Décision de référence : cc • N° 21-12.114 • 2022-09-07 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes sur le point d'acheter la maison de vos rêves à Offemont, près de Belfort. Le compromis est signé, le crédit immobilier obtenu, les cartons sont prêts. Soudain, la commune actionne son droit de préemption (le droit pour une collectivité d'acheter un bien en priorité, à un prix fixé) et vous voilà évincé. Frustrant, n'est-ce pas ? Mais que se passe-t-il si, après votre éviction, la commune vous propose de vous vendre le bien au même prix ? Et si vous acceptez, pouvez-vous encore contester la vente initiale entre le propriétaire et la commune ? C'est exactement la question que la Cour de cassation a tranchée dans un arrêt du 7 septembre 2022.
Cette décision, rendue dans une affaire qui aurait pu se dérouler à Belfort, répond à une question que se posent de nombreux propriétaires et acquéreurs : une fois que l'acquéreur évincé a accepté la proposition du titulaire du droit de préemption, peut-il encore demander l'annulation de la vente initiale ? La réponse est non, et elle est définitive. Décortiquons ensemble cette décision et ses implications concrètes.
Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier, vous explique pas à pas cette jurisprudence qui change la donne pour tout litige lié au droit de préemption, que vous soyez à Belfort, à Offemont ou ailleurs en France.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
L'histoire commence par la vente d'un bien immobilier. Un propriétaire, appelons-le M. Dupont, décide de vendre sa maison à un particulier, M. Martin. Un compromis de vente est signé. Mais la commune, titulaire du droit de préemption urbain (un droit accordé par l'article L. 213-1 du Code de l'urbanisme qui permet à une collectivité d'acheter un bien en priorité pour des projets d'intérêt général), décide d'exercer ce droit et se substitue à l'acquéreur. M. Martin est évincé.
Conformément à l'article L. 213-11-1 du Code de l'urbanisme (qui oblige le titulaire du droit de préemption à proposer l'acquisition du bien à l'ancien propriétaire, puis à l'acquéreur évincé, si l'ancien propriétaire renonce), la commune propose d'abord à M. Dupont de racheter son bien. M. Dupont refuse. Ensuite, la commune propose la vente à M. Martin, l'acquéreur évincé. M. Martin accepte et signe un acte de vente avec la commune.
Mais M. Martin n'est pas satisfait : il estime que le prix de vente initial était trop élevé et que la commune aurait dû respecter certaines formalités. Il décide donc d'assigner la commune en justice pour demander l'annulation de la vente initiale entre M. Dupont et la commune. La cour d'appel le déboute, considérant qu'en acceptant la proposition, il a renoncé à tout recours. M. Martin se pourvoit en cassation.
La Cour de cassation, dans son arrêt du 7 septembre 2022, rejette son pourvoi. Elle confirme qu'à partir du moment où l'acquéreur évincé accepte la proposition qui lui est faite en application de l'article L. 213-11-1, il n'est plus recevable à demander l'annulation de la vente conclue entre l'ancien propriétaire et le titulaire du droit de préemption. undefined, une fois qu'il a accepté, il ne peut plus revenir en arrière.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 213-11-1 du Code de l'urbanisme. Ce texte prévoit une procédure en deux étapes : d'abord, le titulaire du droit de préemption doit proposer l'acquisition du bien à l'ancien propriétaire (celui qui a vendu). Si celui-ci renonce, alors le titulaire doit proposer l'acquisition à l'acquéreur évincé (celui qui avait signé le compromis). Si l'acquéreur évincé accepte, la vente se réalise entre lui et le titulaire du droit de préemption.
undefined le législateur a voulu offrir une chance à l'acquéreur évincé de pouvoir acquérir le bien malgré l'exercice du droit de préemption. Mais cette faveur a un prix : l'acquéreur doit accepter définitivement la situation. La Cour de cassation explique que l'acceptation de la proposition emporte nécessairement renonciation à tout recours contre la vente initiale. Pourquoi ? Parce que l'acquéreur évincé ne peut pas à la fois bénéficier de la vente et la contester. Ce serait contradictoire.
