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Cession de bail commercial : la mise en demeure est obligatoire avant résiliation (Cass. 1996)
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Cession de bail commercial : la mise en demeure est obligatoire avant résiliation (Cass. 1996)

📅 Décision du 30 mai 1996⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que le bailleur ne peut pas invoquer automatiquement une clause résolutoire en cas de cession de bail sans mise en demeure préalable, même si le cédant n'exploite plus le fonds.

Décision de référence : cc • N° 93-17.201 • 1996-05-30 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Château-Gontier, loué à un commerçant qui, un jour, cède son fonds de commerce sans vous en informer. Vous découvrez la cession par hasard, et vous voulez mettre fin au bail. Pensez-vous pouvoir le faire sans préavis ? Attention : une décision de la Cour de cassation de 1996 (n° 93-17.201) vous oblige à respecter une formalité essentielle avant toute résiliation : la mise en demeure.

Cette décision, rendue le 30 mai 1996, concerne l'application de l'article 25 du décret du 30 septembre 1953 (aujourd'hui codifié dans le Code de commerce). Elle précise que le bailleur ne peut pas se contenter de constater la cession du bail pour invoquer la clause résolutoire. Il doit d'abord mettre en demeure le preneur de régulariser la situation. Pourquoi cette formalité est-elle si importante ? Et que risquez-vous si vous l'ignorez ?

Dans cet article, je vais vous raconter l'histoire de cette affaire, décortiquer le raisonnement des juges, et vous donner des conseils pratiques pour éviter un litige. Que vous soyez bailleur, locataire ou professionnel de l'immobilier, cette décision vous concerne directement.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Un couple de propriétaires (les époux X) loue un local commercial à Laval à un preneur, M. Y, qui exploite un commerce. Le bail contient une clause classique : en cas de cession du fonds de commerce, le preneur doit notifier son projet au bailleur par acte extrajudiciaire (huissier), afin que celui-ci puisse exercer son droit de préemption (droit d'acheter le fonds en priorité). La clause prévoit qu'à défaut de respecter cette formalité, le bail sera résilié de plein droit.

Un jour, M. Y cède son fonds de commerce à une société, sans informer les propriétaires. Ceux-ci découvrent la cession et assignent le preneur en justice pour faire constater la résiliation du bail. La cour d'appel leur donne raison : elle estime que la cession étant irrégulière et que le cédant n'exploitant plus le fonds, la mise en demeure n'était pas obligatoire. Les propriétaires pouvaient donc invoquer directement la clause résolutoire.

Mais la société cessionnaire (la nouvelle locataire) ne l'entend pas de cette oreille. Elle se pourvoit en cassation. L'affaire remonte jusqu'à la Cour suprême, qui va trancher une question de droit fondamentale : la mise en demeure est-elle un préalable obligatoire avant toute résiliation pour cession irrégulière ?

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation casse l'arrêt de la cour d'appel. Elle rappelle que l'article 25 du décret du 30 septembre 1953 (aujourd'hui L. 145-16 du Code de commerce) impose au bailleur, avant de se prévaloir d'une clause résolutoire, de mettre en demeure le preneur de régulariser la situation. Cette mise en demeure doit être faite par acte extrajudiciaire (huissier) et doit viser la clause résolutoire de manière précise.

Pourquoi cette formalité ? Parce que le droit des baux commerciaux protège le preneur. Le législateur a voulu éviter que le bailleur ne puisse résilier le bail de manière abusive ou précipitée. La mise en demeure donne au preneur une chance de se mettre en conformité : par exemple, en notifiant la cession a posteriori, en régularisant le défaut d'information, ou en demandant l'accord du bailleur.

La cour d'appel avait estimé que la mise en demeure était inutile car le cédant n'exploitait plus le fonds. Mais la Cour de cassation répond que cela ne dispense pas le bailleur de respecter la procédure. Peu importe que la cession soit consommée ou que le cédant ait disparu : le bailleur doit d'abord mettre en demeure le locataire (en l'occurrence le cédant) de régulariser. Si celui-ci ne le fait pas dans un délai d'un mois, alors seulement la clause résolutoire peut jouer.

