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Bornage de propriété : quand une expertise ordonnée par le tribunal est-elle périmée ?
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Bornage de propriété : quand une expertise ordonnée par le tribunal est-elle périmée ?

📅 Décision du 18 janvier 1972⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation rappelle qu'un jugement ordonnant une expertise en bornage n'est qu'une décision interlocutoire, et que si les parties n'exécutent pas les diligences dans les délais, la procédure initiale se trouve frappée de péremption, permettant de relancer une nouvelle action en bornage.

Décision de référence : cc • N° 70-13.037 • 1972-01-18 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire à Saint-Paul-lès-Dax, et depuis des années, votre voisin conteste la limite de votre terrain. Vous engagez une action en bornage-terrain-preuve-propriete-cassation-1977" class="internal-link" title="Bornage de terrain : une Cour d'appel ne peut pas rejeter une demande sans preuve de propriété">bornage, le tribunal ordonne une expertise, mais l'expert ne dépose son rapport que deux ans plus tard. Trop tard ? La question que se pose chaque propriétaire est : peut-on relancer une nouvelle procédure si la première s'enlise ? Cette décision de la Cour de cassation de 1972 apporte une réponse claire, et elle vaut toujours aujourd'hui.

undefined, c'est qu'un jugement qui se contente d'ordonner une expertise n'est pas un jugement définitif : c'est une simple « décision interlocutoire ». undefined elle ne tranche pas le fond du litige. Si les parties ne font pas avancer la procédure pendant un certain temps, la première instance peut être frappée de péremption (c'est-à-dire qu'elle s'éteint). Et dans ce cas, une nouvelle action en bornage-amiable-angle-modification-juge" class="internal-link" title="Bornage amiable : quand le juge ne peut pas modifier l'angle convenu">bornage est parfaitement recevable.

Dans l'affaire jugée le 18 janvier 1972, la Cour de cassation a validé ce raisonnement : deux actions en bornage-titre-propriete-conteste-nouveau" class="internal-link" title="Bornage et titre de propriété : que faire quand un titre ancien est contesté par un titre nouveau ?">bornage successives entre les mêmes propriétaires, pour les mêmes parcelles, sont possibles si la première a été abandonnée. Comment réagir si vous êtes dans cette situation ? Décryptons cette décision ensemble.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X et Mme Y sont propriétaires de terrains voisins à Saint-Paul-lès-Dax, non loin de Capbreton. Depuis des années, ils se disputent une bande de terre d'environ 10 mètres de long sur 2 mètres de large, située entre leurs deux propriétés. En 1965, M. X saisit le tribunal d'instance pour une action en bornage. Le tribunal ordonne une expertise pour rechercher s'il existe un précédent bornage (c'est-à-dire des bornes anciennes qui définiraient déjà la limite). L'expert est nommé, mais les parties ne lui fournissent pas les documents nécessaires, et l'affaire reste en sommeil.

En 1968, las d'attendre, M. X engage une nouvelle action en bornage, sur le même terrain, contre la même voisine. Cette fois, le tribunal estime que la première instance est périmée (éteinte) faute de diligences (c'est-à-dire faute d'avoir fait avancer la procédure) pendant plus de deux ans. Il ordonne une nouvelle expertise et, finalement, fixe la limite de propriété en l'absence de bornes anciennes. Mme Y conteste, arguant qu'on ne peut pas juger deux fois la même chose.

La Cour de cassation, dans son arrêt du 18 janvier 1972, donne raison à M. X. Elle constate que le premier jugement ordonnant expertise n'était qu'une décision interlocutoire (une étape, pas un jugement définitif). Dès lors, aucune autorité de la chose jugée (principe selon lequel on ne peut pas rejuger ce qui a déjà été jugé) ne s'opposait à une nouvelle action. La péremption de la première instance était acquise en vertu de l'article 15 du Code de procédure civile (ancien, aujourd'hui article 386 du Code de procédure civile).

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Le cœur du raisonnement tient en un mot : la qualification de « décision interlocutoire ». Qu'est-ce que cela signifie ? En droit, une décision interlocutoire est un jugement qui ne tranche pas le fond du litige, mais qui ordonne une mesure d'instruction (comme une expertise) ou une mesure provisoire. Elle ne met pas fin à l'instance. En revanche, un jugement définitif statue sur les droits des parties : par exemple, un jugement qui dit « la limite de propriété est ici » est définitif.

