Décision de référence : cc • N° 20-15.111 • 2021-05-20 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : vous êtes à Trappes, dans une salle d'audience bondée, prêt à enchérir sur ce local commercial que vous convoitez depuis des mois. Le marteau du juge-commissaire s'abat, vous êtes déclaré adjudicataire (c'est-à-dire l'acheteur désigné par la vente aux enchères). Mais quelques jours plus tard, on vous annonce que la vente est annulée parce que la garantie que vous avez fournie n'était pas conforme. Comment est-ce possible ? La question que se pose chaque propriétaire ou investisseur : quelles sont les règles exactes pour participer à une vente forcée ? Cette décision de la Cour de cassation du 20 mai 2021 remet les pendules à l'heure : seules deux formes de garantie sont acceptées, et aucune autre. Explications.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire d'un ensemble immobilier à usage industriel à Saint-André-Lez-Lille, voit ses biens saisis par un créancier. Le juge-commissaire ordonne la vente par adjudication (vente aux enchères judiciaire) de plusieurs lots. Le cahier des conditions de vente (document qui fixe les règles de la vente) précise que les enchères sont ouvertes à toute personne offrant une caution bancaire irrévocable ou un chèque de banque de 10 % de la mise à prix, avec un minimum de 3 000 €.
Le jour de l'audience, un enchérisseur se présente avec une garantie différente : une attestation bancaire non irrévocable. L'avocat du poursuivant (le créancier qui demande la vente) conteste immédiatement la validité de cette garantie. Le juge-commissaire, après délibéré, rejette l'enchère et déclare l'enchérisseur irrecevable. Ce dernier conteste la décision, estimant que l'attestation bancaire était suffisante. L'affaire remonte jusqu'à la Cour de cassation, qui doit trancher : la liste des garanties prévues par l'article R. 322-41 du code des procédures civiles d'exécution est-elle limitative ?
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation confirme la décision du juge-commissaire et apporte une réponse claire : l'article R. 322-41, alinéa 1, du code des procédures civiles d'exécution (le texte qui régit les enchères en matière de saisie immobilière) énumère de façon limitative les garanties acceptables. Il s'agit de la caution bancaire irrévocable ou du chèque de banque à l'ordre du séquestre ou de la Caisse des dépôts et consignations. Aucune autre forme de garantie, comme une simple attestation bancaire, un chèque personnel ou une lettre de confort, n'est recevable.
Autrement dit, la loi ne laisse aucune marge de manœuvre : l'enchérisseur doit remettre à son avocat, avant l'ouverture des enchères, soit une caution bancaire irrévocable (un engagement ferme de la banque à payer), soit un chèque de banque (émis par la banque elle-même), représentant 10 % du montant de la mise à prix, avec un minimum de 3 000 €. Cette garantie est remise contre récépissé (un reçu).
Ce que peu de gens savent, c'est que l'irrévocabilité est essentielle : la banque ne peut pas revenir sur son engagement. Une attestation simple, qui pourrait être retirée, ne remplit pas cette condition. La Cour de cassation insiste sur le caractère strict de cette obligation, car elle protège le vendeur (le créancier) contre les défaillances de l'enchérisseur.
Dans ma pratique, j'ai rencontré des dossiers où des enchérisseurs mal informés ont perdu leur enchère pour avoir fourni une garantie non conforme. À Mantes-la-Jolie, par exemple, un de mes clients a failli voir la vente de son bien immobilier annulée pour ce motif.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire bailleur et que vous souhaitez acquérir un bien aux enchères, vous devez impérativement vous munir d'une caution bancaire irrévocable ou d'un chèque de banque. Ne vous présentez pas avec une simple attestation de votre banquier, même si elle mentionne un engagement : si elle n'est pas irrévocable, elle sera refusée.
Pour l'acquéreur, soyez vigilants : le montant de la garantie est de 10 % de la mise à prix, avec un minimum de 3 000 €. Par exemple, pour un bien mis à prix à 50 000 €, vous devez fournir 5 000 € de garantie. Si vous ne pouvez pas présenter cette garantie, vous ne pourrez pas enchérir.
Si vous êtes créancier poursuivant, vous avez intérêt à vérifier que le cahier des conditions de vente mentionne clairement les garanties acceptées. En cas de contestation, vous pouvez demander au juge-commissaire de rejeter une enchère non conforme.
Attention toutefois : la garantie doit être remise à l'avocat avant le début des enchères. Si vous arrivez en retard ou si la banque tarde à délivrer le chèque, vous serez exclu. Prévoyez donc un délai suffisant.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Avant l'audience, contactez votre banque pour obtenir une caution bancaire irrévocable ou un chèque de banque. Ne vous contentez pas d'une attestation simple. Demandez explicitement un document irrévocable.
- Vérifiez le montant exact de la garantie : 10 % de la mise à prix, avec un minimum de 3 000 €. Si la mise à prix est élevée, le montant de la caution peut être conséquent. Assurez-vous d'avoir les fonds disponibles.
- Remettez la garantie à votre avocat suffisamment tôt avant l'audience, contre récépissé. L'avocat doit être en mesure de la présenter au juge-commissaire avant l'ouverture des enchères.
- En cas de doute, consultez un avocat spécialisé en droit immobilier.

