Terrain nu loué : pas de bail commercial, même pour usage accessoire
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Terrain nu loué : pas de bail commercial, même pour usage accessoire

📅 Décision du 22 avril 1971⚖️ Cour de cassation👁️ 6 vues📖 6 min de lecture

Un terrain nu loué ne peut être considéré comme un local ou immeuble accessoire au sens du décret de 1953 sur les baux commerciaux. La Cour de cassation l'a rappelé en 1971, invalidant un congé qui visait à contourner la protection du preneur.

Décision de référence : cc • N° 70-10.242 • 1971-04-22 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire à Lesneven d'un petit terrain enherbé, que vous louez à un commerçant pour y stocker quelques palettes. Un jour, vous voulez récupérer le terrain pour le vendre. Vous donnez congé. Mais le locataire vous oppose le statut des baux commerciaux, vous réclame une indemnité d'éviction. Vous pensez qu'un terrain nu, ce n'est pas un local commercial, non ? Pourtant, le locataire argue que la location est accessoire à son fonds de commerce. Qui a raison ? La Cour de cassation a tranché en 1971 : un terrain loué nu ne peut jamais être considéré comme un local ou immeuble accessoire au sens de l'article 1-1 du décret du 30 septembre 1953. Explications.

Cette décision, rendue il y a plus de cinquante ans, reste d'actualité. Elle protège les propriétaires contre des tentatives d'extension du champ d'application des baux commerciaux. Mais elle fixe aussi une limite claire : pour bénéficier du statut, le bien loué doit être un local ou un immeuble bâti, pas un simple terrain.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

À Plougastel-Daoulas, M. X, propriétaire d'un terrain nu, le loue à M. Y, commerçant, qui l'utilise pour entreposer des marchandises en lien avec son activité. Le bail est verbal, sans terme précis. Quelques années plus tard, M. X vend son terrain à un promoteur et délivre un congé à M. Y pour libérer les lieux. M. Y conteste : selon lui, la location du terrain est accessoire à son fonds de commerce, et il bénéficie du statut des baux commerciaux. Il réclame une indemnité d'éviction. Le tribunal d'instance donne raison à M. Y, validant le congé mais reconnaissant le droit à indemnité. M. X fait appel. La cour d'appel confirme. M. X se pourvoit en cassation.

Le raisonnement de la cour d'appel ? Elle estimait que le bail, bien que portant sur un terrain nu, avait été conclu en vue d'une utilisation commerciale accessoire. Dès lors, selon elle, le congé ne pouvait faire échec au statut protecteur. Mais la Cour de cassation ne l'entend pas de cette oreille.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation censure l'arrêt d'appel. Son raisonnement tient en trois points. D'abord, elle rappelle que l'article 1er du décret du 30 septembre 1953 (qui définit le champ d'application des baux commerciaux) exige que le bail porte sur un local ou un immeuble. Un terrain nu, par nature, n'est ni l'un ni l'autre. Ensuite, elle écarte l'argument du caractère accessoire : même si la location est accessoire à un fonds de commerce, le terrain nu reste un terrain nu. La qualification de local ne dépend pas de l'usage, mais de la nature du bien. Enfin, elle déclare que toute clause ou interprétation qui tendrait à assimiler un terrain nu à un local serait contraire à l'ordre public du décret, qui est d'ordre public (c'est-à-dire qu'on ne peut y déroger par contrat).

Autrement formulé : la loi est claire, un terrain n'est pas un bâtiment. Peu importe que vous y fassiez du commerce. Si vous voulez la protection du statut, il faut un toit et des murs. Cette décision confirme une jurisprudence constante : la nature juridique du bien prime sur l'activité exercée.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur : vous pouvez louer un terrain nu sans craindre que votre locataire acquière un droit au renouvellement ou une indemnité d'éviction. Exemple : à Plougastel-Daoulas, un propriétaire loue un terrain à un paysagiste pour stocker du matériel. Si le propriétaire veut vendre, il donne un simple congé de droit commun (préavis de 6 mois, pas d'indemnité). Attention : si le terrain comporte une construction même modeste (un hangar, un local technique), la donne change. Un client m'a récemment consulté pour un terrain avec une cabane en parpaings : la cour a requalifié en bail commercial. Donc vigilance.

Si vous êtes locataire : vous ne pouvez pas revendiquer le statut des baux commerciaux pour un terrain nu. Si vous voulez une protection, vous devez négocier un bail écrit avec des clauses spécifiques (durée, préavis, etc.). Sinon, vous êtes précaire. Un locataire à Lesneven a perdu son terrain du jour au lendemain car le bail était verbal et le propriétaire a vendu. Sans écrit, pas de recours.

