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Cession de parts sociales et dissolution : une cession de bail déguisée (Cass. 1970)
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Cession de parts sociales et dissolution : une cession de bail déguisée (Cass. 1970)

📅 Décision du 05 février 1970⚖️ Cour de cassation👁️ 15 vues📖 7 min de lecture

La Cour de cassation assimile la cession de toutes les parts d'une société locataire suivie de sa dissolution à une cession de bail. Le non-respect des clauses contractuelles (intervention du bailleur, forme notariée) entraîne la résiliation du bail. Décryptage pour propriétaires et locataires.

Décision de référence : cc • N° 68-12.400 • 1970-02-05 • Consulter la décision →

Imaginez : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Saint-André-les-Vergers. Vous signez un bail avec une société, la SARL Brasserie Caulaincourt. Un jour, vous apprenez que le gérant a cédé la totalité des parts à un tiers, puis a dissous la société. Le nouveau propriétaire des murs, lui, continue d'exploiter le fonds sans vous avoir demandé l'autorisation. Vous vous demandez : est-ce légal ? Votre bail, qui interdit toute cession sans votre intervention, est-il respecté ? Cette situation, plus fréquente qu'on ne le croit, a été tranchée par la Cour de cassation en 1970. La réponse est claire : une telle opération constitue une cession de bail déguisée, et le non-respect des clauses contractuelles peut entraîner la résiliation du bail. Mais pourquoi les juges ont-ils considéré qu'il s'agissait d'une cession ? Et surtout, comment vous protéger en tant que propriétaire ou locataire ?

