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Travaux supplémentaires non payés : quand l'ordre écrit est obligatoire (Cass. civ. 1974)
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Travaux supplémentaires non payés : quand l'ordre écrit est obligatoire (Cass. civ. 1974)

📅 Décision du 08 octobre 1974⚖️ Cour de cassation👁️ 9 vues📖 8 min de lecture

Un entrepreneur qui réalise des travaux non prévus au marché sans ordre écrit du maître d'ouvrage risque de ne pas être payé. La Cour de cassation, dans un arrêt de 1974, a strictement appliqué une clause contractuelle exigeant un ordre écrit pour tout supplément. Cet article explique les faits, le raisonnement des juges et donne des conseils pratiques pour propriétaires et entrepreneurs.

Décision de référence : cc • N° 73-12.643 • 1974-10-08 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire à Trélazé, vous avez signé un marché de gros œuvre pour construire votre maison. En cours de chantier, l'entrepreneur vous dit qu'il faut ajouter une dalle de béton non prévue. Vous êtes d'accord verbalement, il la coule, puis vous recevez une facture de 15 000 € que vous refusez de payer. Le conflit commence. Qui a raison ? La réponse tient dans un mot : l'écrit.

Cette question, des centaines de propriétaires et d'entrepreneurs se la posent chaque année. Faut-il un ordre écrit pour que les travaux supplémentaires soient dus ? La Cour de cassation, dans un arrêt du 8 octobre 1974, a tranché : oui, si le contrat le prévoit, et même si cela semble rigoureux. Décortiquons cette décision qui, cinquante ans plus tard, reste une référence.

L'affaire oppose un entrepreneur à un maître d'ouvrage à Angers. Le contrat de gros œuvre contient une clause : l'entrepreneur doit exécuter immédiatement les ordres écrits pour des ouvrages non prévus. La cour d'appel d'Angers a donné raison au maître d'ouvrage, refusant le paiement des travaux supplémentaires sans écrit. La Cour de cassation a confirmé. Vous voulez comprendre pourquoi et comment vous protéger ? Lisez la suite.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

En 1968, M. Dupont (nom fictif), propriétaire à Trélazé, confie à l'entreprise Bâtir tout le gros œuvre d'un immeuble d'habitation. Le contrat, un marché forfaitaire, prévoit en son article 13 que « lorsqu'il est jugé nécessaire d'exécuter des ouvrages non prévus, l'entrepreneur se conformera immédiatement aux ordres écrits qu'il recevra à ce sujet ». Les travaux commencent, mais très vite, des imprévus surgissent : des fondations plus profondes sont nécessaires, des murs porteurs à renforcer. L'entrepreneur, pour ne pas retarder le chantier, réalise ces travaux sans ordre écrit du maître d'ouvrage. Il pense bien faire : le maître d'ouvrage est présent sur place, il voit les travaux, il ne dit rien, parfois même il acquiesce verbalement.

À la fin du chantier, l'entrepreneur présente une facture complémentaire de 120 000 francs (environ 18 300 € actuels). Le maître d'ouvrage refuse de payer : « Vous n'avez pas d'ordre écrit, je ne dois rien ». L'entrepreneur assigne le maître d'ouvrage devant le tribunal de grande instance d'Angers. En première instance, le tribunal lui donne raison partiellement, estimant que les travaux étaient nécessaires et que l'absence d'écrit n'était pas un obstacle. Mais le maître d'ouvrage fait appel.

La cour d'appel d'Angers, dans un arrêt du 6 juin 1973, casse ce jugement. Elle considère que la clause du contrat est claire : l'ordre écrit est une condition impérative. Sans lui, l'entrepreneur ne peut réclamer aucun supplément. L'entrepreneur se pourvoit en cassation. Il argue que cette clause ne peut pas exiger un écrit pour des travaux imprévus et nécessaires, car cela reviendrait à la dénaturer. Mais la Cour de cassation rejette son pourvoi le 8 octobre 1974, confirmant l'arrêt d'appel. Les hauts magistrats affirment que la cour d'appel n'a pas dénaturé la clause en exigeant un ordre écrit. Fin de l'histoire : l'entrepreneur ne sera pas payé pour les travaux non écrits.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre cette décision, il faut d'abord saisir le principe en droit des contrats : la force obligatoire du contrat. L'article 1103 du Code civil (ancien article 1134) dispose que « les conventions légalement formées tiennent lieu de loi à ceux qui les ont faites ». Ici, la clause du contrat était claire : l'ordre écrit est obligatoire pour les travaux supplémentaires. La Cour de cassation a donc vérifié que la cour d'appel n'avait pas dénaturé cette clause, c'est-à-dire qu'elle ne lui avait pas donné un sens contraire à ses termes.

