Décision de référence : cc • N° 09-15.554 • 2010-09-08 • Consulter la décision →
Imaginez : vous venez d'acheter un appartement à Le Barcarès, dans une résidence avec piscine et jardins. Vous recevez votre titre de propriété, et là, surprise : il mentionne des "lots" et un "état descriptif de division". Vous vous demandez : suis-je en copropriété ? Et si oui, quelles sont les parties communes ? Cette question, apparemment simple, a donné lieu à un contentieux important, tranché par la Cour de cassation dans un arrêt du 8 septembre 2010. Mais qu'a-t-elle décidé exactement ? Et surtout, qu'est-ce que ça change pour vous ?
La Cour de cassation a cassé une décision de la cour d'appel qui avait reconnu l'existence d'une copropriété au seul motif qu'un état descriptif de division avait été publié, sans vérifier s'il existait réellement des parties communes. undefined avoir un document qui divise un immeuble en lots ne suffit pas à créer une copropriété. Il faut, en plus, que ces lots soient liés par des parties communes (couloirs, toiture, terrain…). Cette décision est fondamentale pour tous ceux qui possèdent ou envisagent d'acquérir un bien dans un ensemble immobilier divisé en lots, comme c'est souvent le cas dans les zones touristiques comme Prades ou Le Barcarès.
Pourquoi cette distinction est-elle si importante ? Parce que le régime de la copropriété (loi de 1965) impose des règles strictes : assemblées générales, charges, quote-part, etc. Si l'on vous applique ce régime sans que les conditions soient réunies, vous pouvez contester. À l'inverse, si vous êtes en copropriété sans le savoir, vous risquez de ne pas pouvoir faire valoir vos droits sur les parties communes. undefined, cette décision clarifie le périmètre d'application de la loi, et elle a des conséquences pratiques immédiates.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire à Le Barcarès d'un ensemble immobilier composé de plusieurs bâtiments, avait divisé ses constructions en lots (par exemple, des appartements, des parkings, des commerces) et publié un état descriptif de division au bureau des hypothèques. Parmi ces lots, six avaient été attribués à M. Y. Celui-ci a ensuite cédé les lots 4, 7 et 8 à Mme Z. Plus tard, le lot 7 a été divisé en deux nouveaux lots (9 et 10), supprimant ainsi le lot 7 initial. Mme Z s'est donc retrouvée propriétaire de plusieurs lots dans cet ensemble.
Un désaccord est survenu entre les propriétaires : certains estimaient qu'ils étaient en copropriété, d'autres non. L'affaire est portée devant la cour d'appel, qui, se basant sur l'état descriptif de division et les actes de vente successifs, déclare qu'il existe bien une copropriété entre les propriétaires des lots, une "copropriété en volume". En substance, la cour d'appel considère que le simple fait d'avoir divisé l'immeuble en lots et de les avoir vendus à des personnes différentes crée automatiquement une copropriété.
Mais ce n'est pas si simple. Les propriétaires contestataires se pourvoient en cassation. Ils soutiennent qu'il n'y a pas de parties communes, et donc pas de copropriété. La Cour de cassation leur donne raison : elle censure la cour d'appel pour n'avoir pas caractérisé l'existence de parties communes. undefined, la cour d'appel n'a pas vérifié si les lots étaient reliés par des éléments communs (toiture, murs porteurs, sols, etc.). Sans cette vérification, la qualification de copropriété est infondée.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
Le cœur du problème juridique est le suivant : pour qu'il y ait copropriété au sens de la loi du 10 juillet 1965, il faut à la fois une division de l'immeuble en lots (chacun comprenant une partie privative et une quote-part de parties communes) et l'existence de parties communes. La Cour de cassation rappelle ce principe fondamental : « Ne donne pas de base légale à sa décision la cour d'appel qui, pour dire que des constructions sont soumises au régime de la copropriété, constituant une "copropriété en volume", retient qu'il résulte d'un état descriptif de division, publié au bureau des hypothèques, que ces constructions ont été divisées en lots, attribués à plusieurs copropriétaires, sans caractériser l'existence de parties communes. »
En d'autres termes, la publication d'un état descriptif de division n'est qu'une formalité. Elle ne crée pas, à elle seule, le régime de la copropriété. Il faut prouver que des parties communes existent matériellement et juridiquement. Dans cette affaire, la cour d'appel n'a pas recherché si les lots partageaient des éléments communs (accès, toiture, fondations, etc.). Elle s'est contentée de l'existence d'une division en lots. C'est insuffisant.
Ce raisonnement s'inscrit dans la jurisprudence constante de la Cour de cassation : elle exige une analyse concrète de la configuration des lieux. Attention toutefois : il ne s'agit pas d'un revirement, mais d'une confirmation. Les juges du fond doivent vérifier au cas par cas si les conditions de la copropriété sont réunies. undefined, c'est que cette décision s'applique aussi aux "copropriétés en volume", c'est-à-dire à des ensembles immobiliers complexes (plusieurs bâtiments, niveaux différents) où la notion de parties communes peut être moins évidente.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Cette décision a des implications très concrètes pour les propriétaires, les acquéreurs et même les professionnels de l'immobilier.