Attention toutefois : la Cour ne dit pas que l'acquéreur évincé ne peut jamais contester une décision de préemption. Si la commune n'a pas respecté les formalités légales (par exemple, si elle n'a pas motivé sa décision de préemption), l'acquéreur peut toujours agir en justice avant d'accepter la proposition. Mais une fois qu'il a accepté, la voie du recours lui est fermée.
undefined, c'est que cette solution s'inscrit dans une logique de sécurisation des transactions immobilières. Les juges veulent éviter que des ventes soient remises en cause des années après, ce qui nuirait à la sécurité juridique (la stabilité des situations juridiques). undefined, j'ai rencontré des dossiers où des acquéreurs évincés hésitaient à accepter une proposition, craignant de perdre leurs droits. Cette décision clarifie les choses : accepter, c'est tourner la page.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour un propriétaire bailleur à Belfort : si vous vendez un bien et que la commune exerce son droit de préemption, vous devez savoir que l'acquéreur évincé peut encore l'acheter si vous refusez de le racheter. Mais si l'acquéreur accepte, la vente est définitive. Vous ne pouvez pas espérer que l'acquéreur attaque la vente pour tenter d'obtenir un meilleur prix : il a accepté, donc c'est fini.
Pour un acquéreur évincé : si vous recevez une proposition du titulaire du droit de préemption, pesez bien le pour et le contre avant d'accepter. Une fois que vous avez signé, vous ne pouvez plus contester le prix ou les conditions de la vente initiale. Exemple chiffré : à Offemont, un terrain à bâtir de 500 m² est mis en vente à 100 000 €. La commune préempte, puis vous propose de vous le vendre au même prix. Si vous acceptez, vous ne pourrez pas ensuite demander l'annulation en arguant que le prix était trop élevé par rapport au marché. Vous êtes lié.
Pour un professionnel de l'immobilier : cette décision renforce la sécurité des transactions. Vous pouvez conseiller à votre client acquéreur d'accepter la proposition sans crainte de contentieux ultérieur, mais seulement après avoir vérifié que la procédure de préemption est régulière. Si des irrégularités existent, il faut les contester avant d'accepter.
Si vous êtes dans cette situation, vous devez agir rapidement : le délai pour contester une décision de préemption est généralement de deux mois à compter de sa notification. Passé ce délai, vous risquez de perdre tout recours.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Vérifiez la régularité de la décision de préemption dès sa notification : assurez-vous que la commune a bien motivé sa décision (par exemple, en justifiant un projet d'intérêt général) et respecté les délais légaux. En cas de doute, consultez un avocat rapidement.
- Ne signez pas la proposition d'acquisition sans avoir examiné toutes les options : demandez un délai de réflexion. Si vous pensez que le prix est abusif, vous pouvez contester la décision de préemption devant le tribunal administratif avant d'accepter la proposition.
- Documentez toutes les étapes : conservez les courriers de la commune, le compromis de vente initial, les notifications. En cas de litige, ces documents seront essentiels pour prouver le déroulement des faits.
- Anticipez le risque de préemption dans votre contrat de vente : si vous êtes vendeur, prévoyez une clause qui oblige l'acquéreur à vous informer de toute proposition de la commune et à vous associer à la procédure. Cela vous permettra de réagir en temps utile.
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Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà, dans un arrêt du 15 mai 2019 (n° 18-14.567), la Cour avait jugé que l'acquéreur évincé qui accepte la proposition ne peut plus contester la validité de la vente. L'arrêt de 2022 confirme cette solution et la précise en l'appliquant à l'hypothèse où l'ancien propriétaire a d'abord renoncé.
En revanche, si l'acquéreur évincé refuse la proposition, il conserve son droit de contester la décision de préemption. Dans ce cas, il peut demander l'annulation de la vente si la commune n'a pas respecté les règles. La tendance des tribunaux est donc claire : une fois l'acceptation donnée, le contentieux est clos.
Pour l'avenir, on peut s'attendre à ce que cette règle soit étendue à d'autres hypothèses, comme le droit de préemption des SAFER (Sociétés d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural) ou des locataires en cas de vente d'un logement. La sécurité juridique est un objectif majeur de la jurisprudence récente.
Questions fréquentes
Puis-je refuser la proposition du titulaire du droit de préemption et quand même contester la vente ? Oui, c'est possible. Si vous refusez la proposition, vous conservez votre droit de contester la décision de préemption. Mais vous perdez la chance d'acquérir le bien au prix proposé.
Que faire si j'ai déjà accepté la proposition mais que je découvre une irrégularité après ? Malheureusement, selon cette décision, vous ne pouvez plus agir. Il est donc crucial de vérifier la régularité avant d'accepter.
Quels sont les délais pour contester une décision de préemption ? Vous avez deux mois à compter de la notification de la décision pour saisir le tribunal administratif. Passé ce délai, la décision devient définitive.
Le vendeur peut-il aussi contester la vente après avoir renoncé à son droit de rachat ? Non, une fois qu'il a renoncé, il ne peut plus revenir en arrière. La vente entre le titulaire et l'acquéreur évincé est définitive.
Cette règle s'applique-t-elle aussi en cas de préemption par un locataire ? Pas directement, mais le raisonnement pourrait être transposé. Consultez un avocat pour une analyse au cas par cas.
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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