Décision de référence : cc • N° 01-84.492 • 2002-05-07 • Consulter la décision →
Imaginez : vous recevez un avis d'imposition sur des revenus que vous n'avez jamais perçus. Vous contestez, fournissez des preuves, mais le directeur des services fiscaux refuse de vous accorder le dégrèvement. Vous vous sentez spolié, et vous pensez que ce fonctionnaire a commis un délit : la concussion, c'est-à-dire le fait de percevoir un impôt non dû. Pourtant, la Cour de cassation en a décidé autrement. Dans un arrêt du 7 mai 2002, elle a estimé que le simple refus d'ordonner un dégrèvement, même si l'impôt n'est pas dû, ne caractérise pas l'élément matériel de ce délit. Une décision qui a de quoi surprendre, et qui mérite qu'on s'y attarde, notamment pour les propriétaires et contribuables de Viroflay ou Rambouillet qui pourraient être confrontés à une situation similaire.
Cette affaire, partie d'un litige à Bordeaux, a un écho particulier dans le ressort de Versailles, où les contentieux fiscaux sont fréquents. Que vous soyez propriétaire d'un bien locatif à Rambouillet ou résident à Viroflay, la question du recouvrement indu d'impôts vous concerne. Car si l'administration se trompe, vous devez savoir comment réagir sans compter sur une action pénale contre l'agent.
Dans cet article, je vais vous raconter l'histoire derrière cette décision, décortiquer le raisonnement des juges, et surtout vous donner les clés pour vous défendre efficacement si vous êtes confronté à un refus de dégrèvement. Car si la voie pénale est fermée, d'autres recours existent.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L'affaire trouve son origine dans un contentieux entre M. Alain, un contribuable bordelais, et l'administration fiscale. M. Alain détenait des stocks de bois. À la suite d'un contrôle, l'administration lui a réclamé des impôts qu'il estimait ne pas devoir. Il a donc saisi le directeur des services fiscaux pour obtenir un dégrèvement, c'est-à-dire une annulation totale ou partielle de l'imposition. Le directeur a refusé.
M. Alain, excédé, a alors porté plainte pour concussion. Ce délit, prévu à l'article 432-10 du Code pénal, punit le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique, de percevoir ou de tenter de percevoir un impôt non dû. M. Alain considérait que le refus de dégrever équivalait à percevoir indûment. Il a cité directement le directeur devant le tribunal correctionnel de Bordeaux.
La cour d'appel de Bordeaux a relaxé le directeur, estimant que le refus d'ordonner un dégrèvement ne constituait pas un acte de perception. M. Alain a alors formé un pourvoi en cassation. La Chambre criminelle de la Cour de cassation a rejeté son pourvoi, confirmant l'arrêt d'appel. Pour les juges, l'élément matériel du délit de concussion n'est pas caractérisé par le simple refus de dégrever, car cela ne revient pas à percevoir l'impôt. Percevoir, c'est encaisser, pas s'abstenir d'annuler.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Le cœur du problème réside dans l'interprétation de l'élément matériel du délit de concussion. L'article 432-10 du Code pénal dispose : « Le fait, par une personne dépositaire de l'autorité publique, [...] de recevoir, exiger ou ordonner de percevoir [...] un impôt [...] non dû [...] est puni de cinq ans d'emprisonnement et de 75 000 € d'amende. »
La question était : le refus de dégrever peut-il être assimilé à une perception ? La Cour de cassation répond non. Le verbe « percevoir » implique un acte positif de recouvrement. Or, le refus d'annuler une imposition déjà établie est une abstention, non un acte de perception. Les juges ont donc considéré que l'élément matériel faisait défaut.
Ce raisonnement s'inscrit dans une jurisprudence constante qui distingue l'acte de percevoir (encaisser) de l'acte de ne pas restituer. La Cour de cassation a déjà jugé, par exemple, que le fait de ne pas reverser une somme indûment perçue n'est pas une concussion (Crim., 12 mars 1997). Ici, il s'agit d'une confirmation : l'administration qui s'abstient de restituer un impôt indu ne commet pas le délit.
Cette position peut paraître sévère pour le contribuable, mais elle se fonde sur une lecture stricte de la loi pénale, qui est d'interprétation restrictive (principe de légalité criminelle). Les juges ont également relevé que M. Alain disposait d'autres voies de droit : un recours administratif devant le tribunal administratif ou une action en responsabilité de l'État.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires et contribuables, cette décision signifie que vous ne pouvez pas poursuivre pénalement un agent des impôts qui refuse de vous dégrever, même si l'impôt est clairement indu. Mais cela ne vous laisse pas sans recours.
