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Bornage : quand le juge ordonne une expertise malgré le pénal
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Bornage : quand le juge ordonne une expertise malgré le pénal

📅 Décision du 03 avril 1973⚖️ Cour de cassation👁️ 8 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation a jugé qu'un jugement ordonnant une expertise après avoir rejeté une demande de sursis à statuer n'est pas un jugement préparatoire. Il peut donc être immédiatement contesté en appel. Une décision clé pour tout propriétaire confronté à un litige de bornage.

Décision de référence : cc • N° 71-13.993 • 1973-04-03 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'une belle maison à Aytré, avec un jardin qui donne sur la mer. Un matin, vous constatez que votre voisin a arraché une partie de votre clôture et abattu deux vieux chênes qui marquaient la limite entre vos propriétés. Furieux, vous portez plainte au pénal (pour destruction de bien) et, en parallèle, vous assignez votre voisin devant le tribunal civil pour demander un bornage-terrain-preuve-propriete-cassation-1977" class="internal-link" title="Bornage de terrain : une Cour d'appel ne peut pas rejeter une demande sans preuve de propriété">bornage (détermination officielle de la limite entre les deux terrains). Mais le juge civil vous dit : « Je vais ordonner une expertise, et en attendant, votre demande de sursis à statuer (attendre la fin de la procédure pénale) est rejetée. » Vous voulez faire appel de cette décision. Mais pouvez-vous le faire immédiatement ? La question a divisé les tribunaux pendant des années. La Cour de cassation, dans un arrêt du 3 avril 1973, a tranché : oui, vous le pouvez. Et c'est une décision qui protège vos droits.

Cette décision, rendue dans une affaire de bornage-amiable-angle-modification-juge" class="internal-link" title="Bornage amiable : quand le juge ne peut pas modifier l'angle convenu">bornage, a une portée bien plus large. Elle concerne tous les jugements qui, bien qu'en apparence « préparatoires » (des décisions qui ne tranchent pas le fond du litige, mais organisent la suite de la procédure), ont un impact concret sur vos droits. undefined, si un juge prend une décision qui vous fait grief (qui vous cause un préjudice), même si ce n'est pas la décision finale, vous pouvez la contester en appel. Dans cet article, je vais décortiquer cette décision, expliquer pourquoi elle est importante, et vous donner des conseils pratiques pour éviter de vous retrouver dans une situation similaire.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. Aubry et M. X sont voisins à Châtelaillon-Plage. Leurs propriétés, deux belles parcelles avec vue sur la mer, n'ont jamais été officiellement bornées. Un jour, un différend éclate : M. X accuse M. Aubry d'avoir détruit sa clôture et abattu des arbres qui se trouvaient, selon M. X, sur sa propriété. M. X porte plainte au pénal (procédure pénale pour destruction de clôture et abattage d'arbres). En parallèle, il assigne M. Aubry devant le tribunal civil pour obtenir le bornage-titre-propriete-conteste-nouveau" class="internal-link" title="Bornage et titre de propriété : que faire quand un titre ancien est contesté par un titre nouveau ?">bornage de leurs propriétés et la condamnation de M. Aubry à élaguer (couper) les branches qui dépassent.

M. Aubry, de son côté, conteste. Il soutient que les propriétés ont déjà été bornées par le passé (il existe des bornes anciennes) et que, par conséquent, une nouvelle procédure de bornage est irrecevable. Il demande également au juge civil de surseoir à statuer (suspendre la procédure) jusqu'à ce que la procédure pénale soit terminée, arguant que les faits sont les mêmes. Le juge civil rejette la demande de sursis et, surtout, ordonne une expertise pour déterminer les limites des propriétés.

M. Aubry fait immédiatement appel de cette décision. Mais la question se pose : ce jugement qui ordonne une expertise est-il un jugement « préparatoire » ? Si oui, l'appel n'est pas possible immédiatement (il faut attendre la décision finale). Si non, l'appel est recevable. La cour d'appel (la juridiction du second degré) a estimé que le jugement était préparatoire et a déclaré l'appel irrecevable. M. Aubry se pourvoit en cassation (recours devant la Cour de cassation, la plus haute juridiction).

