Décision de référence : cc • N° 80-93.000 • 1981-01-20 • Consulter la décision →
Imaginez un instant : vous êtes propriétaire à Montbard, dans l'Yonne. Vous avez entrepris des travaux d'agrandissement sans demander de permis de construire. La mairie vous signale, le parquet vous poursuit, et le tribunal correctionnel vous condamne à une amende. Mais voilà, le procureur ne s'arrête pas là : il demande en plus la démolition de votre construction. Le juge hésite, reporte sa décision. Le parquet se pourvoit en cassation. Qui a raison ? La question que se pose tout propriétaire : le parquet peut-il exiger la démolition d'une construction illégale, même si le constructeur a déjà été condamné pénalement ? Cette décision de la Cour de cassation de 1981 répond oui, et elle rappelle que l'ordre public urbanistique prime sur les intérêts particuliers. Mais qu'est-ce que ça change exactement ?
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire à Chenôve, en périphérie de Dijon, décide d'édifier une construction sans se soucier du permis de construire. Il agit sans autorisation, croyant peut-être que son projet ne dérange personne. Le parquet de Dijon engage des poursuites pénales. Le tribunal correctionnel le déclare coupable d'infraction à l'article L. 421-1 du Code de l'urbanisme (construction sans permis). Il le condamne à une peine, mais la demande de démolition, formulée par le procureur, reste en suspens : la cour d'appel sursoit à statuer sur ce point, arguant de l'existence d'un recours administratif pendant (un recours gracieux ou contentieux contre le refus de permis). Le parquet ne l'entend pas de cette oreille : il forme un pourvoi en cassation contre l'arrêt d'appel. La Cour de cassation doit trancher : le procureur peut-il contester un arrêt qui, après avoir condamné pénalement, renvoie la question de la démolition à plus tard ?
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur les articles L. 480-4 et L. 480-5 du Code de l'urbanisme, qui régissent les sanctions pénales et les mesures de remise en état en cas d'infraction urbanistique. L'article L. 480-5 prévoit que le tribunal peut ordonner la démolition de l'ouvrage irrégulier, même en l'absence de demande du parquet. Ici, le parquet avait bien demandé la démolition. Or, la cour d'appel avait sursis à statuer, sous prétexte qu'un recours administratif était en cours. La Cour de cassation casse l'arrêt : elle juge que le juge pénal ne peut pas se dispenser de statuer sur la demande de démolition une fois la culpabilité établie. undefined, une fois que le constructeur est déclaré coupable, le juge doit obligatoirement se prononcer sur la démolition, sauf à motiver spécialement un refus. Le fait qu'un recours administratif soit pendant ne constitue pas une exception légale. Attention toutefois : la décision ne dit pas que la démolition doit être automatiquement ordonnée ; elle dit que le juge ne peut pas renvoyer indéfiniment la question. undefined, c'est que cette jurisprudence est restée constante depuis 1981 : elle a été confirmée par des arrêts ultérieurs. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des propriétaires espéraient gagner du temps en multipliant les recours, mais la Cour de cassation veille à ce que l'action publique ne soit pas paralysée.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour un propriétaire bailleur à Dijon : si vous avez construit sans permis, ne comptez pas sur un recours administratif pour retarder la démolition. Le parquet peut exiger l'exécution immédiate de la remise en état. Pour un acquéreur : vérifiez toujours que les constructions existantes ont un permis. Si vous achetez un bien avec des travaux non autorisés, vous pourriez hériter d'une obligation de démolir. Exemple chiffré : à Chenôve, une extension de 30 m² non autorisée peut entraîner une amende de 1 200 € par m² (article L. 480-4), soit 36 000 €, plus la démolition (coût : 10 000 à 20 000 €). Pour un copropriétaire : si un voisin a construit sans permis, vous pouvez signaler au parquet, qui pourra demander la démolition sans attendre la fin des recours. Si vous êtes dans cette situation, vous devez contester rapidement toute mesure de sursis à statuer. Les délais : le pourvoi en cassation doit être formé dans les 10 jours de l'arrêt d'appel (article 568 du Code de procédure pénale).
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Avant de construire, obtenez un permis de construire : même pour un abri de jardin ou une véranda, renseignez-vous en mairie. Les seuils sont stricts (ex : surface de plancher > 20 m² nécessite un permis).
- Si vous êtes poursuivi, ne faites pas obstruction : coopérez avec les services d'urbanisme. Proposer une régularisation peut éviter la démolition.
- En cas de condamnation, ne comptez pas sur les recours administratifs pour gagner du temps : le juge pénal peut ordonner la démolition immédiate, indépendamment des recours.
- Consultez un avocat dès la réception du procès-verbal d'infraction : les délais sont courts, et une stratégie de défense peut limiter les dégâts (négociation d'une amende réduite, proposition de régularisation).
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision de 1981 s'inscrit dans une lignée constante : la Cour de cassation a toujours veillé à ce que le juge pénal ne se dessaisisse pas de la question de la remise en état. Un arrêt postérieur, Cass. crim., 15 mars 1994, n° 92-85.700, a confirmé que le sursis à statuer sur la démolition n'est possible que si la régularisation est en cours et sérieuse. La tendance est donc à une application stricte : le juge doit se prononcer. En 2021, une loi a renforcé les pouvoirs du maire pour faire démolir, mais le parquet reste un acteur clé. Ce que cela signifie pour l'avenir : attendez-vous à ce que les parquets soient plus vigilants, surtout dans les zones tendues comme la Côte-d'Or. Les tribunaux ne tolèrent plus les constructions sauvages.
En pratique : ce qu'il faut faire
- Si vous êtes propriétaire d'une construction sans permis : ne tardez pas à consulter un avocat. Vous pourriez être condamné à démolir, même si vous avez un recours administratif.
- Si vous êtes victime d'une construction illégale chez votre voisin : signalez-la au parquet. Le procureur peut demander la démolition sans attendre.
- Si vous êtes en procédure : ne misez pas sur un sursis à statuer. Préparez des arguments solides pour justifier le maintien de la construction (ex : régularisation en cours).
- Vérifiez votre assurance : certains contrats couvrent les frais de démolition en cas de condamnation.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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