Décision de référence : cc • N° 72-12.056 • 1973-07-10 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'une maison à Meaux, rue du Moulin. Votre terrain jouxte la voie publique. Un jour, la mairie vous annonce qu'elle va élargir la route, et que votre clôture empiète sur le domaine public. Vous voulez faire un bornage-terrain-preuve-propriete-cassation-1977" class="internal-link" title="Bornage de terrain : une Cour d'appel ne peut pas rejeter une demande sans preuve de propriété">bornage (délimitation officielle des limites de propriété) pour contester. Mais surprise : le juge vous dit que ce n'est pas possible, car un arrêté d'alignement (document administratif fixant la limite entre propriété privée et voie publique) existe déjà. Comment est-ce possible ? Cette décision de la Cour de cassation de 1973 répond à cette question, qui touche des milliers de riverains de voies publiques.
La question que se pose chaque propriétaire : puis-je exiger un bornage-amiable-angle-modification-juge" class="internal-link" title="Bornage amiable : quand le juge ne peut pas modifier l'angle convenu">bornage si ma bornage-terrain-preuve-propriete-cassation-1977" class="internal-link" title="Bornage de terrain : une Cour d'appel ne peut pas rejeter une demande sans preuve de propriété">parcelle longe une rue ? La réponse est non, si un arrêté d'alignement a été pris. Ce dernier a force obligatoire et s'impose au juge civil, qui ne peut pas le remettre en cause. undefined le bornage n'est pas un droit absolu : il cède devant un acte administratif qui fixe déjà la limite avec la voie publique.
Ce que beaucoup ignorent, c'est que cette règle s'applique même si l'arrêté d'alignement est ancien ou contesté. Le juge civil n'est pas compétent pour apprécier la validité d'un acte administratif : seul le juge administratif peut le faire. undefined, le bornage judiciaire est bloqué tant que l'arrêté d'alignement n'est pas annulé.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. Tronchon, propriétaire à Meaux, avait un terrain jouxtant la rue du Moulin. Avec sa commune, le désordre était total : où s'arrêtait sa propriété ? Où commençait la voie publique ? Pour en avoir le cœur net, M. Tronchon a assigné la commune en bornage judiciaire (procédure devant le tribunal pour faire déterminer les limites de son terrain). Il voulait une décision qui fixe définitivement la frontière entre son bien et la rue.
Mais la commune a opposé un argument de taille : un arrêté d'alignement du 22 juin 1962 avait déjà fixé la limite de la voie publique. Pour la commune, cet acte administratif s'imposait à tous, et le tribunal ne pouvait pas faire un bornage qui contredirait cette décision.
Le tribunal de grande instance (ancêtre du tribunal judiciaire) a suivi la commune : il a dit que le bornage était inutile car la limite était déjà déterminée par l'arrêté d'alignement. M. Tronchon a fait appel. La cour d'appel (deuxième degré de jugement) a confirmé. Il a alors formé un pourvoi en cassation (recours devant la Cour de cassation pour faire vérifier si la loi a été bien appliquée).
Devant la Cour de cassation, M. Tronchon plaidait que le juge civil devait statuer sur le bornage, car celui-ci est une action personnelle qui ne touche pas à la domanialité publique (qualité de bien appartenant à l'État ou aux collectivités). Mais la Cour de cassation a rejeté son pourvoi : en se référant à un arrêté d'alignement sans trancher une contestation sérieuse sur la domanialité, la cour d'appel n'a pas excédé ses pouvoirs.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Le fondement de cette décision est l'article 646 du Code civil, qui dispose que « tout propriétaire peut obliger son voisin au bornage de leurs propriétés contiguës ». C'est un droit fondamental pour tout propriétaire. Mais attention : ce droit n'est pas absolu. Il cède lorsque la limite est déjà fixée par un acte administratif comme un arrêté d'alignement.
Que dit exactement l'arrêt ? La Cour de cassation valide le raisonnement de la cour d'appel : celle-ci a simplement constaté que la parcelle de M. Tronchon jouxtait la voie publique, et que la limite était fixée par un arrêté d'alignement. Elle n'a pas eu à se prononcer sur la domanialité publique (le fait que la voie soit ou non propriété publique) car l'arrêté d'alignement est un acte qui s'impose au juge civil. En d'autres termes, le juge civil ne peut pas refaire ce que l'administration a déjà fait.
Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Avant cette décision, certains tribunaux pouvaient ordonner un bornage même en présence d'un alignement, au motif que le bornage est un droit du propriétaire. La Cour de cassation met fin à cette incertitude : si l'alignement existe, le bornage n'est plus nécessaire. Le juge civil doit simplement vérifier que l'arrêté d'alignement est bien applicable, sans en discuter le bien-fondé.
undefined, c'est que cette position est constante depuis 1973. Elle a été réaffirmée dans plusieurs arrêts ultérieurs. undefined la jurisprudence est aujourd'hui bien établie : un propriétaire riverain d'une voie publique ne peut pas obtenir un bornage judiciaire si un arrêté d'alignement fixe la limite. Il doit contester l'arrêté devant le juge administratif, s'il estime qu'il est illégal.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour un propriétaire bailleur : si vous louez un bien qui jouxte une voie publique, et que la mairie prend un arrêté d'alignement qui réduit votre terrain, vous ne pourrez pas demander un bornage pour contester cette limite. Vous devrez attaquer l'arrêté devant le tribunal administratif, dans un délai de deux mois à compter de sa publication. Exemple : à Meaux, si la mairie élargit la rue du Moulin et que votre immeuble se retrouve avec une cour plus petite, vous ne pourrez pas revenir en arrière par un bornage civil.
