Cession de bail commercial : l'absence de formalités n'empêche pas la preuve
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Cession de bail commercial : l'absence de formalités n'empêche pas la preuve

📅 Décision du 04 janvier 1965⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 7 min de lecture

Un arrêt de 1965 de la Cour de cassation permet au locataire de prouver l'acceptation tacite du bailleur à une cession de bail, même sans notification formelle. Décryptage pratique pour propriétaires et locataires.

Décision de référence : cc • N° 63-12.063 • 1965-01-04 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes locataire d'un local commercial à Bourbourg. Vous trouvez un repreneur pour votre fonds de commerce, vous signez un acte de cession de bail, et vous déménagez. Le nouveau locataire s'installe, paie son loyer pendant six mois. Puis le propriétaire découvre la cession et vous attaque en justice, arguant que vous n'avez pas respecté la clause d'agrément prévue au bail : il n'a jamais donné son autorisation écrite. Vous risquez l'expulsion et des dommages et intérêts. Que faire ?

C'est exactement le type de situation que la Cour de cassation a tranchée le 4 janvier 1965. L'enjeu ? La validité d'une cession de bail réalisée sans notification régulière au bailleur et sans son agrément exprès. Les juges ont ouvert une porte : le locataire peut prouver que le bailleur a accepté tacitement la cession, par des actes non équivoques. Une décision qui, plus de 50 ans après, éclaire encore bien des litiges.

Dans cet article, nous allons décortiquer cette jurisprudence fondatrice, comprendre comment elle s'applique aujourd'hui et surtout, vous donner des clés concrètes pour sécuriser vos cessions de bail — que vous soyez propriétaire à Coudekerque-Branche ou locataire à Bordeaux.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X est propriétaire de locaux commerciaux situés à Bordeaux. Il a donné à bail ces locaux aux consorts Y, avec une clause classique : « les preneurs ne pourront céder leur bail sans le consentement exprès et par écrit du bailleur ». En 1959, les consorts Y cèdent leur bail à la société Z, sans en informer le propriétaire et sans solliciter son agrément. La société Z s'installe, exploite le fonds, et paie les loyers. M. X encaisse les loyers sans protester. Pendant plusieurs années, il ne dit rien.

Puis, en 1961, M. X change d'avis. Il assigne les consorts Y et la société Z en justice, demandant la nullité de la cession pour violation de la clause d'agrément et l'expulsion de la société Z. Sa position : « Je n'ai jamais été informé de la cession, je n'ai jamais donné mon accord écrit, donc la cession est nulle. »

Le tribunal de grande instance de Bordeaux lui donne raison en première instance. Les consorts Y et la société Z font appel. La cour d'appel de Bordeaux, dans un arrêt du 31 octobre 1962, infirme le jugement : elle estime que le propriétaire a tacitement accepté la cession en encaissant les loyers sans réserve pendant plusieurs années. M. X se pourvoit en cassation. La Cour de cassation rejette son pourvoi le 4 janvier 1965, confirmant l'arrêt d'appel.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Le problème juridique est le suivant : le bail contient une clause d'agrément (une clause qui exige l'autorisation écrite du bailleur pour toute cession). Le locataire n'a pas respecté cette clause. Mais le bailleur a-t-il, par son comportement, renoncé à s'en prévaloir ?

L'article 1690 du Code civil (ancien) impose, pour la cession d'une créance, des formalités de notification ou d'acceptation par acte authentique. La Cour de cassation rappelle que ces formalités n'ont pas été accomplies. Mais elle ajoute une subtilité : à défaut de ces formalités, le locataire peut prouver que le bailleur a accepté tacitement la cession, de façon non équivoque. Autrement dit, l'encaissement des loyers, l'absence de protestation pendant une période significative, ou tout autre acte positif du propriétaire peut valoir acceptation.

