Congé de maternité et congés payés : une décision de la Cour de cassation qui éclaire vos droits
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Congé de maternité et congés payés : une décision de la Cour de cassation qui éclaire vos droits

📅 Décision du 24 juin 1992⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 6 min de lecture

La Cour de cassation précise que les périodes de repos des femmes en couches ne sont pas assimilées à du temps de travail effectif pour l'ouverture du droit à congé payé, mais seulement pour le calcul de sa durée. Découvrez ce que cela change pour vous.

Décision de référence : cc • N° 89-42.025 • 1992-06-24 • Consulter la décision →

Dans cette affaire, une salariée, Mme X, a repris le travail après un congé maternité et s'est vu refuser ses congés payés par son employeur. Elle considérait que la période de congé maternité devait être prise en compte pour l'acquisition des congés payés. La Cour de cassation a dû trancher cette question.

La réponse n'est pas aussi simple qu'on le croit. Une décision de la Cour de cassation du 24 juin 1992 (n° 89-42.025) vient préciser les règles. Elle distingue deux choses : le calcul de la durée des congés et l'ouverture du droit à congé. Et ce n'est pas la même chose. Alors, concrètement, que dit cette décision ? Et surtout, comment l'appliquer en pratique ?

Cet article décortique, pas à pas, ce jugement et ses conséquences pratiques. Que vous soyez salariée, employeur ou RH, vous saurez exactement où vous en êtes. Et si un doute subsiste, un avocat spécialisé en droit du travail peut vous accompagner.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Mme X, embauchée en décembre 1980 par la société Elan industries, a vécu une situation que beaucoup de salariées connaissent. Après un congé maternité débuté le 18 juin 1986, elle a pris ses congés payés de la période 1985-1986 du 1er au 31 janvier, puis un congé parental du 1er février au 31 juillet 1987. L'entreprise étant fermée en août, elle a repris le travail le 1er septembre 1987. Mais à son retour, l'employeur lui a refusé tout congé payé pour la période suivante, estimant qu'elle n'avait pas travaillé assez pour en acquérir.

Mme X a alors saisi la justice. Elle estimait que son congé maternité devait être considéré comme du temps de travail effectif pour lui ouvrir droit à des congés payés. Le conseil de prud'hommes lui a donné tort en première instance. Elle a fait appel, et l'affaire est montée jusqu'à la Cour de cassation.

Le débat juridique portait sur l'interprétation de l'article L. 223-4 du Code du travail (ancien). Cet article prévoit que les périodes de repos des femmes en couches sont assimilées à un temps de travail effectif, mais seulement pour la détermination de la durée du congé payé. Autrement dit, ces périodes comptent pour calculer combien de jours de congé vous avez droit, mais pas pour savoir si vous avez droit à un congé. Cette nuance a fait toute la différence.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation a confirmé le jugement du conseil de prud'hommes. Elle a appliqué à la lettre l'article L. 223-4 du Code du travail. Ce texte dispose que les périodes de repos des femmes en couches sont assimilées à un temps de travail effectif uniquement pour la détermination de la durée du congé payé. En revanche, elles n'entrent pas en compte pour l'ouverture du droit à congé, régi par l'article L. 223-2 du même code.

En langage clair : pour savoir si vous avez droit à des congés payés, on regarde si vous avez travaillé au moins 10 jours (ou un mois) dans l'année de référence. Le congé maternité ne compte pas pour cette condition d'ouverture du droit. En revanche, si vous y avez droit, le congé maternité est pris en compte pour calculer le nombre de jours de congé auxquels vous avez droit (2,5 jours ouvrables par mois de travail effectif assimilé).

Cette décision est une confirmation de la jurisprudence antérieure. La Cour de cassation n'a pas innové, elle a simplement rappelé la règle. Les arguments de la salariée, qui soutenait que son congé maternité devait être considéré comme du travail effectif pour tout, ont été écartés. La Cour a estimé que la loi était claire et qu'il n'y avait pas lieu d'interpréter autrement.

Cette position peut sembler sévère, mais elle repose sur une distinction technique entre deux notions : l'acquisition du droit et la mesure de ce droit. C'est un peu comme si on vous disait que vos années d'études comptent pour calculer votre salaire (ancienneté), mais pas pour savoir si vous avez le droit d'être embauché. La logique est similaire.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si une salariée reprend le travail après un congé maternité, cette décision a des conséquences directes. Par exemple, si elle a été en congé maternité de janvier à mars et demande des congés pour l'été suivant, l'employeur peut vérifier si elle a suffisamment travaillé dans l'année de référence. En application de cette jurisprudence, le congé maternité ne compte pas pour l'ouverture du droit, mais il est pris en compte pour le calcul de la durée si le droit est ouvert.

Selon cette jurisprudence, l'employeur a raison sur le principe : le congé maternité ne donne pas automatiquement droit à des congés payés si la salariée n'a pas travaillé au moins 10 jours dans l'année de référence. En revanche, si la salariée a travaillé ne serait-ce qu'un mois avant son congé, elle a droit à des congés, et le congé maternité sera pris en compte pour calculer leur durée.

Pour les employeurs, cette décision est un garde-fou. Elle rappelle que le congé maternité n'est pas un sésame pour les congés payés. Vous devez vérifier si la salariée a travaillé le minimum requis pour ouvrir le droit. Si ce n'est pas le cas, vous pouvez légitimement refuser les congés, mais attention à bien respecter les autres règles (congé parental, etc.).

Pour les professionnels des RH, cette décision est un classique. Elle illustre la complexité du droit du travail et la nécessité de bien distinguer les différentes périodes. Un conseil : tenez un tableau de bord précis des absences et des congés de chaque salarié pour éviter les erreurs.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Conseil n°1 : Vérifiez l'ouverture du droit à congé avant de planifier vos congés. Pour les salariées, avant de poser vos congés après un congé maternité, assurez-vous d'avoir travaillé au moins 10 jours (ou un mois) dans l'année de référence. Si ce n'est pas le cas, vous n'aurez pas droit à des congés payés, sauf dispositions conventionnelles plus favorables.
  • Conseil n°2 : Tenez un registre précis des périodes de travail effectif et des absences assimilées. Pour les employeurs, un simple tableur peut suffire. Distinguez clairement les périodes qui ouvrent droit à congé (travail effectif, congés payés, maladie professionnelle) de celles qui n'ouvrent que le droit au calcul (maternité, accident du travail).
  • Conseil n°3 : Consultez la convention collective applicable. Certaines conventions collectives prévoient des dispositions plus favorables que le Code du travail. Par exemple, dans la métallurgie, le congé maternité peut être assimilé à du travail effectif pour l'ouverture du droit à congé. Vérifiez votre convention.
  • Conseil n°4 : En cas de doute, prenez conseil auprès d'un avocat spécialisé. Un litige prud'homal peut coûter cher et durer des mois. Une consultation préventive peut vous éviter bien des tracas. N'attendez pas que le conflit s'envenime.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1992 s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà, dans un arrêt du 17 décembre 1986 (n° 84-41.730), la Cour avait jugé que les périodes de suspension du contrat de travail pour maladie ne sont pas assimilées à du travail effectif pour l'ouverture du droit à congé payé, sauf texte contraire. La même logique s'applique au congé m

Questions fréquentes

Le congé maternité compte-t-il pour les congés payés ?

Oui, mais seulement pour calculer le nombre de jours de congé auxquels vous avez droit, pas pour ouvrir le droit à congé lui-même. Pour ouvrir le droit, il faut avoir travaillé au moins 10 jours (ou un mois) dans l'année de référence.

Puis-je poser des congés payés juste après mon congé maternité ?

Oui, si vous avez travaillé au moins 10 jours avant votre congé maternité dans l'année de référence. Sinon, vous n'aurez pas droit à des congés payés, sauf si votre convention collective est plus favorable.

Mon employeur peut-il refuser mes congés après un congé maternité ?

Oui, si vous n'avez pas travaillé assez pour ouvrir le droit à congé. Il doit vous le justifier par écrit. En cas de doute, consultez un avocat.

Quels sont les délais pour contester un refus de congés ?

Vous avez 5 ans à compter de la date à laquelle vous auriez dû prendre vos congés. Mais mieux vaut agir rapidement, car les preuves s'estompent.

Cette règle s'applique-t-elle aussi au congé paternité ?

Non, le congé paternité est assimilé à du travail effectif pour l'ouverture du droit à congé payé depuis la loi du 9 mai 2001. La règle est différente.

Informations juridiques

  • Numéro: 89-42.025
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 24 juin 1992

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Salariée à Aubigny-sur-Nère : congé maternité et refus de congés payés

Mme R., employée dans une PME d'Aubigny-sur-Nère, a été en congé maternité de mars à mai 2023. À son retour, elle demande ses congés d'été. L'employeur refuse car elle n'a travaillé que 5 jours en 2023 avant son congé.

Application pratique:

Selon cette jurisprudence, l'employeur a raison : le congé maternité n'ouvre pas le droit à congé. Mme R. doit vérifier si elle a travaillé au moins 10 jours en 2022 pour ouvrir le droit l'année suivante. Si non, elle peut négocier un congé sans solde ou utiliser son compte épargne-temps.

2

Employeur à Vierzon : gestion des congés après maternité

M. D., dirigeant d'une entreprise de 30 salariés à Vierzon, doit gérer le retour de congé maternité d'une salariée. Il souhaite savoir s'il peut refuser les congés demandés pour août.

Application pratique:

Il doit d'abord vérifier le nombre de jours travaillés par la salariée dans l'année de référence. Si elle a travaillé moins de 10 jours, il peut refuser, mais doit le faire par écrit et expliquer le motif. Il peut aussi proposer des congés sans solde ou anticiper les congés de l'année suivante.

3

RH dans une collectivité : application de la convention collective

Une responsable RH à Bourges doit appliquer la convention collective de la métallurgie, qui assimile le congé maternité à du travail effectif pour l'ouverture du droit à congé.

Application pratique:

Dans ce cas, la convention collective est plus favorable que le Code du travail. La salariée a droit à ses congés même si elle n'a pas travaillé 10 jours. La RH doit appliquer la convention et informer la salariée de ses droits.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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