Responsabilité du notaire : pas de subsidiarité, une faute suffit pour obtenir réparation
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Responsabilité du notaire : pas de subsidiarité, une faute suffit pour obtenir réparation

📅 Décision du 22 septembre 2016⚖️ Cour de cassation👁️ 2 vues📖 5 min de lecture

La Cour de cassation a rappelé que la responsabilité d'un notaire n'est pas subsidiaire : même si la victime aurait pu se défendre autrement, le notaire qui a commis une faute doit réparer l'entier préjudice. Décryptage de l'arrêt du 22 septembre 2016 (n°15-13.840).

Décision de référence : cc • N° 15-13.840 • 2016-09-22 • Consulter la décision →

Un propriétaire découvre que son terrain est plus petit que ce que mentionnait l'acte de vente notarié, ce qui conduit à un empiètement et une condamnation. Peut-il poursuivre directement le notaire, même s'il n'a pas invoqué cette erreur lors du procès contre le voisin ? La Cour de cassation répond que oui, dans un arrêt du 22 septembre 2016 (n° 15-13.840). Explications.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Un propriétaire avait acheté un terrain avec une maison. L'acte de vente, reçu par un notaire, indiquait une surface de 1 200 m². Après la vente, il a construit une piscine et un abri de jardin. Le voisin a alors assigné le propriétaire en justice, affirmant que la construction empiétait sur sa parcelle. Effectivement, un géomètre a révélé que la surface réelle du terrain était inférieure, et que la piscine empiétait de quelques centimètres sur la parcelle voisine. Le voisin demandait la démolition de la piscine et des dommages-intérêts. Pendant le procès, le propriétaire n'a jamais invoqué le moyen tiré de l'empiètement lié à l'erreur de l'acte notarié. Il a perdu le procès, et a dû démolir la piscine et payer des dommages-intérêts au voisin. Ensuite, le propriétaire a assigné le notaire en responsabilité pour obtenir réparation de ses préjudices (coût de démolition, dommages-intérêts versés, frais de procédure). Le notaire a répondu : « Vous auriez dû, pendant le procès contre le voisin, invoquer ma faute pour limiter votre préjudice. Vous ne l'avez pas fait, donc je ne dois rien. » Les juges du fond ont donné raison au notaire, estimant que la responsabilité du notaire était subsidiaire : la victime aurait dû utiliser les moyens de défense dont elle disposait. Mais la Cour de cassation a cassé cet arrêt.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 1240 du Code civil (ex-article 1382), qui énonce : « Tout fait quelconque de l'homme, qui cause à autrui un dommage, oblige celui par la faute duquel il est arrivé à le réparer. » Elle rappelle que la responsabilité du notaire est une responsabilité professionnelle, fondée sur son devoir d'assurer l'efficacité juridique de l'acte qu'il reçoit. Ce devoir inclut la vérification des limites et de la superficie. En l'espèce, le notaire a commis une faute en mentionnant une superficie erronée, ce qui a conduit à l'empiètement. Le dommage direct du propriétaire est la condamnation à démolir et à payer. La Cour précise que le fait que le propriétaire aurait pu, pendant le procès contre le voisin, invoquer la faute du notaire comme moyen de défense (par exemple, pour demander une réduction du prix ou une indemnisation) ne change rien. La faute du notaire est la cause directe du dommage, et la victime n'a pas à épuiser tous les recours contre le tiers avant d'agir contre le professionnel. Autrement dit, la responsabilité du notaire n'est pas subsidiaire. Ce n'est pas une évolution, mais une confirmation de jurisprudence : la Cour de cassation avait déjà statué dans ce sens en 2013 (n°12-20.991). Toutefois, cette décision est importante car elle rappelle fermement le principe, y compris dans le cas d'un empiètement minime où le voisin n'avait pas d'intérêt évident à demander la démolition. Les juges ont considéré que même un empiètement minime peut justifier la démolition, et que le notaire doit répondre de sa faute.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Concrètement, cette décision est une excellente nouvelle pour tout propriétaire, acquéreur ou copropriétaire qui subit un préjudice à cause d'une erreur du notaire. Si vous êtes dans cette situation, vous devez savoir que vous pouvez poursuivre le notaire directement, sans avoir à démontrer que vous avez tout tenté pour vous défendre dans le procès initial. Par exemple, si vous achetez un appartement et que l'acte mentionne une surface de 80 m² alors qu'elle est de 75 m² (erreur de 5 m²), et que cela vous cause un préjudice (par exemple, une moins-value à la revente), vous pouvez réclamer au notaire la différence de valeur, même si vous auriez pu négocier une réduction du prix avec le vendeur. Attention toutefois : cette jurisprudence ne vous dispense pas de prouver la faute du notaire (l'erreur dans l'acte) et le préjudice direct. Par ailleurs, le notaire peut toujours invoquer la faute de la victime pour réduire sa responsabilité (par exemple, si vous avez vous-même fourni des informations erronées). Mais dans le scénario classique où le notaire a mal vérifié les documents, sa responsabilité est engagée. Le délai de prescription pour agir est de 5 ans à compter de la découverte du dommage (article 2224 du Code civil). En termes de montants, un notaire peut être condamné à réparer l'intégralité des préjudices : frais de démolition, perte de valeur, frais de procédure, et parfois des dommages-intérêts pour trouble de jouissance. Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où le notaire a dû payer plusieurs dizaines de milliers d'euros.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez les documents avant la signature : Ne vous fiez pas uniquement au notaire. Demandez un bornage (délimitation précise des limites) par un géomètre-expert avant d'acheter un terrain, surtout si vous prévoyez des constructions.
  • Conservez tous les documents : Gardez précieusement l'acte de vente, les plans, les diagnostics, les courriers. En cas de litige, ces documents sont essentiels pour prouver la faute du notaire.
  • En cas de procès, informez votre avocat de toutes les erreurs : Si vous êtes attaqué par un voisin, mentionnez immédiatement à votre avocat toute anomalie dans l'acte notarié. Même si vous n'êtes pas obligé de l'invoquer pour préserver votre recours contre le notaire, cela peut vous aider à limiter votre préjudice.
  • Consultez un avocat spécialisé dès les premiers signes : Dès que vous avez un doute sur une erreur dans l'acte, ou si vous recevez une assignation, prenez conseil. Un avocat pourra évaluer les chances de succès contre le notaire et vous conseiller sur la stratégie à adopter.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une tendance constante de la Cour de cassation à responsabiliser les notaires. Déjà en 2013 (n°12-20.991), la Cour avait jugé que la responsabilité du notaire n'est pas subsidiaire. Plus récemment, en 2020 (n°19-11.920), elle a confirmé que le notaire doit vérifier la consistance du bien (notamment les servitudes). Ce que peu de gens savent, c'est que cette jurisprudence s'applique aussi aux avocats, aux huissiers et aux autres professionnels du droit. En clair, les tribunaux considèrent que ces professionnels ont un devoir de conseil et d'efficacité juridique, et qu'ils ne peuvent pas se retrancher derrière une prétendue subsidiarité. Cela signifie que, pour l'avenir, les victimes d'erreurs notariales pourront plus facilement obtenir réparation, sans avoir à multiplier les procédures. Ce principe est désormais bien établi.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la responsabilité subsidiaire d'un notaire ?

