Décision de référence : cc • N° 77-10.038 • 1978-05-02 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'une maison à Dax, avec un jardin qui donne sur une cour commune. Un jour, votre voisin décide de planter une clôture en plein milieu de cette cour, vous privant de la moitié de votre espace. Vous vous dites : « C'est mon terrain, j'ai des titres de propriété ! » Mais votre voisin rétorque : « J'utilise cette cour depuis vingt ans, elle est à moi par possession. » Que faire ? Engager une action en bornage-terrain-preuve-propriete-cassation-1977" class="internal-link" title="Bornage de terrain : une Cour d'appel ne peut pas rejeter une demande sans preuve de propriété">bornage ? Mais attention : si vous parlez de possession, risquez-vous de tomber sous le coup d'une règle procédurale qui interdit de cumuler action possessoire et action pétitoire (celle sur la propriété) ? C'est exactement la question que la Cour de cassation a résolue en 1978, dans un arrêt qui reste une référence.
undefined cette décision dit ceci : le bornage-amiable-angle-modification-juge" class="internal-link" title="Bornage amiable : quand le juge ne peut pas modifier l'angle convenu">bornage (la délimitation des terrains voisins) est une action pétitoire, c'est-à-dire qu'elle porte sur le fond du droit de propriété. Par conséquent, la prohibition de l'article 25 du Code de procédure civile, qui interdit de cumuler une action possessoire et une action pétitoire, ne s'applique pas. undefined, vous pouvez très bien, dans une instance en bornage, discuter aussi de la possession des lieux, sans que le juge ne vous oppose cette règle. Mais qu'est-ce que ça change exactement ?
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Dans cette affaire, deux voisins, que j'appellerai M. Ravet et M. X, se disputaient une cour commune à Capbreton. M. Ravet, propriétaire d'une bornage-terrain-preuve-propriete-cassation-1977" class="internal-link" title="Bornage de terrain : une Cour d'appel ne peut pas rejeter une demande sans preuve de propriété">parcelle, estimait que la cour devait être partagée et a saisi le tribunal d'instance d'une action en bornage. Son voisin, lui, se prévalait d'une possession exclusive de la cour depuis des années et soutenait que l'action en bornage était en réalité une action possessoire déguisée. Selon lui, M. Ravet aurait dû agir dans le cadre des actions possessoires, avec des délais très courts (un an à compter du trouble).
Le tribunal d'instance a d'abord ordonné un partage de la cour, mais la cour d'appel a annulé ce jugement, estimant que l'action était possessoire et que la règle du non-cumul (article 25 du Code de procédure civile) interdisait de mêler possession et propriété. M. Ravet s'est alors pourvu en cassation. La question était simple : le bornage est-il une action possessoire ou pétitoire ?
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation a cassé l'arrêt de la cour d'appel. Son raisonnement tient en une phrase : « La prohibition édictée par l'article 25 du Code de procédure civile, qui constitue une règle propre aux actions possessoires, est étrangère à l'instance en bornage de nature pétitoire. » undefined, le bornage est une action pétitoire (qui porte sur le droit de propriété), et non une action possessoire (qui protège la possession). Par conséquent, la règle qui interdit de cumuler possession et propriété ne s'applique pas.
undefined, c'est que cette distinction est fondamentale en droit immobilier. L'action possessoire est une action rapide, qui vise à faire cesser un trouble à la possession (par exemple, si quelqu'un empiète sur votre terrain sans droit). Elle doit être intentée dans l'année du trouble. L'action pétitoire, elle, est plus lourde : elle vise à faire reconnaître le droit de propriété lui-même. Le bornage, même s'il peut être demandé par le possesseur, est toujours considéré comme une action pétitoire, car il vise à fixer la limite des propriétés. undefined la Cour de cassation a tranché : on ne peut pas écarter le bornage sous prétexte qu'il y a une discussion sur la possession.
Attention toutefois : si vous êtes en train de perdre votre possession, vous avez intérêt à agir vite. Mais si vous engagez un bornage, le juge pourra tenir compte de la possession pour déterminer la ligne de partage, sans que cela soit un obstacle procédural.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Propriétaire bailleur : Si vous louez un bien à Dax et que votre locataire se plaint d'un empiètement du voisin, vous pouvez engager un bornage sans craindre que le juge vous oppose le délai d'un an de l'action possessoire. Mais attention : le locataire n'a pas qualité pour agir en bornage (seul le propriétaire le peut).
Propriétaire occupant : Vous achetez une maison à Capbreton et découvrez que la clôture n'est pas à la bonne place. Vous pouvez demander un bornage, même si le vendeur avait toléré l'empiètement pendant des années. Le bornage n'est pas enfermé dans un délai.
Copropriétaire : Dans une copropriété, le bornage peut être nécessaire pour délimiter les parties communes et privatives. Cette décision vous permet d'agir sans crainte de forclusion.
Exemple chiffré : à Capbreton, une parcelle de 500 m² peut valoir 150 000 €. Un empiètement de 10 m², c'est potentiellement 3 000 € de perte. Le bornage coûte entre 1 500 et 3 000 € (géomètre + avocat), mais il sécurise votre bien.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Faites réaliser un bornage amiable à l'achat : Avant de signer l'acte, demandez au vendeur de faire établir un bornage contradictoire par un géomètre-expert. Cela coûte environ 1 500 €, mais évite des années de procédure.
- Ne tolérez pas un empiètement sans réagir : Si votre voisin installe une clôture un peu trop chez vous, envoyez-lui une lettre recommandée avec accusé de réception pour marquer votre opposition. Sinon, la possession pourrait jouer contre vous.
- Conservez vos titres de propriété : L'acte notarié mentionne souvent les limites. Si un bornage est contesté, ces titres sont votre meilleure arme.
- Consultez un avocat avant d'agir : Une action en bornage peut être complexe. Un conseil de 30 minutes peut vous éviter de vous tromper de procédure.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Avant cet arrêt de 1978, certaines cours d'appel considéraient que le bornage pouvait être une action possessoire lorsqu'il était demandé par le possesseur. La Cour de cassation a mis fin à cette incertitude. Depuis, la jurisprudence est constante : le bornage est pétitoire. Voir par exemple Cass. Civ. 3e, 10 mars 1993 (n° 91-13.469) : « L'action en bornage est une action pétitoire. »
Cette clarification a permis d'unifier les pratiques. Aujourd'hui, les tribunaux de grande instance (désormais judiciaires) sont compétents pour le bornage, quel que soit le montant du litige. En revanche, les actions possessoires relèvent du tribunal d'instance (juge des contentieux de la protection).
Ce que cela signifie pour l'avenir : le bornage reste un outil essentiel pour sécuriser la propriété. La tendance est à la simplification, mais il faut toujours être vigilant sur les délais et les preuves.
En pratique : ce qu'il faut faire
Checklist pour engager un bornage :
- Rassemblez vos titres de propriété (acte notarié, cadastre).
- Contactez un géomètre-expert pour un devis (environ 1 500 €).
- Proposez un bornage amiable à votre voisin. En cas d'accord, le géomètre établit un procès-verbal qui vaut titre.
- Si le voisin refuse, saisissez le tribunal judiciaire avec l'aide d'un avocat. Le juge ordonnera le bornage et désignera un expert.
- Si vous êtes en urgence (démolition imminente), demandez une ordonnance de référé pour faire cesser le trouble.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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