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Bail commercial : la résiliation judiciaire sans mise en demeure est possible (Cass. 1978)
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Bail commercial : la résiliation judiciaire sans mise en demeure est possible (Cass. 1978)

📅 Décision du 31 mars 1978⚖️ Cour de cassation👁️ 6 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation a jugé que le propriétaire d'un bail commercial peut demander la résiliation judiciaire du bail sans avoir à envoyer une mise en demeure préalable, notamment en cas de sous-location ou cession non autorisée. Décryptage de l'arrêt du 31 mars 1978 et conseils pratiques.

Décision de référence : cc • N° 75-13.989 • 1978-03-31 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Hayange. Depuis des années, votre locataire exploite une boutique de vêtements. Un jour, vous découvrez qu'il a sous-loué une partie du local à un coiffeur sans vous en parler. La colère monte : n'auriez-vous pas dû être informé ? Et surtout, que pouvez-vous faire ? Envoyer une lettre de mise en demeure (une demande formelle de régularisation) ? Ou bien saisir directement le tribunal ?

C'est précisément la question que la Cour de cassation a tranchée le 31 mars 1978. Une question qui semble technique, mais qui a des conséquences très concrètes pour des milliers de baux commerciaux en France. Faut-il obligatoirement passer par une mise en demeure avant de demander la résiliation judiciaire (la fin du bail décidée par un juge) ? La réponse de la plus haute juridiction française est claire : non, pas toujours. Et cette décision, vieille de près de 50 ans, reste une référence absolue.

Dans cet article, je vais vous raconter l'histoire derrière cet arrêt, vous expliquer le raisonnement des juges d'une manière simple, et surtout vous donner des conseils pratiques pour éviter de vous retrouver dans une situation similaire. Que vous soyez bailleur, locataire ou professionnel de l'immobilier, ces règles vous concernent. Alors, prêt à devenir incollable sur la résiliation judiciaire des baux commerciaux ?

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. Z est propriétaire d'un terrain à Hayange. En 1967, il signe avec une société un contrat qualifié de bail commercial (un bail qui permet au locataire d'exploiter un fonds de commerce). Le terrain est nu, mais le locataire y construit des bâtiments pour exercer son activité. Jusque-là, tout va bien.

Sauf que le locataire, sans demander l'autorisation à M. Z, sous-loue une partie du terrain à un tiers. Ou peut-être cède-t-il son bail (il transfère ses droits à quelqu'un d'autre). Toujours est-il que M. Z n'est pas content. Il estime que cette sous-location ou cession non autorisée est une faute grave qui justifie la fin du bail. Il saisit donc le tribunal pour demander la résiliation judiciaire du bail.

Problème : M. Z n'a jamais envoyé de mise en demeure (une lettre recommandée exigeant que le locataire régularise la situation dans un certain délai). Le locataire, de son côté, argue que sans mise en demeure, la demande de résiliation est irrecevable. Le tribunal de première instance (le tribunal de grande instance) lui donne raison ? Non, pas exactement. L'affaire monte jusqu'à la cour d'appel de Nancy, puis jusqu'à la Cour de cassation.

Le parcours judiciaire est long. Mais au bout du compte, ce sont les magistrats de la Cour suprême qui vont trancher. Et leur décision va faire date. Pourquoi ? Parce qu'ils répondent à une question que se posent beaucoup de propriétaires : suis-je obligé d'avertir mon locataire avant de le traîner en justice pour résilier le bail ?

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans son arrêt du 31 mars 1978, a cassé (annulé) l'arrêt de la cour d'appel qui avait exigé une mise en demeure. Mais pourquoi ? Le raisonnement des juges est simple et repose sur le droit commun des contrats, et plus précisément sur l'article 1184 du Code civil (aujourd'hui abrogé mais remplacé par l'article 1224 du même code). Cet article prévoit que lorsqu'un contractant ne respecte pas ses obligations, l'autre peut demander la résolution (la fin) du contrat en justice. Et surtout, la loi ne dit pas qu'il faut d'abord mettre en demeure (sauf dans certains cas spécifiques prévus par la loi ou le contrat).

Or, en matière de baux commerciaux, le décret du 30 septembre 1953 (qui régit les baux commerciaux) ne prévoit pas de mise en demeure obligatoire pour demander la résiliation judiciaire en cas de sous-location ou cession non autorisée. Les juges en déduisent que le propriétaire peut saisir directement le tribunal. La mise en demeure n'est qu'une formalité facultative, pas une condition de recevabilité (une condition pour que le tribunal accepte d'examiner la demande).

