Arrêté municipal et panneaux Stop : le maire peut-il imposer un arrêt ?
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Arrêté municipal et panneaux Stop : le maire peut-il imposer un arrêt ?

📅 Décision du 06 novembre 1963⚖️ Cour de cassation👁️ 38 vues📖 7 min de lecture

En 1963, la Cour de cassation a confirmé que le maire peut réglementer la circulation en imposant des panneaux Stop aux intersections, même sans signalisation existante. Tout conducteur doit marquer un temps d'arrêt sous peine d'infraction.

Décision de référence : cc • N° 63-91.103 • 1963-11-06 • Consulter la décision →

Imaginez : vous conduisez tranquillement dans les rues de Chamalières, quand soudain, à une intersection que vous empruntez tous les jours, un panneau Stop flambant neuf apparaît. Vous vous arrêtez, bien sûr, mais vous vous demandez : le maire a-t-il vraiment le droit de décider seul où placer ces panneaux ? Et si vous ne vous arrêtez pas, quelle est la sanction ?

C'est exactement la question que la Cour de cassation a tranchée en 1963, dans une affaire venue de Strasbourg. Un automobiliste contestait un procès-verbal pour non-respect d'un panneau Stop, arguant que l'arrêté municipal qui l'avait installé était illégal. La haute juridiction a donné raison au maire : oui, l'édile peut réglementer la circulation dans son agglomération, y compris en imposant des arrêts aux intersections, et l'usager qui ne s'arrête pas commet une infraction.

Cette décision, bien qu'ancienne, reste un pilier du droit de la circulation. Elle rappelle aux conducteurs que le pouvoir de police du maire est large, et aux propriétaires riverains que la signalisation peut évoluer sans leur consentement. Décortiquons-la ensemble.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

À Strasbourg, dans les années 1960, la municipalité a pris un arrêté pour réglementer la circulation à plusieurs intersections, en y apposant des panneaux Stop. Un conducteur, que nous appellerons M. X, a été verbalisé pour ne pas avoir marqué l'arrêt obligatoire à l'une de ces intersections. Contestant l'amende, il a porté l'affaire devant les tribunaux.

Son argument principal : l'arrêté du maire était irrégulier. Selon lui, le maire n'avait pas le pouvoir d'imposer un Stop sans une délibération du conseil municipal ou une autorisation préfectorale. Il estimait que la signalisation devait être conforme à une réglementation nationale stricte, et que l'initiative locale était contraire au Code de la route.

La municipalité de Strasbourg, elle, soutenait que l'article R.27 du Code de la route (aujourd'hui codifié à l'article R.411-25) donnait au maire le pouvoir de réglementer la circulation dans l'agglomération, y compris en installant des panneaux Stop. L'affaire a été jugée en première instance, puis en appel, avant d'atterrir devant la Cour de cassation.

Rebondissement : la Cour de cassation a confirmé la condamnation du conducteur. Elle a jugé que l'arrêté municipal était régulier, car pris conformément à l'article R.27, et que l'automobiliste avait bien commis une infraction en ne s'arrêtant pas. Cette décision a mis fin à la contestation, mais a surtout établi un principe clair : le maire peut, de sa propre autorité, imposer des Stop dans sa commune.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans son arrêt du 6 novembre 1963 (n° 63-91.103), s'est appuyée sur l'article R.27 du Code de la route. Cet article, dans sa version alors en vigueur, autorisait le maire à réglementer la circulation à l'intérieur de l'agglomération, notamment aux intersections. La Cour a estimé que cette disposition donnait au maire un pouvoir suffisant pour imposer des panneaux Stop sans autre formalité.

Le raisonnement est simple : le maire est l'autorité de police de la circulation dans sa commune. Il peut donc, par arrêté, décider de la signalisation, tant que celle-ci respecte les règles de sécurité. En l'espèce, l'arrêté municipal de Strasbourg prévoyait explicitement que les conducteurs devaient marquer un temps d'arrêt aux intersections indiquées. Le conducteur, en ne s'arrêtant pas, a violé cette obligation.

La Cour a rejeté l'argument du conducteur selon lequel l'arrêté était illégal. Elle a précisé que la publication d'un protocole constituant un engagement international (évoqué dans le texte de la décision) n'avait pas d'incidence sur la validité de l'arrêté municipal. Autrement dit, même si la commune avait signé un accord avec l'État, cela ne limitait pas le pouvoir du maire sur la signalisation locale.

Cette décision est une confirmation de la jurisprudence antérieure : le pouvoir de police du maire est large et discrétionnaire. Elle n'a pas été remise en cause depuis, et les tribunaux continuent de l'appliquer. Les juges ont simplement rappelé que l'usager de la route doit respecter la signalisation, même s'il conteste la légalité de l'arrêté. La contestation doit se faire par la voie contentieuse, pas en ignorant le panneau.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les automobilistes : si vous voyez un panneau Stop, vous devez vous arrêter, que vous soyez d'accord ou non avec son emplacement. L'infraction est caractérisée dès lors que vous ne marquez pas un temps d'arrêt complet. À Issoire, par exemple, un conducteur qui grillerait un Stop nouvellement installé rue de la République pourrait être verbalisé, même s'il conteste l'arrêté. L'amende forfaitaire est de 135 € (minorée à 90 € si payée rapidement), et un retrait de 4 points sur le permis est prévu.

