Congés payés et maladie : la Cour de cassation refuse le report en 1975
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Congés payés et maladie : la Cour de cassation refuse le report en 1975

📅 Décision du 18 mars 1975⚖️ Cour de cassation👁️ 11 vues📖 6 min de lecture

La Cour de cassation a jugé en 1975 qu'un salarié malade pendant ses congés payés n'a pas droit à un nouveau congé, même non rémunéré. L'employeur s'acquitte de son obligation en accordant le congé prévu, sans que la maladie ne modifie son obligation légale.

Décision de référence : cc • N° 73-40.824 • 1975-03-18 • Consulter la décision →

Dans cette affaire, M. Baujard, salarié, a obtenu un congé annuel payé du 26 juillet au 3 août 1972. Dès le premier jour, il tombe malade et reste alité jusqu'à la fin de son congé. À son retour, il demande à son employeur de pouvoir reporter les jours de congé perdus pour cause de maladie, même sans solde. L'employeur refuse. Qui a raison ? La réponse, donnée par la Cour de cassation le 18 mars 1975, est sans appel : l'employeur n'a pas à accorder un nouveau congé, même non rémunéré. Une décision qui, près de cinquante ans plus tard, continue de surprendre.

Cette affaire, qui oppose M. Baujard à son employeur, pose une question simple : la maladie survenant pendant le congé annuel doit-elle permettre au salarié de reporter ou de récupérer les jours d'arrêt ? La Cour de cassation répond non, en s'appuyant sur l'article 54-f du Livre II du Code du travail (ancêtre de l'actuel article L3141-1 et suivants). Pour elle, l'employeur qui accorde le congé prévu par la loi s'acquitte de son obligation pour l'année de référence, et les incidents de santé ne viennent pas modifier cette obligation.

Alors, cette décision est-elle encore d'actualité ? Pas tout à fait : la jurisprudence a évolué depuis, notamment avec la prise en compte du droit européen et des directives sur le temps de travail. Mais l'arrêt de 1975 reste un jalon important, qui éclaire les débats actuels sur le report des congés en cas de maladie. Décortiquons-le.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. Baujard est salarié. Son employeur lui accorde un congé annuel payé du 26 juillet au 3 août 1972. Malheureusement, dès le premier jour, il tombe malade et reste alité jusqu'au 3 août. Il n'aura donc pas profité de ses vacances.

De retour au travail, M. Baujard réclame à son employeur de pouvoir prendre effectivement les jours de congé perdus à cause de la maladie, sans exiger d'indemnité complémentaire. En clair, il demande un report à une date ultérieure, même sans solde. L'employeur refuse, estimant avoir rempli son obligation en accordant le congé à la date prévue.

Le salarié saisit alors le conseil de prud'hommes (juridiction compétente pour les litiges individuels du travail). Il obtient gain de cause en première instance : les juges lui accordent le droit de prendre les jours de maladie comme congé supplémentaire non rémunéré. Mais l'employeur fait appel. La cour d'appel (juridiction du second degré) infirme le jugement : elle donne raison à l'employeur, considérant que la maladie survenue pendant le congé n'ouvre pas droit à un nouveau congé. M. Baujard se pourvoit alors en cassation.

Devant la Cour de cassation (la plus haute juridiction française, qui vérifie l'application du droit), le débat porte sur l'interprétation de l'article 54-f du Livre II du Code du travail, alors en vigueur. Ce texte prévoit que l'employeur doit accorder un congé annuel d'une durée minimale. M. Baujard soutient que ce congé doit être effectif, c'est-à-dire que le salarié doit réellement pouvoir se reposer. Or, la maladie l'en a empêché. L'employeur, lui, argue que son obligation se limite à accorder le congé à la période convenue, et que les aléas de santé sont indépendants de sa volonté.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans un arrêt très court, rejette le pourvoi de M. Baujard. Elle énonce clairement : « IL RESULTE DES TERMES DE L'ARTICLE 54-F DU LIVRE II DU CODE DU TRAVAIL QUE L'EMPLOYEUR, QUI A ACCORDE LE CONGE PREVU PAR CE TEXTE, S'EST ACQUITTE DE SES OBLIGATIONS POUR L'ANNEE DE REFERENCE SANS QUE LES DIVERS INCIDENTS, TELS QUE LA MALADIE DU SALARIE, QUI SURVIENDRAIENT PENDANT LE CONGE, PUISSENT MODIFIER ULTERIEUREMENT L'ETENDUE DE SON OBLIGATION LEGALE. »

Autrement formulé : l'employeur a une obligation de moyen (accorder le congé), pas de résultat (garantir que le salarié en profite). Une fois le congé accordé et payé, l'employeur est quitte. La maladie est un événement extérieur, un risque qui pèse sur le salarié, non sur l'employeur. La Cour ajoute que le salarié n'est pas fondé à obtenir un nouveau congé, même non rémunéré, dès lors que l'intégralité du congé annuel auquel il avait droit lui a été accordée avec paiement de l'indemnité correspondante.