Mais attention, nuance importante : cela ne signifie pas qu'il ne faut jamais envoyer de mise en demeure. Dans certains cas, elle est utile : par exemple, pour fixer un point de départ aux intérêts moratoires (les intérêts de retard) ou pour prouver que le locataire a été averti. Mais pour la résiliation judiciaire elle-même, elle n'est pas obligatoire. La Cour de cassation a ainsi confirmé une solution qui protège le propriétaire contre les locataires indélicats : pas besoin de les prévenir avant de les attaquer. C'est un revirement par rapport à certaines décisions antérieures plus exigeantes, mais une confirmation d'une tendance libérale en faveur du bailleur.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire d'un local commercial à Yutz, et que vous découvrez que votre locataire a sous-loué sans autorisation, vous pouvez directement saisir le tribunal de commerce (ou le tribunal judiciaire selon le montant du loyer). Pas besoin de lui envoyer une lettre de mise en demeure au préalable. Vous gagnez du temps et évitez que le locataire ne régularise en catastrophe juste avant l'échéance de la mise en demeure pour faire échouer votre action.

Prenons un exemple chiffré : vous louez un local de 100 m² à Hayange pour 1 200 € par mois. Votre locataire sous-loue 30 m² à un artisan pour 500 € par mois, sans votre accord. Vous estimez que cette sous-location non autorisée est une violation grave du bail (et c'est effectivement interdit par la clause type du bail commercial). Vous pouvez demander au juge de prononcer la résiliation du bail et l'expulsion du locataire. Sans mise en demeure, vous pouvez agir immédiatement. Le locataire ne pourra pas dire : « Vous ne m'avez pas prévenu, je n'ai pas eu le temps de régulariser. » La jurisprudence de 1978 le prive de cet argument.

Pour le locataire, en revanche, cette décision est moins favorable. Elle signifie que vous devez être particulièrement vigilant : si vous commettez une faute contractuelle (sous-location, cession, défaut d'entretien, etc.), le propriétaire peut intenter une action en résiliation sans vous avertir au préalable. Attention donc à bien respecter vos obligations et à demander systématiquement l'autorisation écrite du bailleur pour toute sous-location ou cession.

Pour les acquéreurs d'un fonds de commerce, c'est aussi un point à vérifier dans les bilans de cession : si le vendeur a commis des infractions au bail, le propriétaire peut demander la résiliation sans préavis. Mieux vaut exiger des garanties (une clause de garantie de passif) dans l'acte de vente.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez un bail commercial précis : incluez une clause interdisant toute sous-location ou cession sans l'accord écrit préalable du bailleur. Précisez les conséquences en cas de violation (résiliation de plein droit, pénalités). Un contrat bien ficelé évite 80 % des litiges.
  • Surveillez votre bien régulièrement : passez de temps en temps devant le local pour voir qui l'occupe. À Yutz, un propriétaire peut facilement constater qu'une enseigne a changé sans autorisation. Agissez vite : une tolérance prolongée peut être interprétée comme un accord tacite.
  • Conservez toutes les preuves : en cas de sous-location, prenez des photos, collectez des témoignages, gardez les échanges de courriels. La preuve est essentielle car le juge ne peut pas deviner. Sans preuve, pas de résiliation.
  • Consultez un avocat avant d'agir : même si la mise en demeure n'est pas obligatoire, un avocat spécialisé en droit immobilier (comme moi, Maître Cécile Zakine) peut vous conseiller sur la stratégie à adopter. Parfois, envoyer une mise en demeure peut être utile pour négocier une solution amiable. Mais si vous voulez la résiliation, vous pouvez aller directement au tribunal.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1978 n'est pas isolée. Elle s'inscrit dans une lignée de jurisprudence constante. Par exemple, un arrêt de la Cour de cassation du 14 février 1979 (n° 77-14.123) a rappelé que la mise en demeure n'est pas une condition de la résiliation judiciaire pour défaut de paiement de loyer (sauf clause contraire). En revanche, pour la clause résolutoire (celle qui prévoit une résiliation automatique après un commandement de payer), la mise en demeure est obligatoire : c'est le commandement de payer lui-même qui sert de mise en demeure.

Il existe donc deux voies pour mettre fin à un bail : la clause résolutoire (qui nécessite un commandement de payer ou d'exécuter) et la résiliation judiciaire (qui peut être demandée sans formalité préalable). La tendance des tribunaux est de protéger le bailleur contre les manquements graves du locataire, mais aussi de sanctionner les abus. Depuis 1978, la jurisprudence n'a pas varié : la résiliation judiciaire reste une action directe, sans mise en demeure obligatoire. Cependant, en pratique, les juges apprécient souverainement la gravité du manquement. Une sous-location unique et sans préjudice peut ne pas justifier la résiliation. C'est pourquoi il est important de bien documenter le préjudice subi.