L'entrepreneur soutenait que la clause devait être interprétée comme une simple faculté pour le maître d'ouvrage de donner des ordres écrits, mais que l'absence d'écrit n'empêchait pas le paiement si les travaux étaient nécessaires. Mais la cour d'appel, et la Cour de cassation à sa suite, ont estimé que les termes « se conformera immédiatement aux ordres écrits » sont clairs et précis : l'entrepreneur est obligé d'attendre un ordre écrit avant d'exécuter des travaux supplémentaires. S'il ne le fait pas, il agit à ses risques et périls.

Le raisonnement s'appuie aussi sur le principe de l'autonomie de la volonté : les parties ont librement accepté cette clause, elles doivent la respecter. La Cour de cassation ne s'est pas prononcée sur le fond (les travaux étaient-ils nécessaires ?), mais uniquement sur l'interprétation de la clause. C'est un contrôle de la qualification juridique des faits, pas un réexamen du litige. En d'autres termes, la Cour a dit : « La clause est claire, la cour d'appel l'a bien appliquée, inutile d'aller plus loin. »

Cette décision n'est ni une évolution ni un revirement : elle confirme une jurisprudence constante depuis le XIXe siècle sur la force obligatoire des clauses contractuelles. Elle rappelle que, en droit français, la lettre du contrat prime, surtout quand elle est précise. Les juges ne peuvent pas « réécrire » le contrat pour corriger une éventuelle injustice. Si l'entrepreneur avait voulu se protéger, il aurait dû négocier une clause différente ou exiger un ordre écrit avant d'intervenir.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Cette décision a des implications très concrètes pour tous les acteurs de la construction. Pour un propriétaire bailleur à Angers, elle est une protection : vous n'avez pas à payer des travaux que vous n'avez pas commandés par écrit. Mais attention : si vous êtes présent sur le chantier et que vous encouragez verbalement l'entrepreneur, vous pourriez être considéré comme ayant implicitement accepté. Pour éviter tout risque, exigez toujours un écrit, même pour une petite modification.

Pour un entrepreneur, c'est un piège à éviter. Ne vous fiez jamais à un accord verbal. Même si le maître d'ouvrage vous dit « c'est bon, faites-le », demandez un courriel, un courrier, ou mieux, un ordre de service écrit. Sinon, vous risquez de travailler gratuitement. Imaginons : vous réalisez pour 8 000 € de travaux supplémentaires sur un chantier à Trélazé. Sans ordre écrit, vous ne pourrez pas les réclamer, même si le maître d'ouvrage en a profité.

Pour un acquéreur d'un bien immobilier, cette jurisprudence est utile lors de la réception des travaux. Vérifiez que tous les suppléments ont été autorisés par écrit. Si un entrepreneur réclame un paiement pour des travaux non écrits, vous pouvez refuser. Pour un copropriétaire, c'est pareil : si le syndic commande des travaux supplémentaires sans autorisation écrite de l'assemblée générale, vous pourriez contester la facture.

Un exemple chiffré : à Angers, un particulier fait construire une extension. L'entrepreneur ajoute une isolation phonique non prévue pour 6 000 €, sur une simple demande verbale du propriétaire. Le propriétaire, après coup, refuse de payer. Sans ordre écrit, l'entrepreneur perd son argent. Si vous êtes dans cette situation, vous devez immédiatement cesser tout travail non écrit et demander un document signé. Le délai pour agir en justice est de 5 ans (prescription de droit commun), mais plus vous attendez, plus la preuve est difficile.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Exigez un ordre de service écrit avant tout supplément : Que vous soyez maître d'ouvrage ou entrepreneur, ne commencez jamais des travaux hors marché sans un document signé. Un simple courriel avec accusé de réception peut suffire, mais un ordre de service papier est plus solide.
  • Rédigez une clause claire dans votre contrat : Si vous êtes entrepreneur, proposez une clause qui prévoit que les suppléments doivent être ordonnés par écrit, mais aussi qu'ils seront payés selon un devis préalable. Si vous êtes propriétaire, assurez-vous que la clause exige un écrit préalable.
  • Gardez une trace de tous les échanges : Conservez les mails, les courriers, les photos du chantier. En cas de litige, ces éléments peuvent prouver que le maître d'ouvrage était au courant et a accepté les travaux, même sans ordre écrit formel.
  • En cas de désaccord, stoppez les travaux : Si le maître d'ouvrage refuse de signer un ordre écrit, ne continuez pas. Mettez-le en demeure par lettre recommandée de confirmer sa demande. Vous protégez ainsi vos droits.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1974 s'inscrit dans une lignée d'arrêts qui protègent le maître d'ouvrage contre les suppléments non autorisés. Par exemple, la Cour de cassation a jugé dans un arrêt du 13 janvier 1993 (n° 90-21.756) que l'absence d'ordre écrit empêche le paiement de travaux supplémentaires, même si ceux-ci étaient indispensables à la réalisation de l'ouvrage. De même, l'arrêt du 12 juillet 2000 (n° 98-16.459) précise que l'entrepreneur ne peut invoquer l'enrichissement sans cause pour contourner l'absence d'écrit, car il a commis une faute en n'exigeant pas d'ordre.

