Décision de référence : cc • N° 24-17.240 • 2025-11-20 • Consulter la décision →
Imaginez-vous propriétaire d'une belle parcelle à Mougins, avec vue sur les collines. Vous avez acheté ce terrain il y a quelques années, y avez construit votre maison, et profitez chaque jour de votre jardin. Mais voilà : pour accéder à votre propriété, vous devez traverser le terrain de votre voisin. Un accord verbal existait au départ, mais depuis qu'il a vendu une partie de son terrain, il vous refuse désormais le passage. Que faire ? Votre propriété est-elle vraiment enclavée (sans accès à la voie publique) ?
Cette situation, je la rencontre régulièrement dans mon cabinet, que ce soit à Grasse, Mougins ou Le Cannet. Des propriétaires se retrouvent bloqués, incapables d'accéder à leur bien, avec parfois des enjeux financiers considérables. La question qui revient toujours : « Ai-je le droit d'exiger un passage chez mon voisin ? »
La Cour de cassation vient justement de répondre à cette interrogation dans une décision du 20 novembre 2025. Cette jurisprudence (ensemble des décisions de justice) clarifie un point crucial : quand un enclavement résulte de la division d'un terrain unique, les règles du jeu changent. Mais qu'est-ce que cela signifie concrètement pour vous ?
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L'histoire commence avec M. N, propriétaire à la campagne. Il possédait initialement plusieurs parcelles, dont certaines étaient déjà enclavées. Au fil des années, par des ventes successives, il a constitué un fonds unique (ensemble de parcelles regroupées) qui, dans son ensemble, n'était plus enclavé. undefined, en rassemblant ses terrains, il avait créé un accès à la voie publique.
Puis, par acte du 24 juillet 1999, M. N a divisé ce fonds unique. Il a vendu certaines parcelles, dont les numéros 2, 5 et 7. Problème : ces parcelles vendues se sont retrouvées enclavées. Les nouveaux propriétaires ne pouvaient plus y accéder directement depuis la route. Ils ont alors demandé l'établissement d'une servitude de passage (droit de traverser le terrain d'autrui) sur les parcelles restantes de M. N.
Le conflit a éclaté. Les acquéreurs estimaient avoir droit à un passage, puisque leurs terrains étaient enclavés. M. N, de son côté, contestait cette obligation. L'affaire est remontée devant les tribunaux, avec des rebondissements à chaque niveau. La cour d'appel avait initialement donné raison aux propriétaires des parcelles enclavées, mais M. N a formé un pourvoi (recours) devant la Cour de cassation.
undefined, j'ai rencontré des dossiers où des situations similaires ont généré des litiges durant des années, avec des coûts de procédure dépassant souvent les 10 000 €. À Le Cannet, où la pression foncière est forte, ces questions d'accès peuvent bloquer des projets immobiliers entiers.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation a cassé (annulé) l'arrêt de la cour d'appel. Son raisonnement repose sur l'article 684 du Code civil. Cet article prévoit que « le propriétaire dont les fonds sont enclavés […] peut réclamer un passage sur les fonds de ses voisins ». Mais attention toutefois : cette règle connaît des exceptions.
Les magistrats ont rappelé un principe fondamental : lorsque l'enclavement est la conséquence directe de la division d'un fonds unique qui n'était pas enclavé, le passage ne peut être établi qu'en application de l'article 684. undefined : cet article exige que l'enclavement ne résulte pas de la volonté du propriétaire. Or, ici, en divisant son terrain, M. N avait recréé volontairement une situation d'enclavement.
La Cour a précisé un point crucial : peu importe que certaines parcelles aient été enclavées avant la constitution du fonds unique. L'important est l'état du fonds au moment de la division. Si, au moment où vous divisez votre terrain, l'ensemble n'est pas enclavé, vous ne pouvez pas ensuite invoquer l'enclavement de certaines parties pour réclamer un passage.
undefined, la juridiction a fait prévaloir la sécurité des transactions. Si vous achetez une parcelle issue d'une division, vous devez vérifier son accès au moment de l'acquisition. Vous ne pouvez pas vous prévaloir d'un enclavement qui résulte de la division elle-même. Ce raisonnement constitue une confirmation de la jurisprudence antérieure, mais avec une précision importante sur l'indifférence de l'enclavement antérieur.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire bailleur (qui loue) d'un terrain à Mougins, cette décision vous protège. Imaginez que vous divisiez votre propriété pour vendre une partie. Les acquéreurs ne pourront pas vous imposer un passage si leur parcelle devient enclavée suite à cette division. Cela sécurise vos projets de morcellement.
