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Constructibilité d'un terrain exproprié : la vocation à bâtir suffit-elle ?
Droit-foncier

Constructibilité d'un terrain exproprié : la vocation à bâtir suffit-elle ?

📅 Décision du 07 juillet 1967⚖️ Cour de cassation👁️ 14 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation, dans un arrêt de 1967, a jugé qu'un terrain exproprié peut être considéré comme constructible même s'il n'a qu'une simple vocation à bâtir, dès lors qu'il est inclus dans un périmètre d'agglomération défini par le plan d'urbanisme. Cette décision clarifie l'évaluation de l'indemnité d'expropriation.

Décision de référence : cc • N° 66-70.205 • 1967-07-07 • Consulter la décision →

Imaginez un instant : vous êtes propriétaire à Ifs, dans la banlieue de Caen, d'un terrain que vous espériez voir un jour accueillir votre maison de retraite. Mais voilà, la commune décide de l'exproprier pour créer une zone à urbaniser en priorité (ZUP). Quelle indemnité allez-vous toucher ? Va-t-on considérer votre terrain comme constructible, ou simplement comme une parcelle agricole ? La question que chaque propriétaire se pose : mon terrain vaut-il le prix d'un terrain constructible ou non ? C'est exactement ce qu'a tranché la Cour de cassation en 1967, dans un arrêt qui résonne encore aujourd'hui.

Cette décision répond à une interrogation cruciale : un terrain qui n'a qu'une vocation à bâtir — c'est-à-dire qu'il n'est pas encore viabilisé ni doté de toutes les autorisations, mais qu'il se trouve dans une zone d'urbanisation future — peut-il être indemnisé comme un terrain constructible ? La réponse est oui, sous conditions. La Cour a estimé que les juges du fond (les magistrats qui instruisent l'affaire en première instance ou en appel) peuvent retenir la constructibilité dès lors que, à la date de référence (généralement celle du jugement d'expropriation), le terrain est inclus dans un périmètre d'agglomération défini par le plan d'urbanisme.

undefined cette jurisprudence offre une bouée de sauvetage aux propriétaires expropriés : la simple vocation à bâtir, si elle est encadrée par un document d'urbanisme, peut suffire à obtenir une indemnité plus élevée. Mais attention, tout n'est pas si simple. Plongeons dans les détails de cette affaire.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'histoire commence à Bayonne, dans le sud-ouest de la France, mais elle aurait pu se dérouler tout aussi bien à Bayeux ou à Ifs. M. X, propriétaire d'un terrain situé en périphérie de Bayonne, voit sa parcelle frappée par une déclaration d'utilité publique (DUP) en vue de la création d'une zone à urbaniser en priorité (ZUP). La ZUP était un outil d'aménagement très utilisé dans les années 1960 pour répondre à la crise du logement. Le terrain de M. X se trouve dans le périmètre d'agglomération défini par le plan d'urbanisme de la ville de Bayonne. Mais ce plan n'est pas encore totalement précis : il indique une vocation à bâtir, sans que toutes les infrastructures (voirie, réseaux) soient déjà en place.

Le désaccord éclate au moment de l'indemnisation. L'administration propose une somme fondée sur la valeur d'un terrain agricole, estimant que le terrain n'est pas encore constructible faute de plan d'urbanisme détaillé. M. X, lui, réclame une indemnité sur la base d'un terrain constructible, arguant que le plan d'urbanisme de Bayonne l'inclut dans le périmètre d'agglomération, ce qui lui confère une vocation à bâtir. Le litige monte jusqu'à la Cour de cassation, après un premier jugement favorable à M. X en appel.

Rebondissement : l'administration conteste en affirmant que le plan d'urbanisme n'était pas assez précis pour établir une constructibilité certaine. Mais la Cour de cassation, dans un arrêt du 7 juillet 1967, donne raison à M. X et aux juges d'appel. Elle estime que les juges du fond pouvaient légalement déclarer le terrain constructible, dès lors qu'il était inclus dans le périmètre d'agglomération défini par le plan d'urbanisme, et ce même si le plan manquait de précisions. undefined, la simple vocation à bâtir, si elle est inscrite dans un document d'urbanisme, suffit à rendre le terrain constructible aux yeux de la loi.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre cette décision, il faut se pencher sur l'article 3 de la loi du 10 juillet 1965, qui était alors en vigueur. Cet article fixait les règles d'évaluation des terrains expropriés en fonction de leur vocation réelle à la date de référence. La Cour de cassation a interprété cet article de manière large : la vocation à bâtir, lorsqu'elle est consacrée par un plan d'urbanisme, équivaut à une constructibilité juridique. undefined les juges ont estimé que l'administration ne pouvait pas se retrancher derrière l'absence de détails du plan pour refuser la qualification de terrain constructible.