Ce raisonnement s'appuie sur une conception stricte de l'obligation légale de l'employeur : celui-ci doit simplement libérer le salarié du travail pendant une certaine durée et le rémunérer pendant cette période. Si le salarié tombe malade, l'employeur n'a pas à « réparer » cette perte de repos, car la maladie n'est pas de son fait. La Cour écarte également l'argument tiré d'un décret de 1936, qui interdisait de déduire les jours de maladie de la durée du congé payé. Pour les juges, ce décret ne vise que le calcul de la durée du congé, pas le droit au report.

Cette décision a été critiquée par une partie de la doctrine (commentateurs du droit), car elle semble contraire à la finalité des congés payés : permettre au salarié de se reposer. Aujourd'hui, le droit européen et la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE) imposent que les congés payés puissent être reportés en cas de maladie de longue durée. Mais en 1975, la Cour de cassation reste fidèle à une lecture littérale du texte.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les salariés : si vous tombez malade pendant vos congés, vous ne pouvez pas exiger un report des jours d'arrêt, sauf si la maladie est de longue durée (plusieurs semaines) ou si vous relevez d'une convention collective plus favorable. En pratique, beaucoup d'employeurs acceptent un aménagement à l'amiable, mais juridiquement, ils n'y sont pas tenus depuis cet arrêt.

Pour les employeurs : vous avez le droit de refuser un report si la maladie est brève (quelques jours). Cependant, attention aux évolutions récentes : depuis 2009, la Cour de cassation a assoupli sa position pour les maladies survenant avant le départ en congé (le salarié peut alors reporter son congé). Pour une maladie pendant le congé, la règle de 1975 reste la référence, mais les juges du fond (conseil de prud'hommes, cour d'appel) peuvent parfois l'écarter si le salarié prouve un préjudice (par exemple, impossibilité totale de se reposer).

Par exemple, un salarié en congé qui tombe malade pendant quelques jours ne peut généralement pas exiger le report de ces jours. Si la maladie est plus longue, la situation peut être différente, mais la jurisprudence de 1975 est en principe défavorable.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez vérifier votre convention collective : certaines prévoient le report des congés en cas de maladie. À défaut, vous pouvez négocier avec votre employeur, mais sans certitude de succès.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez votre convention collective : certaines branches professionnelles (commerce, métallurgie, etc.) prévoient des dispositions plus favorables que le Code du travail sur le report des congés. Consultez votre service RH ou votre syndicat.
  • Déclarez la maladie dès le premier jour : si vous tombez malade pendant vos congés, informez votre employeur et transmettez un arrêt de travail. Cela permettra de documenter la situation, même si le droit au report n'est pas garanti.
  • Privilégiez une solution négociée : plutôt que de saisir les prud'hommes, proposez à votre employeur de poser des jours sans solde ou de rattraper les jours de maladie ultérieurement. Un accor

Questions fréquentes

Puis-je récupérer mes jours de congé si je tombe malade pendant mes vacances ?

En principe non, sauf si votre convention collective le prévoit ou si vous êtes en arrêt longue durée. La jurisprudence de 1975 le refuse, mais vous pouvez négocier avec votre employeur.

Que faire si mon employeur refuse le report des congés pour maladie ?

Vérifiez d'abord votre convention collective. Si elle est muette, vous pouvez saisir le conseil de prud'hommes, mais vos chances de succès sont faibles pour une maladie brève. Mieux vaut tenter un accord amiable.

Et si je suis malade avant le début de mes congés ?

Depuis 2009, vous avez le droit de reporter vos congés si vous tombez malade avant le début, à condition d'informer votre employeur et de justifier d'un arrêt de travail.

Mon employeur peut-il m'imposer de prendre mes congés pendant un arrêt maladie ?

Non, si vous êtes en arrêt maladie avant le congé, l'employeur ne peut pas vous imposer de prendre vos congés pendant cette période. Vous devez les reporter.

Quels sont les délais pour réclamer un report de congés ?

Vous avez 5 ans pour agir (délai de prescription de droit commun). Mais en pratique, agissez rapidement, dans les mois suivant l'incident.

Informations juridiques

  • Numéro: 73-40.824
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 18 mars 1975

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Salarié malade pendant ses congés à Boulogne-Billancourt

Un commercial tombe malade 5 jours sur 15 jours de congés. Il demande à récupérer les jours. L'employeur refuse. Le salarié consulte un avocat.

Application pratique:

L'avocat vérifie la convention collective : aucune clause de report. Il conseille une négociation amiable : prendre les jours sans solde ou les rattraper sur l'année. Si l'employeur refuse, le salarié n'a guère de recours juridique.

2

Employeur confronté à une demande de report à Montreuil

Un gérant de PME reçoit une demande d'un employé qui a été malade 3 jours pendant ses congés. L'employé exige un report payé.

Application pratique:

L'employeur peut refuser en se fondant sur l'arrêt de 1975. Il propose plutôt un report sans solde ou un aménagement des horaires. L'employé accepte. Litige évité.

3

Salarié en arrêt longue durée pendant ses congés

Un employé est hospitalisé pendant tout son congé de 3 semaines. À son retour, il demande un report intégral.

Application pratique:

Bien que l'arrêt de 1975 soit défavorable, la jurisprudence européenne et la loi de 2016 permettent un report pour les arrêts de travail d'au moins un an. Pour 3 semaines, c'est plus discutable. L'avocat conseille de négocier un report partiel à l'amiable.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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