La tendance des tribunaux est donc constante : le formalisme contractuel est strict. Cependant, depuis la réforme du droit des contrats de 2016, les juges peuvent parfois tempérer la rigueur des clauses en invoquant la bonne foi (article 1104 du Code civil). Mais dans le cas des travaux supplémentaires, la Cour de cassation reste ferme. Pour l'avenir, il est possible que les juges admettent des preuves électroniques plus facilement (comme des SMS), mais le principe de l'écrit reste central.

Checklist avant d'agir

  • Ai-je un contrat écrit qui prévoit les modalités des travaux supplémentaires ? Vérifiez la clause : exige-t-elle un ordre écrit ? Si oui, respectez-la à la lettre.
  • Ai-je demandé un ordre écrit pour chaque supplément ? Si non, arrêtez les travaux et exigez un écrit avant de continuer.
  • Puis-je prouver que le maître d'ouvrage a accepté verbalement les travaux ? Rassemblez les preuves : témoignages, mails, photos. Mais sachez que cela ne remplace pas un écrit contractuel.
  • Quel est le montant du litige ? Si moins de 5 000 €, tentez une conciliation avant d'aller au tribunal. Si plus, consultez un avocat spécialisé en droit immobilier.
  • Quel est le délai pour agir ? 5 ans à compter de la facture ou de la fin des travaux. Ne tardez pas.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je refuser de payer des travaux supplémentaires que j'ai demandés verbalement ?

Oui, si votre contrat exige un ordre écrit. La jurisprudence de 1974 le confirme : sans écrit, vous n'êtes pas tenu de payer, même si vous avez donné votre accord verbal.

Que faire si l'entrepreneur a commencé des travaux sans mon ordre écrit ?

Demandez-lui immédiatement de cesser les travaux et exigez un ordre écrit avant toute continuation. S'il insiste, mettez-le en demeure par lettre recommandée.

L'entrepreneur peut-il réclamer un paiement sur le fondement de l'enrichissement sans cause ?

Non, selon la jurisprudence constante, l'entrepreneur qui n'a pas respecté la clause d'écrit commet une faute et ne peut pas invoquer l'enrichissement sans cause pour contourner l'absence d'ordre écrit.

Quels sont les délais pour contester une facture de travaux supplémentaires ?

Vous avez 5 ans à compter de la facture ou de la fin des travaux pour agir en justice. Passé ce délai, l'action est prescrite.

Un email peut-il être considéré comme un ordre écrit valable ?

Oui, un email avec accusé de réception peut constituer un écrit au sens juridique, à condition qu'il soit signé électroniquement ou que son expéditeur soit identifiable. Mais il est préférable d'utiliser un ordre de service papier.

Informations juridiques

  • Numéro: 73-12.643
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 08 octobre 1974

Mots-clés

travaux supplémentairesordre écritmarché de constructionCour de cassationAngers

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Angers refuse de payer un supplément non écrit

M. Martin, propriétaire à Angers, a signé un marché de rénovation. L'entrepreneur a réalisé pour 12 000 € de travaux de plomberie supplémentaires sur simple accord verbal. M. Martin refuse de payer.

Application pratique:

M. Martin peut invoquer l'arrêt de 1974 pour refuser le paiement, car le contrat exigeait un ordre écrit. Il doit néanmoins conserver le contrat et prouver l'absence d'écrit. Il peut aussi proposer une transaction à l'entrepreneur pour éviter un procès.

2

Entrepreneur à Trélazé impayé pour des travaux urgents

L'entreprise Bâtir-Plus, basée à Trélazé, a effectué des travaux de consolidation d'urgence sans ordre écrit, car le maître d'ouvrage était absent. Ce dernier refuse de payer les 8 000 €.

Application pratique:

L'entrepreneur doit tenter de prouver l'urgence et l'accord verbal par des témoignages ou photos. Mais en droit, il risque de perdre. Il aurait dû envoyer un ordre écrit par email ou télécopie avant d'intervenir. Il peut consulter un avocat pour négocier un règlement amiable.

3

Copropriétaire conteste des travaux votés verbalement en assemblée

Dans une copropriété à Angers, le syndic a fait réaliser des travaux d'étanchéité supplémentaires non prévus, sur une simple approbation verbale des copropriétaires présents. Un copropriétaire refuse de payer sa quote-part.

Application pratique:

Le copropriétaire peut contester le paiement car les décisions en copropriété doivent être prises par écrit (procès-verbal d'assemblée générale). L'absence d'écrit rend la créance contestable. Il doit exiger un vote en AG ou un avenant écrit.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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