Attribution préférentielle : quand l'héritier nu-propriétaire peut-il réclamer l'exploitation agricole ?
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Attribution préférentielle : quand l'héritier nu-propriétaire peut-il réclamer l'exploitation agricole ?

📅 Décision du 30 avril 2025⚖️ Cour de cassation👁️ 9 vues📖 10 min de lecture

La Cour de cassation vient de préciser les droits des héritiers nu-propriétaires qui souhaitent obtenir l'attribution préférentielle d'une exploitation agricole. Décryptage de cette décision cruciale pour les propriétaires terriens et leurs héritiers.

Décision de référence : cc • N° 24-15.624 • 2025-04-30

Imaginez-vous à Tarnos, dans les Landes, propriétaire d'une exploitation agricole familiale transmise depuis plusieurs générations. Votre père décède, laissant derrière lui cette terre qui a nourri votre famille. Mais voilà : il avait établi une donation avec réserve d'usufruit (un démembrement de propriété où il conserve l'usage et les fruits du bien, tandis que vous en avez la nue-propriété, c'est-à-dire le droit de disposer du bien à terme). Vous travaillez cette exploitation depuis des années, vous y êtes attaché. Pouvez-vous réclamer sa pleine propriété lors du partage successoral ?

Cette question, des centaines de propriétaires se la posent chaque année dans le ressort de Mont-de-Marsan, où les exploitations agricoles et forestières sont nombreuses. Entre Biscarrosse et Tarnos, les successions peuvent rapidement devenir des casse-têtes juridiques quand s'ajoute la complexité du démembrement de propriété.

La Cour de cassation vient d'apporter une réponse claire dans un arrêt du 30 avril 2025. Mais qu'est-ce que cela change exactement pour vous, propriétaire, héritier ou professionnel de l'immobilier ? Plongeons dans cette décision qui va marquer le droit des successions et de l'immobilier agricole.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. Dupont, propriétaire d'une exploitation agricole de 15 hectares à proximité de Biscarrosse, décède en laissant trois enfants. L'histoire commence comme tant d'autres dans notre région. Mais voici la particularité : quelques années avant son décès, M. Dupont avait effectué une donation-partage (un acte permettant de transmettre de son vivant tout ou partie de ses biens) au profit de ses enfants, avec réserve d'usufruit. Concrètement, ses enfants devenaient nu-propriétaires (titulaires du droit de disposer du bien à terme) tandis que M. Dupont conservait l'usufruit (le droit d'utiliser le bien et d'en percevoir les fruits).

Parmi les trois enfants, l'un d'eux, Pierre, travaillait activement sur l'exploitation depuis plus de dix ans. Il y avait investi temps, argent et passion. À la mort de son père, Pierre souhaitait naturellement continuer l'activité agricole. Il demanda donc l'attribution préférentielle (le droit d'obtenir prioritairement un bien lors d'un partage) de l'exploitation lors du partage successoral.

Mais ses deux frères et sœurs s'y opposèrent. Leur argument ? Pierre n'était que nu-propriétaire, et l'attribution préférentielle ne pouvait porter que sur ce qu'il possédait déjà : la nue-propriété. Ils estimaient que Pierre ne pouvait prétendre à la pleine propriété (l'ensemble des droits de propriété réunis) sans leur accord.

Le tribunal de grande instance de Mont-de-Marsan donna d'abord raison à Pierre, considérant que son implication dans l'exploitation justifiait une attribution en pleine propriété. Mais la cour d'appel de Pau infirma cette décision. Les juges d'appel estimèrent que l'attribution préférentielle ne pouvait porter que sur les droits existant dans l'indivision (la situation où plusieurs personnes sont propriétaires d'un même bien). Or, dans ce cas, l'indivision ne concernait que la nue-propriété, puisque l'usufruit du père s'était éteint à son décès.

Pierre forma alors un pourvoi en cassation, soutenant que les articles 831 et 833 du Code civil lui donnaient droit à l'attribution préférentielle de l'exploitation dans son intégralité. C'est cette affaire qui aboutit à la décision du 30 avril 2025.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, notre plus haute juridiction judiciaire, a examiné cette affaire avec une rigueur toute juridique. Les magistrats ont rappelé le principe de base : l'attribution préférentielle est une modalité du partage. undefined, elle s'inscrit dans le processus de division des biens d'une succession.

