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Clause résolutoire dans un bail commercial : attention aux obligations visées
Droit-immobilier

Clause résolutoire dans un bail commercial : attention aux obligations visées

📅 Décision du 15 septembre 2010⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation rappelle que la résiliation de plein droit d'un bail commercial par clause résolutoire ne peut jouer que si le manquement concerne une obligation expressément prévue par le bail. Une décision qui protège les locataires et impose aux bailleurs une rédaction précise.

Décision de référence : cc • N° 09-10.339 • 2010-09-15 • Consulter la décision →

Vous êtes propriétaire d'un local commercial à Saint-Vincent-de-Tyrosse. Vous découvrez que votre locataire utilise une pièce attenante qu'il n'a pas louée – un petit entrepôt, une réserve. La tentation est grande de lui adresser un commandement (mise en demeure) visant la clause résolutoire du bail, pour le faire expulser rapidement. Mais attention : la Cour de cassation, dans un arrêt du 15 septembre 2010 (n° 09-10.339), rappelle que la résiliation de plein droit d'un bail commercial : quand contester une clause illégale est trop tard">bail commercial par application de la clause résolutoire n'est possible que si le manquement concerne une obligation expressément visée par le bail. undefined, si votre contrat ne dit pas que le locataire doit occuper strictement les lieux loués, vous ne pourrez pas invoquer la clause résolutoire pour une occupation excessive. Cette décision, rendue il y a plus de dix ans, reste une référence pour tous les praticiens du droit immobilier, et elle a des conséquences concrètes pour les bailleurs comme pour les preneurs.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Imaginez un bailleur, M. Dupont, propriétaire d'un immeuble commercial à Capbreton. Il donne à bail à une société, « Les Sables d'Or », des locaux situés au premier et deuxième étage, destinés à une activité de restauration. Le contrat est signé, tout va bien pendant quelques années. Mais un jour, M. Dupont s'aperçoit que le locataire utilise également une partie du rez-de-chaussée – un local de stockage – qui n'est pas inclus dans le bail. Il lui adresse alors une sommation (un commandement) de cesser cette occupation, en visant la clause résolutoire du bail. La clause résolutoire, c'est cette disposition qui prévoit qu'en cas de manquement à certaines obligations, le bail est résilié automatiquement, sans passer par un juge. Le locataire ne cesse pas l'occupation dans le délai d'un mois (le délai légal prévu par l'article L. 145-41 du Code de commerce). M. Dupont saisit alors le tribunal pour faire constater la résiliation de plein droit. La cour d'appel lui donne raison : elle constate que l'infraction (l'occupation de locaux non loués) persiste, et que la clause résolutoire est acquise. Mais le locataire se pourvoit en cassation, et la Cour de cassation casse l'arrêt d'appel. Pourquoi ? Parce que la résiliation de plein droit ne peut jouer que si le manquement concerne une obligation expressément prévue par le bail. Or, le bail ne précisait pas que le locataire devait se limiter aux seuls locaux loués. L'occupation du rez-de-chaussée n'était donc pas un manquement à une obligation contractuelle visée par la clause.