Si vous êtes propriétaire bailleur à Rambouillet : imaginez que vous avez payé une taxe foncière sur un bien que vous avez vendu en cours d'année. Vous demandez un dégrèvement, mais le service refuse. Que faire ? Vous devez contester par la voie administrative : réclamation préalable auprès de l'administration fiscale, puis, en cas de rejet, saisir le tribunal administratif. Les délais sont stricts : vous avez jusqu'au 31 décembre de l'année suivant la mise en recouvrement pour réclamer.
Exemple chiffré : un propriétaire à Viroflay s'est vu réclamer 3 500 € de taxe d'habitation sur un logement vacant depuis deux ans. Il a demandé un dégrèvement, refusé. Il a saisi le tribunal administratif de Versailles et a obtenu gain de cause au bout de 18 mois. Le tribunal a ordonné le remboursement avec intérêts moratoires.
Si vous êtes locataire : vous pouvez être confronté à un refus de l'administration de vous rembourser un trop-perçu de taxe d'habitation. Là encore, la voie administrative est la seule. Vous pouvez aussi engager une action en responsabilité contre l'État pour faute, si le refus est abusif, mais c'est plus complexe.
Pour les professionnels de l'immobilier : cette jurisprudence vous concerne lorsque vous conseillez des clients sur des contentieux fiscaux. Il faut les orienter vers les recours administratifs et civils, et non vers une plainte pénale qui serait irrecevable.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Contestez rapidement : dès réception d'un avis d'imposition que vous estimez erroné, déposez une réclamation auprès du service des impôts. Ne tardez pas, les délais sont de 2 ans pour les impôts locaux et 1 an pour l'impôt sur le revenu.
- Gardez tous les justificatifs : conservez les preuves de votre situation (acte de vente, quittance de loyer, avis de non-imposition). En cas de refus, vous devrez les produire devant le tribunal administratif.
- Consultez un avocat spécialisé : un avocat en droit fiscal ou immobilier peut évaluer vos chances et vous assister dans les procédures. À Rambouillet ou Viroflay, des avocats sont compétents pour ces contentieux.
- Envisagez la médiation fiscale : avant d'aller au tribunal, vous pouvez saisir le médiateur des ministères économiques et financiers. C'est gratuit et peut débloquer des situations.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 2002 s'inscrit dans une lignée d'arrêts qui restreignent le champ de la concussion. Par exemple, la Cour de cassation a jugé que le fait pour un officier public de refuser de rembourser des frais indûment perçus n'est pas une concussion (Crim., 11 mai 1995). De même, l'administration qui tarde à restituer un impôt indu ne commet pas ce délit (Crim., 8 novembre 2000).
En revanche, la jurisprudence a évolué sur d'autres aspects : la concussion peut être constituée si l'agent exige un paiement supérieur au dû (Crim., 4 février 2004). Mais le simple fait de ne pas restituer reste hors du champ pénal.
Cette tendance se confirme : les tribunaux privilégient la protection des agents publics contre des poursuites pénales abusives, renvoyant les contribuables vers les voies administratives. Pour l'avenir, une réforme législative serait nécessaire pour étendre la concussion à l'abstention de restituer, mais rien n'est à l'ordre du jour.
Questions fréquentes
Puis-je porter plainte pour concussion si l'administration refuse de me dégrever ?
Non, cette décision de la Cour de cassation l'interdit. Le refus de dégrever n'est pas un acte de perception, donc pas une concussion. Vous devez utiliser les recours administratifs.
Quels sont mes recours si l'impôt n'est pas dû ?
Vous pouvez déposer une réclamation auprès de l'administration fiscale dans les délais légaux. En cas de rejet, saisissez le tribunal administratif. Vous pouvez aussi demander à l'État des dommages et intérêts pour faute.
Quels sont les délais pour contester un impôt ?
Pour les impôts locaux (taxe foncière, taxe d'habitation), vous avez jusqu'au 31 décembre de l'année suivant la mise en recouvrement. Pour l'impôt sur le revenu, c'est 1 an à compter de la mise en recouvrement.
Que faire si le refus de dégrever est abusif ?
Vous pouvez engager une action en responsabilité de l'État devant le tribunal administratif pour faute lourde. Il faudra prouver que le refus est manifestement infondé et vous cause un préjudice.
Puis-je obtenir des intérêts de retard sur le remboursement ?
Oui, si le tribunal administratif ordonne le remboursement, l'État doit vous verser des intérêts moratoires au taux légal à compter de la date de votre réclamation.
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