Points clés à retenir

FAQ :

Q : Puis-je demander la résiliation judiciaire de mon bail commercial sans avoir envoyé une mise en demeure ?
R : Oui, selon la Cour de cassation (arrêt du 31 mars 1978), la mise en demeure n'est pas obligatoire pour engager une action en résiliation judiciaire, sauf si votre contrat le prévoit ou si la loi l'exige (par exemple pour les loyers impayés avec clause résolutoire).

Q : Quels sont les motifs graves justifiant une résiliation judiciaire ?
R : Les plus courants sont : sous-location ou cession non autorisée, défaut d'entretien, changement de destination des lieux, troubles de voisinage, défaut de paiement des charges (hors loyers). Chaque cas est apprécié par le juge.

Q : Que faire si je découvre une sous-location non autorisée ?
R : Rassemblez des preuves (photos, attestations), consultez un avocat pour évaluer l'opportunité d'une action en résiliation, et si vous décidez d'agir, vous pouvez saisir le tribunal sans mise en demeure préalable.

Q : Y a-t-il un délai pour agir ?
R : Oui, l'action en résiliation judiciaire se prescrit par 5 ans à compter de la découverte du fait litigieux (article 2224 du Code civil). Ne tardez pas.

Q : En quoi consiste la consultation avec Maître Zakine ?
R : Une première consultation de 30 minutes pour 45 €, lors de laquelle nous analysons votre situation, vos documents et vous donnons une stratégie adaptée. Cela peut vous éviter des mois de procédure inutile.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je demander la résiliation judiciaire de mon bail commercial sans mise en demeure ?

Oui, selon l'arrêt de la Cour de cassation du 31 mars 1978, la mise en demeure n'est pas obligatoire pour engager une action en résiliation judiciaire, sauf si votre contrat le prévoit ou si la loi l'exige.

Quels sont les motifs graves justifiant une résiliation judiciaire d'un bail commercial ?

Les motifs les plus courants sont : sous-location ou cession non autorisée, défaut d'entretien, changement de destination, troubles de voisinage, défaut de paiement des charges. Chaque cas est apprécié par le juge.

Que faire si je découvre une sous-location non autorisée dans mon local commercial ?

Rassemblez des preuves (photos, attestations), consultez un avocat spécialisé, puis si vous décidez d'agir, vous pouvez saisir le tribunal sans mise en demeure préalable.

Y a-t-il un délai pour agir en résiliation judiciaire ?

Oui, l'action se prescrit par 5 ans à compter de la découverte du fait litigieux (article 2224 du Code civil). Il ne faut pas tarder.

En quoi consiste la consultation avec Maître Zakine ?

Une première consultation de 30 minutes pour 45 €, pour analyser votre situation, vos documents et obtenir une stratégie adaptée. Cela peut éviter des mois de procédure inutile.

Informations juridiques

  • Numéro: 75-13.989
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 31 mars 1978

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Hayange découvre une sous-location non autorisée

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à Hayange, constate que son locataire a sous-loué une partie de la boutique à un coiffeur sans son accord. Il souhaite résilier le bail.

Application pratique:

M. Dupont peut saisir directement le tribunal judiciaire de Metz sans envoyer de mise en demeure préalable. Il doit rassembler des preuves (photos, témoignages) et démontrer le préjudice. La jurisprudence de 1978 lui permet d'agir rapidement.

2

Locataire à Yutz craint une résiliation pour défaut d'entretien

Mme Martin, locataire d'un local commercial à Yutz, a négligé l'entretien de la façade. Le propriétaire menace de demander la résiliation judiciaire sans mise en demeure.

Application pratique:

Mme Martin doit immédiatement régulariser la situation (faire les travaux) et demander un accord écrit au propriétaire. Si le propriétaire engage une action, elle pourra invoquer l'absence de préjudice grave. Mais il est trop tard pour exiger une mise en demeure.

3

Acquéreur d'un fonds de commerce vérifie les antécédents

M. Leroy achète un fonds de commerce à Hayange. Il découvre après la vente que le vendeur avait sous-loué sans autorisation, ce qui expose le nouveau locataire à une résiliation judiciaire.

Application pratique:

M. Leroy doit exiger du vendeur une garantie de passif dans l'acte de cession. En cas de résiliation, il pourra se retourner contre le vendeur. Il doit aussi régulariser la situation avec le propriétaire dès que possible.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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