Si vous êtes locataire, la situation est différente. Votre bail (contrat de location) doit prévoir les modalités d'accès. En cas de litige entre propriétaires, vous pourriez être impacté. À Le Cannet, j'ai vu des locataires commerciaux perdre des clients parce que l'accès à leur boutique était contesté entre propriétaires voisins.
Si vous êtes acquéreur, vous devez être extrêmement vigilant. Avant d'acheter une parcelle issue d'une division, vérifiez son accès à la voie publique. Faites réaliser une expertise par un géomètre-expert (coût : environ 1 500 €). Si l'accès dépend d'un passage sur un terrain voisin, exigez que la servitude soit inscrite dans l'acte de vente. Sinon, vous risquez de vous retrouver avec un bien inaccessible.
Si vous êtes copropriétaire, cette décision s'applique aussi aux parties communes. La division d'un lot peut créer des situations d'enclavement. Le syndic doit anticiper ces questions lors des travaux ou modifications.
Comment réagir ? Si vous êtes dans cette situation, vous devez d'abord consulter un avocat spécialisé. Les délais pour agir sont courts : généralement 5 ans à compter de la division. Les montants en jeu peuvent être substantiels : à Grasse, la valeur d'un terrain sans accès peut chuter de 30 à 50%.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Avant toute division, faites établir un plan de division par un géomètre-expert, avec tracé des accès. Coût moyen : 2 000 € à 3 000 €, mais cela évite des procès à 20 000 €.
- Dans l'acte de vente, si une parcelle nécessite un passage, faites inscrire la servitude de manière précise (largeur, emplacement, durée). Négociez une indemnité avec le voisin si nécessaire.
- Pour les acquéreurs, exigez une clause garantissant l'accès. Refusez l'achat si le vendeur ne peut pas prouver un accès légal et pérenne.
- En cas de doute, consultez un avocat avant de signer. Une heure de consultation (environ 150 €) peut sauver un investissement de 300 000 €.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une ligne jurisprudentielle constante. Déjà, dans un arrêt du 6 juillet 2011 (n° 10-17.138), la Cour de cassation avait refusé un passage lorsque l'enclavement résultait d'une division. La nouveauté ici est l'affirmation que l'enclavement antérieur est indifférent.
Une décision divergente existait cependant. Certaines cours d'appel, comme celle de Bordeaux en 2018, avaient parfois accordé des passages dans des situations similaires, au nom de l'équité. La Cour de cassation met fin à ces hésitations.
Ce que ça signifie pour l'avenir ? Les tribunaux vont appliquer cette règle de manière stricte. La tendance est à la sécurité juridique des transactions immobilières. Les propriétaires qui divisent leurs terrains devront anticiper les questions d'accès, sous peine de voir leurs ventes contestées.
undefined, j'observe que les notaires sont de plus en plus vigilants sur ces points. À Mougins, où les terrains sont très convoités, une parcelle sans accès clair peut rester invendable pendant des mois.
Points clés à retenir
- Si vous divisez un terrain : vérifiez que chaque parcelle a un accès indépendant à la voie publique. Sinon, prévoyez des servitudes avant la vente.
- Si vous achetez une parcelle divisée : exigez la preuve de l'accès. Pas de preuve = ne signez pas.
- Si votre terrain devient enclavé après division : vous ne pouvez pas exiger un passage chez le voisin si l'enclavement résulte de cette division.
- Délai pour agir : généralement 5 ans à compter de la division. Consultez vite un avocat.
- Coût d'un litige : comptez entre 8 000 € et 25 000 € en frais de justice, sans garantie de succès.
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