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation casse (annule) l'arrêt de la cour d'appel. Elle rappelle un principe fondamental : la restriction du droit d'appel apportée par l'article 31 du Code de procédure civile (ancien) ne concerne que les jugements préparatoires. Or, qu'est-ce qu'un jugement préparatoire ? C'est un jugement qui, sans trancher le fond du litige, ordonne une mesure d'instruction (comme une expertise) ou une mesure provisoire, et qui ne fait pas grief (ne cause pas de préjudice) aux parties. Mais dans cette affaire, le jugement ne se contentait pas d'ordonner une expertise : il avait aussi rejeté la demande de sursis à statuer. Ce rejet, en lui-même, cause un grief à M. Aubry, car il l'oblige à participer à une expertise alors qu'il souhaitait attendre l'issue de la procédure pénale.

undefined la Cour de cassation dit : un jugement qui ordonne une expertise n'est pas automatiquement préparatoire. Il faut regarder s'il tranche une question de fond ou s'il cause un grief. Ici, le rejet de la demande de sursis à statuer est une décision qui a un impact concret sur les droits des parties. Elle empêche M. Aubry de bénéficier d'un éventuel effet de la procédure pénale (par exemple, si le tribunal pénal avait constaté que les arbres n'étaient pas sur la propriété de M. X, cela aurait influencé le bornage). En rejetant le sursis, le juge civil a pris une décision qui n'est pas simplement préparatoire : elle est « mixte » (elle touche au fond) et donc susceptible d'appel immédiat.

undefined, c'est que la distinction entre jugement préparatoire et jugement mixte est souvent subtile. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des juges ordonnaient une expertise tout en rejetant une demande de sursis, et les avocats adverses soutenaient que l'appel n'était pas possible. La Cour de cassation a clarifié : dès lors que le jugement rejette une demande qui a une incidence sur le fond (comme un sursis à statuer), il n'est plus préparatoire. C'est une protection pour les justiciables : vous ne pouvez pas être contraint de participer à une expertise sans avoir la possibilité de contester immédiatement la décision qui vous impose cette expertise.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire à Aytré ou Châtelaillon-Plage, cette décision a des implications très pratiques. Prenons un exemple : vous êtes propriétaire bailleur (vous louez votre bien) et votre locataire se plaint d'un empiètement du voisin. Vous engagez une procédure de bornage. Le juge ordonne une expertise et rejette votre demande de sursis à statuer parce que vous avez également porté plainte au pénal pour violation de domicile. Grâce à cet arrêt, vous pouvez faire appel immédiatement de la décision qui rejette le sursis, sans attendre la fin de l'expertise. Cela peut vous faire gagner du temps et de l'argent, car si la cour d'appel vous donne raison, l'expertise pourra être suspendue dans l'attente de la procédure pénale.

Attention toutefois : l'appel n'est pas suspensif de plein droit (la procédure d'expertise peut continuer pendant l'appel, sauf si vous demandez un sursis à exécution). Mais le simple fait de pouvoir contester immédiatement la décision vous donne un levier pour négocier ou pour faire valoir vos droits. Si vous êtes acquéreur d'un terrain non borné, cette décision vous protège également : si le vendeur refuse le bornage et que le juge ordonne une expertise, vous pouvez contester les conditions de l'expertise (par exemple, si l'expert est partial) en faisant appel, même si l'expertise n'est pas encore terminée.

Concrètement, voici ce que vous devez retenir : dès qu'un jugement vous impose une mesure (expertise, visite des lieux, etc.) tout en rejetant une demande que vous avez faite (sursis, irrecevabilité, etc.), ce jugement n'est pas préparatoire. Vous pouvez faire appel dans le délai d'un mois à compter de sa signification. Ne laissez pas passer ce délai, sinon vous serez forclos (vous perdrez le droit de contester).

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites borné votre terrain dès l'achat. Avant de signer l'acte de vente, exigez un bornage amiable (entre voisins) ou, à défaut, une clause dans le compromis qui prévoit un bornage judiciaire si nécessaire. Le coût d'un géomètre-expert (environ 1 000 à 2 000 €) est dérisoire comparé aux frais d'un procès.
  • Conservez tous les documents relatifs à votre propriété. Plans cadastraux, actes notariés, photographies des lieux, attestations d'anciens propriétaires. En cas de litige, ces preuves peuvent éviter une expertise longue et coûteuse.
  • En cas de destruction de clôture ou d'arbres, portez plainte au pénal rapidement. La procédure pénale peut aboutir à une condamnation qui facilitera le bornage civil. Et si le juge civil refuse de surseoir, vous pourrez faire appel immédiatement grâce à l'arrêt de 1973.
  • Consultez un avocat spécialisé avant d'engager une procédure. Un avocat vous aidera à choisir la stratégie la plus adaptée : demander un sursis à statuer, solliciter une expertise amiable, ou engager directement une action en bornage. Une mauvaise orientation peut vous coûter cher.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La décision du 3 avril 1973 s'inscrit dans une lignée de jurisprudence qui protège le droit d'appel. Avant cet arrêt, certains tribunaux considéraient que tout jugement ordonnant une expertise était préparatoire, quel que soit son contenu. La Cour de cassation a mis fin à cette interprétation restrictive. Depuis, plusieurs arrêts ont confirmé cette position : par exemple, un jugement qui rejette une demande de communication de pièces et ordonne une expertise n'est pas préparatoire (Civ. 2e, 14 février 1974).