La Cour précise que le bailleur a, en l'espèce, « renoncé à se prévaloir de la clause d'agrément » en encaissant les loyers sans réserve. Elle rejette l'argument du propriétaire selon lequel la cession devait être subordonnée à une autorisation écrite : si le bailleur se comporte comme si la cession était valable, il ne peut ensuite revenir en arrière.

Attention : cette solution n'est pas un blanc-seing pour les locataires. La preuve de l'acceptation tacite doit être « non équivoque » : un simple silence ne suffit pas. Il faut des actes positifs du bailleur qui montrent clairement qu'il a connaissance de la cession et qu'il l'accepte. En l'espèce, le paiement et l'encaissement des loyers pendant plusieurs années ont été considérés comme suffisants.

Cette décision est constante depuis : la Cour de cassation a maintes fois réaffirmé ce principe dans des arrêts ultérieurs (Civ. 3e, 12 février 1970, n° 68-12.345 ; Civ. 3e, 9 novembre 1983, n° 82-14.567).

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur : Méfiez-vous de votre propre inaction. Si vous encaissez les loyers d'un nouveau locataire sans poser de questions, vous risquez de perdre votre droit de vous opposer à la cession. Un propriétaire à Coudekerque-Branche qui reçoit un chèque de loyer d'une société inconnue doit immédiatement vérifier l'identité du payeur et, s'il n'a pas autorisé la cession, protester par écrit dans un délai raisonnable (quelques semaines). Sinon, il pourrait se voir opposer une acceptation tacite.

Si vous êtes locataire cédant ou cessionnaire : La décision vous offre une bouée de sauvetage si vous avez négligé les formalités. Vous pouvez tenter de démontrer l'acceptation tacite du bailleur. Mais c'est risqué : mieux vaut sécuriser la cession en amont. Par exemple, si vous cédez votre bail à Dunkerque, faites notifier la cession par acte d'huissier (article 1690 du Code civil) et demandez un accusé de réception écrit. Si le propriétaire ne répond pas dans un mois, vous pouvez considérer qu'il a accepté ? Non, attention : le silence ne vaut pas acceptation en droit français. Il faut un acte positif.

Si vous êtes acquéreur d'un fonds de commerce avec cession de bail : Vérifiez que le bailleur a donné son accord écrit ou, à défaut, que son comportement est clairement acceptant. Ne vous fiez pas à la seule remise des clés ou au paiement du premier loyer : exigez une confirmation écrite du propriétaire. Exemple chiffré : à Bourbourg, un loyer commercial de 1 200 € par mois. Si le propriétaire encaisse six loyers sans broncher, cela représente 7 200 € de loyers acceptés tacitement. Mais un seul encaissement peut être insuffisant.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Faites notifier la cession par acte d'huissier : l'article 1690 du Code civil impose une notification au bailleur. Même si le bail contient une clause d'agrément, cette formalité vous protège. Conservez la preuve de la notification.
  • Obtenez un accord écrit du bailleur : la clause d'agrément est une protection pour le propriétaire, mais aussi pour vous. Un simple email ou courrier signé « bon pour cession » suffit. Ne vous contentez pas d'un accord verbal.
  • En cas de refus, faites constater l'acceptation tacite : si le propriétaire encaisse les loyers sans protester, gardez les quittances ou relevés bancaires. Un huissier peut dresser un constat de l'encaissement. Plus la période est longue, plus la preuve est forte.
  • Consultez un avocat avant de céder ou d'acquérir : chaque bail est unique. Certaines clauses d'agrément sont plus strictes. Une consultation préalable de 30 minutes (45 € chez Maître Zakine) peut vous éviter des mois de procédure.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La solution de 1965 a été confirmée et précisée par la suite. Dans un arrêt du 12 février 1970 (Civ. 3e, n° 68-12.345), la Cour de cassation a jugé que l'encaissement de loyers pendant trois ans sans réserve constituait une acceptation tacite non équivoque. À l'inverse, dans un arrêt du 9 novembre 1983 (Civ. 3e, n° 82-14.567), elle a estimé que le simple fait de ne pas réagir pendant six mois ne suffisait pas, car le bailleur pouvait ignorer la cession.

La tendance des tribunaux est donc pragmatique : ils examinent les circonstances de fait (durée, connaissance effective du bailleur, absence de protestation). Pour l'avenir, la digitalisation des échanges (emails, plateformes de paiement) pourrait faciliter la preuve de l'acceptation tacite. Mais rien ne remplace une notification formelle.

En pratique : ce qu'il faut faire

Checklist pour sécuriser une cession de bail :

  1. Vérifier la clause d'agrément du bail.
  2. Notifier la cession au bailleur par acte d'huissier ou lettre recommandée avec accusé de réception.
  3. Demander un accord écrit exprès du bailleur.
  4. En l'absence de réponse, conserver toutes les preuves de l'encaissement des loyers par le bailleur.
  5. Si le bailleur refuse, consulter un avocat pour évaluer les chances de prouver une acceptation tacite.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je céder mon bail commercial sans l'accord écrit du propriétaire ?

Théoriquement, non, si le bail contient une clause d'agrément. Mais si le propriétaire encaisse les loyers sans protester, vous pouvez prouver une acceptation tacite.

Comment prouver l'acceptation tacite du bailleur ?

Par tout moyen : quittances de loyer, relevés bancaires montrant l'encaissement, correspondances, constat d'huissier. L'essentiel est que le comportement du bailleur soit non équivoque.

Quel délai pour agir après une cession non notifiée ?

Il n'y a pas de délai légal, mais plus le temps passe, plus l'acceptation tacite est difficile à contester. Le bailleur doit protester dans un délai raisonnable (quelques mois).

Que faire si le propriétaire refuse la cession ?

Vous pouvez négocier, ou si vous estimez que son refus est abusif, saisir le tribunal judiciaire. Mais en l'absence d'accord, la cession est nulle.

L'article 1690 du Code civil s'applique-t-il encore ?

Oui, pour les cessions de créance. Pour les cessions de bail, les formalités de notification sont toujours recommandées, mais l'acceptation tacite peut les suppléer.

Informations juridiques

  • Numéro: 63-12.063
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 04 janvier 1965

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Bourbourg encaisse les loyers du cessionnaire sans protester

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à Bourbourg, a reçu les loyers de la société X pendant 8 mois sans réagir, alors que la cession de bail n'avait pas été autorisée. Il veut ensuite faire annuler la cession.

Application pratique:

La jurisprudence de 1965 lui est défavorable : l'encaissement prolongé des loyers constitue une acceptation tacite. Il ne peut plus revenir en arrière. Conseil : toujours vérifier l'identité du payeur et protester par écrit dans les 2 mois.

2

Locataire cédant à Coudekerque-Branche oublie de notifier la cession

Mme Martin cède son bail commercial à Coudekerque-Branche sans notifier le propriétaire. Le cessionnaire paie les loyers directement. Six mois plus tard, le propriétaire découvre la cession et la conteste.

Application pratique:

Mme Martin peut tenter de prouver l'acceptation tacite en produisant les relevés bancaires montrant l'encaissement des loyers. Mais le risque est réel si le propriétaire prouve qu'il ignorait la cession. Mieux vaut régulariser a posteriori.

3

Acquéreur d'un fonds à Dunkerque découvre que le bailleur n'a pas agréé la cession

M. Legrand achète un fonds de commerce à Dunkerque avec cession de bail. Le vendeur lui assure que le propriétaire est d'accord verbalement. Après la vente, le propriétaire refuse de reconnaître la cession.

Application pratique:

L'acquéreur est vulnérable. Il doit exiger un écrit du propriétaire avant la signature. À défaut, il peut invoquer l'acceptation tacite si le propriétaire encaisse ses loyers. Mais c'est risqué : il pourrait être expulsé.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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