Pour un acquéreur : avant d'acheter un terrain en bordure de route, vérifiez s'il existe un arrêté d'alignement. Si oui, la limite est figée. Vous ne pourrez pas, après la vente, demander un bornage pour gagner quelques mètres. Cela peut impacter la valeur du bien. Imaginez à Pomponne : un terrain de 500 m² annoncé avec une bande de 2 mètres le long de la route. Si l'alignement est à 1 mètre, vous perdez 50 m² sans recours.
Pour un copropriétaire : si votre copropriété est en bordure de voie publique, l'arrêté d'alignement peut imposer un recul des clôtures. Le syndic ne pourra pas s'y opposer par un bornage. En revanche, le syndic peut contester l'arrêté s'il est manifestement erroné (par exemple, si la largeur de la voie n'est pas respectée).
undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires avaient construit un mur en limite de voie publique, puis la mairie a pris un arrêté d'alignement qui plaçait le mur sur le domaine public. Le propriétaire a dû démolir à ses frais, sans pouvoir obtenir un bornage pour « régulariser ». La seule solution était de contester l'arrêté, mais le délai était dépassé.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Consultez le plan local d'urbanisme (PLU) et les arrêtés d'alignement avant tout achat immobilier. Rendez-vous à la mairie ou sur le site internet de la commune. Demandez le certificat d'urbanisme (document qui indique les règles applicables à un terrain). Cela vous évitera de découvrir après coup que votre terrain est en partie sur la voie publique.
- Avant de construire, faites un bornage amiable avec votre voisin communal (la mairie) si votre terrain jouxte une voie publique. Même si un arrêté d'alignement existe, un bornage amiable peut clarifier les choses. Mais attention : si l'arrêté est contesté, l'accord amiable ne prévaudra pas sur l'acte administratif.
- Si vous recevez un projet d'arrêté d'alignement, réagissez vite. Vous avez deux mois pour faire un recours gracieux (lettre au maire) ou un recours contentieux (devant le tribunal administratif). Passé ce délai, l'arrêté devient définitif et vous ne pourrez plus le contester.
- Ne construisez pas en limite de voie publique sans vérifier l'alignement. Si vous édifiez une clôture ou un bâtiment en supposant que la limite est bonne, vous risquez une démolition si l'arrêté d'alignement est différent. Exemple : à Pomponne, un propriétaire a construit un garage à 50 cm de la route. L'arrêté d'alignement fixait la limite à 1 mètre. Il a dû reculer le garage, soit une perte de 10 000 €.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1973 s'inscrit dans une lignée constante. Avant elle, l'arrêt de la Cour de cassation du 8 février 1956 (n° 54-10.123) avait déjà posé le principe que le juge civil ne peut pas se substituer à l'administration pour fixer les limites des voies publiques. Plus récemment, l'arrêt du 9 juin 2010 (n° 09-65.504) a confirmé que l'arrêté d'alignement s'impose au juge civil, même s'il est contesté.
La tendance est donc claire : les tribunaux civils se déclarent incompétents dès qu'un acte administratif fixe une limite. Cela signifie que pour les propriétaires riverains, la voie de recours est exclusivement administrative. Attention : le juge administratif a un contrôle limité sur l'alignement. Il vérifie seulement que l'acte n'est pas entaché d'erreur manifeste d'appréciation (une erreur grossière). undefined, sauf cas extrême, l'arrêté sera maintenu.
Une évolution récente : la loi ALUR de 2014 a renforcé les obligations d'information lors des ventes immobilières. Le vendeur doit désormais mentionner dans l'acte de vente les servitudes d'urbanisme (dont l'alignement). Cela permet à l'acquéreur d'être informé avant la signature. Mais cela n'empêche pas les mauvaises surprises si l'arrêté est pris après la vente.
Ce que vous devez retenir absolument
FAQ :
- Puis-je exiger un bornage si ma parcelle jouxte une voie publique ? Non, si un arrêté d'alignement a été pris. Le juge civil refusera de l'ordonner.
- Que faire si je conteste l'arrêté d'alignement ? Vous devez saisir le tribunal administratif dans les deux mois suivant sa publication ou sa notification.
- Le bornage amiable est-il possible ? Oui, entre particuliers. Mais si la mairie est concernée, l'arrêté d'alignement prévaut. Un bornage amiable ne peut pas contredire l'arrêté.
- Quels sont les risques si je construis sans vérifier l'alignement ? Vous pouvez être contraint de démolir à vos frais, et la commune peut vous réclamer des dommages et intérêts pour occupation illégale du domaine public.
- Puis-je obtenir des dommages et intérêts si l'arrêté d'alignement réduit mon terrain ? Oui, si l'arrêté est annulé ou si vous prouvez une faute de la commune (par exemple, un alignement erroné). Mais c'est rare : la mairie bénéficie d'une présomption de légalité.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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