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Soldes sans autorisation : que dit la loi de 1906 et votre droit ?
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Soldes sans autorisation : que dit la loi de 1906 et votre droit ?

📅 Décision du 28 juin 1982⚖️ Cour de cassation👁️ 13 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation précise que le juge des référés ne peut interdire des soldes entrant dans les exceptions prévues par le décret de 1962, même en cas d'arrêtés municipaux contestés. Une décision qui protège les commerçants tout en rappelant le cadre légal strict.

Décision de référence : cc • N° 81-11.550 • 1982-06-28 • Consulter la décision →

Imaginez-vous, commerçant à Kingersheim, préparant vos soldes de janvier depuis des semaines. Vous avez commandé des stocks, recruté du personnel temporaire, imprimé des affiches. Et puis, un concurrent mécontent saisit le juge des référés pour faire interdire votre vente, arguant que la période des soldes fixée par la mairie n'est pas conforme à la loi de 1906. Que faire ? Cette décision de la Cour de cassation du 28 juin 1982 répond à cette question cruciale : le juge des référés peut-il interdire des soldes lorsque la légalité des arrêtés municipaux est contestée ?

La question que se pose tout propriétaire de boutique : suis-je à l'abri d'une action en référé si je respecte les périodes de soldes fixées par ma commune ? La réponse est nuancée. La loi du 30 décembre 1906 interdit les ventes de marchandises neuves sous forme de soldes sans autorisation spéciale du maire. Mais un décret d'application de 1962 prévoit des exceptions. La Cour de cassation a tranché : si le juge constate que les soldes en cause entrent dans ces exceptions, il ne peut pas les interdire en référé, car la contestation sur la légalité des arrêtés municipaux est sérieuse.

Concrètement, cette décision protège les commerçants contre des actions en justice abusives, mais elle ne donne pas un blanc-seing. Elle rappelle que le juge des référés, juge de l'urgence, ne peut pas trancher des questions de fond complexes. Si vous êtes commerçant à Colmar, sachez que vos soldes doivent respecter à la fois la loi de 1906, le décret de 1962 et les arrêtés municipaux. Une erreur sur l'un de ces textes et vous pourriez vous retrouver devant le juge.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Nous sommes à Strasbourg, en janvier 1981. La société Bouchara Frères exploite un commerce de tissus. Elle organise des soldes sur des marchandises neuves, conformément à un arrêté municipal fixant les dates des soldes dans la ville. Mais l'Association des commerçants de Strasbourg et environs n'est pas d'accord. Elle estime que ces soldes sont illégaux car ils ne respectent pas la loi du 30 décembre 1906, qui exige une autorisation spéciale du maire pour toute vente de marchandises neuves en solde.

L'Association saisit alors le juge des référés pour obtenir l'interdiction immédiate de la vente. Devant le tribunal, la société Bouchara se défend en invoquant le décret du 26 novembre 1962, qui précise que l'interdiction de la loi de 1906 ne concerne pas certaines catégories de soldes. Les juges de première instance doivent donc examiner si les soldes en cause entrent dans ces catégories.

La Cour d'appel, saisie, constate que les soldes litigieux relèvent bien des exceptions prévues par le décret de 1962. Elle en déduit que la question de la légalité des arrêtés municipaux fixant les périodes de soldes constitue une contestation sérieuse. Or, le juge des référés ne peut pas statuer sur une contestation sérieuse : son rôle est de prendre des mesures provisoires en cas d'urgence, pas de trancher des questions de fond. La Cour d'appel déclare donc la demande irrecevable. La société Bouchara peut poursuivre ses soldes.

L'Association se pourvoit en cassation. Elle soutient que la demande était recevable car la loi de 1906 est claire. Mais la Cour de cassation rejette le pourvoi : elle confirme le raisonnement de la Cour d'appel. Le juge des référés n'a pas compétence pour se prononcer sur une contestation sérieuse, et la question de la validité des arrêtés municipaux en est une. Ainsi, la décision rendue à Strasbourg a des implications pour tout commerçant de Kingersheim, Colmar ou ailleurs.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur deux textes fondamentaux. D'abord, la loi du 30 décembre 1906, qui interdit les ventes de marchandises neuves sous forme de soldes sans autorisation spéciale du maire. Ensuite, le décret du 26 novembre 1962, qui vient préciser cette loi en listant les catégories de soldes qui ne sont pas concernées par l'interdiction. Le décret crée donc des exceptions : par exemple, les soldes de fin de saison, les soldes pour cause de cessation d'activité, ou encore les soldes autorisées par arrêté municipal.

Le raisonnement est le suivant : le juge des référés est un juge de l'urgence. Il peut prendre des mesures provisoires (comme une interdiction) à condition qu'il n'y ait pas de contestation sérieuse sur le fond du droit. En d'autres termes, si la question juridique est complexe ou incertaine, le juge des référés doit se déclarer incompétent et renvoyer les parties à se pourvoir devant le juge du fond (le tribunal de commerce ou le tribunal judiciaire).

En l'espèce, la Cour d'appel a constaté que les soldes de la société Bouchara entraient dans les catégories prévues par le décret de 1962. Dès lors, la question de savoir si les arrêtés municipaux fixant les périodes de soldes étaient légaux devenait une contestation sérieuse. Pourquoi sérieuse ? Parce que la loi de 1906 et le décret de 1962 peuvent être interprétés différemment, et que la validité des arrêtés municipaux dépend de leur conformité à ces textes. Or, le juge des référés n'a pas le pouvoir de trancher cette question.

La Cour de cassation valide ce raisonnement. Elle rappelle que le juge des référés ne peut pas statuer sur une contestation sérieuse, et que la demande d'interdiction était donc irrecevable. Cette décision confirme une jurisprudence constante : le référé n'est pas le lieu pour débattre de questions juridiques complexes. C'est une protection pour les commerçants, mais aussi un rappel à l'ordre pour les associations qui voudraient utiliser le référé comme une arme concurrentielle.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes commerçant à Colmar, cette décision vous rassure : tant que vos soldes respectent les exceptions du décret de 1962 (par exemple, des soldes de fin de saison ou autorisées par arrêté municipal), un concurrent ne pourra pas obtenir en référé l'interdiction de votre vente, même s'il conteste la validité de l'arrêté municipal. En pratique, cela signifie que vous pouvez organiser vos soldes sans craindre une action en justice immédiate. Mais attention : cette protection n'est que provisoire. Si votre adversaire saisit le juge du fond (par exemple, le tribunal de commerce), l'affaire pourra être tranchée au fond, et vous risquez alors une interdiction définitive si vos soldes sont effectivement illégales.

Pour un propriétaire bailleur à Kingersheim qui loue un local commercial, cette décision a un impact indirect : vos locataires commerçants sont protégés contre les actions en référé abusives, ce qui sécurise leur activité et donc le paiement de vos loyers. En revanche, si vous êtes vous-même commerçant et que vous louez votre fonds de commerce, vous devez veiller à ce que vos soldes soient conformes à la réglementation locale. Un arrêté municipal qui fixe des dates de soldes non conformes au décret de 1962 pourrait être contesté, et vous seriez alors exposé à une action au fond.

Prenons un exemple chiffré : imaginez un commerçant à Mulhouse qui réalise 50 000 € de chiffre d'affaires pendant les soldes d'hiver. Si un concurrent obtient une interdiction en référé, c'est la catastrophe : le commerçant perd ses ventes, doit solder ses stocks à perte, et peut même devoir indemniser son concurrent pour concurrence déloyale. Grâce à cette décision, ce scénario est évité tant que la contestation est sérieuse. Mais le commerçant doit quand même prouver que ses soldes entrent dans les exceptions du décret de 1962.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez : 1) vérifier que vos soldes correspondent à l'une des catégories du décret de 1962 (soldes de fin de saison, soldes pour cessation d'activité, etc.) ; 2) conserver tous les justificatifs (factures d'achat, dates de mise en vente, etc.) ; 3) si un référé est engagé contre vous, demander au juge de constater l'existence d'une contestation sérieuse pour faire déclarer la demande irrecevable. En cas de doute, consultez un avocat spécialisé en droit commercial.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez votre arrêté municipal : avant de lancer vos soldes, assurez-vous que la période fixée par la mairie est conforme au décret de 1962. Si ce n'est pas le cas, vous pourriez être vulnérable. Contactez le service commerce de votre mairie pour obtenir une confirmation écrite.
  • Classez vos soldes dans une catégorie du décret : le décret de 1962 prévoit plusieurs exceptions (soldes de fin de saison, liquidation, etc.). Identifiez celle qui correspond à votre opération et documentez-la (par exemple, date de début de saison, stock invendu).
  • Anticipez les actions en référé : si vous savez qu'un concurrent est mécontent, préparez votre défense. Rassemblez les preuves que vos soldes sont conformes (arrêté municipal, factures, photos). En cas de référé, vous pourrez immédiatement démontrer l'existence d'une contestation sérieuse.
  • Consultez un avocat avant toute opération sensible : si vous prévoyez des soldes importantes ou si le contexte concurrentiel est tendu, un avocat spécialisé en droit commercial peut vous aider à sécuriser votre opération. À Colmar comme à Kingersheim, mieux vaut prévenir que guérir.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1982 s'inscrit dans une lignée jurisprudentielle constante. Déjà, un arrêt de la Cour de cassation du 14 mars 1972 (n° 70-14.123) avait posé le principe que le juge des référés ne peut pas trancher une contestation sérieuse relative à la validité d'un arrêté municipal. La décision de 1982 confirme et applique ce principe aux soldes. Depuis, la loi de 1906 a été modifiée à plusieurs reprises, notamment par la loi Macron de 2015 qui a libéralisé les soldes en fixant des périodes nationales. Mais le principe reste : en cas de contestation sérieuse, le référé n'est pas la voie appropriée.

Une évolution récente : la jurisprudence tend à considérer que la contestation sérieuse doit être « sérieuse » au sens où elle n'est pas manifestement infondée. Si l'illégalité est évidente, le juge des référés peut intervenir. Par exemple, si un commerçant organise des soldes en dehors des périodes autorisées sans aucun fondement, le référé est possible. Mais dès qu'il y a un doute sur l'interprétation des textes, le juge des référés doit se déclarer incompétent.

Pour l'avenir, cette décision reste une référence pour tous les litiges commerciaux où la validité d'une réglementation locale est en jeu. Elle rappelle que le juge des référés n'est pas un juge du fond, et que les commerçants ne peuvent pas être pris en otage par des actions en justice précipitées.

Ce que vous devez retenir absolument

FAQ :

  • Puis-je organiser des soldes sans autorisation du maire ? Non, la loi de 1906 exige une autorisation, mais le décret de 1962 prévoit des exceptions. Vérifiez que vos soldes entrent dans une exception (fin de saison, liquidation, etc.).
  • Un concurrent peut-il faire interdire mes soldes en référé ? Oui, s'il n'y a pas de contestation sérieuse. Mais si vos soldes sont conformes au décret, le juge des référés déclarera la demande irrecevable.
  • Que faire si je reçois une assignation en référé ? Contactez immédiatement un avocat. Vous devrez démontrer que la contestation est sérieuse (par exemple, en produisant l'arrêté municipal et les justificatifs de vos soldes).
  • Quels sont les risques si mes soldes sont illégales ? Vous pouvez être condamné à des dommages et intérêts pour concurrence déloyale, et le juge du fond peut interdire vos soldes. Les montants peuvent atteindre plusieurs milliers d'euros.
  • Cette décision s'applique-t-elle encore aujourd'hui ? Oui, le principe reste valable : le juge des référés ne peut pas trancher une contestation sérieuse. Cependant, la loi de 1906 a été modifiée, donc les règles de fond ont changé. Consultez un avocat pour une application actualisée.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je organiser des soldes sans autorisation du maire ?

Non, la loi de 1906 exige une autorisation spéciale du maire pour vendre des marchandises neuves en solde. Cependant, le décret de 1962 prévoit des exceptions (soldes de fin de saison, liquidation, etc.). Si vos soldes entrent dans ces exceptions, vous n'avez pas besoin d'autorisation individuelle. Vérifiez auprès de votre mairie.

Un concurrent peut-il faire interdire mes soldes en référé ?

Oui, s'il n'y a pas de contestation sérieuse. Mais si vos soldes sont conformes au décret de 1962, le juge des référés doit déclarer la demande irrecevable car la question de la légalité de l'arrêté municipal constitue une contestation sérieuse. Vous êtes protégé contre les actions abusives.

Que faire si je reçois une assignation en référé pour mes soldes ?

Contactez immédiatement un avocat spécialisé en droit commercial. Vous devrez démontrer que vos soldes entrent dans les exceptions du décret de 1962 et que la contestation est sérieuse (par exemple, en produisant l'arrêté municipal et les justificatifs de vos stocks). Le juge des référés pourra alors rejeter la demande.

Quels sont les risques si mes soldes sont illégales ?

Vous pouvez être condamné à des dommages et intérêts pour concurrence déloyale, et le juge du fond peut interdire définitivement vos soldes. Les montants peuvent atteindre plusieurs milliers d'euros, voire plus selon le préjudice subi par le concurrent. De plus, vous devrez cesser immédiatement la vente.

Cette décision de 1982 s'applique-t-elle encore aujourd'hui ?

Oui, le principe de base reste valable : le juge des référés ne peut pas trancher une contestation sérieuse. Cependant, la loi de 1906 a été modifiée à plusieurs reprises, notamment par la loi Macron de 2015 qui a libéralisé les soldes. Les règles de fond ont changé, donc la décision doit être appliquée en tenant compte du droit actuel. Consultez un avocat pour une analyse actualisée de votre situation.

Informations juridiques

  • Numéro: 81-11.550
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 28 juin 1982

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Commerçant à Colmar : des soldes contestés par un concurrent

Un commerçant de vêtements à Colmar organise des soldes de fin de saison en janvier, conformément à l'arrêté municipal. Un concurrent estime que les dates fixées par la mairie ne respectent pas le décret de 1962 et l'assigne en référé pour faire interdire les soldes. Le commerçant a déjà commandé 20 000 € de stock et recruté du personnel temporaire.

Application pratique:

Le commerçant doit démontrer que ses soldes entrent dans les exceptions du décret (fin de saison). Il peut produire l'arrêté municipal, les factures d'achat datées de la saison précédente, et des photos du stock. Le juge des référés constatera la contestation sérieuse et déclarera la demande irrecevable. Le commerçant peut poursuivre ses soldes, mais il doit se préparer à une éventuelle action au fond.

2

Propriétaire bailleur à Kingersheim : son locataire commerçant menacé de référé

Un propriétaire bailleur à Kingersheim loue un local commercial à un magasin d'électroménager. Le locataire organise des soldes sur des stocks de fin de saison. Un concurrent saisit le juge des référés pour interdire les soldes. Le propriétaire craint une baisse d'activité et un défaut de paiement des loyers.

Application pratique:

Le propriétaire peut conseiller à son locataire de consulter un avocat. Si le locataire prouve que ses soldes sont conformes au décret de 1962, le référé sera rejeté. Le propriétaire doit suivre l'affaire : si le locataire est condamné au fond, cela pourrait affecter sa trésorerie. Le bailleur peut aussi vérifier que le contrat de bail prévoit une clause de respect de la réglementation.

3

Association de commerçants à Mulhouse : lutte contre des soldes abusives

Une association de commerçants à Mulhouse constate qu'un magasin de meubles organise des soldes toute l'année sans respecter les périodes légales. L'association veut agir rapidement pour protéger ses membres. Elle envisage un référé pour faire cesser ces ventes illicites.

Application pratique:

L'association doit d'abord vérifier si les soldes du magasin entrent dans les exceptions du décret de 1962. Si ce n'est pas le cas (par exemple, soldes permanents sans lien avec une fin de saison), la contestation n'est pas sérieuse et le référé peut aboutir. L'association doit rassembler des preuves (photos, tickets de caisse, dates). En cas de succès, le juge peut interdire les soldes sous astreinte.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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