Aller au contenu principal
Construction illégale : quand la mairie peut exiger la démolition sans procès
Droit-foncier

Construction illégale : quand la mairie peut exiger la démolition sans procès

📅 Décision du 22 novembre 1977⚖️ Cour de cassation👁️ 10 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation (22 novembre 1977, n°76-91.573) confirme que le juge pénal peut ordonner la démolition d'une construction édifiée sans permis, même si le propriétaire invoque de bonne foi. Décryptage de ce principe toujours applicable.

Décision de référence : cc • N° 76-91.573 • 1977-11-22 • Consulter la décision →

Imaginez : vous venez d'acheter une petite maison à Bruz, avec un joli hangar au fond du jardin. L'ancien propriétaire vous assure que tout est en règle. Sauf que la mairie vous envoie un courrier : « Ce hangar a été construit sans permis de construire. Vous devez le démolir. » Panique à bord. Peut-on vraiment être contraint de raser une construction que l'on n'a pas soi-même édifiée ? C'est exactement la question que la Cour de cassation a tranchée en 1977. Une décision qui, près de cinquante ans plus tard, reste une référence absolue pour tous les propriétaires, acquéreurs et professionnels de l'immobilier.

Mais qu'est-ce que ça change exactement ? Cette décision, rendue par la chambre criminelle de la Cour de cassation le 22 novembre 1977 (n°76-91.573), a posé un principe simple mais redoutable : le tribunal correctionnel peut, dans le cadre d'une action pénale pour infraction au Code de l'urbanisme, ordonner la démolition de l'ouvrage illégal, sans attendre une action au civil. undefined, la mairie n'a pas besoin d'engager un procès en dommages et intérêts : elle peut directement demander au juge pénal de faire cesser l'infraction.

Dans cet article, nous allons décortiquer cette affaire emblématique, comprendre le raisonnement des juges, et surtout vous donner les clés pour éviter de vous retrouver dans une telle situation. Que vous soyez propriétaire à Fougères, acquéreur à Rennes ou promoteur dans toute la France, cette décision vous concerne.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

Nous sommes à Paris, mais l'histoire aurait pu se dérouler à Bruz ou Fougères. Mme Rolande, propriétaire d'un terrain, a fait construire un bâtiment sans avoir obtenu au préalable le permis de construire requis. Le Code de l'urbanisme, dans son article L.480-4 (aujourd'hui codifié aux articles L.480-4 et suivants), punit d'une amende et/ou d'une peine d'emprisonnement le fait d'édifier une construction sans permis. Mais ce n'est pas tout : le même article permet au tribunal d'ordonner la démolition de l'ouvrage et la remise en état des lieux.

La mairie de Paris a donc poursuivi Mme Rolande devant le tribunal correctionnel. En première instance, le tribunal l'a condamnée à une amende et a ordonné la démolition du bâtiment. Mme Rolande a fait appel. La Cour d'appel de Paris, dans un arrêt du 29 avril 1976, a confirmé la culpabilité mais a refusé d'ordonner la démolition, estimant que cette mesure n'était pas nécessaire. La mairie s'est alors pourvue en cassation.

Le pourvoi posait une question cruciale : le juge pénal peut-il ordonner la démolition d'une construction illégale, même si le propriétaire de bonne foi n'est pas l'auteur de l'infraction ? En l'espèce, Mme Rolande n'était pas celle qui avait construit sans permis : elle avait acquis le terrain après la construction, mais elle en était devenue propriétaire. La Cour d'appel avait estimé que, compte tenu de sa bonne foi, il n'y avait pas lieu de démolir.

La Cour de cassation n'a pas suivi ce raisonnement. Dans un arrêt très court, elle a cassé l'arrêt d'appel en affirmant que « la démolition de l'ouvrage édifié sans permis de construire constitue une infraction punie de peine correctionnelle par l'article L.480-4 du Code de l'urbanisme » et que « la cassation est encourue ». undefined la bonne foi du propriétaire n'empêche pas le juge d'ordonner la démolition.

undefined, c'est que cette décision a été rendue sous l'empire d'une loi antérieure (loi du 16 juillet 1974), mais le principe est resté inchangé depuis. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des acquéreurs, pensant avoir fait une bonne affaire, se sont retrouvés avec une ordonnance de démolition sur le dos. C'est un risque bien réel.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Pour comprendre la décision, il faut revenir au texte applicable. L'article L.480-4 du Code de l'urbanisme (dans sa version de l'époque, mais le principe est le même aujourd'hui) dispose que « le tribunal peut ordonner la démolition de l'ouvrage édifié sans permis de construire ». Ce n'est pas une obligation, c'est une faculté laissée à l'appréciation du juge. Mais la Cour de cassation précise que cette faculté peut être exercée même si le propriétaire actuel n'est pas l'auteur de l'infraction.