Pour les propriétaires riverains : vous ne pouvez pas empêcher le maire d'installer un Stop devant chez vous. Si vous estimez que la signalisation est abusive, vous devez attaquer l'arrêté devant le tribunal administratif dans les deux mois de sa publication. En attendant, vous devez respecter le panneau.

Pour les collectivités : cette décision confirme que le maire peut agir seul, sans délibération du conseil municipal. Cela simplifie la gestion de la circulation. Cependant, il doit motiver son arrêté par des raisons de sécurité, et ne pas agir de manière arbitraire. À Chamalières, un arrêté pourrait être annulé s'il est pris pour des motifs étrangers à la circulation (par exemple, pour nuire à un commerçant).

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Respectez toujours la signalisation en place. Même si vous pensez qu'elle est illégale, ne la défiez pas. Vous risqueriez une amende et un retrait de points. Engagez un recours en parallèle.
  • Si vous voulez contester un arrêté municipal, agissez vite. Le délai de recours est de deux mois à compter de la publication ou de l'affichage de l'arrêté. Au-delà, il devient définitif.
  • Vérifiez la motivation de l'arrêté. Un bon avocat analysera si la décision du maire est justifiée par des considérations de sécurité (visibilité, accidentologie, flux de circulation).
  • Si vous êtes propriétaire d'un terrain d'angle, anticipez. Le maire peut y installer un Stop, ce qui peut impacter la valeur de votre bien. Renseignez-vous en mairie avant d'acheter.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une lignée constante. Déjà en 1956, le Conseil d'État avait reconnu le pouvoir du maire en matière de signalisation (CE, 14 décembre 1956, Ville de Nice). Plus récemment, la Cour de cassation a précisé que le maire peut même imposer des sens interdits ou des limitations de vitesse sans autorisation préfectorale (Cass. crim., 18 mars 2008, n° 07-86.781).

La tendance est donc à un renforcement du pouvoir municipal. Toutefois, les tribunaux contrôlent que l'arrêté ne soit pas disproportionné. Par exemple, un Stop placé à une intersection sans visibilité est justifié ; mais s'il est posé dans un but purement commercial, il pourrait être annulé. Dans l'avenir, attendez-vous à ce que les maires utilisent de plus en plus cette prérogative pour apaiser la circulation, notamment dans les zones résidentielles.

Questions fréquentes

Puis-je contester un panneau Stop si je pense qu'il est mal placé ?

Oui, mais vous devez le faire par un recours en annulation de l'arrêté municipal devant le tribunal administratif, et non en refusant de vous arrêter. Le délai est de deux mois.

Que risque-t-on si on ne s'arrête pas à un Stop ?

Une amende forfaitaire de 135 € (minorée à 90 €) et un retrait de 4 points sur le permis de conduire. En cas d'accident, les conséquences pénales et civiles peuvent être lourdes.

Le maire peut-il installer un Stop sans l'accord du conseil municipal ?

Oui, c'est une décision individuelle relevant de son pouvoir de police. Aucune délibération n'est nécessaire, sauf si l'arrêté prévoit des dépenses exceptionnelles.

Un particulier peut-il demander l'installation d'un Stop ?

Oui, en adressant une demande motivée à la mairie. Le maire n'est pas obligé de l'accepter, mais il doit examiner la demande et motiver son refus éventuel.

L'arrêté municipal doit-il être publié pour être applicable ?

Oui, il doit être affiché en mairie et, souvent, publié dans un bulletin municipal. Les panneaux doivent être conformes à la réglementation (norme NF).

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Informations juridiques

  • Numéro: 63-91.103
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 06 novembre 1963

Mots-clés

arrêté municipalpanneau stopcirculationmaireinfraction code de la routepouvoir de police

Cas d'usage pratiques

1

Automobiliste verbalisé à Issoire

Un conducteur ne s'arrête pas à un Stop récemment installé rue de la République à Issoire. Il conteste l'amende de 135 € et 4 points.

Application pratique:

La jurisprudence de 1963 confirme que l'arrêté municipal est valable. Le conducteur doit payer l'amende ou contester l'arrêté devant le tribunal administratif dans les deux mois. En attendant, il doit respecter le panneau.

2

Propriétaire riverain à Chamalières

Un propriétaire voit un panneau Stop installé devant sa maison, réduisant l'accès à son garage. Il estime que c'est abusif.

Application pratique:

Il ne peut pas enlever le panneau. Il doit attaquer l'arrêté municipal devant le tribunal administratif. Si l'arrêté est justifié par la sécurité, il sera maintenu. Sinon, il pourra être annulé.

3

Maire souhaitant réguler la circulation

Un maire de petite commune veut installer plusieurs Stop pour sécuriser des intersections. Il se demande s'il peut le faire seul.

Application pratique:

Oui, l'arrêté de 1963 le confirme. Le maire peut prendre un arrêté sans délibération du conseil. Il doit toutefois motiver sa décision par des raisons de sécurité et respecter la réglementation nationale.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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