Décision de référence : cc • N° 87-18.527 • 1989-06-07 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un appartement à Nantes, que vous louez à usage mixte d'habitation et professionnel. Votre locataire, un avocat, prend un autre bail dans le même immeuble. Un conflit éclate sur la répartition des charges. Vous décidez de faire appel, mais votre déclaration d'appel ne mentionne que certains points du jugement. Vos héritiers, après votre décès, tentent d'étendre l'appel à l'ensemble du litige. La question se pose : ont-ils le droit ?
Cette décision de la Cour de cassation du 7 juin 1989 répond par la négative. Elle rappelle que l'appel est limité aux seuls chefs du jugement expressément critiqués dans la déclaration d'appel, conformément aux articles 562 et 901 du Code de procédure civile (qui fixent le cadre de l'appel et son contenu obligatoire).
undefined, si vous ou vos héritiers dépassez les limites de l'appel, la cour d'appel ne peut pas étendre d'office son examen à tout le jugement. Une leçon à méditer pour tout propriétaire indivis, notamment dans une copropriété à La Baule-Escoublac.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
En 1975, un avocat nantais prend à bail professionnel un appartement dans un immeuble. Quelques années plus tard, en 1981, les époux X, propriétaires dans le même immeuble, louent un autre appartement à usage mixte d'habitation et professionnel. Les deux baux sont régis par la loi du 1er septembre 1948, modifiée par l'article 3 quater (qui encadre les baux mixtes).
Un litige naît entre les bailleurs et les locataires sur la nature des baux et le montant des loyers. Le tribunal de grande instance de Nantes rend un jugement le 12 juin 1986. Les héritiers de certains bailleurs, indivis (propriétaires en indivision), interjettent appel. Mais attention : leur déclaration d'appel, déposée au greffe de la cour d'appel de Rennes, mentionne expressément qu'ils limitent leur appel à certains chefs du jugement.
Pourtant, dans leurs conclusions ultérieures (écritures déposées devant la cour), ils demandent la réformation de l'ensemble du jugement, y compris des points non visés dans la déclaration d'appel. La cour d'appel les suit et déclare l'appel recevable pour le tout. Les locataires se pourvoient en cassation, estimant que la cour a violé les articles 562 et 901 du Code de procédure civile. La Cour de cassation leur donne raison.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation, dans son arrêt du 7 juin 1989, casse l'arrêt de la cour d'appel de Rennes. Son raisonnement est limpide : elle s'appuie sur les articles 562 et 901 du Code de procédure civile. L'article 562 dispose que « l'appel défère à la cour la connaissance des chefs de jugement qu'il critique expressément et de ceux qui en dépendent ». L'article 901, quant à lui, énumère les mentions obligatoires de la déclaration d'appel, notamment l'indication des chefs du jugement attaqués.
undefined si la déclaration d'appel limite l'appel à certains chefs, la cour d'appel ne peut pas, de sa propre initiative, étendre l'appel à d'autres chefs, même si les parties le demandent dans leurs conclusions. C'est une question de respect du contradictoire (principe selon lequel chaque partie doit pouvoir discuter les arguments de l'autre) et de sécurité juridique (prévisibilité des décisions).
undefined, c'est que cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante : depuis 1989, la Cour de cassation veille à ce que l'appel soit strictement cantonné aux chefs critiqués. Il n'y a pas eu de revirement, mais une confirmation de la rigueur procédurale. Les arguments des héritiers (demande de réformation totale) ont été écartés au profit du texte clair.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire bailleur, cette décision vous concerne directement. Imaginez que vous êtes propriétaire d'un appartement à La Baule-Escoublac, loué à usage mixte. Vous obtenez un jugement qui vous donne partiellement raison, mais vous décidez de faire appel uniquement sur les charges impayées. Votre déclaration d'appel doit le mentionner explicitement. Si vos héritiers, après votre décès, veulent contester aussi le montant du loyer, ils ne le pourront pas, sauf à interjeter un nouvel appel.
Pour les locataires, c'est une protection : la cour d'appel ne peut pas étendre le débat au-delà de ce que le bailleur a critiqué. Si le bailleur conteste seulement la durée du bail, le locataire n'a pas à craindre que le montant du loyer soit remis en cause, sauf si la déclaration d'appel le prévoit.
undefined, j'ai rencontré des dossiers où des copropriétaires indivis, à Nantes, ont voulu étendre leur appel après avoir pris conscience d'autres points du jugement. La règle est claire : il faut soit faire une déclaration d'appel complète dès le départ, soit renoncer à contester les autres chefs. Le délai d'appel est d'un mois à compter de la notification du jugement (article 538 du Code de procédure civile). Passé ce délai, impossible de revenir en arrière.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Rédigez votre déclaration d'appel avec précision : mentionnez chaque chef du jugement que vous contestez, sans généralité du type « appel total ». Si vous avez un doute, consultez un avocat avant de déposer.
- Anticipez l'avenir : si vous êtes en indivision (plusieurs héritiers), prévoyez dès le départ que tous les chefs du jugement soient critiqués, même ceux qui vous semblent secondaires. Vous éviterez ainsi que vos héritiers ne soient bloqués.
- Respectez scrupuleusement le délai d'appel : un mois après notification. Si vous tardez, vous perdez tout droit de contester, même partiellement.
- Faites relire vos conclusions : par un avocat spécialisé en procédure d'appel. Une erreur dans la déclaration d'appel peut être fatale, comme le montre cette décision.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1989 a été confirmée par plusieurs arrêts ultérieurs. Par exemple, la Cour de cassation, dans un arrêt du 13 octobre 1998 (n° 96-18.457), a jugé que la cour d'appel ne peut pas statuer sur un chef non visé dans la déclaration d'appel, même si les parties en débattent dans leurs conclusions. La tendance est donc à une interprétation stricte de l'article 562.
Attention toutefois : la loi du 17 juin 2008 a modifié l'article 901 pour exiger que la déclaration d'appel mentionne les chefs du jugement critiqués. Mais cette exigence existait déjà en jurisprudence. En pratique, les tribunaux restent très attachés à la lettre du texte. Pour l'avenir, il est probable que cette rigueur se maintienne, car elle garantit une bonne administration de la justice.
En pratique : ce qu'il faut faire
FAQ - Questions fréquentes
1. Puis-je étendre mon appel après avoir déposé ma déclaration ? Non, sauf si vous déposez une nouvelle déclaration d'appel dans le délai d'un mois. Passé ce délai, l'appel est limité aux chefs initialement critiqués.
2. Que faire si je suis héritier et que l'appel a été mal rédigé ? Vous pouvez tenter de régulariser en cours d'instance, mais la jurisprudence est défavorable. Mieux vaut consulter un avocat dès le départ.
3. Quels sont les délais ? L'appel doit être formé dans le mois suivant la notification du jugement (article 538 du Code de procédure civile).
4. Un copropriétaire indivis peut-il appeler seul ? Oui, mais l'appel d'un indivisaire ne profite pas aux autres, sauf s'ils se joignent à l'appel. Chaque indivisaire doit être vigilant.
5. Que risque-t-on si on dépasse les chefs d'appel ? La cour d'appel doit déclarer irrecevables les demandes nouvelles. Votre adversaire peut soulever l'irrecevabilité, et vous risquez de perdre le bénéfice de votre appel.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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