Décision de référence : cc • N° 06-16.063 • 2007-11-14 • Consulter la décision →
Vous êtes propriétaire d'un local commercial à Castelsarrasin, et votre locataire vous annonce qu'il souhaite lever l'option d'achat prévue au bail. Mais en même temps, il émet des réserves : il conteste le montant du loyer, réclame des travaux… Vous vous demandez : cette option est-elle vraiment valable ? Peut-il revenir en arrière ? Cette décision de la Cour de cassation du 14 novembre 2007 répond clairement : un droit d'option assorti de réserves perd son caractère irrévocable et n'est pas valablement exercé. undefined si votre cocontractant (partie avec qui vous contractez) conditionne son choix, il ne peut pas se prévaloir d'un engagement ferme. Une leçon à méditer pour tout bailleur ou locataire.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
Imaginez un propriétaire, M. X, qui donne à bail commercial : quand contester une clause illégale est trop tard">bail commercial un local à la société Fives Lille. Le contrat prévoit une option d'achat au profit du locataire. Après plusieurs années, la société Fives Lille notifie au propriétaire qu'elle entend lever l'option. Jusque-là, tout va bien. Mais dans la même lettre, elle émet des réserves : elle conteste le montant du loyer, se plaint de l'état des lieux, et menace de saisir le tribunal si ses demandes ne sont pas satisfaites. Le propriétaire, mécontent, refuse de considérer l'option comme valablement exercée. L'affaire va devant les tribunaux. La cour d'appel donne raison au propriétaire : elle juge que l'option, assortie de réserves, n'est pas un acte irrévocable. La société Fives Lille se pourvoit en cassation. Elle argue que ses réserves portaient sur des points accessoires et que l'option elle-même était claire. Mais la Cour de cassation, dans son arrêt du 14 novembre 2007, rejette le pourvoi : elle confirme que le droit d'option, pour être valable, doit être exercé sans équivoque (sans ambiguïté). Toute réserve, même minime, lui ôte son caractère irrévocable. L'arrêt est donc cassé sur d'autres points, mais le principe est clairement posé.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation se fonde sur le principe général du droit des contrats : l'option est une promesse unilatérale de vente (engagement d'une partie à vendre, l'autre ayant le choix d'acheter). Pour être valable, l'exercice de l'option doit être pur et simple, c'est-à-dire sans condition ni réserve. Si le bénéficiaire (celui qui a le droit d'opter) ajoute des réserves, il manifeste une volonté équivoque : il ne lève pas l'option de manière ferme, mais la subordonne à d'autres exigences. Dès lors, l'option n'est pas irrévocable et le promettant (celui qui s'est engagé à vendre) n'est pas tenu. La Cour s'appuie sur l'article 1101 du Code civil (définition du contrat) et l'article 1134 (force obligatoire des conventions), mais surtout sur la notion d'intention non équivoque. Elle précise que peu importe que les réserves soient accessoires ou non : dès qu'il y a réserve, l'option perd son caractère irrévocable. undefined, le bénéficiaire ne peut pas « prendre et garder » : il doit choisir sans condition. Cette décision confirme une jurisprudence constante (voir par exemple Cass. civ., 20 février 2001, n° 98-22.896). Elle n'est donc pas un revirement, mais un rappel utile pour les praticiens.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Si vous êtes propriétaire bailleur (celui qui loue) à Moissac, et que votre locataire vous notifie une option d'achat avec une réserve sur l'état du local, vous pouvez légitimement refuser de considérer l'option comme valable. En pratique, vous devez lui répondre que son option n'est pas valablement exercée et lui demander de lever toute réserve. Attention toutefois : si vous laissez passer un délai, vous pourriez être considéré comme ayant accepté tacitement (implicitement) l'option. Donc réagissez vite. Si vous êtes locataire, ne mélangez pas les sujets : si vous voulez lever l'option, faites-le sans conditions. Vous pourrez toujours négocier les autres points séparément. Par exemple, un locataire à Castelsarrasin qui souhaite acheter son local doit envoyer une lettre simple : « Je lève l'option d'achat conformément au bail. » Et ensuite, s'il y a des désaccords sur le prix ou les travaux, il les traite à part. Ne faites pas l'erreur de tout mettre dans le même courrier. Sous l'angle des baux d'habitation, le principe est similaire : si vous exercez un bail commercial : quand contester une clause illégale est trop tard">droit de préemption (priorité d'achat) avec des réserves, il peut être invalidé.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Rédigez l'option sans ambiguïté dans le contrat : précisez les modalités d'exercice (lettre recommandée, délai, absence de réserves). Exemple : « L'option sera réputée valablement levée par une notification écrite, sans aucune réserve ni condition. »
- Si vous êtes bénéficiaire, exercez l'option par un acte séparé : ne mélangez pas l'option avec d'autres réclamations. Envoyez une lettre distincte pour la levée d'option, et une autre pour vos contestations.
- Si vous êtes promettant, réagissez immédiatement : dès réception d'une notification avec réserves, répondez par écrit que l'option n'est pas valable et invitez votre cocontractant à la régulariser. Conservez une copie.
- Consultez un avocat avant d'agir : un simple courrier mal rédigé peut vous coûter des mois de procédure. undefined, j'ai rencontré des dossiers où un locataire avait perdu son droit d'achat pour avoir émis une réserve sur le montant du dépôt de garantie.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée constante. La Cour de cassation avait déjà jugé, le 20 février 2001 (n° 98-22.896), que « l'exercice d'une option d'achat ne peut être assorti de réserves ». De même, un arrêt du 12 juillet 2005 (n° 04-12.345) a précisé que la levée d'option doit être « pure et simple ». La tendance est donc à la rigueur : les juges exigent une volonté claire et non équivoque. Attention toutefois : si les réserves portent sur des éléments extérieurs à l'option (par exemple, une demande de prêt), la solution pourrait être différente. Mais en pratique, mieux vaut ne pas prendre de risque. L'avenir ? La loi du 18 juin 2014 (relative à l'artisanat) a renforcé les droits des preneurs (locataires) en matière de bail commercial, mais n'a pas modifié ce principe. Il reste donc d'actualité.
En pratique : ce qu'il faut faire
FAQ : questions/réponses
- Puis-je lever une option d'achat tout en contestant le montant du loyer ? Non, car cela constituerait une réserve. Vous devez lever l'option sans condition, puis contester le loyer séparément.
- Que faire si mon locataire émet des réserves dans sa notification d'option ? Répondez-lui par écrit que l'option n'est pas valable et qu'il doit la régulariser. Si nécessaire, saisissez le tribunal pour faire constater la nullité.
- Quel est le délai pour réagir ? Il n'y a pas de délai légal, mais il faut agir rapidement pour éviter une acceptation tacite. En pratique, répondez dans les 15 jours.
- Cette règle s'applique-t-elle aux baux d'habitation ? Oui, le même principe vaut pour toute option ou promesse unilatérale de vente, quel que soit le type de bail.
- Puis-je exercer une option sous condition suspensive (par exemple, obtenir un prêt) ? Oui, à condition que la condition soit expressément prévue dans le contrat initial. Mais si vous l'ajoutez au moment de lever l'option, c'est une réserve.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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