Aller au contenu principal
Syndic provisoire désigné par le règlement de copropriété : peut-il être changé avant la première assemblée générale ?
Droit-immobilier

Syndic provisoire désigné par le règlement de copropriété : peut-il être changé avant la première assemblée générale ?

📅 Décision du 27 marzo 2013⚖️ Cour de cassation👁️ 12 vues📖 5 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que si le règlement de copropriété désigne un syndic provisoire avant la première assemblée générale, seul cette assemblée peut le modifier, et non le promoteur via une clause dans l'acte de vente.

Décision de référence : cc • N° 12-13.328 • 2013-03-27 • Consulter la décision →

Imaginez : vous venez d'acheter un appartement neuf à Bordeaux, dans une résidence encore en chantier. Le promoteur vous a vendu le bien en VEFA - Vente en l'état futur d'achèvement">VEFA (vente en l'état futur d'achèvement). Vous signez l'acte de vente, et dans ce document, une clause vous impose de donner mandat au promoteur pour désigner un syndic professionnel provisoire. Quelques mois plus tard, vous recevez les convocations : une première assemblée générale doit élire le syndic définitif. Mais le syndic provisoire, lui, a déjà été désigné par le promoteur, sans que les copropriétaires aient leur mot à dire. Est-ce légal ?

Cette question, la Cour de cassation l'a tranchée dans un arrêt du 27 mars 2013 (n° 12-13.328). Elle répond clairement : si le règlement de copropriété désigne un syndic provisoire avant la première assemblée générale, cette désignation ne peut être modifiée que par l'assemblée générale elle-même, convoquée par ce syndic. En clair, le promoteur ne peut pas, par une clause dans l'acte de vente, se substituer à la volonté des copropriétaires. Autrement dit, la clause est sans effet. Ce que peu de gens savent, c'est que cette décision protège les acquéreurs contre des abus potentiels.

Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire à Bordeaux ou ailleurs ? Et si vous êtes promoteur ou syndic, comment réagir ? Plongeons dans les détails de cette affaire qui a opposé des copropriétaires d'une résidence à Langon à leur promoteur.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X et Mme Y sont propriétaires de lots dans une copropriété située à Langon, en Gironde. Le promoteur, la société Proimo, a vendu les lots en VEFA. Le règlement de copropriété, établi le 30 juillet 2003, désignait la société Proimo comme syndic provisoire jusqu'à la première assemblée générale, chargée de nommer le syndic définitif. Jusque-là, rien d'anormal : c'est une pratique courante dans les copropriétés en cours de construction.

Cependant, dans les actes de vente individuels, une clause a été insérée : « L'acquéreur donne mandat à la société Proimo à l'effet de désigner un syndic professionnel provisoire, qui aura tous pouvoirs aux fins de procéder, au nom de l'acquéreur, à la constatation du parachèvement des parties communes. » En vertu de cette clause, Proimo a désigné un syndic professionnel (la société Syndic 33) avant la première assemblée générale. Les copropriétaires, mécontents, ont contesté cette nomination, estimant qu'elle violait le règlement de copropriété et leurs droits.

L'affaire a été portée devant le tribunal de grande instance de Bordeaux, puis la cour d'appel de Bordeaux, et enfin la Cour de cassation. Les copropriétaires ont gagné en première instance et en appel, mais le promoteur a formé un pourvoi. La Cour de cassation a rejeté le pourvoi, confirmant que la clause était sans effet. Le raisonnement des juges : le règlement de copropriété est un contrat qui lie tous les copropriétaires ; sa modification ne peut intervenir que par une décision de l'assemblée générale, et non par une clause individuelle dans un acte de vente. En clair, le promoteur ne peut pas contourner la règle.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 1134 du Code civil (devenu 1103) qui dispose que les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites. Autrement dit, le règlement de copropriété, signé par tous les copropriétaires, s'impose à tous. Il prévoit que le syndic provisoire est désigné jusqu'à la première assemblée générale, et que c'est cette assemblée qui doit élire le syndic définitif. Toute modification de cette désignation ne peut donc résulter que d'une décision de l'assemblée générale, et non d'une clause individuelle.