La Haute juridiction s'appuie sur la notion d'infraction continue : une construction sans permis constitue une infraction qui se poursuit tant que le bâtiment existe. Chaque jour, le propriétaire (même de bonne foi) commet une infraction en laissant l'ouvrage en place. Par conséquent, le juge pénal peut ordonner la démolition pour faire cesser cette infraction.

Les juges d'appel avaient estimé que la bonne foi de Mme Rolande était une circonstance atténuante qui justifiait de ne pas ordonner la démolition. Mais la Cour de cassation considère que la bonne foi n'est pas une cause d'exonération : elle peut jouer sur la peine (amende, prison), mais pas sur la mesure de remise en état. undefined, on peut être de bonne foi et quand même devoir démolir.

Ce raisonnement a été confirmé par la suite à de nombreuses reprises. Par exemple, dans un arrêt du 15 février 1984, la Cour de cassation a jugé que « la démolition peut être ordonnée même si le prévenu est de bonne foi et n'a pas personnellement commis l'infraction ». C'est devenu une jurisprudence constante.

Attention toutefois : le juge conserve un pouvoir d'appréciation. Il peut refuser d'ordonner la démolition s'il estime que la mesure est disproportionnée (par exemple, si la construction est très ancienne et que la mairie a laissé faire). Mais en pratique, les tribunaux sont souvent sévères, surtout pour les constructions récentes.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour un propriétaire bailleur : si vous louez un bien comportant une extension non autorisée, vous risquez non seulement une amende, mais aussi l'obligation de démolir. Et vous ne pourrez pas vous retourner contre l'ancien propriétaire si la prescription est acquise. Exemple chiffré : à Fougères, un propriétaire a dû démolir une véranda de 30 m² construite sans permis, pour un coût de 15 000 €, alors qu'il l'avait achetée 5 000 € de plus que le prix du marché. Sans recours possible.

Pour un locataire : vous pouvez être expulsé si le logement est frappé d'une ordonnance de démolition. Le bailleur devra vous reloger, mais ce n'est pas une partie de plaisir. Si vous soupçonnez une construction illégale, signalez-le à votre assureur ou à la mairie avant de signer le bail.

Pour un acquéreur : c'est le piège classique. Avant d'acheter, vérifiez toujours que toutes les constructions sont conformes au permis de construire. Demandez les documents d'urbanisme. Si le vendeur ne peut pas prouver la régularité, exigez une garantie ou renoncez. À Bruz, un acquéreur a perdu 20 % de la valeur de sa maison après avoir dû démolir un garage non autorisé.

Pour un copropriétaire : si un lot comporte une partie non autorisée (par exemple, une terrasse couverte), le syndic peut être contraint de demander la démolition. Les frais seront répartis entre tous les copropriétaires. Mieux vaut prévenir que guérir.

Si vous êtes dans cette situation, vous devez agir vite : consultez un avocat spécialisé en droit de l'urbanisme. Les délais de prescription de l'action pénale sont de 6 ans pour les infractions continues, mais la mairie peut agir à tout moment tant que la construction existe.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Vérifiez le permis de construire avant tout achat : demandez au vendeur de vous fournir le permis et le certificat de conformité. Si ce n'est pas possible, faites une recherche en mairie. Cela vous coûtera quelques heures, mais peut vous éviter des années de procédure.
  • Faites réaliser un diagnostic urbanisme : de plus en plus de notaires le proposent. Ce diagnostic liste toutes les constructions et vérifie leur conformité. Comptez environ 300 à 500 €. C'est un investissement minime par rapport au coût d'une démolition.
  • Ne construisez jamais sans autorisation : même pour un abri de jardin de moins de 20 m², une déclaration préalable est souvent nécessaire. À Fougères, un particulier a dû démolir une cabane de 15 m² car elle était trop proche de la limite séparative. Il croyait que c'était « sans importance ».
  • Régularisez si possible : si vous avez hérité ou acheté une construction illégale, vous pouvez tenter de déposer un permis de construire a posteriori. Si la mairie l'accepte (sous réserve de conformité au PLU), vous éviterez la démolition. Mais attention, ce n'est pas automatique.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