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

À La Chapelle-Saint-Luc, une dame, gérante de la SARL Brasserie Caulaincourt, louait un immeuble à usage commercial à une propriétaire, Mme Y. Le bail contenait une clause classique : toute cession du droit au bail devait se faire par acte authentique avec l'intervention du propriétaire, sous peine de résiliation automatique (clause résolutoire, c'est-à-dire une clause qui prévoit la fin du bail en cas de manquement). Un jour, la gérante cède la totalité des parts sociales de la SARL à un tiers. Cette cession entraîne la dissolution de la société, puisque tous les biens et droits sont dévolus à un seul associé. En pratique, le nouveau propriétaire des parts continue d'exploiter le bar, mais sans avoir respecté la procédure de cession de bail. La bailleresse, s'estimant lésée, assigne le cessionnaire en justice pour faire constater la résiliation du bail. Le tribunal de Troyes lui donne raison, mais le cessionnaire forme un pourvoi en cassation, arguant que la cession de parts et la dissolution ne constituent pas une cession de bail au sens juridique.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans son arrêt du 5 février 1970, rejette le pourvoi. Elle considère que « l'acte par lequel une société, locataire d'un immeuble à usage commercial, cède à un tiers la totalité des parts sociales, ce qui entraîne sa dissolution, constitue une cession de bail ». En effet, la dévolution (transmission) de tous les biens de la société à la gérante, devenue seule associée, a eu pour effet de transférer indirectement le droit au bail au cessionnaire des parts. Or, le bail prévoyait que toute cession devait être faite par acte avec intervention du propriétaire, et cette clause était sanctionnée par une clause résolutoire. Le non-respect de cette formalité entraîne donc la résiliation du bail. Les juges se fondent sur l'interdiction contractuelle de céder le bail sans l'accord du bailleur, et sur le principe selon lequel on ne peut contourner une clause en utilisant un montage juridique (cession de parts + dissolution) qui aboutit au même résultat. Cette décision s'inscrit dans la continuité d'une jurisprudence protectrice du droit du bailleur à contrôler l'entrée d'un nouveau locataire. Elle rappelle que la forme ne doit pas l'emporter sur le fond : peu importe que l'opération soit juridiquement une cession de parts, si économiquement elle équivaut à une cession de bail, les règles du bail s'appliquent.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs, cette décision est une arme puissante. Si votre bail contient une clause interdisant la cession sans votre intervention, et que votre locataire tente de vous contourner en cédant ses parts sociales puis en dissolvant la société, vous pouvez demander la résiliation du bail. Exemple chiffré : à La Chapelle-Saint-Luc, un bail commercial de 1 200 € par mois, avec une clause résolutoire. Si le locataire cède ses parts sans vous prévenir, vous pouvez récupérer les lieux et réclamer des dommages-intérêts (par exemple, 6 mois de loyers = 7 200 €). Pour les locataires et acquéreurs, attention : si vous rachetez toutes les parts d'une société locataire, vous devez impérativement vérifier si le bail exige l'accord du propriétaire. Dans le cas contraire, vous risquez la résiliation du bail et la perte de votre fonds de commerce. Si vous êtes dans cette situation, vous devez : 1) relire votre bail et identifier les clauses sur les cessions, 2) informer le bailleur de l'opération avant de signer, 3) si nécessaire, faire intervenir le bailleur dans l'acte de cession de parts pour lever toute ambiguïté. Ne négligez pas cette étape : un simple courrier recommandé peut vous éviter des années de procédure.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez une clause anti-contournement dans le bail : prévoyez explicitement que toute cession de parts ou modification du contrôle de la société locataire est soumise à votre accord préalable, sous peine de résiliation.
  • Exigez un acte authentique avec votre intervention : que ce soit pour une cession de bail directe ou une cession de parts, faites rédiger un acte notarié et signez-le en personne. Ne vous contentez pas d'un simple accord oral ou d'un acte sous seing privé.
  • Vérifiez l'identité du cessionnaire : si vous êtes locataire, avant d'acquérir des parts, demandez une copie du bail et vérifiez les clauses de cession. Consultez un avocat pour savoir si l'opération projetée est conforme au contrat.
  • Agissez rapidement en cas d'infraction : si vous découvrez une cession non autorisée, envoyez une mise en demeure (lettre recommandée avec accusé de réception) de régulariser la situation dans un délai court (par exemple 15 jours). En cas d'échec, saisissez le tribunal judiciaire pour faire constater la résiliation et demander des dommages-intérêts.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1970 s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà en 1965, un arrêt avait jugé que la cession de la totalité des parts d'une société civile immobilière (SCI) locataire constituait une cession de bail. Plus récemment, la chambre commerciale a confirmé cette approche en 2015 (n° 14-10.001) : la cession de parts majoritaires d'une société exploitant un fonds de commerce, dès lors qu'elle entraîne un changement de contrôle, est assimilable à une cession de bail si le contrat le prévoit. La tendance est donc à une protection renforcée du bailleur contre les montages visant à éluder les clauses du bail. Pour l'avenir, les tribunaux continueront à analyser la réalité économique de l'opération plutôt que sa forme juridique. Les professionnels de l'immobilier doivent donc être particulièrement vigilants lors de la rédaction des baux et des actes de cession.

Questions fréquentes

  • Que faire si j'ai déjà cédé mes parts sans respecter la clause du bail ? Contactez immédiatement le bailleur pour régulariser la situation. Proposez de signer un avenant au bail avec son intervention. Si le bailleur refuse, vous risquez la résiliation judiciaire du bail et des dommages-intérêts.
  • Puis-je céder 99 % des parts sans être considéré comme cédant le bail ? Non, si la cession vous laisse sans contrôle effectif ou si elle permet à un tiers d'exercer le contrôle, les juges peuvent l'assimiler à une cession de bail. Mieux vaut demander l'accord du bailleur.
  • Quels sont les délais pour agir en justice ? Vous avez 5 ans à compter de la découverte de la cession non autorisée pour agir en résiliation du bail (prescription de droit commun). Cependant, pour éviter toute ambiguïté, agissez dans les 3 mois suivant la connaissance des faits.
  • Le coût d'une procédure est-il élevé ? Les frais d'avocat et d'huissier varient selon la complexité, mais comptez entre 1 500 € et 5 000 € pour une procédure en référé (urgence). À mettre en balance avec la valeur du bail et le loyer.
  • Une clause résolutoire peut-elle être jugée abusive ? Dans les baux commerciaux, les clauses résolutoires sont valables si elles sont claires et non disproportionnées. Cependant, un juge peut les écarter en cas de mauvaise foi du bailleur ou de disproportion manifeste.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Que faire si j'ai déjà cédé mes parts sans respecter la clause du bail ?

