Une décision clé pour les acheteurs en VEFA
Dans un arrêt du 5 février 2020 (Cass. civ. 3e, n° 17-17.915), la Cour de cassation rappelle que la réglementation propre à la vente en l'état futur d'achèvement (VEFA) ne peut être écartée au nom de la seule obligation générale de bonne foi posée par l'article 1134, alinéa 3, du Code civil.
Cette décision intéresse directement les particuliers qui achètent un bien immobilier sur plan, ainsi que les promoteurs et constructeurs qui encadrent ces opérations. Elle rappelle une hiérarchie des normes essentielle : le droit spécial de la VEFA prime sur le droit commun des contrats dès lors que le législateur a organisé un régime protecteur spécifique.
Ce que juge la Cour de cassation
Les juges du fond avaient tenté de faire produire des effets à l'obligation générale de bonne foi pour corriger ou compléter les règles propres à la VEFA. La Cour de cassation censure cette approche : la réglementation spéciale de la VEFA, issue des articles 1601-1 et suivants du Code civil et du Code de la construction et de l'habitation, constitue un corps de règles autonome et impératif, destiné à protéger l'acquéreur contre les risques propres à l'achat sur plan (inachèvement, défaillance du promoteur, retard de livraison).
L'article 1134, alinéa 3, ancien, qui impose l'exécution de bonne foi des conventions, ne peut donc pas servir à contourner ou à réinterpréter les garanties légales attachées à la VEFA, telles que la garantie financière d'achèvement, l'échelonnement des paiements ou les conditions de résolution du contrat.
Pourquoi cette distinction compte pour vous
Concrètement, cet arrêt sécurise le cadre juridique de la VEFA en évitant que des arguments tirés de la bonne foi contractuelle ne viennent fragiliser des garanties que le législateur a voulu intangibles. Pour un acquéreur, cela signifie que ses droits (délais de livraison, pénalités de retard, garanties décennale et biennale) reposent sur des textes précis, et non sur une appréciation subjective du comportement loyal du promoteur.
Pour les professionnels de l'immobilier, la décision confirme qu'un contrat de VEFA rédigé conformément aux textes spéciaux ne peut être remis en cause sur le seul fondement d'un manquement allégué à la bonne foi, sauf à démontrer une violation précise d'une disposition protectrice.
Points à retenir
- La réglementation spéciale de la VEFA prime sur l'obligation générale de bonne foi de l'article 1134, alinéa 3, du Code civil
- Les garanties légales (achèvement, paiements échelonnés, résolution) ne peuvent être écartées par une appréciation subjective de la loyauté contractuelle
- Conservez l'intégralité des documents contractuels : contrat de réservation, acte de VEFA, appels de fonds et procès-verbaux de livraison
- Respectez les délais légaux pour contester un retard de livraison ou un défaut de conformité
- Un conseil juridique en amont de la signature évite des contentieux longs et coûteux
Questions fréquentes
Qu'est-ce que la VEFA ?
La vente en l'état futur d'achèvement permet d'acheter un logement avant ou pendant sa construction. L'acquéreur devient propriétaire du terrain dès la signature, puis des constructions au fur et à mesure de leur édification, selon un échéancier de paiement encadré par la loi.
Peut-on invoquer la bonne foi pour contester un contrat de VEFA ?
Cette décision montre que la bonne foi contractuelle ne peut pas se substituer aux règles spéciales de la VEFA. Il faut invoquer un manquement précis à un texte protecteur (délai, garantie, information) plutôt qu'un argument général de loyauté.
Que faire en cas de retard de livraison en VEFA ?
Le contrat doit prévoir une date de livraison et des pénalités en cas de retard. Il convient de mettre en demeure le promoteur par écrit et, si le litige persiste, de solliciter un avocat pour évaluer les recours disponibles, notamment la résolution du contrat ou l'indemnisation du préjudice.
Si vous êtes confronté à un litige lié à une vente en l'état futur d'achèvement, un accompagnement juridique adapté permet de faire valoir vos droits dans les meilleures conditions. Le cabinet de Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier à Antibes, peut analyser votre dossier et vous conseiller sur la stratégie à adopter.

