse de vente pour acquérir un immeuble appartenant à M. Z..., avec une condition suspensive d'obtention d'un prêt dans un délai de deux mois. Le compromis précise que si le prêt n'est pas obtenu dans ce délai, « chacune des parties reprendrait sa liberté ». Autrement dit, la vente serait caduque.
Les mois passent. Le délai expire sans que les acquéreurs n'aient obtenu leur prêt. Pourtant, M. Z... continue de communiquer au notaire les documents nécessaires à l'établissement de l'acte authentique. Il ne dit rien, ne proteste pas. Puis, quelques mois plus tard, il fait savoir qu'il ne donne pas suite à la vente. Pour lui, la promesse était caduque depuis le dépassement du délai.
Les époux A... l'assignent en justice. Ils estiment que M. Z... a renoncé tacitement à se prévaloir de la caducité. La cour d'appel leur donne raison. M. Z... se pourvoit en cassation, arguant que sa simple passivité ne pouvait valoir renonciation sans une volonté « sans équivoque ». Mais la Haute juridiction rejette son pourvoi. Elle estime que les juges du fond ont pu déduire de son comportement une renonciation claire et non équivoque.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Le fondement juridique de cette décision est l'ancien article 1134 du Code civil (aujourd'hui 1103), qui dispose que les conventions doivent être exécutées de bonne foi. La renonciation à un droit, en l'occurrence celui de se prévaloir de la caducité de la promesse, n'est pas présumée. Elle doit résulter d'actes manifestant sans équivoque la volonté de renoncer.
Mais qu'est-ce qu'une volonté « sans équivoque » ? La cour d'appel avait relevé que M. Z. avait transmis des documents au notaire après l'expiration du délai, sans s'assurer de la date d'obtention du prêt, sans élever la moindre protestation. Pour les juges, ces actes positifs (et non une simple inaction) étaient suffisamment clairs pour caractériser une renonciation.
La Cour de cassation valide ce raisonnement. Elle rappelle que la renonciation peut être tacite, dès lors qu'elle résulte d'un comportement qui ne laisse aucun doute sur l'intention de renoncer. En l'espèce, le vendeur avait agi comme si la vente devait se réaliser, en collaborant à la préparation de l'acte authentique. Il ne pouvait ensuite revenir sur cette position.
Cette décision est une confirmation de la jurisprudence antérieure. Elle illustre la méfiance des tribunaux envers les comportements contradictoires : on ne peut pas laisser croire à l'autre partie que tout va bien, puis se rétracter quand cela vous arrange.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les vendeurs, le message est clair : si la condition suspensive n'est pas réalisée dans le délai, vous devez réagir rapidement. Ne pas le faire, c'est prendre le risque d'être considéré comme ayant renoncé à la caducité. Vous serez alors contraint de vendre au prix convenu, même si le marché a entre-temps évolué. Imaginez : à Périgueux, un bien estimé 200 000 € que vous voulez revendre 250 000 € six mois plus tard. Si vous avez laissé traîner, vous pourriez être obligé de vendre au prix initial.
Pour les acquéreurs, cette décision est une protection. Si le vendeur ne réagit pas après le délai, vous pouvez considérer que la vente est toujours valable. Mais attention : vous devez prouver que le vendeur a eu un comportement actif (envoi de documents, rendez-vous chez le notaire…) qui montre qu'il ne se prévaut pas de la caducité. Un simple silence ne suffit pas toujours.
Pour les notaires et agents immobiliers, la leçon est de documenter chaque étape. Si le vendeur transmet des documents après le délai, il faut l'interroger par écrit sur sa position. Un email ou un courrier peut faire foi.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Fixez un délai précis et suivez-le. Dans la promesse, indiquez une date butoir pour la condition suspensive. Ne laissez pas de zone grise. Si le délai est dépassé, agissez immédiatement.
- Écrivez toujours. Si vous êtes vendeur et que le délai est expiré, adressez un courrier recommandé à l'acquéreur et au notaire pour constater la caducité. Ne vous contentez pas d'un appel téléphonique.
- Ne faites rien qui puisse être interprété comme une poursuite de la vente. Transmettre des documents, accepter un rendez-vous chez le notaire, discuter