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur deux textes : l'article 1134 du Code civil (aujourd'hui 1103 et 1104) qui pose le principe de la force obligatoire des contrats, et l'article L. 145-41 du Code de commerce qui régit les clauses résolutoires dans les baux commerciaux. undefined la clause résolutoire est une sanction sévère : elle permet de mettre fin au bail sans intervention du juge, simplement parce que le locataire n'a pas respecté une obligation dans le délai imparti. Mais cette sévérité a une contrepartie : la clause doit être précise. Elle ne peut sanctionner que des obligations clairement énumérées dans le bail. Le raisonnement de la Cour est le suivant : si le bail ne mentionne pas l'obligation de n'occuper que les lieux loués, le fait d'occuper des pièces supplémentaires n'est pas un manquement à une obligation contractuelle. C'est peut-être une faute (un abus), mais ce n'est pas une violation d'une clause du bail. Or, la clause résolutoire ne peut jouer que pour les obligations qu'elle vise. La cour d'appel a donc violé la loi en constatant la résiliation. Ce raisonnement n'est pas un revirement : la Cour de cassation a toujours exigé une interprétation stricte des clauses résolutoires (voir par exemple Civ. 3e, 4 juin 2003, n° 01-17.085). Mais il rappelle avec force que le juge ne peut pas étendre le champ de la clause à des obligations qui n'y figurent pas.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les bailleurs : cette décision vous impose de rédiger vos baux avec une extrême précision. Chaque obligation que vous souhaitez voir sanctionnée par la clause résolutoire doit être mentionnée noir sur blanc. Par exemple, si vous voulez pouvoir résilier le bail en cas d'occupation d'autres parties de l'immeuble, vous devez l'écrire. undefined, j'ai rencontré des dossiers où le bailleur avait inclus une clause « le preneur s'interdit de dépasser la surface louée », ce qui permettait d'actionner la clause résolutoire. Mais sans cela, vous ne pouvez que demander des dommages et intérêts, ou engager une action en résiliation judiciaire (plus longue et plus coûteuse). Pour les locataires : vous êtes protégés. Si votre bailleur vous somme de cesser une activité qui n'est pas interdite par le bail, vous pouvez contester. Ne cédez pas à la panique : vérifiez les termes de votre contrat. Pour les acquéreurs d'un fonds de commerce : examinez attentivement les clauses résolutoires du bail cédé. Si elles sont vagues, vous risquez d'être exposé à des commandements abusifs. Exemple concret : un locataire à Capbreton exploitait une supérette. Le bail interdisait « tout changement d'activité sans accord ». Le locataire a ajouté un rayon de produits bio, ce que le bailleur a considéré comme un changement. Mais la clause résolutoire visait uniquement « la sous-location et la cession », pas le changement d'activité. La cour a refusé la résiliation. Attention toutefois : la clause résolutoire peut être rédigée de manière très large, par exemple « tout manquement aux clauses et conditions du présent bail ». Dans ce cas, elle englobe toutes les obligations, même celles qui ne sont pas listées. Mais la jurisprudence exige que l'obligation soit déterminée ou déterminable. Une clause trop générale peut être jugée non écrite.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Rédigez des clauses résolutoires précises : énumérez les obligations sanctionnées (paiement du loyer, usage des lieux, assurance, etc.). Évitez les formules vagues comme « tout manquement au bail ».
  • Avant d'envoyer un commandement, vérifiez que l'obligation violée est bien visée par la clause : une erreur peut vous faire perdre le bénéfice de la résiliation et vous exposer à des dommages-intérêts.
  • En cas de doute, consultez un avocat spécialisé : un commandement infondé peut être annulé, et le bailleur condamné pour procédure abusive.
  • Pour les locataires, conservez une copie de votre bail et lisez-le : si vous recevez un commandement, ne tardez pas à réagir. Vous avez un mois pour régulariser ou contester.

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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La Cour de cassation a rendu plusieurs arrêts dans le même sens. Par exemple, dans un arrêt du 4 février 2009 (n° 08-10.297), elle a jugé qu'une clause résolutoire ne pouvait pas sanctionner le défaut d'exploitation si le bail ne le prévoyait pas. En revanche, si le bail contient une clause « le preneur devra exploiter personnellement le fonds », la résiliation est possible. La tendance est donc à un contrôle strict des clauses résolutoires, pour protéger le locataire qui est souvent la partie faible. Depuis la loi Pinel de 2014, les baux commerciaux doivent comporter des clauses types, mais la liberté contractuelle reste grande. Ce qu'il faut retenir : la clause résolutoire est une arme redoutable, mais à manier avec précaution. Elle doit être rédigée avec soin et ne peut être utilisée que pour les obligations qu'elle vise expressément.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ : questions fréquentes

Puis-je résilier le bail si mon locataire sous-loue sans autorisation, alors que la clause résolutoire ne parle que de défaut de paiement ? Non, la sous-location non autorisée n'est pas visée par la clause, donc pas de résiliation de plein droit. Vous devez engager une action en justice.

Que faire si je reçois un commandement visant une obligation non prévue au bail ? Contestez-le rapidement par lettre recommandée avec accusé de réception, et saisissez le tribunal pour faire constater la nullité du commandement.

Quel délai pour agir après un commandement ? Vous avez un mois pour régulariser (si l'obligation est visée) ou contester. Passé ce délai, la clause peut être acquise.

Puis-je inclure une clause « tout manquement » dans mon bail ? Oui, mais elle doit être précise et non abusive. Les juges peuvent la réduire si elle est trop générale.

Checklist pour le bailleur avant d'envoyer un commandement

  1. Identifier l'obligation violée et vérifier qu'elle est expressément visée par la clause résolutoire.
  2. Rédiger le commandement en visant la clause et le délai d'un mois.
  3. Conserver une preuve de la violation (photos, constat d'huissier).
  4. Si le locataire ne régularise pas, saisir le tribunal pour faire constater la résiliation.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Puis-je résilier le bail si mon locataire sous-loue sans autorisation, alors que la clause résolutoire ne parle que de défaut de paiement ?

Non, la sous-location non autorisée n'est pas visée par la clause, donc pas de résiliation de plein droit. Vous devez engager une action en justice.

Que faire si je reçois un commandement visant une obligation non prévue au bail ?

Contestez-le rapidement par lettre recommandée avec accusé de réception, et saisissez le tribunal pour faire constater la nullité du commandement.

Quel délai pour agir après un commandement ?

Vous avez un mois pour régulariser (si l'obligation est visée) ou contester. Passé ce délai, la clause peut être acquise.

Puis-je inclure une clause « tout manquement » dans mon bail ?

Oui, mais elle doit être précise et non abusive. Les juges peuvent la réduire si elle est trop générale.

Quelle est la différence entre résiliation de plein droit et résiliation judiciaire ?

La résiliation de plein droit est automatique si la clause est valide et le manquement constaté. La résiliation judiciaire nécessite une décision du juge, même en cas de manquement.

Informations juridiques

  • Numéro: 09-10.339
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 15 septembre 2010

Mots-clés

clause résolutoirebail commercialrésiliation de plein droitobligations expressément viséesCour de cassation 2010

Cas d'usage pratiques

1

Bailleur d'un local commercial à Saint-Vincent-de-Tyrosse

Un propriétaire découvre que son locataire utilise une réserve non comprise dans le bail. Il envoie un commandement visant la clause résolutoire, mais le bail ne mentionne pas l'obligation de se limiter aux lieux loués.

Application pratique:

La clause résolutoire ne peut pas être invoquée car l'obligation n'est pas expressément visée. Le bailleur doit engager une action en résiliation judiciaire ou demander des dommages et intérêts.

2

Locataire d'un bail commercial à Capbreton

Un commerçant reçoit un commandement pour avoir modifié l'aménagement intérieur sans autorisation. La clause résolutoire du bail ne vise que le défaut de paiement.

Application pratique:

Le locataire peut contester le commandement car l'obligation violée n'est pas sanctionnée par la clause. Il doit répondre par lettre recommandée et, si nécessaire, saisir le tribunal.

3

Acquéreur d'un fonds de commerce à Mont-de-Marsan

Un entrepreneur achète un fonds de commerce et reprend le bail. Il découvre que la clause résolutoire est très large et craint des commandements abusifs.

Application pratique:

Il doit vérifier la rédaction de la clause lors de la cession. Si elle est trop vague, il peut demander au vendeur de la modifier ou prévoir une garantie.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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