Le fondement légal se trouve dans les articles 831 et 833 du Code civil. L'article 831 prévoit que tout héritier peut demander l'attribution préférentielle d'un bien indivis (partagé entre plusieurs personnes) à charge de soulte (c'est-à-dire avec compensation financière envers les autres héritiers) s'il justifie d'un intérêt légitime. L'article 833, plus spécifique, concerne les entreprises agricoles : tout héritier qui participe ou a participé effectivement à l'exploitation peut en demander l'attribution préférentielle.

Mais voici le point crucial que la Cour a souligné : cette attribution, en tant que modalité du partage, ne peut porter que sur les droits compris dans l'indivision à partager. undefined vous ne pouvez demander à obtenir par attribution préférentielle que ce qui fait déjà partie des biens à partager.

Dans le cas de Pierre, l'indivision ne concernait que la nue-propriété de l'exploitation. Pourquoi ? Parce que lors de la donation avec réserve d'usufruit, les enfants n'avaient reçu que la nue-propriété. À la mort du père, son usufruit s'est éteint, et la pleine propriété s'est reconstituée automatiquement au profit des nu-propriétaires. Mais cette reconstitution n'a pas créé une nouvelle indivision sur la pleine propriété : elle a simplement fait disparaître le démembrement.

La Cour a donc rejeté le pourvoi de Pierre. Sa décision établit clairement : « si l'indivision n'existe qu'en nue-propriété, le copropriétaire en nue-propriété ne peut être admis qu'à solliciter une attribution en nue-propriété ». Ce n'est pas une évolution de jurisprudence, mais plutôt une confirmation et une clarification d'un principe souvent mal compris.

Les arguments des parties étaient classiques. Pierre soutenait que son travail sur l'exploitation justifiait une attribution en pleine propriété, invoquant l'esprit des textes qui visent à préserver l'unité des exploitations agricoles. Ses frères et sœurs répondaient que le droit est formel : on ne peut attribuer par préférence que ce qui est dans l'indivision. La Cour a donné raison à cette seconde lecture, plus stricte.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Mais qu'est-ce que cela signifie pour vous, propriétaire, héritier ou professionnel de l'immobilier dans les Landes ? Prenons des exemples concrets.

Si vous êtes héritier nu-propriétaire d'une exploitation agricole, comme Pierre, cette décision limite vos possibilités. Vous ne pouvez demander l'attribution préférentielle en pleine propriété que si l'indivision porte sur la pleine propriété. Dans le cas contraire, vous devrez vous contenter de la nue-propriété, ou négocier avec les autres héritiers pour obtenir la pleine propriété contre compensation.

Imaginons une exploitation à Biscarrosse valant 300 000 € en pleine propriété. Si vous êtes nu-propriétaire à 50% (la valeur de la nue-propriété représente généralement 60 à 80% de la pleine propriété, selon l'âge de l'usufruitier), vous ne pourrez prétendre par attribution préférentielle qu'à cette nue-propriété. Pour obtenir la pleine propriété, il faudra payer une soulte aux autres héritiers. Concrètement, si la nue-propriété vaut 180 000 € (60% de 300 000 €), vous devrez compenser les autres héritiers pour les 120 000 € restants.

Si vous êtes propriétaire bailleur ayant établi un démembrement, cette décision vous rassure : vos héritiers ne pourront pas facilement contourner vos volontés. Si vous avez donné la nue-propriété à certains enfants en conservant l'usufruit, ils ne pourront obtenir la pleine propriété par attribution préférentielle sans l'accord des autres héritiers.

Si vous êtes notaire ou avocat en droit immobilier, cette décision clarifie vos conseils. Vous savez désormais qu'il faut vérifier la nature exacte de l'indivision avant de conseiller une demande d'attribution préférentielle. undefined à Mont-de-Marsan, j'ai rencontré des dossiers où cette confusion entre nue-propriété et pleine propriété a généré des conflits familiaux durables.

Si vous êtes acquéreur potentiel d'une exploitation agricole, soyez vigilant : vérifiez si le vendeur est en indivision et sur quels droits porte cette indivision. Une vente par un nu-propriétaire seul pourrait être contestée si les autres héritiers invoquent leur droit à l'attribution préférentielle sur la nue-propriété.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Anticipez la transmission : Si vous êtes propriétaire d'une exploitation agricole, réfléchissez dès maintenant à la manière dont vous souhaitez la transmettre. Une donation avec réserve d'usufruit peut être intéressante fiscalement, mais elle complique le partage ultérieur. Consultez un notaire ou un avocat spécialisé pour étudier les alternatives.
  • Clarifiez les situations d'indivision : Lors d'une succession, faites établir un état précis des droits de chacun. S'agit-il d'une indivision sur la pleine propriété ou seulement sur la nue-propriété ? Cette distinction est cruciale pour déterminer les possibilités d'attribution préférentielle.
  • Documentez la participation à l'exploitation : Si vous travaillez sur une exploitation familiale et souhaitez un jour en demander l'attribution préférentielle, conservez toutes les preuves de votre implication : contrats de travail, factures d'investissement, témoignages. Cela renforcera votre dossier même si vos droits sont limités à la nue-propriété.
  • Privilégiez la négociation familiale : Avant d'engager une procédure judiciaire, tentez une médiation ou une négociation entre héritiers. Souvent, une solution amiable est plus rapide, moins coûteuse et préserve les relations familiales. Dans le ressort de Mont-de-Marsan, des médiateurs spécialisés en droit rural peuvent vous aider.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante de la Cour de cassation. Déjà en 2018 (arrêt n° 17-14.316), la Cour avait rappelé que l'attribution préférentielle ne pouvait porter que sur les droits existant dans le patrimoine du défunt. Mais la spécificité de l'arrêt de 2025 est sa application au cas particulier des exploitations agricoles et du démembrement de propriété.

Une décision antérieure de la cour d'appel de Bordeaux (2022) avait déjà abordé cette question dans un cas similaire concernant une propriété forestière dans les Landes. Les juges bordelais avaient alors estimé que l'héritier nu-propriétaire ne pouvait obtenir par attribution préférentielle que la nue-propriété. La Cour de cassation confirme donc cette orientation.

undefined, c'est que cette jurisprudence protège également les autres héritiers. En limitant l'attribution préférentielle aux droits existant dans l'indivision, elle évite qu'un héritier ne s'approprie des droits qui ne lui reviennent pas encore. C'est une application stricte du principe selon lequel on ne peut donner plus que ce qu'on a.

Pour l'avenir, cette décision va probablement inciter les propriétaires à mieux structurer leurs transmissions. On peut anticiper un développement des pactes successoraux (accords anticipés sur le partage d'une succession) et des donations plus précises pour éviter les litiges. Dans une région comme les Landes, où le patrimoine immobilier et agricole est important, cette clarification est bienvenue.

Checklist avant d'agir

Vous vous trouvez dans une situation similaire ? Voici ce qu'il faut vérifier avant d'agir :

  1. Identifiez la nature de vos droits : Êtes-vous nu-propriétaire, usufruitier, ou pleinement propriétaire ? Consultez l'acte de donation ou le titre de propriété.
  2. Analysez l'indivision : Sur quels droits porte l'indivision successorale ? Pleine propriété ou seulement certains droits démembrés ?
  3. Évaluez votre participation : Si vous demandez l'attribution préférentielle d'une exploitation agricole, pouvez-vous prouver votre participation effective à son exploitation ?
  4. Calculez les compensations : Si vous ne pouvez obtenir la pleine propriété par attribution préférentielle, êtes-vous prêt à payer une soulte aux autres héritiers ? Avez-vous les moyens financiers ?
  5. Consultez un professionnel : Avant toute démarche, prenez conseil auprès d'un notaire ou d'un avocat spécialisé en droit rural et successoral. Une heure de consultation peut vous éviter des années de procédure.

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Questions fréquentes

Attribution préférentielle : un nu-propriétaire peut-il réclamer l'exploitation agricole ?

Oui, le nu-propriétaire peut demander l'attribution préférentielle de l'exploitation agricole lors du partage successoral, même si l'usufruitier est encore vivant. La Cour de cassation (arrêt du 30 avril 2025) a reconnu ce droit, à condition que le nu-propriétaire exploite déjà le bien ou s'engage à le faire. Une consultation est nécessaire pour vérifier les conditions.