Dans cette affaire, le premier tribunal a ordonné une expertise pour rechercher l'existence d'un précédent bornage. Il n'a pas décidé si les propriétés étaient bornées ou non. Ce n'était donc qu'une étape. Comme les parties n'ont pas poursuivi la procédure, l'instance s'est éteinte par péremption. L'article 15 du Code de procédure civile (ancien) disposait que l'instance est périmée lorsque les parties n'accomplissent pas de diligences pendant deux ans. Aujourd'hui, c'est l'article 386 du Code de procédure civile qui fixe ce délai à deux ans.

La Cour de cassation valide ainsi le raisonnement du tribunal d'instance : la première action était périmée, donc une nouvelle action était recevable. Les juges du fond ont implicitement constaté la péremption, même s'ils ne l'ont pas expressément prononcée. undefined, ils ont dit : « Puisque la première procédure est éteinte, on peut recommencer. »

undefined, c'est que la péremption n'est pas automatique : elle doit être demandée par une partie ou relevée d'office par le juge dans certaines conditions. Mais dans cette affaire, le tribunal a estimé que les éléments étaient suffisants pour considérer la première instance comme éteinte.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire d'un terrain et que vous avez engagé une action en bornage qui n'a pas abouti, cette décision vous donne une bouffée d'oxygène. Vous pouvez relancer une nouvelle action, même si la première a déjà fait l'objet d'un jugement ordonnant expertise. Attention toutefois : cela ne vaut que si le premier jugement n'était pas définitif. Si le tribunal a déjà fixé la limite de propriété, vous ne pouvez pas revenir dessus.

Prenons un exemple concret : vous êtes propriétaire d'une maison à Capbreton, et votre voisin conteste la limite de votre jardin. Vous engagez une action en bornage en 2020. Le tribunal ordonne une expertise en 2021, mais l'expert ne dépose son rapport qu'en 2023. Entretemps, vous n'avez pas relancé la procédure. Le juge peut déclarer la péremption de l'instance si plus de deux ans se sont écoulés sans diligences. Dans ce cas, vous pouvez assigner à nouveau votre voisin en bornage, et le tribunal devra statuer sur le fond.

Si vous êtes acquéreur d'un terrain, soyez vigilant : si une action en bornage est en cours et qu'elle risque d'être périmée, cela peut retarder la fixation définitive des limites. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires ont dû relancer une action après des années de silence, ce qui a généré des frais supplémentaires d'expertise et d'avocat. Mieux vaut donc suivre l'avancement de la procédure et ne pas laisser passer trop de temps.

Enfin, pour les professionnels de l'immobilier (notaires, agents immobiliers), cette décision rappelle l'importance de vérifier si une procédure de bornage est en cours ou si elle est frappée de péremption avant de finaliser une vente. Une limite non bornée peut être source de litiges futurs.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites réaliser un bornage amiable avant tout conflit. Dès l'acquisition de votre terrain, proposez à votre voisin de faire établir les limites par un géomètre-expert. Le coût (environ 1 000 à 2 000 € pour un terrain standard) est bien inférieur à celui d'une procédure judiciaire.
  • En cas de procédure, ne laissez pas l'affaire s'endormir. Si une expertise a été ordonnée, relancez régulièrement l'expert et le tribunal. Une absence de diligences pendant deux ans peut entraîner la péremption, et vous devrez tout recommencer.
  • Conservez tous les documents relatifs à votre propriété. Actes de vente, plans cadastraux, bornages anciens, photographies. Ces éléments peuvent servir à prouver l'existence d'un précédent bornage et éviter une expertise longue et coûteuse.
  • Consultez un avocat spécialisé en droit immobilier dès les premiers signes de conflit. Un professionnel pourra vous conseiller sur la stratégie à adopter et vous éviter des erreurs de procédure, comme laisser périmer une action sans le savoir.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La décision de 1972 s'inscrit dans une jurisprudence constante de la Cour de cassation. Par exemple, dans un arrêt du 14 novembre 1968 (n° 66-13.752), la Cour avait déjà jugé qu'un jugement ordonnant une expertise en bornage était une décision interlocutoire et non un jugement définitif. Plus récemment, dans un arrêt du 12 septembre 2019 (n° 18-19.456), la Cour a rappelé que la péremption d'instance ne fait pas obstacle à une nouvelle action si le premier jugement n'a pas statué au fond.

