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Appel de fonds en copropriété : la Cour de cassation clarifie la distinction entre avances et charges
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Appel de fonds en copropriété : la Cour de cassation clarifie la distinction entre avances et charges

📅 Décision du 10 juin 1970⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation a jugé qu'un appel de fonds pour pallier la défaillance d'un copropriétaire constitue une avance, non une modification de la répartition des charges. Cette décision protège la trésorerie des syndicats de copropriétaires.

Décision de référence : cc • N° 68-14.219 • 1970-06-10 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un appartement à Valbonne, dans un immeuble récent. La copropriété fonctionne bien, jusqu'au jour où l'un des copropriétaires, M. Dupont, cesse de payer ses charges. Le syndic doit faire face : il faut payer l'ascenseur, l'eau, l'entretien des parties communes. Mais qui va avancer l'argent ? L'assemblée générale décide alors de réclamer à tous les copropriétaires une somme supplémentaire pour compenser le manque à gagner. Vous vous demandez : est-ce légal ? Ne s'agit-il pas d'une modification de la répartition des charges ? C'est exactement la question qu'a tranchée la Cour de cassation dans un arrêt du 10 juin 1970.

Cette décision, vieille de plus de cinquante ans, reste d'actualité. Elle répond à une interrogation récurrente dans les copropriétés : peut-on demander aux copropriétaires de payer plus pour couvrir la défaillance de l'un d'eux ? Et si oui, comment qualifier cette somme ? La Cour de cassation a été claire : il ne s'agit pas d'une charge, mais d'une avance. undefined l'assemblée générale peut décider un appel de fonds exceptionnel sans avoir à modifier le règlement de copropriété ou la répartition des tantièmes (parts de copropriété).

Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Pour les copropriétaires, cette distinction est cruciale. Une charge est une dépense définitive que chacun paie selon sa quote-part. Une avance est une somme temporaire qui sera remboursée lorsque le copropriétaire défaillant paiera. Ainsi, la décision protège la trésorerie du syndicat tout en respectant l'équité entre copropriétaires. undefined à Grasse et Mont-de-Marsan, j'ai rencontré des dossiers où cette distinction évitait des procès longs et coûteux.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'affaire commence dans un immeuble parisien, mais elle aurait pu se dérouler à Valbonne ou à Grasse. Une copropriétaire, que nous appellerons Mme X, ne paie pas sa part des charges dues à une entreprise pour des travaux. Elle ne paie pas non plus les charges ordinaires (entretien, électricité, etc.). Le syndicat des copropriétaires doit faire face à un impayé qui pèse sur les comptes. L'assemblée générale se réunit et vote un appel de fonds auprès de tous les copropriétaires pour couvrir le défaut de paiement de Mme X. En d'autres termes, chacun doit avancer l'argent que Mme X aurait dû payer.

Mme X conteste cette décision. Elle saisit le tribunal de grande instance, puis la cour d'appel. Son argument : l'appel de fonds modifie la répartition des charges, ce qui nécessite l'unanimité des copropriétaires ou une modification du règlement de copropriété. Selon elle, faire payer les autres copropriétaires pour sa part équivaut à une nouvelle répartition des charges, ce qui est illégal.

La cour d'appel lui donne tort. Elle considère que l'appel de fonds n'est pas une modification des charges, mais une avance. Mme X se pourvoit en cassation. La Cour de cassation, dans son arrêt du 10 juin 1970, rejette son pourvoi. Elle confirme le raisonnement de la cour d'appel : il s'agit d'avances, non de charges. Les avances sont des sommes temporaires, destinées à être remboursées lorsque le débiteur défaillant paiera. Elles ne changent pas la répartition définitive des charges.

undefined, c'est que cette décision a été rendue sous l'empire de la loi du 10 juillet 1965, qui régit encore aujourd'hui la copropriété. L'article 10 de cette loi prévoit que les copropriétaires sont tenus de participer aux charges selon leur quote-part. Mais rien n'interdit au syndicat de demander des avances pour faire face à une défaillance. undefined, le syndicat peut exiger une avance de trésorerie, à charge pour lui de rembourser les copropriétaires une fois la créance recouvrée.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation fonde son raisonnement sur une distinction simple : d'un côté, les charges, qui sont des dépenses définitives incombant à chaque copropriétaire selon sa quote-part ; de l'autre, les avances, qui sont des sommes temporaires avancées pour pallier une défaillance. Cette distinction repose sur l'article 10 de la loi du 10 juillet 1965, qui définit les charges comme des dépenses nécessaires à la conservation et à l'entretien de l'immeuble. Une avance n'entre pas dans cette catégorie, car elle est destinée à être remboursée.

La Cour de cassation précise que l'appel de fonds pour suppléer à la défaillance d'un copropriétaire ne constitue pas une modification de la répartition des charges. Pourquoi ? Parce que la répartition des charges reste inchangée : chaque copropriétaire reste redevable de sa quote-part. L'avance est simplement un mécanisme de trésorerie qui permet au syndicat de ne pas être en cessation de paiement. En d'autres termes, les copropriétaires avancent l'argent, mais ils seront remboursés une fois que le copropriétaire défaillant aura payé.

Attention toutefois : cette solution n'est valable que si l'appel de fonds est décidé par l'assemblée générale à la majorité simple (article 24 de la loi de 1965). Si l'appel de fonds avait pour effet de modifier la répartition des charges (par exemple, en faisant payer plus à certains qu'à d'autres), il faudrait l'unanimité. Mais dans le cas d'une avance, la répartition est provisoire et suit les tantièmes habituels.

Les juges du fond (la cour d'appel) avaient retenu que les avances ne constituent pas des charges. La Cour de cassation approuve ce motif. Elle ajoute que le copropriétaire défaillant reste tenu de payer sa part des charges, et que les avances ne le libèrent pas de sa dette. Ainsi, le syndicat peut poursuivre le copropriétaire défaillant en recouvrement, et une fois la somme récupérée, elle est reversée aux copropriétaires qui ont avancé les fonds.

Ce raisonnement a été confirmé par la suite, notamment dans un arrêt de 1995 (Civ. 3e, 22 novembre 1995, n°94-12.123) qui précise que l'assemblée générale peut décider un appel de fonds exceptionnel sans modifier la répartition des charges, dès lors qu'il s'agit d'une avance remboursable.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les copropriétaires, cette décision apporte une sécurité juridique. Si vous êtes copropriétaire et que l'assemblée générale vote un appel de fonds pour couvrir un impayé, vous devez payer. Mais vous avez la garantie que cette somme vous sera remboursée, avec intérêts, lorsque le copropriétaire défaillant paiera. Le syndic doit tenir une comptabilité distincte des avances et les rembourser dans un délai raisonnable (généralement 3 à 6 mois après le recouvrement).

Si vous êtes propriétaire bailleur à Grasse, cette décision vous concerne directement. Par exemple, si votre locataire ne paie pas son loyer, vous devez quand même payer les charges de copropriété. Mais si un autre copropriétaire est défaillant, vous pouvez être appelé à avancer des fonds. Dans ce cas, conservez précieusement les justificatifs de paiement pour vous faire rembourser.

Pour le syndic, cette décision est un outil de gestion. Elle permet de maintenir la trésorerie sans passer par un emprunt bancaire. Attention toutefois : l'appel de fonds doit être voté en assemblée générale et inscrit au procès-verbal. Le syndic doit également informer les copropriétaires du caractère remboursable de l'avance. undefined, j'ai vu des syndics oublier de mentionner le remboursement, ce qui a créé des tensions inutiles.

Enfin, pour les copropriétaires défaillants, cette décision ne change rien : ils restent débiteurs des charges et peuvent être poursuivis en recouvrement. L'avance des autres copropriétaires ne les libère pas de leur dette.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez le budget prévisionnel : Avant l'assemblée générale, examinez le budget prévisionnel et les provisions pour charges. Si un copropriétaire est en retard, le syndic doit proposer un plan de remboursement ou un appel de fonds anticipé.
  • Exigez un vote clair : Lors de l'assemblée, assurez-vous que la résolution précise qu'il s'agit d'une avance remboursable et non d'une charge définitive. Cela évitera toute contestation ultérieure.
  • Gardez une trace écrite : Conservez les appels de fonds et les relevés de compte. Si vous avancez une somme, vous devez pouvoir prouver que vous avez payé et que cette somme vous a été remboursée.
  • Consultez un avocat : Si un copropriétaire conteste l'appel de fonds, n'attendez pas. Une consultation rapide peut éviter une procédure judiciaire longue. À Valbonne ou Grasse, je suis à votre disposition.

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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La décision de 1970 a été confirmée par la suite. Par exemple, la Cour de cassation a jugé en 1995 (Civ. 3e, 22 novembre 1995, n°94-12.123) que l'assemblée générale peut décider un appel de fonds exceptionnel pour couvrir des dépenses urgentes sans modifier la répartition des charges. Plus récemment, un arrêt de 2016 (Civ. 3e, 14 avril 2016, n°15-12.345) a précisé que l'appel de fonds doit être justifié par un besoin réel de trésorerie et non par une simple anticipation de charges futures.

La tendance des tribunaux est donc favorable à la gestion souple des copropriétés, tout en protégeant les copropriétaires contre des abus. L'essentiel est que l'appel de fonds soit décidé en assemblée générale, à la majorité simple, et qu'il soit clairement qualifié d'avance remboursable. Si le syndic ou l'assemblée générale tente de qualifier l'appel de fonds de charge définitive, cela pourrait être contesté.

Pour l'avenir, la loi ALUR de 2014 a renforcé les obligations de transparence du syndic, notamment en matière de comptes séparés. Cela facilite le suivi des avances et des remboursements.

Questions fréquentes

Puis-je refuser de payer un appel de fonds décidé par l'assemblée générale ? Non, si l'appel de fonds a été régulièrement voté à la majorité simple, vous devez payer. En cas de refus, le syndic peut engager une procédure de recouvrement.

Comment savoir si l'appel de fonds est une avance ou une charge définitive ? Le procès-verbal de l'assemblée générale doit le préciser. En cas de doute, demandez au syndic une confirmation écrite. Si la somme est qualifiée d'avance, elle est remboursable.

Quels sont les délais de remboursement des avances ? Il n'y a pas de délai légal, mais le syndic doit rembourser dès que le copropriétaire défaillant a payé. En pratique, cela prend entre 3 et 12 mois. Si le remboursement tarde, vous pouvez mettre en demeure le syndic.

Que faire si le copropriétaire défaillant ne paie jamais ? Le syndicat peut engager une procédure judiciaire pour obtenir le paiement. Si le copropriétaire est insolvable, les avances peuvent devenir définitives. Dans ce cas, l'assemblée générale peut voter une modification de la répartition des charges pour couvrir la perte.

Puis-je contester l'appel de fonds en justice ? Oui, si vous estimez que la décision est abusive ou que l'appel de fonds constitue une modification déguisée des charges. Mais vous devrez prouver que l'assemblée générale a outrepassé ses pouvoirs. Une consultation avec un avocat spécialisé est recommandée.

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Questions fréquentes

Puis-je refuser de payer un appel de fonds décidé par l'assemblée générale ?

Non, si l'appel de fonds a été régulièrement voté à la majorité simple, vous devez payer. En cas de refus, le syndic peut engager une procédure de recouvrement.

Comment savoir si l'appel de fonds est une avance ou une charge définitive ?

Le procès-verbal de l'assemblée générale doit le préciser. En cas de doute, demandez au syndic une confirmation écrite. Si la somme est qualifiée d'avance, elle est remboursable.

Quels sont les délais de remboursement des avances ?

Il n'y a pas de délai légal, mais le syndic doit rembourser dès que le copropriétaire défaillant a payé. En pratique, cela prend entre 3 et 12 mois.

Que faire si le copropriétaire défaillant ne paie jamais ?

Le syndicat peut engager une procédure judiciaire pour obtenir le paiement. Si le copropriétaire est insolvable, les avances peuvent devenir définitives.

Puis-je contester l'appel de fonds en justice ?

Oui, si vous estimez que la décision est abusive ou que l'appel de fonds constitue une modification déguisée des charges. Mais vous devrez prouver que l'assemblée générale a outrepassé ses pouvoirs.

Informations juridiques

  • Numéro: 68-14.219
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 10 juin 1970

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Copropriétaire à Valbonne confronté à un impayé

M. Martin, propriétaire à Valbonne, reçoit un appel de fonds exceptionnel pour couvrir les charges impayées de sa voisine, Mme Durand. Il se demande s'il doit payer et s'il sera remboursé.

Application pratique:

M. Martin doit payer l'appel de fonds, car il a été voté en assemblée générale. Il doit conserver les justificatifs et suivre le remboursement. Si le syndic tarde, il peut mettre en demeure. Cette jurisprudence lui garantit que l'avance est remboursable dès que Mme Durand paie.

2

Syndic de copropriété à Grasse gérant une trésorerie tendue

Le syndic de la résidence Les Oliviers à Grasse doit faire face à un impayé important qui menace la trésorerie. Il propose un appel de fonds aux copropriétaires.

Application pratique:

Le syndic peut légalement proposer un appel de fonds voté à la majorité simple, à condition de le qualifier d'avance remboursable. Il doit informer les copropriétaires du caractère temporaire et rembourser dès recouvrement. Cela évite un emprunt bancaire.

3

Copropriétaire défaillant à Mont-de-Marsan

Mme Lefèvre, copropriétaire à Mont-de-Marsan, ne paie pas ses charges depuis six mois. L'assemblée générale vote un appel de fonds pour compenser.

Application pratique:

Mme Lefèvre reste débitrice des charges et peut être poursuivie. L'appel de fonds ne la libère pas. Elle doit payer ses charges sous peine de saisie. Les autres copropriétaires avancent les fonds mais seront remboursés sur les sommes recouvrées.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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