Si vous êtes propriétaire d'un lot dans un ensemble immobilier (par exemple un appartement dans une résidence à Prades) : vous devez vérifier si votre bien est réellement soumis au régime de la copropriété. Ne vous fiez pas uniquement à l'état descriptif de division. Regardez votre règlement de copropriété (s'il existe) et surtout, examinez la configuration des lieux : y a-t-il des parties communes ? Si non, vous pourriez contester l'application de la loi de 1965, ce qui peut avoir des conséquences sur le paiement des charges, la tenue d'assemblées générales, etc.
Si vous êtes acquéreur : avant de signer un compromis de vente, demandez à voir le règlement de copropriété et l'état descriptif de division. Mais surtout, assurez-vous que les parties communes sont clairement identifiées. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des acquéreurs se sont retrouvés avec des charges de copropriété élevées sans avoir jamais été convoqués à une assemblée générale, car le bien n'était pas en copropriété. Exemple concret : à Prades, un client a acheté un lot dans un ancien corps de ferme divisé en trois appartements. L'état descriptif de division mentionnait des lots, mais il n'y avait pas de parties communes (chaque appartement avait son entrée indépendante, pas de toiture commune). La Cour de cassation aurait dit : pas de copropriété. Résultat : mon client a pu éviter de payer des charges indues.
Si vous êtes bailleur : cette décision peut affecter la répartition des charges entre locataires. En copropriété, certaines charges sont récupérables (entretien des parties communes, etc.). Si le régime de copropriété n'est pas applicable, la répartition des charges doit être prévue au contrat de location, sous peine d'être contestée.
En pratique, si vous avez un doute, n'hésitez pas à consulter un avocat spécialisé. Une simple analyse de votre titre de propriété et des documents annexes peut vous éviter bien des déboires.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez l'existence de parties communes avant d'acheter. Ne vous fiez pas uniquement à l'état descriptif de division. Rendez-vous sur place, repérez les éléments communs (escaliers, couloirs, toiture, jardin, etc.). Si aucun espace n'est partagé, il n'y a probablement pas de copropriété.
- Exigez un règlement de copropriété lors de la vente. Le règlement de copropriété est le document qui définit les droits et obligations des copropriétaires. S'il n'existe pas, ou s'il est incomplet, cela peut être un signe que le bien n'est pas en copropriété. Dans ce cas, demandez au vendeur de clarifier la situation.
- Faites appel à un notaire compétent. Le notaire est tenu de vous informer sur le statut juridique du bien. N'hésitez pas à lui poser des questions précises : « Y a-t-il des parties communes ? Suis-je en copropriété ? » S'il hésite, demandez un avis juridique complémentaire.
- Conservez tous les documents. En cas de litige, l'état descriptif de division, le règlement de copropriété, les actes de vente et les correspondances sont essentiels. Faites-les numériser et classez-les soigneusement.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une jurisprudence plus large sur la notion de copropriété. Par exemple, dans un arrêt du 3 mars 2010 (n° 09-10.398), la Cour de cassation avait déjà jugé que l'existence d'un état descriptif de division ne suffit pas à caractériser une copropriété, en l'absence de parties communes. Plus récemment, en 2018, la Cour a rappelé que la copropriété ne peut résulter que de la volonté des parties ou de la configuration des lieux, et non d'une simple formalité administrative.
La tendance des tribunaux est donc claire : ils exigent une analyse concrète et rigoureuse. Cela signifie que, pour les ensembles immobiliers complexes (comme les résidences de tourisme, les centres commerciaux, etc.), il est impératif de rédiger des règlements de copropriété précis et de décrire avec soin les parties communes. À défaut, le régime de copropriété pourrait être écarté, ce qui entraînerait des difficultés de gestion.
Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que les juges soient de plus en plus stricts sur ce point. Si vous êtes impliqué dans une opération immobilière (promoteur, notaire, avocat), soyez vigilant : un état descriptif de division mal rédigé ou incomplet peut remettre en cause l'ensemble du montage.
Ce que vous devez retenir absolument
FAQ : 5 questions clés
- Q : Un état descriptif de division suffit-il à créer une copropriété ? R : Non. La Cour de cassation exige en plus l'existence de parties communes. Sans elles, il n'y a pas de copropriété.
- Q : Comment savoir si mon bien est en copropriété ? R : Vérifiez votre titre de propriété, l'état descriptif de division et le règlement de copropriété. Surtout, examinez les lieux : y a-t-il des parties communes (couloir, toit, jardin) ? Si non, vous n'êtes probablement pas en copropriété.
- Q : Que faire si je suis en copropriété sans le savoir ? R : Consultez un avocat. Vous pourriez contester l'application de la loi de 1965 et récupérer des charges indûment payées.
- Q : Quels sont les risques si je ne suis pas en copropriété mais que je me comporte comme tel ? R : Vous pourriez être poursuivi pour violation des règles de copropriété (par exemple, décision unilatérale sur les parties communes). À l'inverse, vous pourriez être privé de droits sur ces parties.
- Q : Puis-je créer une copropriété volontairement ? R : Oui, par un acte notarié établissant un règlement de copropriété et un état descriptif de division, à condition qu'il y ait des parties communes.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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