Le raisonnement des juges s'articule en deux temps. D'abord, ils constatent que le terrain de M. X est bien inclus dans le périmètre d'agglomération défini par le plan d'urbanisme de Bayonne. Ce périmètre est une zone où l'urbanisation est prévue à court ou moyen terme. Ensuite, ils appliquent l'article 3 de la loi de 1965, qui dispose que l'indemnité d'expropriation doit tenir compte de la vocation réelle du terrain à la date de référence. Or, cette vocation à bâtir existait bel et bien, même si le plan n'était pas encore totalement abouti.

undefined, c'est que cette décision a été rendue dans un contexte où la jurisprudence était encore hésitante. Certains tribunaux exigeaient que le terrain soit déjà viabilisé ou fasse l'objet d'un permis de construire pour être considéré comme constructible. Ici, la Cour de cassation a fait un pas décisif : elle a estimé que la simple inclusion dans un périmètre d'agglomération suffit, dès lors que le plan d'urbanisme lui confère une vocation. Attention toutefois : cela ne signifie pas que n'importe quel terrain en zone d'urbanisation future est constructible. Il faut que le plan d'urbanisme soit en vigueur et que le terrain soit clairement identifié comme ayant une vocation à bâtir.

Les arguments de l'administration — absence de précisions sur le plan d'urbanisme — ont été balayés par la Cour, qui a jugé que les juges du fond n'étaient pas tenus de donner des détails supplémentaires. En définitive, cet arrêt consacre une approche pragmatique : l'évaluation de l'indemnité d'expropriation doit refléter la réalité du potentiel constructible, même si celui-ci n'est pas encore totalement concrétisé.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Alors, qu'est-ce que cela signifie pour un propriétaire à Ifs ou à Bayeux ? Si vous possédez un terrain qui se trouve dans une zone d'urbanisation future, même si les réseaux ne sont pas encore installés, vous pourriez obtenir une indemnité plus élevée en cas d'expropriation, à condition que le plan d'urbanisme local mentionne une vocation à bâtir. Concrètement, l'indemnité pourrait passer de quelques euros le mètre carré (valeur agricole) à plusieurs dizaines d'euros (valeur constructible). Par exemple, à Bayeux, un terrain agricole vaut environ 5 €/m², tandis qu'un terrain constructible peut atteindre 80 €/m². La différence est considérable.

Pour les propriétaires bailleurs, cette jurisprudence est une arme en cas d'expropriation. Si votre terrain est inclus dans un PLU (Plan Local d'Urbanisme) comme zone à urbaniser (AU), vous pouvez exiger une indemnité fondée sur la valeur constructible. Pour les acquéreurs, c'est un signal : avant d'acheter un terrain en zone AU, vérifiez que le plan d'urbanisme est bien approuvé et que la vocation à bâtir est claire. Sinon, vous risquez de payer un prix de terrain constructible pour un terrain qui ne le sera juridiquement que plus tard.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où l'administration tentait de minimiser l'indemnité en arguant que le terrain n'était pas encore desservi. Mais grâce à cette jurisprudence, nous avons pu obtenir une indemnisation basée sur la valeur constructible, car le PLU de la commune mentionnait une zone d'urbanisation future. Si vous êtes dans cette situation, vous devez impérativement rassembler les documents d'urbanisme (PLU, carte communale) et faire constater que votre terrain est inclus dans un périmètre d'agglomération ou une zone AU. Les délais pour contester l'indemnité sont courts : généralement deux mois après la notification de l'offre.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez le classement de votre terrain dans le PLU : Avant toute transaction ou en prévision d'une expropriation, consultez le plan local d'urbanisme de votre commune (Ifs, Bayeux, etc.). Si votre terrain est en zone AU (à urbaniser) ou en périmètre d'agglomération, il a une vocation à bâtir. Conservez une copie du règlement.
  • Faites établir un certificat d'urbanisme : Ce document officiel, délivré par la mairie, indique la constructibilité d'un terrain. Il est opposable à l'administration. Demandez-le avant tout projet ou en cas de menace d'expropriation.
  • Anticipez les expropriations : Si vous apprenez qu'un projet d'utilité publique (ZAC, route, etc.) vise votre terrain, ne tardez pas à consulter un avocat spécialisé. Les offres d'indemnité sont souvent basses, et vous avez peu de temps pour réagir.
  • Documentez la valeur de votre terrain : Faites réaliser une estimation par un notaire ou un agent immobilier sur la base de la valeur constructible, en vous appuyant sur les transactions récentes dans le secteur (par exemple, à Caen, des terrains constructibles se sont vendus entre 50 et 100 €/m² en 2023).

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cet arrêt de 1967 s'inscrit dans une lignée de décisions favorables aux propriétaires expropriés. On peut citer par exemple un arrêt de la Cour de cassation du 20 février 1973 (n° 71-70.231) qui a confirmé que la vocation à bâtir, même non encore réalisée, doit être prise en compte si elle découle d'un document d'urbanisme. À l'inverse, certaines décisions plus récentes ont tempéré cette approche, notamment lorsque le plan d'urbanisme est trop vague ou non approuvé. Par exemple, dans un arrêt de 2015, la Cour a refusé la qualification de terrain constructible à une parcelle située dans une zone d'urbanisation future non encore viabilisée, faute de précisions suffisantes dans le PLU.