Contactez immédiatement le bailleur pour régulariser la situation. Proposez de signer un avenant au bail avec son intervention. Si le bailleur refuse, vous risquez la résiliation judiciaire du bail et des dommages-intérêts.

Puis-je céder 99 % des parts sans être considéré comme cédant le bail ?

Non, si la cession vous laisse sans contrôle effectif ou si elle permet à un tiers d'exercer le contrôle, les juges peuvent l'assimiler à une cession de bail. Mieux vaut demander l'accord du bailleur.

Quels sont les délais pour agir en justice ?

Vous avez 5 ans à compter de la découverte de la cession non autorisée pour agir en résiliation du bail. Cependant, pour éviter toute ambiguïté, agissez dans les 3 mois suivant la connaissance des faits.

Le coût d'une procédure est-il élevé ?

Les frais d'avocat et d'huissier varient, mais comptez entre 1 500 € et 5 000 € pour une procédure en référé. À mettre en balance avec la valeur du bail et le loyer.

Une clause résolutoire peut-elle être jugée abusive ?

Dans les baux commerciaux, les clauses résolutoires sont valables si elles sont claires et non disproportionnées. Cependant, un juge peut les écarter en cas de mauvaise foi du bailleur ou de disproportion manifeste.

Informations juridiques

  • Numéro: 68-12.400
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 05 février 1970

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Troyes subissant une cession de parts non autorisée

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à Saint-André-les-Vergers, apprend que son locataire, une SARL, a cédé toutes ses parts à un tiers sans l'en informer. Le nouveau gérant continue d'exploiter le bar. Le bail contient une clause interdisant toute cession sans l'intervention du propriétaire.

Application pratique:

M. Dupont peut envoyer une mise en demeure au nouveau gérant de régulariser la situation sous 15 jours. En l'absence de régularisation, il peut saisir le tribunal judiciaire de Troyes pour faire constater la résiliation du bail et réclamer des dommages-intérêts (par exemple, 6 mois de loyers). Il devra prouver que la cession de parts équivaut à une cession de bail, comme l'a jugé la Cour de cassation en 1970.

2

Locataire souhaitant acquérir les parts d'une société locataire

Mme Martin, commerçante à La Chapelle-Saint-Luc, veut racheter 100 % des parts de la SARL qui exploite le fonds de commerce qu'elle convoite. Le bail contient une clause exigeant l'accord du bailleur pour toute cession.

Application pratique:

Avant de signer, Mme Martin doit demander une copie du bail et vérifier les clauses. Elle doit informer le bailleur de son projet et obtenir son accord écrit. Si le bailleur refuse, elle peut négocier un avenant ou renoncer à l'opération. En cas de non-respect, elle risque la résiliation du bail et la perte de son investissement.

3

Acquéreur de parts après dissolution de la société

M. Leroy rachète la totalité des parts d'une SARL locataire d'un local à Troyes. La société est dissoute de plein droit, et M. Leroy devient seul propriétaire des biens, dont le bail. Le propriétaire l'assigne en résiliation.

Application pratique:

M. Leroy doit démontrer qu'il a respecté les clauses du bail. S'il a omis de demander l'accord du bailleur, il peut tenter de régulariser a posteriori. En justice, il pourra invoquer sa bonne foi, mais les juges sont stricts : la décision de 1970 assimile l'opération à une cession de bail. Il risque la résiliation et des dommages-intérêts.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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