La Cour écarte l'argument du promoteur selon lequel la clause de l'acte de vente constituait un mandat donné par chaque acquéreur pour désigner un syndic provisoire. Les magistrats estiment que ce mandat est contraire au règlement de copropriété, qui est d'ordre public conventionnel. En effet, le règlement de copropriété est un document qui régit les rapports entre tous les copropriétaires ; il ne peut être modifié par des conventions particulières entre un promoteur et un acquéreur. C'est une question de protection des copropriétaires : éviter que le promoteur, seul maître du jeu avant la première assemblée, impose un syndic de son choix sans contrôle.

Ce que peu de gens savent, c'est que cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante de la Cour de cassation visant à protéger les copropriétaires contre les clauses abusives dans les VEFA. Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où des promoteurs tentaient d'imposer des syndics amis pour des durées dépassant légalement le mandat provisoire. Ici, la Cour rappelle que la première assemblée générale est le moment clé où les copropriétaires reprennent le contrôle.

Questions fréquentes

Puis-je refuser le syndic désigné par le promoteur dans mon acte de vente ?

Oui, si votre règlement de copropriété désigne déjà un syndic provisoire, la clause de l'acte de vente est sans effet. Vous pouvez exiger que la première assemblée générale soit convoquée par le syndic prévu au règlement.

Que faire si le promoteur a déjà convoqué une assemblée générale avec un syndic qu'il a désigné ?

Vous pouvez contester la validité de cette assemblée et demander l'annulation des décisions prises devant le tribunal judiciaire. Il est conseillé de consulter un avocat spécialisé en droit immobilier.

Quels sont les délais pour agir ?

L'action en nullité d'une clause ou d'une nomination irrégulière se prescrit par 5 ans à compter de la signature de l'acte de vente ou de la tenue de l'assemblée générale. Agissez rapidement pour ne pas perdre vos droits.

Le promoteur peut-il désigner un syndic provisoire si le règlement de copropriété n'en prévoit pas ?

Oui, en l'absence de désignation dans le règlement, le promoteur peut nommer un syndic provisoire jusqu'à la première assemblée générale. Mais dès que le règlement en désigne un, c'est celui-ci qui s'impose.

Cette décision s'applique-t-elle aussi aux copropriétés existantes ?

Non, elle concerne spécifiquement les copropriétés en VEFA avant la première assemblée générale. Pour les copropriétés existantes, le syndic est élu par l'assemblée générale, sauf stipulation contraire du règlement.

Informations juridiques

  • Numéro: 12-13.328
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 27 mars 2013

Mots-clés

syndic provisoirerèglement de copropriétéVEFApromoteurassemblée générale

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire en VEFA à Bordeaux

Vous avez acheté un appartement neuf à Bordeaux. Le promoteur a inséré dans l'acte de vente une clause vous donnant mandat pour désigner un syndic professionnel. Le règlement de copropriété désigne pourtant le promoteur comme syndic provisoire.

Application pratique:

Cette clause est sans effet. Vous pouvez refuser le syndic imposé et exiger que la première assemblée générale soit convoquée par le promoteur en tant que syndic provisoire. À l'assemblée, vous pourrez voter pour un autre syndic.

2

Copropriétaire à Langon contestant une nomination

À Langon, une résidence de 30 lots. Le promoteur a nommé un syndic professionnel via une clause dans les actes de vente. Les copropriétaires estiment que cette nomination est irrégulière.

Application pratique:

Les copropriétaires peuvent saisir le tribunal judiciaire de Bordeaux pour faire annuler la nomination. Ils peuvent aussi demander le remboursement des honoraires versés au syndic irrégulièrement désigné. La jurisprudence de 2013 leur est favorable.

3

Promoteur souhaitant désigner un syndic de confiance

Vous êtes promoteur et voulez nommer un syndic professionnel pour gérer la copropriété avant la première assemblée. Vous avez inclus une clause dans les actes de vente.

Application pratique:

Attention : si le règlement de copropriété désigne déjà un syndic provisoire, votre clause est nulle. Pour éviter un litige, prévoyez dès le règlement de copropriété que le syndic provisoire sera un professionnel, ou n'insérez pas de clause dans les actes de vente.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence, le préavis s'impose

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Avvocato Maître Zakine, Dottore in Giurisprudenza

Consulenze telefoniche e in videochiamata — Appuntamenti rapidi

Prenota un appuntamento
1ª Consulenza 30 Minuti - 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide