Bail rural et indivision : le congé pour reprise est-il valable ?
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Bail rural et indivision : le congé pour reprise est-il valable ?

📅 Décision du 24 septembre 2014⚖️ Cour de cassation👁️ 3 vues📖 4 min de lecture

La Cour de cassation valide le congé donné par des propriétaires indivis pour reprise de certaines parcelles, même si un seul d'entre eux devient propriétaire après partage.

Décision de référence : cc • N° 12-25.884 • 2014-09-24 • Consulter la décision →

Cet arrêt de la Cour de cassation du 24 septembre 2014 répond à une question cruciale pour tout propriétaire en indivision : le congé pour reprise délivré par des indivisaires est-il valable lorsque l'un d'eux ne l'a pas signé, mais qu'un partage ultérieur lui attribue la propriété des parcelles reprises ? La Cour apporte une solution pragmatique, fondée sur le principe d'indivisibilité du bail rural.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Plusieurs propriétaires indivis donnent à bail rural des parcelles à un agriculteur, en Corse-du-Sud. Le bail, conclu pour une durée de 9 ans, expire le 16 juin 2007. Souhaitant récupérer certaines parcelles pour les exploiter personnellement, les bailleurs délivrent un congé pour reprise le 16 juin 2006, pour l'échéance du bail.

Le problème ? L'un des indivisaires n'a pas signé le congé. Il a un autre projet : vendre les parcelles. Le preneur conteste le congé, arguant qu'il est nul car non signé par tous les indivisaires. Selon lui, le congé, indivisible, exige l'accord de tous les copropriétaires.

Le tribunal paritaire des baux ruraux d'Ajaccio lui donne raison et annule le congé. La cour d'appel de Bastia confirme, estimant l'absence de signature rédhibitoire. Les bailleurs se pourvoient en cassation. La Cour de cassation casse l'arrêt d'appel : le bail étant indivisible, le congé délivré par les indivisaires – même non signé par l'un d'eux – est valable pour les parcelles dont ce dernier devient seul propriétaire à l'expiration du bail, par l'effet d'un acte de partage intervenu entre-temps.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur le principe d'indivisibilité du bail rural (article 1217 du Code civil : une obligation indivisible ne peut être exécutée par fractions). Le bail rural forme un tout : il ne peut prendre fin que pour l'ensemble des parcelles, non par morceaux.

La subtilité ? Le congé visait la reprise de certaines parcelles seulement. Pour la cour d'appel, l'absence de signature de l'indivisaire le rendait nul. La Cour de cassation renverse l'analyse : elle juge que le congé met fin au bail pour toutes les parcelles, même si la reprise n'en concerne que quelques-unes. L'accord non formalisé de l'indivisaire manquant a été établi par un partage ultérieur. Dès lors, le congé est valable pour les parcelles attribuées au bénéficiaire de la reprise.

Cette solution confirme la jurisprudence (Civ. 3e, 24 mai 2000, n° 98-19.135) et privilégie une approche pragmatique : elle évite de pénaliser le propriétaire qui, bien qu'en indivision, a la volonté réelle de reprendre ses terres.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur en indivision : vous pouvez donner congé pour reprise sans être encore seul propriétaire, à condition d'avoir l'accord de tous les indivisaires. Si l'un d'eux ne signe pas, son accord peut être prouvé ultérieurement (acte de partage, attestation). Exemple : des héritiers indivis veulent reprendre une terre pour l'un d'eux. Le congé peut être valable même sans signature de tous, pourvu que l'accord soit documenté.

Pour le locataire agricole (preneur) : soyez vigilant. Contester un congé non signé par tous dans les 4 mois (article L. 411-54 du Code rural). Mais sachez qu'un congé émanant de tous les indivisaires, même imparfaitement signé, peut être validé si l'accord est établi après. Exigez des justificatifs.

Pour l'acquéreur potentiel : vérifiez que le congé a été régulièrement délivré. Dans cette affaire, le partage postérieur a régularisé la situation, mais mieux vaut anticiper.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Obtenez un accord écrit de tous les indivisaires avant de délivrer un congé pour reprise. Même si la loi permet une preuve ultérieure, un document signé par tous évitera des années de procédure. Privilégiez un acte notarié ou au moins un courrier recommandé avec accusé de réception.
  • Respectez les délais légaux. Le congé pour reprise doit être notifié au preneur au moins 18 mois avant l'expiration du bail (article L. 411-47 du Code rural). Un congé tardif serait nul.
  • Assurez-vous de l'indivisibilité du congé. Visez l'ensemble des parcelles louées dans l'acte de congé, même si la reprise ne concerne qu'une partie. Cela évitera toute contestation sur sa validité.
  • En cas de litige, consultez un avocat spécialisé en droit rural. La procédure devant le tribunal paritaire des baux ruraux est rapide et technique.

Questions fréquentes

Un congé pour reprise dans un bail rural peut-il être donné par un seul indivisaire ?

Non, le congé doit être délivré par tous les indivisaires, mais l'accord de l'un d'eux peut être prouvé ultérieurement, par exemple par un acte de partage.

Que faire si je reçois un congé non signé par tous les indivisaires ?

Vous pouvez le contester dans les 4 mois devant le tribunal paritaire des baux ruraux, mais vérifiez d'abord si un accord postérieur n'a pas régularisé la situation.

Puis-je reprendre seulement une partie des parcelles louées dans un bail rural indivisible ?

Oui, le bail est indivisible à son expiration, donc le congé met fin au bail pour toutes les parcelles, même si vous ne reprenez que certaines.

Quels sont les délais pour donner congé pour reprise dans un bail rural ?

Le congé doit être notifié au preneur au moins 18 mois avant l'expiration du bail, sauf si le bail est d'une durée inférieure à 9 ans (délai de 12 mois).

Dois-je justifier de ma capacité à exploiter pour une reprise dans un bail rural ?

Oui, vous devez prouver votre capacité professionnelle (diplôme agricole ou stage) et que la surface reprise atteint le seuil minimum fixé par arrêté préfectoral.

Informations juridiques

  • Numéro: 12-25.884
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 24 septembre 2014

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire indivis à Grosseto-Prugna souhaitant reprendre des terres

M. X est propriétaire indivis avec ses deux frères d'une parcelle louée à un agriculteur à Grosseto-Prugna. Il veut la reprendre pour y installer son fils. Il donne congé avec l'accord verbal de ses frères, mais ces derniers ne signent pas le congé.

Application pratique:

Selon cet arrêt, le congé est valable si l'accord des frères est prouvé, par exemple par un acte de partage ultérieur. M. X doit néanmoins obtenir un écrit pour éviter un litige.

2

Locataire à Sartène recevant un congé non signé par tous les indivisaires

Mme Y, agricultrice à Sartène, reçoit un congé pour reprise signé par un seul des trois propriétaires indivis. Elle conteste le congé pour vice de forme.

Application pratique:

Elle doit contester dans les 4 mois, mais la jurisprudence montre que le congé peut être validé si l'accord des autres indivisaires est établi. Elle doit exiger des preuves écrites.

3

Acquéreur d'une parcelle en indivision à Ajaccio

M. Z achète une parcelle louée en indivision à Ajaccio. Le congé pour reprise a été délivré par les vendeurs, mais un indivisaire n'a pas signé.

Application pratique:

L'acquéreur doit vérifier que le congé est régulier. Si un partage ultérieur a eu lieu, il peut être valable. Il est conseillé de demander une attestation notariée de l'accord de tous les indivisaires.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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