La responsabilité subsidiaire signifie que le notaire ne serait tenu que si la victime ne peut pas obtenir réparation ailleurs (par exemple, du vendeur ou de son assurance). La Cour de cassation a rejeté ce principe : le notaire peut être poursuivi directement, même si la victime aurait pu se défendre autrement.

Puis-je poursuivre mon notaire pour une erreur de superficie même si j'ai perdu un procès contre mon voisin ?

Oui, selon l'arrêt du 22 septembre 2016. Le fait que vous n'ayez pas invoqué l'erreur du notaire pendant le procès ne vous empêche pas de le poursuivre ensuite. Vous devez prouver la faute du notaire et le préjudice subi.

Quel est le délai pour agir contre le notaire ?

Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la date à laquelle vous avez découvert le dommage (article 2224 du Code civil). Par exemple, si vous apprenez l'empiètement en 2020, vous avez jusqu'en 2025 pour assigner le notaire.

Le notaire peut-il être condamné à payer la démolition d'une construction ?

Oui, si sa faute a directement causé le préjudice. Dans l'affaire, le notaire a dû indemniser le propriétaire pour la démolition de la piscine et les dommages-intérêts versés au voisin.

Que faire si le notaire refuse de reconnaître sa faute ?

Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier. Il pourra engager une procédure judiciaire, souvent précédée d'une tentative de conciliation. La jurisprudence est favorable aux victimes, mais il faut agir dans les délais.

Informations juridiques

  • Numéro: 15-13.840
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 22 septembre 2016

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire ayant subi un empiètement à cause d'une erreur du notaire

M. Durand achète un terrain à Saint-Amand-Montrond. L'acte notarié indique une surface de 1 000 m², mais le bornage révèle 980 m². Il construit une clôture qui empiète de 30 cm chez le voisin. Le voisin l'assigne, il perd et doit démolir la clôture (coût : 5 000 €) et payer 2 000 € de dommages-intérêts.

Application pratique:

M. Durand peut assigner le notaire en responsabilité sur le fondement de l'article 1240 du Code civil. Il doit prouver l'erreur dans l'acte (faute), la condamnation (préjudice) et le lien de causalité. La jurisprudence de 2016 lui permet d'agir même s'il n'a pas invoqué l'erreur pendant le procès. Il peut obtenir le remboursement des frais de démolition, des dommages-intérêts versés, et des frais d'avocat.

2

Acquéreur d'un appartement avec une superficie erronée

Mme Petit achète un appartement à Bourges. L'acte mentionne 70 m², mais le diagnostic loi Carrez indique 65 m². Elle découvre l'erreur 2 ans après, et souhaite une réduction du prix. Le vendeur est insolvable.

Application pratique:

Mme Petit peut se retourner contre le notaire qui a reçu l'acte. La faute est l'absence de vérification de la superficie. Le préjudice est la perte de valeur (environ 5 m² x 2 000 €/m² = 10 000 €). Elle doit agir dans les 5 ans de la découverte. Le notaire est tenu de réparer, sans subsidiarité.

3

Copropriétaire subissant un vice caché non révélé par le notaire

M. Lefèvre achète un lot de copropriété à Vierzon. Le notaire omet de mentionner une servitude de passage qui réduit la jouissance du jardin. M. Lefèvre subit une moins-value de 15 000 €.

Application pratique:

La faute du notaire est son omission. M. Lefèvre peut l'assigner en réparation. Il doit prouver que le notaire avait connaissance ou devait avoir connaissance de la servitude. Le préjudice est la moins-value. La Cour de cassation confirme que la responsabilité n'est pas subsidiaire, même si M. Lefèvre aurait pu négocier avec le vendeur.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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