Décision de référence : cc • N° 98-17.693 • 2000-04-27 • Consulter la décision →
Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un bel appartement avec jardin dans une copropriété à La Ciotat. Un beau matin, vous constatez que votre voisin a déplacé la clôture de quelques dizaines de centimètres, empiétant sur votre coin de verdure. Votre premier réflexe ? Demander un bornage (délimitation officielle des propriétés) pour rétablir les limites. C'est logique, non ? Pourtant, la Cour de cassation, dans un arrêt du 27 avril 2000, a dit exactement le contraire : impossible d'agir en bornage entre copropriétaires d'un même immeuble.
Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire à Marseille ou ailleurs ? Cette décision, souvent méconnue, a des conséquences concrètes. Elle repose sur un principe simple mais implacable : le bornage n'est possible qu'entre propriétaires de fonds (terrains) différents. Or, dans une copropriété, les lots privatifs (appartements, jardins) font partie d'un même ensemble immobilier, même s'ils appartiennent à des personnes différentes. La Cour en déduit que l'action en bornage est irrecevable.
Cet article va décortiquer cette décision, vous expliquer pourquoi les juges ont raisonné ainsi, et surtout vous donner des solutions pratiques pour protéger vos droits sans tomber dans ce piège judiciaire. Car si le bornage vous est fermé, d'autres voies existent. Suivez le guide.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L'affaire qui a donné lieu à cet arrêt oppose les consorts Y... (propriétaires) aux consorts C... (autres copropriétaires) d'un même immeuble en copropriété. Le conflit porte sur un jardin, partie privative de l'immeuble. Les consorts Y... estiment que la limite de leur jardin n'est pas respectée et assignent les consorts C... en bornage devant le tribunal de grande instance.
En première instance, leur demande est jugée recevable. Mais les consorts C... font appel. La cour d'appel infirme le jugement : elle déclare l'action en bornage irrecevable. Pourquoi ? Parce que, selon elle, l'article 646 du Code civil (qui permet à tout propriétaire de contraindre son voisin au bornage) exige que les fonds à délimiter appartiennent à des propriétaires différents. Or, en copropriété, les lots privatifs ne sont pas des fonds distincts au sens juridique : ils sont intégrés dans un même immeuble, soumis à un règlement de copropriété.
Les consorts Y... se pourvoient en cassation. Ils soutiennent que l'action en bornage est une action pétitoire (qui vise à faire reconnaître un droit de propriété) et que tout copropriétaire peut agir individuellement pour défendre son lot. Mais la Cour de cassation rejette leur pourvoi. Elle approuve la cour d'appel : l'article 646 du Code civil est clair, le bornage suppose des propriétaires distincts, ce qui n'est pas le cas entre copropriétaires d'un même immeuble. undefined, même si vous êtes propriétaire de votre lot, vous ne pouvez pas demander au juge de fixer les limites avec un autre lot de la même copropriété.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Pour comprendre cet arrêt, il faut revenir aux textes. L'article 646 du Code civil dispose : « Tout propriétaire peut obliger son voisin au bornage de leurs propriétés contiguës. » Le mot clé est « voisin » : il sous-entend deux propriétés distinctes, appartenant à des personnes différentes. En copropriété, les lots ne sont pas des propriétés indépendantes : ils sont des fractions d'un même immeuble, régi par un statut juridique spécifique (loi du 10 juillet 1965).
Dans cette affaire, la cour d'appel a relevé que le jardin litigieux faisait partie de l'immeuble en copropriété. Dès lors, l'action en bornage était irrecevable. La Cour de cassation confirme cette analyse. Attention toutefois : cela ne signifie pas que les copropriétaires sont sans recours. Comme le rappellent les consorts Y... dans leur pourvoi, l'action en bornage est une action pétitoire (elle vise à faire reconnaître un droit de propriété). Or, les copropriétaires peuvent agir en justice pour faire respecter leurs droits privatifs, mais pas par la voie du bornage.
undefined, c'est que cette décision s'inscrit dans une jurisprudence constante. La Cour de cassation a déjà jugé que le bornage n'est pas possible entre indivisaires (personnes qui possèdent un bien ensemble) ni entre copropriétaires. En revanche, un copropriétaire peut agir en revendication (action pétitoire) pour faire reconnaître son droit de propriété sur une partie du lot, ou en action possessoire (pour protéger sa possession) si le trouble est récent.
