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Copropriété : un bailleur ne peut reprocher à son locataire des travaux qu’il a autorisés
Droit Immobilier

Copropriété : un bailleur ne peut reprocher à son locataire des travaux qu’il a autorisés

📅 Décision du 03 marzo 2004⚖️ Cour de cassation👁️ 17 vues📖 2 min de lecture

Lorsque le propriétaire-bailleur autorise les travaux de ses locataires commerciaux, il ne peut ensuite invoquer une violation du règlement de copropriété si le locataire n’en a jamais été informé. La Cour de cassation confirme que l’ignorance légitime du locataire exonère ce dernier de toute faute.

Décision de référence : cc • N° 02-14.396 • 2004-03-03 • Consulter la décision →

Installés depuis peu dans un local parisien du 10e arrondissement, les époux Y ont entrepris, avec l’accord de leur propriétaire, d’abattre un mur pour agrandir leur boutique. Quelques semaines plus tard, une mise en demeure du syndic accompagnée d’une plainte du bailleur leur tombe dessus : les travaux seraient contraires au règlement de copropriété. Les voilà accusés d’une faute qu’ils ne soupçonnaient même pas. Leur tort ? N’avoir pas su que l’immeuble vivait sous un régime de copropriété. La question qui hante tous les propriétaires-bailleurs se pose alors : peut-on reprocher à son locataire une infraction au règlement de copropriété quand on l’a soi‑même autorisé à réaliser les travaux ?

La Cour de cassation répond par la négative dans cet arrêt du 3 mars 2004, et ce, de manière vigoureuse. Le copropriétaire-bailleur ne saurait faire supporter au locataire les conséquences de sa propre méconnaissance des obligations collectives. L’ignorance du locataire, entretenue par le silence du bailleur, fait écran à toute action en responsabilité.

Derrière cette solution se profile une règle bien plus large : celui qui donne son accord ne peut pas se retourner ensuite contre celui qui a exécuté la prestation autorisée, sauf à avoir clairement informé l’intéressé des limites juridiques à respecter. Ce principe, d’application quotidienne en droit immobilier, mérite d’être décrypté pour éviter de coûteux malentendus.

📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Le locataire est-il tenu de respecter le règlement de copropriété même s’il ne l’a pas signé ?

Oui, dès lors qu’une clause du bail le mentionne et que le règlement lui a été remis. Sans cette information préalable, le locataire ne peut se voir opposer les contraintes de la copropriété.

Mon bailleur m’a donné son accord verbal pour casser une cloison. Que faire pour me protéger ?

Exigez une autorisation écrite détaillant la nature des travaux et indiquant explicitement qu’ils sont conformes au règlement de copropriété. À défaut, vous pourriez être tenu pour responsable des désordres causés aux parties communes.

La publication du règlement de copropriété au fichier immobilier suffit-elle à informer le locataire ?

Non, rappelle la Cour de cassation. Seule la communication effective par le bailleur (par exemple, en annexe du bail) permet de rendre le règlement opposable au locataire.

En tant que propriétaire-bailleur, que dois-je indiquer dans le bail commercial concernant la copropriété ?

Mentionnez l’existence de la copropriété, le nom du syndic, et annexez le règlement de copropriété ainsi que l’état descriptif de division. Ajoutez une clause selon laquelle le preneur reconnaît en avoir pris connaissance et s’engage à les respecter.

Puis-je me retourner contre mon bailleur s’il m’a autorisé des travaux interdits par la copropriété ?

Absolument. Le bailleur engage sa responsabilité contractuelle pour manquement à son obligation de délivrance conforme et de jouissance paisible. Vous pouvez obtenir des dommages et intérêts pour le préjudice subi (remise en état, perte d’exploitation, etc.).

Informations juridiques

  • Numéro: 02-14.396
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 03 mars 2004

Mots-clés

copropriétébailleurlocataire commercialtravauxrèglement de copropriété

Cas d'usage pratiques

1

Bailleur investissant dans un commerce parisien

Vous achetez des murs commerciaux dans le 3e arrondissement de Paris pour les louer à un restaurateur. Confiant, vous lui permettez d’abattre une cloison pour agrandir la salle. Six mois plus tard, le syndic vous met en demeure de remettre les lieux en état car cette cloison était porteuse et sa suppression fragilise l’immeuble. Le locataire vous oppose votre autorisation.

Application pratique:

Conformément à la jurisprudence, le restaurateur ne pourra pas être tenu pour responsable si vous ne lui avez jamais remis le règlement de copropriété et si vous avez approuvé les travaux. Vous supporterez seul les coûts de remise en état, ainsi que d’éventuels dommages et intérêts envers le syndicat. Une vérification préalable du règlement vous aurait coûté le prix d’une consultation d’avocat, environ 200 €, contre plusieurs dizaines de milliers d’euros de travaux et de perte de loyers.

2

Locataire commercial transformant un local en open space

Vous louez un bureau dans un immeuble haussmannien à Paris 8e pour votre start-up. Avec l’accord oral du propriétaire, vous décloisonnez les espaces. Le syndic proteste : le règlement interdit toute modification des murs sans autorisation de l’assemblée générale.

Application pratique:

La décision de 2004 vous protège : votre bailleur ne peut pas vous reprocher une infraction que vous ignoriez et qu’il a lui‑même permise. Toutefois, pour éviter un litige, exigez une autorisation écrite avant tout coup de marteau. En cas de contestation, vous pourrez engager la responsabilité du bailleur s’il n’a pas respecté son obligation d’information.

3

Copropriétaire confronté à un locataire du dessous

Dans votre copropriété de la rue de Rivoli, le local commercial du rez-de-chaussée a été loué. Le locataire a éventré un mur, provoquant des fissures dans votre appartement. Le syndic vous indique que le locataire ignorait l’existence d’un règlement de copropriété.

Application pratique:

Votre recours doit se diriger contre le copropriétaire-bailleur, non contre le locataire. Vous pouvez exiger du bailleur qu’il fasse cesser les troubles et répare les dégâts, sur le fondement de l’article 14 de la loi du 10 juillet 1965 qui l’oblige à respecter le règlement. Si nécessaire, l’assemblée générale pourra voter une action en justice contre lui. En attendant, exigez du syndic qu’il transmette le règlement au locataire pour faire cesser l’infraction.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

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