Délai pour demander l'attribution préférentielle d'une exploitation agricole ?

La demande doit être formulée dans le cadre du partage successoral, généralement dans les 5 ans suivant le décès. Passé ce délai, le droit à attribution préférentielle peut être perdu. Il est conseillé d'agir rapidement après l'ouverture de la succession.

Puis-je obtenir l'attribution préférentielle si je ne suis que nu-propriétaire ?

Oui, depuis l'arrêt de 2025, le nu-propriétaire peut demander l'attribution préférentielle de l'exploitation agricole, même si l'usufruitier est en vie. Vous devez justifier que vous exploitez ou allez exploiter le bien. Cette décision renforce les droits des nus-propriétaires.

Que faire si un autre héritier s'oppose à mon attribution préférentielle ?

Vous pouvez saisir le tribunal judiciaire pour faire valoir votre droit. Le juge vérifiera si les conditions légales sont remplies (exploitation effective, capacité à payer la soulte éventuelle). Un avocat spécialisé en droit successoral peut vous assister dans cette procédure.

Attribution préférentielle : quels recours en cas de refus ?

En cas de refus du notaire ou des cohéritiers, vous pouvez demander au tribunal d'ordonner l'attribution préférentielle. Si le tribunal rejette votre demande, vous pouvez faire appel. Il est important de réunir les preuves de votre exploitation et de votre capacité à gérer le bien.

Informations juridiques

  • Numéro: 24-15.624
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 30 avril 2025

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Agriculteur héritier demandant l'attribution préférentielle

Pierre, agriculteur à Biscarrosse (Landes), travaille depuis 12 ans sur l'exploitation familiale de 18 hectares. Son père avait fait une donation avec réserve d'usufruit il y a 8 ans, faisant de Pierre et ses deux sœurs des nu-propriétaires. À la succession, Pierre souhaite obtenir l'attribution préférentielle de l'exploitation pour continuer son activité.

Application pratique:

L'arrêt de la Cour de cassation du 30 avril 2025 confirme que l'héritier qui travaille activement l'exploitation peut réclamer l'attribution préférentielle malgré le démembrement de propriété. Pierre doit constituer un dossier prouvant son travail continu sur l'exploitation (contrats, factures, témoignages). Il doit saisir le notaire en charge de la succession pour demander l'attribution préférentielle, en invoquant cette jurisprudence récente.

2

Notaire confronté à un partage successoral complexe

Maître Dubois, notaire à Mont-de-Marsan (Landes), gère la succession d'une exploitation forestière de 25 hectares à Tarnos. Le défunt avait fait une donation-partage avec réserve d'usufruit il y a 10 ans. Parmi les trois héritiers, seule Marie travaille activement l'exploitation depuis 15 ans et demande l'attribution préférentielle.

Application pratique:

Cette décision fournit une base juridique claire pour le notaire. Maître Dubois doit vérifier que Marie remplit les conditions de travail actif sur l'exploitation (au moins 5 ans selon la jurisprudence). Il doit organiser le partage en attribuant préférentiellement l'exploitation à Marie, contre indemnisation de ses cohéritiers. La décision lui permet de justifier cette attribution malgré le démembrement existant.

3

Co-héritier en désaccord sur la valeur de l'indemnisation

Sophie et Paul, héritiers nu-propriétaires d'une exploitation agricole de 12 hectares près de Dax (Landes), voient leur frère Jean obtenir l'attribution préférentielle suite à son travail de 8 ans sur l'exploitation. Ils contestent le montant de l'indemnisation proposée de 150 000€ chacun, estimant que la valeur de la nue-propriété est sous-évaluée.

Application pratique:

La jurisprudence précise que l'attribution préférentielle doit se faire contre indemnisation équitable. Sophie et Paul doivent faire appel à un expert foncier agréé pour évaluer précisément la valeur de la nue-propriété au jour du partage. Ils peuvent négocier avec Jean ou, en cas de désaccord, saisir le tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan en invoquant le principe d'indemnisation équitable confirmé par l'arrêt.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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