undefined les juges ont fait une application stricte de la lettre de l'article 646. Mais leur raisonnement est logique : le bornage a pour but de fixer une limite entre deux fonds autonomes. En copropriété, les limites sont déjà définies par le règlement de copropriété et les plans. Si un copropriétaire empiète, c'est une violation de son titre de propriété, pas un problème de bornage.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Alors, concrètement, que faire si vous êtes confronté à un empiètement entre lots de copropriété ? Voici les implications par profil :
- Propriétaire bailleur : Vous louez votre appartement à Marseille. Si votre locataire signale un empiètement du voisin, vous ne pouvez pas demander le bornage. Vous devez vérifier votre titre de propriété et engager une action pétitoire (reconnaissance de votre droit) devant le tribunal judiciaire. Comptez plusieurs mois et des frais d'avocat (souvent 1 500 à 3 000 €).
- Copropriétaire occupant : Vous habitez votre lot à La Ciotat. Si votre voisin a déplacé une clôture, vous pouvez tenter une médiation ou saisir le syndic. En cas d'échec, une action possessoire (si le trouble date de moins d'un an) est plus rapide et moins coûteuse qu'une action pétitoire. Délai : environ 6 mois.
- Acquéreur : Avant d'acheter un lot avec jardin, exigez un plan de bornage amiable (accord entre les copropriétaires) ou une attestation du notaire sur les limites. En cas de doute, une clause suspensive (condition qui annule la vente si le bornage n'est pas possible) peut vous protéger.
Si vous êtes dans cette situation, vous devez absolument éviter de saisir le juge en bornage : votre action serait irrecevable, et vous perdriez du temps et de l'argent. Privilégiez une action en revendication ou une action possessoire. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des copropriétaires marseillais ont tenté le bornage et se sont heurtés à cette fin de non-recevoir. Ils ont dû recommencer leur procédure.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Conservez tous les documents de votre lot : règlement de copropriété, plans, acte de vente. Ils constituent la preuve de vos limites.
- Faites réaliser un bornage amiable : avec l'accord de tous les copropriétaires concernés, un géomètre peut fixer les limites. Cela évite un procès.
- En cas de conflit, agissez vite : l'action possessoire se prescrit par un an à compter du trouble. Passé ce délai, vous perdez cette voie rapide.
- Consultez un avocat spécialisé : avant d'engager une action, un avocat vous orientera vers la procédure adaptée. À Marseille, les contentieux de copropriété sont fréquents ; un bon conseil vous évitera des erreurs.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
La position de la Cour de cassation est constante. Dans un arrêt du 12 décembre 1990 (n°89-13.998), elle avait déjà jugé que l'action en bornage n'est pas ouverte entre indivisaires. La même logique s'applique aux copropriétaires. Plus récemment, la Cour a rappelé que le bornage est une action réelle (qui porte sur un bien) et personnelle (entre propriétaires), et qu'il suppose des propriétés distinctes (Civ. 3e, 27 mars 2019, n°18-10.737).
Cette jurisprudence montre une tendance à la rigueur : les juges ne veulent pas que le bornage soit utilisé pour régler des conflits internes à la copropriété. Ils estiment que le règlement de copropriété et les titres de propriété suffisent à déterminer les limites. Pour l'avenir, il est peu probable que la Cour change d'avis. En revanche, les copropriétaires pourraient se tourner vers la médiation ou l'arbitrage (procédure privée de résolution des conflits).
Checklist avant d'agir
- Identifier le problème : s'agit-il d'un empiètement (construction illégale) ou d'un simple désaccord sur la limite ?
- Vérifier votre titre de propriété : que disent les plans et le règlement de copropriété ?
- Dater le trouble : depuis quand l'empiètement existe-t-il ? Moins d'un an ? Action possessoire possible.
- Contacter le syndic : parfois un simple rappel au règlement suffit.
- Consulter un avocat : pour choisir la bonne action (pétitoire ou possessoire) et éviter l'irrecevabilité.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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