La tendance des tribunaux est donc de favoriser le bornage effectif des propriétés, quitte à permettre aux parties de relancer une procédure si la première s'est enlisée. Cela signifie que, pour les propriétaires, il est toujours possible de faire trancher le litige, même après une longue attente. Mais attention : cette souplesse a ses limites. Si le premier jugement a déjà fixé la limite, il est définitif et ne peut être remis en cause, sauf voies de recours extraordinaires.

Pour l'avenir, il est probable que les juridictions continuent d'appliquer cette règle, car elle garantit l'effectivité du droit de propriété. undefined si vous avez laissé passer du temps, vous n'êtes pas forcément prisonnier de votre inaction.

Checklist avant d'agir

  • Vérifiez si une action en bornage a déjà été engagée. Demandez au greffe du tribunal compétent si une procédure est en cours ou a été clôturée.
  • Identifiez la nature du jugement précédent. S'agit-il d'un jugement ordonnant une expertise (interlocutoire) ou d'un jugement fixant la limite (définitif) ?
  • Calculez le délai écoulé depuis la dernière diligence. Si plus de deux ans se sont écoulés sans aucune action (dépôt de rapport, conclusions, etc.), la péremption est possible.
  • Consultez un avocat pour savoir si vous pouvez relancer une action. L'avocat vérifiera si la péremption est acquise et vous assistera pour la nouvelle procédure.
  • Rassemblez tous les documents fonciers. Actes de propriété, plans cadastraux, bornages antérieurs, correspondances avec le voisin. Ils seront essentiels pour la nouvelle expertise.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une décision interlocutoire en matière de bornage ?

C'est un jugement qui ne tranche pas le fond du litige, mais qui ordonne une mesure d'instruction, comme une expertise. Elle ne met pas fin à l'instance et peut être suivie d'une décision définitive.

Puis-je relancer une action en bornage si la première a été abandonnée ?

Oui, si le premier jugement n'était qu'une décision interlocutoire (expertise) et que l'instance est périmée faute de diligences pendant deux ans. Vous pouvez alors engager une nouvelle action.

Quel est le délai de péremption d'une instance en bornage ?

Le délai est de deux ans à compter de la dernière diligence accomplie par les parties (article 386 du Code de procédure civile). Passé ce délai, l'instance est éteinte.

Que faire si mon voisin ne respecte pas les bornes fixées par un jugement définitif ?

Vous pouvez saisir le tribunal pour faire exécuter le jugement. Si le bornage a été ordonné mais non réalisé, vous pouvez demander l'exécution forcée.

Un bornage amiable est-il préférable à une procédure judiciaire ?

Oui, car il est plus rapide et moins coûteux. En cas d'accord, un géomètre-expert établit les limites et dresse un procès-verbal de bornage qui a force obligatoire entre les parties.

Informations juridiques

  • Numéro: 70-13.037
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 18 janvier 1972

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un terrain à Saint-Paul-lès-Dax avec litige de limite

M. Dupont possède un terrain à Saint-Paul-lès-Dax. Depuis 2018, il conteste la limite avec son voisin. En 2019, le tribunal ordonne une expertise, mais l'expert ne dépose son rapport qu'en 2022. Entre-temps, aucune diligence n'a été faite. La péremption est acquise en 2021.

Application pratique:

M. Dupont peut intenter une nouvelle action en bornage. Il devra fournir les documents fonciers et solliciter une nouvelle expertise. Il est conseillé de consulter un avocat pour éviter une nouvelle péremption.

2

Acquéreur d'une maison à Capbreton avec bornage en cours

Mme Martin achète une maison à Capbreton. Le vendeur lui indique qu'une action en bornage est en cours depuis 2020. Le tribunal a ordonné une expertise en 2021, mais l'expert n'a pas encore rendu son rapport.

Application pratique:

Mme Martin doit vérifier si l'instance est toujours active. Si plus de deux ans se sont écoulés sans diligence, elle peut relancer l'action. Sinon, elle devra attendre le dépôt du rapport. Il est recommandé de se faire assister par un avocat.

3

Copropriétaire d'une parcelle litigieuse en indivision

Trois indivisaires possèdent une parcelle à Saint-Paul-lès-Dax. L'un d'eux engage une action en bornage contre le voisin en 2019. Le tribunal ordonne une expertise, mais les autres indivisaires ne coopèrent pas.

Application pratique:

Si l'instance est périmée, tout indivisaire peut relancer une nouvelle action. Il est important que tous les indivisaires soient d'accord ou représentés pour éviter des conflits internes.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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