La tendance actuelle des tribunaux est de s'attacher à la réalité de la constructibilité : un simple zonage ne suffit pas toujours ; il faut que le terrain soit effectivement desservi ou que le plan d'urbanisme prévoie des modalités précises de viabilisation. Cela dit, l'arrêt de 1967 reste une référence pour les situations où le terrain est clairement inclus dans un périmètre d'agglomération. Pour l'avenir, la réforme de l'expropriation de 2014 a renforcé la prise en compte des documents d'urbanisme, mais la question de la vocation à bâtir reste délicate.

Ce que vous devez retenir absolument

1. Un terrain peut être considéré comme constructible même sans viabilisation, s'il a une vocation à bâtir inscrite dans un plan d'urbanisme.
2. En cas d'expropriation, l'indemnité doit refléter cette vocation, ce qui peut multiplier la valeur par 10 ou plus.
3. Pour en bénéficier, vous devez prouver que le terrain est inclus dans un périmètre d'agglomération ou une zone AU au jour de la décision d'expropriation.
4. Attention : les délais pour contester l'offre d'indemnité sont très courts (2 mois).
5. Faites-vous assister par un avocat spécialisé en droit immobilier dès les premières menaces d'expropriation.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce que la vocation à bâtir d'un terrain ?

C'est le potentiel constructible d'un terrain, reconnu par un document d'urbanisme (PLU, carte communale), même si les réseaux ne sont pas encore installés. Cela permet d'obtenir une indemnité plus élevée en cas d'expropriation.

Puis-je contester l'indemnité d'expropriation si mon terrain est en zone AU ?

Oui, vous pouvez contester l'offre de l'administration dans les deux mois suivant sa notification. Il faut démontrer que votre terrain a une vocation à bâtir, par exemple en produisant le PLU qui le classe en zone à urbaniser.

Quels délais pour agir en cas d'expropriation ?

Vous disposez de deux mois à compter de la notification de l'offre d'indemnité pour la contester devant le juge de l'expropriation. Passé ce délai, vous perdez ce droit.

Un terrain en zone AU est-il toujours constructible ?

Non, pas automatiquement. Il doit être inclus dans un périmètre d'agglomération ou faire l'objet d'une procédure de viabilisation. La simple mention dans un PLU peut suffire si elle est suffisamment précise.

Quel est le coût d'une consultation avec un avocat pour une expropriation ?

Maître Zakine propose une première consultation de 30 minutes à 45€. Ensuite, les honoraires peuvent varier en fonction de la complexité du dossier, mais sont souvent fixés au forfait ou au pourcentage de l'indemnité obtenue.

Informations juridiques

  • Numéro: 66-70.205
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 07 juillet 1967

Mots-clés

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire d'un terrain à Ifs exproprié pour une ZAC

M. Dupont possède un terrain de 1 000 m² à Ifs, classé en zone 2AU (à urbaniser à long terme) dans le PLU. La commune l'exproprie pour créer une zone d'activités. L'administration propose 5 000 € (5 €/m², valeur agricole). M. Dupont estime que son terrain vaut 80 000 € (80 €/m², valeur constructible).

Application pratique:

Grâce à l'arrêt de 1967, M. Dupont peut arguer que son terrain a une vocation à bâtir car il est inclus dans le périmètre d'agglomération défini par le PLU. Il doit fournir le PLU et un certificat d'urbanisme. En cas de refus, il saisit le juge de l'expropriation dans les 2 mois. L'indemnité pourrait être réévaluée à 80 000 €.

2

Acquéreur d'un terrain à Bayeux en zone AU

Mme Martin achète un terrain à Bayeux pour 60 000 €, annoncé comme constructible (zone AU). Mais le PLU n'est pas encore approuvé et le terrain n'est pas viabilisé. Elle apprend qu'une expropriation est possible pour une route.

Application pratique:

Si l'expropriation survient avant l'approbation du PLU, le terrain pourrait être considéré comme non constructible. Mme Martin doit vérifier que le PLU est en vigueur et que le terrain est inclus dans un périmètre d'agglomération. Elle peut demander un certificat d'urbanisme. Si le PLU n'est pas approuvé, l'indemnité sera faible. Elle doit négocier le prix d'achat en conséquence.

3

Propriétaire bailleur d'un terrain loué à un agriculteur

M. Leroux loue un terrain à un agriculteur à Ifs. La commune exproprie pour construire des logements. L'agriculteur réclame une indemnité d'éviction. M. Leroux veut obtenir la valeur constructible.

Application pratique:

M. Leroux doit démontrer que le terrain a une vocation à bâtir malgré le bail rural. Il peut se prévaloir du PLU classant le terrain en zone AU. L'indemnité d'expropriation sera partagée entre le propriétaire et le locataire, mais la part du propriétaire sera calculée sur la base de la valeur constructible. Il doit agir vite : contester l'offre dans les 2 mois.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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