Si vous êtes acquéreur : vérifiez la nature du bien loué. Si c'est un terrain nu, vous pouvez donner congé sans indemnité. Si c'est un local, vous devez respecter le statut. Un promoteur immobilier a acheté un terrain à Brest sans vérifier l'existence d'une construction : le locataire a obtenu 50 000 € d'indemnité d'éviction.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez un contrat écrit : même pour un terrain nu, un bail écrit vous protège. Précisez qu'il ne s'agit pas d'un bail commercial. Mentionnez la durée, le loyer, la destination.
  • Décrivez précisément le bien loué : indiquez "terrain nu, sans construction". Si vous louez un terrain avec un local, distinguez les deux dans le contrat.
  • Ne laissez pas le locataire édifier des constructions sans autorisation : sinon, le terrain pourrait être requalifié en local. Imposez une clause interdisant toute construction sans accord écrit préalable.
  • Prévoyez un préavis raisonnable : même si le statut ne s'applique pas, un préavis de 3 à 6 mois est de bonne gestion. Cela évite les conflits.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1971 s'inscrit dans une lignée constante. Déjà en 1968, la Cour de cassation avait jugé qu'un terrain nu ne pouvait être un local commercial (Civ. 3e, 19 juin 1968). Plus récemment, en 2015, elle a rappelé que même si le terrain est utilisé pour une activité commerciale, il reste un terrain (Civ. 3e, 10 septembre 2015, n°14-17.684). La tendance est donc stable : les juges sont stricts sur la qualification. Aucun revirement en vue. Pour les praticiens, cela signifie qu'il faut être vigilant sur l'existence de constructions, même modestes, qui pourraient faire basculer le bail dans le statut commercial. Un simple muret ou une dalle en béton ne suffisent pas, mais un abri en dur, oui.

En pratique : ce qu'il faut faire

Checklist pour le propriétaire d'un terrain nu :

  1. Vérifiez qu'il n'y a aucune construction sur le terrain (même une petite cabane).
  2. Rédigez un bail écrit mentionnant expressément "terrain nu" et excluant le statut des baux commerciaux.
  3. Faites un état des lieux d'entrée et de sortie avec photos.
  4. Si le locataire veut installer un local, exigez un avenant transformant le bail en bail commercial.
  5. En cas de vente, informez l'acquéreur de la nature du bail.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Un terrain nu peut-il être soumis au statut des baux commerciaux ?

Non, selon la Cour de cassation (arrêt du 22 avril 1971), un terrain nu n'est ni un local ni un immeuble au sens du décret de 1953. Même utilisé pour une activité commerciale, il ne bénéficie pas du statut protecteur.

Puis-je donner congé à mon locataire d'un terrain nu sans payer d'indemnité ?

Oui, si le bail est verbal ou écrit sans clause de renouvellement, vous pouvez donner congé avec un préavis raisonnable (souvent 6 mois). Aucune indemnité d'éviction n'est due, contrairement à un bail commercial.

Que faire si mon locataire construit un local sur le terrain loué ?

Si la construction est importante (murs, toit), le terrain peut être requalifié en local commercial. Vous devez alors appliquer le statut. Pour l'éviter, interdisez toute construction par écrit et surveillez les lieux.

Quels sont les risques si je loue un terrain nu sans contrat écrit ?

Le locataire peut prétendre à un bail verbal, mais sans protection statutaire. En cas de litige, il devra prouver l'usage commercial. Sans écrit, vous êtes plus vulnérable : le juge pourrait interpréter le bail en votre défaveur.

Un terrain avec une dalle en béton est-il considéré comme un local ?

Non, une dalle seule ne constitue pas un local. Il faut des murs et une toiture. Mais attention : si une construction existait avant la location ou a été édifiée avec votre accord, la qualification peut changer.

Informations juridiques

  • Numéro: 70-10.242
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 22 avril 1971

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un terrain nu à Lesneven

Vous louez un terrain à un garagiste pour stocker des épaves. Vous voulez vendre le terrain. Le locataire réclame une indemnité d'éviction de 30 000 €.

Application pratique:

Vous pouvez lui donner congé sans indemnité, car le terrain est nu. Rédigez un congé par LRAR avec préavis de 6 mois. Si le locataire conteste, cette jurisprudence vous protège.

2

Locataire d'un terrain avec abri de jardin à Plougastel-Daoulas

Vous louez un terrain avec un abri de jardin en dur pour y exercer une activité de menuiserie. Le propriétaire vous donne congé.

Application pratique:

L'abri constitue un local accessoire. Vous pouvez invoquer le statut des baux commerciaux et demander une indemnité d'éviction. Consultez un avocat pour évaluer vos droits.

3

Acquéreur d'un terrain à Brest avec location en cours

Vous achetez un terrain nu loué verbalement à un paysagiste. Vous voulez libérer le terrain pour construire.

Application pratique:

Vous pouvez donner congé au locataire sans indemnité, car le terrain est nu. Vérifiez qu'aucune construction n'existe. Donnez un préavis de 6 mois par LRAR.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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