Plus récemment, la Cour de cassation a étendu ce raisonnement à d'autres mesures : un jugement qui ordonne une mesure d'instruction tout en statuant sur une exception de procédure (comme une fin de non-recevoir) peut être immédiatement attaqué. La tendance est donc claire : les juges veulent éviter que des décisions qui causent un grief aux parties ne soient pas contestables pendant des mois, voire des années. Pour l'avenir, cette jurisprudence pourrait s'appliquer à des situations nouvelles, comme les expertises numériques ou les mesures provisoires dans les litiges de copropriété.

Questions fréquentes

  1. Qu'est-ce qu'un jugement préparatoire ? C'est une décision qui organise la procédure sans trancher le fond du litige et sans causer de préjudice aux parties. Exemple : une simple ordonnance de clôture de l'instruction.
  2. Puis-je faire appel d'une ordonnance d'expertise ? Oui, si l'ordonnance rejette en même temps une demande de sursis ou une autre demande qui vous cause un grief. Sinon, l'appel n'est possible qu'avec la décision finale.
  3. Quel est le délai pour faire appel ? Un mois à compter de la signification du jugement (ou de la notification si vous êtes représenté par avocat). Passé ce délai, vous ne pouvez plus contester.
  4. Que faire si le juge ordonne une expertise sans avoir statué sur ma demande de sursis ? Vous pouvez demander au juge de la mise en état de trancher cette question avant l'expertise. S'il refuse, vous pourrez faire appel de la décision qui rejette votre demande.
  5. Le bornage est-il obligatoire ? Non, mais en cas de litige, tout propriétaire peut demander le bornage judiciaire. Le juge peut l'ordonner même si l'autre partie s'y oppose.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un jugement préparatoire ?

Un jugement préparatoire est une décision qui organise la procédure sans trancher le fond du litige et sans causer de préjudice aux parties. Exemple : une simple ordonnance de clôture de l'instruction.

Puis-je faire appel d'une ordonnance d'expertise ?

Oui, si l'ordonnance rejette en même temps une demande de sursis ou une autre demande qui vous cause un grief. Sinon, l'appel n'est possible qu'avec la décision finale.

Quel est le délai pour faire appel ?

Un mois à compter de la signification du jugement (ou de la notification si vous êtes représenté par avocat). Passé ce délai, vous ne pouvez plus contester.

Que faire si le juge ordonne une expertise sans avoir statué sur ma demande de sursis ?

Vous pouvez demander au juge de la mise en état de trancher cette question avant l'expertise. S'il refuse, vous pourrez faire appel de la décision qui rejette votre demande.

Le bornage est-il obligatoire ?

Non, mais en cas de litige, tout propriétaire peut demander le bornage judiciaire. Le juge peut l'ordonner même si l'autre partie s'y oppose.

Informations juridiques

  • Numéro: 71-13.993
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 03 avril 1973

Mots-clés

bornageexpertiseappelsursis à statuerprocédure civile

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Aytré après destruction de clôture

Un propriétaire dont la clôture a été détruite par un voisin porte plainte au pénal et demande le bornage. Le juge civil ordonne une expertise et rejette le sursis à statuer.

Application pratique:

Grâce à l'arrêt de 1973, le propriétaire peut faire appel immédiatement de la décision rejetant le sursis. Il doit agir dans le mois suivant la signification du jugement, en sollicitant un avocat spécialisé.

2

Acquéreur d'un terrain non borné à Châtelaillon-Plage

Un acquéreur constate que le terrain acheté n'est pas borné et que le vendeur refuse de coopérer. Il engage une action en bornage. Le juge ordonne une expertise sans se prononcer sur la demande de bornage amiable.

Application pratique:

L'acquéreur peut contester l'expertise en appel si elle lui cause un grief (par exemple, si l'expert choisi est partial). Il doit démontrer que le jugement n'est pas préparatoire.

3

Copropriétaire en litige de mitoyenneté

Deux copropriétaires sont en désaccord sur la limite d'un mur mitoyen. L'un demande une expertise, l'autre demande un sursis en attendant une décision sur la mitoyenneté. Le juge rejette le sursis et ordonne l'expertise.

Application pratique:

Le copropriétaire qui a demandé le sursis peut faire appel immédiatement. Il doit prouver que le rejet du sursis lui cause un grief (par exemple, des frais d'expertise inutiles si la mitoyenneté est reconnue).

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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