Cette décision est une application stricte du texte, mais elle est aussi logique : sans mise en demeure, le preneur pourrait ignorer qu'il est en faute, et la résiliation serait une sanction disproportionnée. La Cour de cassation privilégie donc une interprétation protectrice du locataire, même en cas de cession irrégulière.

Une question rhétorique : comment voulez-vous qu'un locataire se défende si on ne lui donne pas la possibilité de régulariser ? La mise en demeure est ce signal d'alarme qui évite bien des contentieux.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour le propriétaire bailleur

Si vous découvrez que votre locataire a cédé son bail sans votre accord, ne vous précipitez pas devant le tribunal. Vous devez d'abord lui envoyer une mise en demeure par huissier, en lui rappelant la clause du bail et en lui donnant un délai (généralement un mois) pour régulariser. Exemple chiffré : à Laval, le coût d'une mise en demeure par huissier est d'environ 70 à 100 €. À côté, une procédure judiciaire peut coûter plusieurs milliers d'euros. Mieux vaut investir dans cette formalité.

Pour le locataire cédant ou cessionnaire

Si vous êtes le cédant (l'ancien locataire), vous restez tenu solidairement avec le cessionnaire pendant trois ans en cas de cession irrégulière. La mise en demeure vous permet de régulariser. Si vous êtes le cessionnaire (le nouveau locataire), vous devez vous assurer que la cession a été notifiée au bailleur. Sinon, vous risquez la résiliation du bail, et donc la perte de votre fonds de commerce.

Pour l'acquéreur du fonds

Avant d'acheter un fonds de commerce, vérifiez que le bail a été régulièrement cédé. Demandez une attestation du bailleur confirmant qu'il a été informé et qu'il n'a pas exercé son droit de préemption. Sinon, vous pourriez vous retrouver sans bail, comme dans l'affaire de Château-Gontier.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Conseil n°1 : Rédigez une clause de cession claire dans le bail. Précisez que toute cession doit être notifiée par acte extrajudiciaire, avec un délai de réponse pour le bailleur. Indiquez les conséquences en cas de non-respect.
  • Conseil n°2 : Envoyez systématiquement une mise en demeure avant toute action. Même si la cession est flagrante, ne négligez pas cette formalité. Elle est obligatoire et conditionne la validité de la clause résolutoire.
  • Conseil n°3 : Conservez tous les justificatifs. Gardez une copie de la mise en demeure, de l'accusé de réception, et de tout échange avec le locataire. En cas de procès, ces documents ferfoi.
  • Conseil n°4 : Faites appel à un avocat spécialisé. Le droit des baux commerciaux est technique. Une consultation de 30 minutes peut vous éviter des erreurs coûteuses. À Laval, comme ailleurs, mieux vaut prévenir que guérir.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1996 s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Par exemple, un arrêt du 14 mars 1995 (n° 93-12.456) avait déjà jugé que la mise en demeure était nécessaire avant de résilier le bail pour défaut de paiement des loyers. La même logique s'applique à la cession : le débiteur doit être mis en mesure de s'exécuter.

Depuis, la loi Pinel de 2014 a renforcé la protection du locataire en imposant des délais de grâce plus longs. Mais le principe reste le même : la mise en demeure est la clé de voûte de la procédure de résiliation. Les tribunaux sont très stricts sur ce point : toute omission entraîne la nullité de la résiliation.

Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les juges continuent d'exiger une mise en demeure précise et complète. Si vous êtes bailleur, ne tentez pas de faire l'économie de cette formalité : elle vous protège aussi, en évitant une contestation ultérieure.

Ce que vous devez retenir absolument

FAQ :

  • Puis-je résilier le bail sans mise en demeure si le locataire a cédé le bail en cachette ? Non, la mise en demeure est obligatoire, même si la cession est flagrante.
  • Que dois-je mettre dans la mise en demeure ? Elle doit mentionner la clause résolutoire, le grief (cession sans notification), et donner un délai d'un mois pour régulariser.
  • Quel est le délai pour agir après la mise en demeure ? Si le locataire ne régularise pas dans le mois, vous pouvez saisir le tribunal pour faire constater la résiliation.
  • Le cessionnaire peut-il régulariser à la place du cédant ? Oui, le cessionnaire peut notifier la cession au bailleur, mais cela ne couvre pas forcément l'irrégularité initiale.
  • Que faire si le locataire ne répond pas à la mise en demeure ? Vous devez assigner en justice pour obtenir la résiliation. Un avocat vous aidera à rédiger l'assignation.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je résilier le bail sans mise en demeure si le locataire a cédé le bail en cachette ?

Non, la mise en demeure est obligatoire, même si la cession est flagrante. La Cour de cassation l'a rappelé dans son arrêt du 30 mai 1996.

Que doit contenir la mise en demeure pour être valable ?

Elle doit viser la clause résolutoire du bail, décrire le manquement (cession sans notification), et donner un délai d'un mois pour régulariser. Elle doit être signifiée par acte d'huissier.

Quel est le délai pour agir après la mise en demeure ?

Si le locataire ne régularise pas dans le mois suivant la mise en demeure, le bailleur peut saisir le tribunal pour faire constater la résiliation du bail.

Le cessionnaire peut-il régulariser la cession après coup ?

Oui, le cessionnaire peut notifier la cession au bailleur, mais cela ne couvre pas l'irrégularité initiale. Le bailleur peut toujours exiger la résiliation si la mise en demeure n'a pas été respectée.

Que faire si le locataire ne répond pas à la mise en demeure ?

Vous devez assigner le locataire en justice pour obtenir la résiliation du bail. Il est conseillé de se faire assister par un avocat spécialisé en baux commerciaux.

Informations juridiques

  • Numéro: 93-17.201
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 30 mai 1996

Mots-clés

bail commercialcession de bailmise en demeureclause résolutoiredécret 1953

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Laval découvre une cession non notifiée

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à Laval, apprend que son locataire a cédé son fonds de commerce à une société sans l'en informer. Il veut résilier le bail immédiatement.

Application pratique:

M. Dupont doit d'abord faire signifier une mise en demeure par huissier au cédant (l'ancien locataire) de régulariser la notification dans un délai d'un mois. Si le cédant ne le fait pas, il pourra alors saisir le tribunal de Laval pour faire constater la résiliation. Dans l'intervalle, il peut négocier avec le cessionnaire pour régulariser la situation.

2

Locataire cessionnaire à Château-Gontier risque la perte de son bail

Mme Martin a acheté un fonds de commerce à Château-Gontier sans vérifier que la cession du bail avait été notifiée au propriétaire. Le propriétaire menace de résilier le bail.

Application pratique:

Mme Martin doit immédiatement contacter le propriétaire et lui notifier la cession par écrit (de préférence par lettre recommandée avec AR). Elle peut aussi demander au cédant de régulariser. Si le propriétaire a déjà envoyé une mise en demeure, elle doit y répondre dans le délai imparti. En cas de refus du propriétaire, elle devra engager une procédure judiciaire pour sauver son bail.

3

Promoteur immobilier à Laval sécurise une acquisition de fonds

Un promoteur souhaite acquérir un fonds de commerce à Laval pour y développer un projet. Il doit s'assurer que le bail est régulièrement cédé.

Application pratique:

Avant la signature, le promoteur doit demander une attestation du bailleur confirmant qu'il a été informé de la cession et qu'il n'a pas exercé son droit de préemption. Il peut aussi inclure une condition suspensive dans l'acte de cession, subordonnée à l'accord du bailleur. En cas de doute, il peut consulter un avocat spécialisé pour vérifier la validité du bail.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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