Litige immobilier : solution
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Litige immobilier : solution

📅 Décision du 08 mars 2018⚖️ Cour de cassation👁️ 2 vues📖 5 min de lecture

Lorsqu'un bien loué est détruit ou devient totalement inhabitable, le bail peut être résilié de plein droit sans indemnité. La Cour de cassation précise que cette résiliation s'applique même sans destruction physique, si l'impossibilité d'usage est absolue ou si les travaux dépassent la valeur du bien.

Décision de référence : cc • N° 17-11.439 • 2018-03-08 • Consulter la décision →

La Cour de cassation, dans un arrêt du 8 mars 2018 (n° 17-11.439), a tranché un litige opposant une SCI bailleresse à une société locataire. Les locaux commerciaux étaient devenus quasiment inutilisables en raison de dégradations, et le coût des réparations dépassait la valeur du bien. La bailleresse invoquait l'article 1722 du Code civil pour obtenir la résiliation de plein droit du bail.

Cet arrêt fait le point sur l'article 1722 du Code civil, un texte méconnu mais essentiel pour tout propriétaire ou locataire. Que dit la loi quand le logement loué est détruit ou rendu inhabitable ? La réponse est claire : le bail est résilié de plein droit. Mais attention, cette résiliation automatique n'est pas si simple à invoquer. Décryptage.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'affaire commence à Toulouse. Une société civile immobilière (SCI) donne en location des locaux à usage commercial à une société d'exploitation. Le bail est signé en 2012. Mais en 2014, la SCI bailleresse découvre que les locaux sont dans un état de dégradation avancée. Des infiltrations d'eau, des fissures, des problèmes d'électricité... Bref, le local est quasiment inutilisable.

Que fait la propriétaire ? Elle invoque l'article 1722 du Code civil et notifie à sa locataire, le 3 juin 2014, la résiliation de plein droit du bail. Elle estime que le bien est « détruit en totalité » parce que les travaux de remise en état coûtent plus cher que la valeur du local lui-même. La locataire, elle, conteste : pour elle, il n'y a pas destruction totale, donc pas de résiliation automatique. Elle assigne la bailleresse en justice pour faire annuler cette résiliation et obtenir des dommages-intérêts.

Le tribunal de première instance donne raison à la locataire. La bailleresse fait appel. La cour d'appel de Toulouse, dans un arrêt du 10 janvier 2017, confirme le jugement : elle estime que le local n'est pas détruit en totalité, car il peut être réparé. Mais la SCI ne se décourage pas et se pourvoit en cassation. La Cour de cassation, dans son arrêt du 8 mars 2018, casse l'arrêt d'appel et renvoie l'affaire devant une autre cour d'appel. Pourquoi ? Parce que les juges du fond n'avaient pas suffisamment examiné si l'impossibilité d'utiliser les lieux était absolue et définitive, ou si le coût des travaux excédait la valeur du bien.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation rappelle le principe posé par l'article 1722 du Code civil : « Si, pendant la durée du bail, la chose louée est détruite en totalité par cas fortuit, le bail est résilié de plein droit. » Un « cas fortuit », c'est un événement imprévisible et indépendant de la volonté des parties, comme une inondation, un incendie, ou un vice caché grave. Mais la Cour va plus loin. Elle précise que la destruction totale ne se limite pas à l'écroulement physique du bâtiment. Elle peut aussi résulter de deux situations :

  • L'impossibilité absolue et définitive d'user du bien conformément à sa destination : par exemple, si un appartement devient totalement insalubre et inhabitable, même s'il tient encore debout.
  • La nécessité d'effectuer des travaux dont le coût excède la valeur du bien : si les réparations coûtent plus cher que ce que vaut le logement, on considère qu'il est économiquement détruit.

En clair, la Cour de cassation élargit la notion de destruction. Ce n'est pas seulement la pierre qui tombe, c'est aussi l'impossibilité d'utiliser le bien ou l'absence de rentabilité des réparations. Dans l'affaire de Toulouse, la cour d'appel avait simplement constaté que le local n'était pas détruit physiquement. Mais elle n'avait pas vérifié si le coût des travaux dépassait la valeur vénale (le prix de vente) du local. Or, les attestations d'agents immobiliers produites par la bailleresse montraient que la remise en état coûtait plus cher que la valeur du bien. La Cour de cassation estime donc que les juges du fond auraient dû examiner ce point. Autrement dit, si les travaux excèdent la valeur du bien, la destruction est juridiquement totale, même si les murs sont encore debout.

Attention toutefois : la charge de la preuve incombe à celui qui invoque la résiliation. C'est au propriétaire (ou au locataire, selon le cas) de démontrer que les conditions de l'article 1722 sont réunies. Il arrive que des propriétaires pensent pouvoir résilier le bail sans preuve solide et se retrouvent condamnés pour résiliation abusive.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur : cette décision vous donne un outil puissant pour sortir d'un bail quand le bien est gravement endommagé. Mais attention, vous devez prouver que l'impossibilité d'usage est absolue et définitive, ou que les travaux dépassent la valeur du bien. Par exemple, si votre appartement subit un incendie et que les devis de reconstruction s'élèvent à 120 000 € alors que le bien vaut 100 000 €, vous pouvez invoquer l'article 1722. Vous devez alors notifier la résiliation par lettre recommandée avec accusé de réception, en précisant les motifs et en joignant les justificatifs (devis, expertises). Le bail prend fin immédiatement, sans préavis. Mais attention : si le locataire conteste, c'est le juge qui décidera.

Si vous êtes locataire : cette décision vous protège aussi. Si le logement devient totalement inhabitable (par exemple, après une inondation qui détruit les cloisons et l'électricité), vous pouvez demander la résiliation du bail et cesser de payer les loyers. Mais vous devez prouver que l'impossibilité d'usage est absolue et définitive. Un simple dégât des eaux ne suffit pas. Par exemple, une fuite de gaz rendant l'appartement dangereux (plus de gaz, plus de chauffage, plus de cuisine) peut justifier une résiliation si le propriétaire refuse de faire les travaux.

Si vous êtes acquéreur ou copropriétaire : sachez que cette jurisprudence peut avoir un impact sur la valeur du bien. Un immeuble dont un lot est « économiquement détruit » peut voir sa valeur diminuer. En copropriété, si un lot devient inhabitable et que le copropriétaire ne peut plus payer ses charges, cela peut créer des tensions.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites réaliser un état des lieux d'entrée et de sortie détaillé avec photos. En cas de dégradation, vous aurez une preuve de l'état initial. Sans cela, il est difficile de prouver que le bien est devenu inhabitable.
  • Souscrivez une assurance multirisque habitation adaptée. Vérifiez que votre contrat couvre les dégâts des eaux, incendies, et catastrophes naturelles. Une bonne assurance peut prendre en charge les travaux et éviter les litiges.

Questions fréquentes

Puis-je résilier le bail si mon locataire a causé des dégradations volontaires ?

Non, l'article 1722 ne s'applique qu'en cas de cas fortuit (événement imprévisible). Si le locataire est fautif, vous devez vous tourner vers la résiliation pour faute (article 1729 du Code civil).

Que faire si le bien est partiellement détruit ?

L'article 1722 ne s'applique qu'en cas de destruction totale. Si la destruction est partielle, le bail se poursuit, mais vous pouvez demander une réduction de loyer ou la résiliation pour inexécution des obligations du bailleur (article 1719).

Dois-je restituer le dépôt de garantie en cas de résiliation de plein droit ?

Oui, le dépôt de garantie doit être restitué au locataire, déduction faite des éventuelles réparations locatives non causées par le cas fortuit. Mais attention : si le bien est détruit, il n'y a souvent pas d'état des lieux de sortie contradictoire, ce qui peut créer des litiges.

Quel est le délai pour agir après le sinistre ?

Il n'y a pas de délai légal, mais il est conseillé d'agir rapidement. Si vous attendez trop longtemps, le juge pourrait considérer que vous avez renoncé à la résiliation. En pratique, notifiez la résiliation dans les semaines qui suivent le sinistre.

Le locataire peut-il aussi invoquer l'article 1722 ?

Oui, si le logement devient inhabitable sans faute de sa part, il peut demander la résiliation du bail et cesser de payer les loyers. Il doit alors prouver l'impossibilité absolue et définitive d'usage.

Informations juridiques

  • Numéro: 17-11.439
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 08 mars 2018

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Tarnos : logement inondé, travaux trop chers

Un propriétaire à Tarnos subit une inondation qui dégrade complètement son appartement loué. Les devis de réparation s'élèvent à 80 000 € alors que le bien vaut 60 000 €.

Application pratique:

Le propriétaire peut invoquer l'article 1722 pour résilier le bail de plein droit. Il doit notifier la résiliation par lettre recommandée avec accusé de réception, en joignant les devis et une estimation de la valeur vénale. Si le locataire conteste, le juge vérifiera si le coût des travaux excède la valeur du bien. En pratique, il est conseillé de faire appel à un expert immobilier pour évaluer le bien et les devis.

2

Locataire à Parentis-en-Born : logement devenu inhabitable

Un locataire à Parentis-en-Born subit une fuite de gaz qui rend son appartement dangereux. Le propriétaire refuse de faire les réparations nécessaires.

Application pratique:

Le locataire peut demander la résiliation du bail sur le fondement de l'article 1722, car l'impossibilité d'usage est absolue et définitive (plus de gaz, plus de chauffage). Il doit prouver le danger par un constat d'huissier ou un rapport d'expert. Il peut alors cesser de payer les loyers et demander la restitution du dépôt de garantie. Si le propriétaire conteste, le juge tranchera.

3

Copropriétaire à Mont-de-Marsan : lot sinistré

Un copropriétaire à Mont-de-Marsan voit son lot de copropriété détruit par un incendie. Les charges de copropriété continuent de courir.

Application pratique:

Le copropriétaire peut invoquer l'article 1722 pour résilier le bail (s'il est loué) ou pour cesser de payer les charges de copropriété afférentes au lot détruit. Il doit prouver la destruction totale (physique ou économique). En pratique, il doit informer le syndic et les autres copropriétaires. Si le lot est économiquement détruit, il peut demander une réduction des charges.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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