Décision de référence : cc • N° 17-22.417 • 2019-03-20 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : à La Ciotat, une copropriété vient de changer de syndic. Le nouveau, désigné en assemblée générale, demande à l'ancien de lui remettre les fonds, les documents comptables et les archives. Problème : l'ancien syndic est en liquidation judiciaire. Le liquidateur refuse, arguant que toute poursuite est interdite par le droit des procédures collectives. Que faire ? Les copropriétaires peuvent-ils récupérer leur trésorerie et leurs dossiers ?
C'est la question qu'a tranchée la Cour de cassation dans un arrêt du 20 mars 2019 (n° 17-22.417). Elle a jugé que l'action du nouveau syndic pour obtenir la remise des fonds et des archives n'est pas une action en paiement, mais l'exécution d'une obligation légale inhérente à la profession de syndic. Par conséquent, elle échappe à l'interdiction des poursuites individuelles prévue par l'article L. 622-21 du Code de commerce.
Cette décision est cruciale pour les copropriétés confrontées à un syndic défaillant. Elle protège les intérêts des copropriétaires en permettant la continuité de la gestion, même en cas de liquidation judiciaire du précédent syndic. Analysons ensemble les faits, le raisonnement des juges et les conséquences pratiques.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
La société Copagim était le syndic d'une copropriété située à Allauch, dans les Bouches-du-Rhône. Placée en liquidation judiciaire, un liquidateur judiciaire, Maître N..., a été désigné. En février 2014, la copropriété a changé de syndic et a confié la gestion au Cabinet Orbireal. Ce nouveau syndic a demandé au liquidateur de lui remettre les fonds disponibles, les documents comptables, les archives et l'état des comptes des copropriétaires.
Face au refus du liquidateur, le Cabinet Orbireal a assigné ce dernier devant le tribunal de grande instance de Marseille pour obtenir la remise sous astreinte. Le liquidateur a invoqué l'interdiction des poursuites individuelles en liquidation judiciaire, prévue à l'article L. 622-21 du Code de commerce. Selon lui, toute action en justice contre le débiteur en liquidation est suspendue, sauf exceptions limitées.
Le tribunal a donné raison au syndic, ordonnant la remise des fonds et documents. Le liquidateur a fait appel. La cour d'appel d'Aix-en-Provence a confirmé le jugement, considérant que l'obligation de remettre les fonds et archives est une obligation légale spécifique au syndic, distincte d'une créance de somme d'argent. Le liquidateur s'est alors pourvu en cassation.
La Cour de cassation a rejeté le pourvoi, validant le raisonnement des juges du fond. Elle a estimé que l'action du nouveau syndic tend au respect d'une obligation légale et non au paiement d'une somme d'argent, et qu'elle échappe donc à l'interdiction des poursuites. Une victoire pour les copropriétés !
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Le cœur du litige portait sur l'interprétation de l'article L. 622-21 du Code de commerce, qui interdit toute action en justice tendant à obtenir le paiement d'une somme d'argent contre un débiteur en liquidation judiciaire. Mais que signifie exactement « obtenir le paiement d'une somme d'argent » ? Les juges ont dû distinguer entre une créance de somme d'argent et une obligation de faire.
La Cour de cassation s'est appuyée sur l'article 18-2 de la loi du 10 juillet 1965 sur la copropriété. Cet article impose au syndic sortant de remettre au nouveau syndic, dans un délai d'un mois, l'ensemble des fonds, documents et archives. Il s'agit d'une obligation légale, inhérente à la profession de syndic, qui vise à assurer la continuité de la gestion de la copropriété.
Les juges ont considéré que l'action du nouveau syndic n'est pas une action en paiement, car elle ne vise pas à obtenir une somme d'argent au titre d'une créance, mais à exiger l'exécution d'une obligation de remise. undefined, le syndic ne demande pas au liquidateur de payer une dette, mais de restituer ce qui appartient à la copropriété. Cette distinction est fondamentale.
Attention toutefois : la décision ne signifie pas que le liquidateur doit payer les dettes de l'ancien syndic. Elle porte uniquement sur la remise des fonds et documents détenus par le syndic pour le compte de la copropriété. Si l'ancien syndic doit de l'argent à la copropriété (par exemple, à la suite d'une erreur de gestion), cette créance devra être déclarée au passif de la liquidation.
undefined, c'est que la Cour de cassation confirme ici une jurisprudence antérieure favorable aux copropriétés. Dans un arrêt du 4 mars 2014 (n° 13-10.946), elle avait déjà jugé que l'obligation de remise des fonds est une obligation légale qui prime sur les règles de la procédure collective. La décision de 2019 va plus loin en précisant que cette action échappe à l'interdiction des poursuites.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes copropriétaire, cette décision est une excellente nouvelle. Elle garantit que votre copropriété peut récupérer rapidement ses fonds et ses documents, même si l'ancien syndic est en liquidation. Concrètement, le nouveau syndic peut saisir le tribunal pour obtenir la remise sous astreinte, sans attendre la clôture de la liquidation judiciaire.
Pour un propriétaire bailleur à La Ciotat, cela signifie que les loyers perçus par l'ancien syndic et non reversés doivent être restitués immédiatement. Imaginez un propriétaire qui a confié la gestion de son appartement à un syndic. Si ce syndic fait faillite, le nouveau syndic peut exiger la remise des fonds sans être bloqué par la procédure collective.
Pour un acquéreur, cela sécurise la transaction : les fonds versés pour l'achat d'un lot sont protégés. En cas de liquidation du syndic, ils ne sont pas perdus. À Allauch, un acquéreur ayant versé un dépôt de garantie à un syndic en difficulté peut être rassuré : le nouveau syndic pourra récupérer ces fonds.
Si vous êtes dans cette situation, vous devez agir rapidement. Le nouveau syndic doit mettre en demeure l'ancien syndic ou son liquidateur de remettre les fonds et documents. En cas de refus, il peut saisir le président du tribunal judiciaire en référé pour obtenir une ordonnance sous astreinte. Les frais de cette procédure sont à la charge de l'ancien syndic.
En pratique, le délai de remise est d'un mois à compter de la cessation des fonctions du syndic. Si le liquidateur ne respecte pas ce délai, le nouveau syndic peut agir en justice. Les montants en jeu peuvent être conséquents : dans une copropriété de 50 lots, la trésorerie peut atteindre plusieurs dizaines de milliers d'euros.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez la santé financière du syndic avant de le nommer. Consultez les comptes annuels, demandez un extrait Kbis récent et renseignez-vous sur d'éventuelles procédures collectives. Un syndic en difficulté peut mettre en péril la trésorerie de votre copropriété.
- Exigez un état des comptes détaillé à chaque changement de syndic. L'assemblée générale doit approuver les comptes du syndic sortant et exiger la remise de tous les documents. N'hésitez pas à voter contre la quitus si des anomalies subsistent.
- Prévoyez une clause dans le contrat de syndic. Le contrat peut stipuler que le syndic s'engage à remettre les fonds sous un délai précis, avec une astreinte en cas de retard. Cela renforce la pression et facilite les recours.
- En cas de liquidation, agissez sans attendre. Dès que vous avez connaissance de la liquidation, le nouveau syndic doit mettre en demeure le liquidateur. Ne laissez pas traîner : plus le temps passe, plus les fonds risquent d'être absorbés par la procédure collective.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée de jurisprudence protectrice des copropriétés. La Cour de cassation avait déjà jugé, dans un arrêt du 4 mars 2014 (n° 13-10.946), que l'obligation de remise des fonds par le syndic sortant est une obligation légale et non une simple obligation contractuelle. Cette jurisprudence a été confirmée par l'arrêt du 20 mars 2019, qui précise qu'elle prime sur l'interdiction des poursuites en liquidation judiciaire.
Dans un sens divergent, certaines décisions de cours d'appel avaient pu considérer que l'action en remise des fonds était soumise à la procédure collective, car elle aboutissait à un transfert de trésorerie. La Cour de cassation a mis fin à ces hésitations en tranchant clairement en faveur de l'obligation légale.
La tendance actuelle est donc à la protection des copropriétés face aux défaillances des syndics. Depuis la loi ALUR de 2014, les obligations des syndics ont été renforcées (compte bancaire séparé, assurance responsabilité professionnelle, etc.). Cette jurisprudence complète le dispositif en permettant une action rapide en cas de liquidation.
Pour l'avenir, il est probable que les tribunaux continuent d'appliquer cette solution. Les copropriétés peuvent donc agir en toute sérénité pour récupérer leurs biens.
Ce que vous devez retenir absolument
Question : Que faire si l'ancien syndic est en liquidation judiciaire et refuse de remettre les fonds ?
Réponse : Le nouveau syndic doit le mettre en demeure par lettre recommandée avec accusé de réception. En cas de refus, il peut saisir le président du tribunal judiciaire en référé pour obtenir une ordonnance de remise sous astreinte.
Question : Cette action est-elle bloquée par la liquidation judiciaire ?
Réponse : Non, selon la Cour de cassation, l'action échappe à l'interdiction des poursuites car elle vise à faire respecter une obligation légale, et non à obtenir le paiement d'une somme d'argent.
Question : Quels documents l'ancien syndic doit-il remettre ?
Réponse : Tous les documents et archives du syndicat : comptes, contrats, correspondances, procès-verbaux d'assemblée, etc., ainsi que le solde des fonds disponibles après apurement des comptes.
Question : Quels sont les délais ?
Réponse : Le syndic sortant doit remettre les fonds et documents dans le mois suivant la cessation de ses fonctions. Passé ce délai, le nouveau syndic peut agir en justice.
Question : Que faire si le liquidateur ne coopère pas ?
Réponse : Le nouveau syndic peut demander au juge des référés de fixer une astreinte pour contraindre le liquidateur. Les frais de la procédure sont à la charge de l'ancien syndic.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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