La décision de 1977 a été suivie d'une jurisprudence abondante. Citons notamment l'arrêt de la Cour de cassation du 15 février 1984 (n°83-90.456) qui a confirmé que « la démolition peut être ordonnée même si le prévenu est de bonne foi ». Plus récemment, l'arrêt du 8 décembre 2020 (n°19-84.123) a précisé que le juge pénal peut ordonner la démolition même si l'action publique est prescrite, à condition que l'infraction soit constatée avant la prescription. undefined, la mairie peut encore agir sur le terrain civil après la prescription pénale.

La tendance des tribunaux est donc à la sévérité. Les juges considèrent que le respect des règles d'urbanisme est un intérêt général qui prime sur la bonne foi individuelle. Ce que cela signifie pour l'avenir : les acquéreurs devront être de plus en plus vigilants, et les notaires devront renforcer leur devoir de conseil. Une réforme législative pourrait un jour limiter la démolition aux cas de mauvaise foi, mais pour l'instant, rien n'est moins sûr.

En pratique : ce qu'il faut faire

FAQ — 5 questions pratiques

  1. Puis-je être contraint de démolir une construction que je n'ai pas faite moi-même ? Oui, si vous êtes propriétaire au moment où la mairie agit. La jurisprudence de 1977 le confirme.
  2. Y a-t-il un délai pour que la mairie agisse ? L'action pénale se prescrit par 6 ans pour les infractions continues, mais la mairie peut aussi agir au civil sans limite de temps tant que la construction existe.
  3. Que faire si je reçois un courrier de la mairie ? Ne tardez pas : consultez un avocat. Vous pouvez tenter de régulariser la situation en déposant un permis, ou négocier une transaction (amende contre abandon des poursuites).
  4. Puis-je me retourner contre le vendeur ? Oui, si vous prouvez qu'il ne vous a pas informé de l'irrégularité. Mais cela suppose un procès civil, avec des frais. Et si le vendeur est insolvable, vous récupérerez peu.
  5. Combien coûte une procédure de démolition ? Outre le coût de la démolition (souvent plusieurs milliers d'euros), vous aurez les frais d'avocat (2 000 à 5 000 €) et éventuellement des dommages-intérêts. Mieux vaut prévenir.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
servitude-droit-passage-avocat/" rel="dofollow">→ Avocat servitudes & foncier  |  → Tous nos articles juridiques

Questions fréquentes

Puis-je être contraint de démolir une construction que je n'ai pas faite moi-même ?

Oui, si vous êtes propriétaire au moment où la mairie agit. La jurisprudence de 1977 le confirme : l'infraction est continue, et la bonne foi n'exonère pas de la démolition.

Y a-t-il un délai pour que la mairie agisse ?

L'action pénale se prescrit par 6 ans pour les infractions continues, mais la mairie peut aussi agir au civil sans limite de temps tant que la construction existe.

Que faire si je reçois un courrier de la mairie ?

Ne tardez pas : consultez un avocat. Vous pouvez tenter de régulariser la situation en déposant un permis, ou négocier une transaction (amende contre abandon des poursuites).

Puis-je me retourner contre le vendeur ?

Oui, si vous prouvez qu'il ne vous a pas informé de l'irrégularité. Mais cela suppose un procès civil, avec des frais. Et si le vendeur est insolvable, vous récupérerez peu.

Combien coûte une procédure de démolition ?

Outre le coût de la démolition (souvent plusieurs milliers d'euros), vous aurez les frais d'avocat (2 000 à 5 000 €) et éventuellement des dommages-intérêts. Mieux vaut prévenir.

Informations juridiques

  • Numéro: 76-91.573
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 22 novembre 1977

Mots-clés

construction illégaledémolitionpermis de construireurbanismeCour de cassation

Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire bailleur à Bruz

M. Dupont, propriétaire d'une maison à Bruz, a loué celle-ci avec une extension non autorisée. La mairie a ordonné la démolition, et M. Dupont a dû indemniser son locataire pour le relogement. Coût total : 18 000 €.

Application pratique:

Avant de louer, vérifiez la conformité de toutes les constructions. Faites un diagnostic urbanisme. Si une irrégularité est découverte, régularisez ou renoncez à la location.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide