Congé parental à temps partiel : une discrimination indirecte entre femmes et hommes reconnue par la CJUE
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Congé parental à temps partiel : une discrimination indirecte entre femmes et hommes reconnue par la CJUE

📅 Décision du 11 juillet 2018⚖️ Cour de cassation👁️ 5 vues📖 5 min de lecture

La Cour de cassation, suivant la CJUE, juge que les salariés à temps partiel après un congé parental subissent une discrimination indirecte lorsqu'ils perçoivent une indemnité de licenciement réduite. Cette décision, fondée sur le droit européen, ouvre des recours pour les salariés concernés.

Décision de référence : cc • N° 16-27.825 • 2018-07-11 • Consulter la décision →

Lorsqu'un salarié reprend son emploi à temps partiel après un congé parental, le calcul de son indemnité de licenciement sur la base du salaire réduit peut-il constituer une discrimination indirecte envers les femmes ? La Cour de cassation, avec l'arrêt ici commenté, apporte une réponse nuancée : oui, si cela pénalise majoritairement les femmes, et sauf justification objective.

Cette décision, rendue le 11 juillet 2018 (n° 16-27.825), s'inscrit dans le sillage d'une question préjudicielle posée à la Cour de justice de l'Union européenne. Elle concerne l'indemnité de licenciement et l'allocation de congé de reclassement, minorées pour les salariés ayant bénéficié d'un congé parental à temps partiel. En toile de fond, l'article 157 du Traité sur le fonctionnement de l'Union européenne (TFUE), qui garantit l'égalité des rémunérations entre hommes et femmes. Mais attention : la Cour ne condamne pas automatiquement tout calcul proportionnel ; elle exige une justification objective, étrangère à toute discrimination.

Pour les salariés concernés, l'enjeu est financier. Un salarié lésé dans ses droits peut engager une action aux prud'hommes, avec des conséquences financières pour l'employeur. Cet arrêt rappelle que les textes européens protègent les salariés contre des disparités injustifiées, et qu'un avocat spécialisé peut faire la différence.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Une salariée a été embauchée en 1999 par une entreprise de transport basée à La Rochelle. Après un premier congé de maternité (février à août 2001), elle a enchaîné avec un congé parental à temps partiel. Ce dispositif, prévu à l'article L. 1225-47 du code du travail, permet de réduire son temps de travail tout en conservant son emploi. La salariée a ainsi travaillé à 80 % pendant plusieurs années, jusqu'à son licenciement économique en 2013.

Problème : l'indemnité de licenciement et l'allocation de congé de reclassement sont calculées proportionnellement à son salaire réduit. Résultat : elle perçoit 20 % de moins qu'un collègue à temps plein, alors même que son congé parental n'a aucun lien avec ses compétences ou son ancienneté. Invoquant une discrimination indirecte fondée sur le sexe — puisque ce sont majoritairement des femmes qui prennent un congé parental à temps partiel —, la salariée saisit le conseil de prud'hommes de La Rochelle, puis la cour d'appel de Poitiers, qui déboute sa demande.

L'affaire remonte jusqu'à la Cour de cassation, qui, en 2016, décide de poser une question préjudicielle à la Cour de justice de l'Union européenne (CJUE). La question était simple : le droit européen s'oppose-t-il à un calcul qui pénalise les salariés à temps partiel après un congé parental, si ce calcul n'est pas justifié par des raisons objectives ? La CJUE répond par l'affirmative le 19 septembre 2017, renvoyant à la Cour de cassation le soin d'appliquer cette interprétation. Finalement, le 11 juillet 2018, la Cour casse l'arrêt d'appel et renvoie l'affaire devant une autre cour.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation s'appuie sur l'article 157 du TFUE, qui dispose que chaque État membre assure l'application du principe de l'égalité des rémunérations entre travailleurs masculins et féminins pour un même travail ou un travail de même valeur. Elle rappelle également l'accord-cadre sur le congé parental (clause 2, paragraphes 4 à 7), qui garantit aux salariés le maintien de leurs droits acquis jusqu'à la fin du congé.

Le raisonnement est le suivant : puisque plus de 80 % des bénéficiaires d'un congé parental à temps partiel sont des femmes, toute mesure défavorable qui frappe cette catégorie constitue une discrimination indirecte, sauf si elle repose sur un objectif légitime et des moyens appropriés et nécessaires. Or, le calcul proportionnel de l'indemnité de licenciement, bien que neutre en apparence, désavantage concrètement les femmes. La Cour exige que l'employeur ou le législateur démontre que cette différence est justifiée par des éléments objectifs — par exemple, la volonté de proportionnalité des droits aux cotisations versées.

Mais attention : la Cour ne dit pas que toute minoration est interdite. Elle précise que la simple proportionnalité au salaire n'est pas en soi discriminatoire. Ce qui est contesté, c'est l'absence de prise en compte de la situation particulière du salarié qui a réduit son temps de travail pour s'occuper de ses enfants. Autrement formulé : la règle doit être aménagée pour éviter de pénaliser ceux qui exercent leur droit au congé parental. En l'espèce, la cour d'appel n'avait pas vérifié si la différence de traitement était justifiée, d'où la cassation.

Cette décision confirme une évolution jurisprudentielle engagée depuis plusieurs années. Dès 2011 (CJUE, affaire C-104/09), la Cour de justice avait jugé que le congé parental ne doit pas entraîner une perte de droits acquis. La Cour de cassation s'inscrit donc dans ce mouvement, tout en laissant aux juges du fond une marge d'appréciation.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes salarié(e) : si vous avez été licencié après avoir réduit votre temps de travail suite à un congé parental, vous pouvez contester le montant de votre indemnité de licenciement. Concrètement, la période de congé parental à temps partiel ne devrait pas être neutralisée dans le calcul. Par exemple, si votre salaire à temps plein était de 2 500 € brut et que vous travailliez à 80 % (soit 2 000 €), votre indemnité légale (1/5e de mois par année d'ancienneté) doit être calculée sur la base du salaire à temps plein reconstitué pour les années passées à temps partiel. Soit une différence potentielle de plusieurs centaines d'euros.

Si vous êtes employeur : vérifiez vos procédures de calcul des indemnités de licenciement pour les salariés à temps partiel après un congé parental. Vous devez pouvoir justifier objectivement la différence. Une régularisation amiable peut éviter un contentieux.

Pour les travailleurs indépendants ou les professions libérales : cet arrêt peut sembler lointain, mais il illustre un principe général : les droits acquis pendant une période de congé parental ne doivent pas disparaître. Si vous avez des salariés, assurez-vous que vos contrats ou conventions collectives respectent cette règle.

En pratique, le délai pour agir est de deux ans à compter de la rupture du contrat de travail (article L. 1471-1 du code du travail). Un avocat peut vous aider à reconstituer votre salaire de référence et à chiffrer votre préjudice.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Conservez tous vos bulletins de salaire et contrats de travail : ils sont indispensables pour prouver votre temps de travail et votre rémunération avant et après le congé parental. En cas de licenciement, ces documents permettent de reconstituer votre salaire de référence.
  • Demandez à votre employeur un détail écrit

Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'une discrimination indirecte dans le cadre d'un congé parental ?

Une discrimination indirecte se produit lorsqu'une règle neutre (comme le calcul proportionnel de l'indemnité de licenciement) désavantage une catégorie de personnes protégée (les femmes, qui prennent majoritairement un congé parental à temps partiel), sans justification objective.

Puis-je contester mon indemnité de licenciement si j'ai été à temps partiel après un congé parental ?

Oui, si vous estimez que le calcul ne tient pas compte de votre situation spécifique. Vous devez saisir le conseil de prud'hommes dans les deux ans suivant votre licenciement. Un avocat peut vous aider à évaluer vos droits.

Quels délais pour agir après un licenciement ?

Le délai de prescription est de deux ans à compter de la notification du licenciement (article L.1471-1 du code du travail). Passé ce délai, vous ne pouvez plus contester les indemnités.

Que dois-je prouver pour obtenir réparation ?

Vous devez démontrer que la minoration de votre indemnité résulte d'un calcul proportionnel à votre temps partiel après un congé parental, et que cette différence de traitement n'est pas justifiée par un objectif légitime. L'employeur devra prouver la justification.

Est-ce que cette jurisprudence s'applique aussi aux pères ?

Oui, en théorie. Si un père a pris un congé parental à temps partiel et subit la même minoration, il peut aussi invoquer la discrimination. Mais en pratique, les hommes sont beaucoup moins nombreux dans cette situation.

Informations juridiques

  • Numéro: 16-27.825
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 11 juillet 2018

Mots-clés

congé parentaldiscrimination indirecteindemnité de licenciementCJUEégalité femmes hommes

Cas d'usage pratiques

1

Salariée à temps partiel après congé parental licenciée à La Rochelle

Sophie, comptable à La Rochelle, a travaillé à 80% pendant 3 ans après son congé parental. Licenciée économique, son indemnité a été calculée sur son salaire réduit, soit 1 200€ de moins qu'un collègue à temps plein. Elle souhaite contester.

Application pratique:

Sophie doit réunir ses bulletins de salaire et sa lettre de licenciement, puis saisir le conseil de prud'hommes de La Rochelle en invoquant l'arrêt du 11 juillet 2018. Elle peut demander un rappel d'indemnité basé sur le salaire à temps plein reconstitué. L'employeur devra justifier objectivement la différence.

2

Employeur à Saintes confronté à une demande de régularisation

Une PME de 50 salariés à Saintes a reçu une lettre d'un ancien employé masculin qui, après un congé parental à temps partiel, réclame un complément d'indemnité de licenciement. L'employeur craint un précédent.

Application pratique:

L'employeur doit vérifier si le calcul des indemnités respecte la jurisprudence. Il peut proposer un accord amiable pour éviter un procès. Il doit aussi revoir ses procédures de calcul pour l'avenir, en intégrant une neutralisation des périodes de congé parental à temps partiel.

3

Profession libérale à Rochefort avec une employée en congé parental

Un médecin à Rochefort a une secrétaire à temps partiel après un congé parental. Il envisage un licenciement économique et s'interroge sur le calcul de l'indemnité.

Application pratique:

Le médecin doit calculer l'indemnité sur la base du salaire à temps plein pour la période antérieure au congé parental, et non sur le salaire réduit. Il peut consulter un avocat pour sécuriser la procédure. En cas de doute, une régularisation avant le licenciement est préférable.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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