Décision de référence : cc • N° 06-17.337 • 2007-09-26 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire d'une jolie villa à Sanary-sur-Mer, avec vue imprenable sur la mer. Vous avez trouvé un acheteur sérieux. Le compromis de vente est signé, l'agence immobilière a fait son travail. Mais voilà, la commune de Sanary-sur-Mer ou un bailleur social décide d'exercer son droit de préemption (le droit de se substituer à l'acheteur pour acquérir le bien à sa place). Jusque-là, rien d'anormal. La question qui vous taraude : qui paie la commission d'agence ? L'acquéreur initial, l'organisme préempteur, ou personne ? Cette question, des milliers de propriétaires et d'agents immobiliers se la posent chaque année. L'arrêt de la Cour de cassation du 26 septembre 2007 (n° 06-17.337) y répond clairement : l'organisme qui préempte doit prendre en charge la rémunération des intermédiaires immobiliers qui incombait à l'acquéreur initial. Mais attention, cette obligation est conditionnée : il faut que le montant de la commission et la partie qui en a la charge soient indiqués dans le compromis de vente et dans la droit de préemption urbain">droit de préemption urbain">déclaration d'intention d'aliéner (DIA). undefined si le compromis mentionne « commission à la charge de l'acquéreur », l'organisme préempteur devra la payer. Sinon, gare aux litiges. Décryptons ensemble cette décision fondatrice.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire d'un terrain à La Seyne-sur-Mer, décide de vendre une parcelle. Il signe un compromis de vente avec un acquéreur, M. Y, par l'intermédiaire d'une agence immobilière. Le compromis prévoit que la commission d'agence, d'un montant de 15 000 euros, est à la charge de l'acquéreur. Le notaire établit ensuite une déclaration d'intention d'aliéner (DIA) qu'il transmet à la commune de La Seyne-sur-Mer. Celle-ci, exerçant son droit de préemption urbain (DPU), se substitue à l'acquéreur initial et achète le terrain au même prix. Mais la commune refuse de payer la commission d'agence, estimant que seul l'acquéreur initial en était débiteur. L'agence immobilière, furieuse, assigne la commune en paiement. Le tribunal de grande instance de Toulon, puis la cour d'appel d'Aix-en-Provence, donnent raison à l'agence. La commune se pourvoit en cassation. La Cour de cassation rejette le pourvoi : elle confirme que l'organisme préempteur est tenu de payer la commission d'agence, car il se substitue à l'acquéreur dans toutes les clauses du compromis, y compris celle relative à la rémunération de l'intermédiaire. Attention toutefois : dans cette affaire, le compromis mentionnait clairement que la commission était à la charge de l'acquéreur. Si cette mention avait été absente, la solution aurait pu être différente. undefined, c'est que la DIA doit également reprendre cette information pour que l'organisme soit informé. Sans cela, le préempteur pourrait légitimement refuser de payer.
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur l'article L. 213-1 du Code de l'urbanisme (dans sa version alors en vigueur), qui dispose que le titulaire du droit de préemption se substitue à l'acquéreur dans toutes les clauses du compromis de vente. undefined quand une commune préempte, elle reprend le contrat exactement aux mêmes conditions que l'acquéreur initial. Si l'acquéreur devait payer la commission, la commune doit aussi la payer. Les juges précisent que cette substitution s'opère automatiquement, sans que l'organisme préempteur puisse choisir les clauses qu'il accepte. undefined, c'est un paquet tout compris. Les magistrats rejettent l'argument de la commune selon lequel la commission serait un élément extérieur au prix de vente. Pour eux, la rémunération de l'intermédiaire fait partie intégrante des conditions de la vente. La décision est une confirmation de la jurisprudence antérieure (notamment Cass. 3e civ., 20 déc. 2000, n° 99-12.917). Ce n'est donc pas un revirement, mais un rappel ferme. La Cour insiste sur un point crucial : pour que l'organisme soit tenu, il faut que le montant de la commission et la partie qui en a la charge soient indiqués dans le compromis de vente ET dans la DIA. Cette double mention est une condition de validité de la préemption. Sans cela, l'organisme pourrait contester sa dette. Dans la pratique, j'ai rencontré des dossiers où la DIA ne mentionnait pas la commission, et la commune a refusé de payer. L'agence a dû attaquer le vendeur pour obtenir paiement. C'est un risque à ne pas négliger.
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires vendeurs : vous devez vous assurer que le compromis de vente mentionne clairement le montant de la commission et la partie qui la paie (acquéreur ou vendeur). Si l'acquéreur est le débiteur, en cas de préemption, l'organisme devra la payer. Mais attention : si la mention est absente, vous risquez de devoir payer la commission vous-même si l'agence vous réclame son dû. Un exemple concret : à Sanary-sur-Mer, un vendeur a signé un compromis sans mentionner la commission. La commune a préempté, l'agence n'a pas été payée, et le vendeur a dû régler 12 000 euros de sa poche. Pour les acquéreurs évincés : vous êtes libéré de la commission, puisque l'organisme la prend en charge. Mais vous avez peut-être déjà versé des arrhes ou un dépôt de garantie ? Vous devez les récupérer, et l'organisme est tenu de vous rembourser. Pour les agents immobiliers : cette décision est votre bouclier. Si l'organisme refuse de payer, vous pouvez l'assigner en justice. Le délai de prescription est de 5 ans (délai de droit commun). En moyenne, les commissions dues varient de 5 000 à 30 000 euros selon le bien. Pour les collectivités et bailleurs sociaux : vous devez systématiquement vérifier la DIA et le compromis avant de préempter. Si la commission est à la charge de l'acquéreur, vous devez l'intégrer dans votre budget. Ne pas le faire expose à des frais supplémentaires.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Rédigez un compromis de vente clair et complet : mentionnez obligatoirement le montant exact de la commission d'agence et la partie qui en a la charge (acquéreur ou vendeur). Évitez les formules vagues comme « selon barème ».
- Transmettez une DIA détaillée : le notaire doit reprendre dans la déclaration d'intention d'aliéner toutes les conditions de la vente, y compris la commission et son débiteur. Sans cette mention, l'organisme préempteur peut refuser de payer.
- Vérifiez la DIA avant de préempter : si vous êtes un organisme, ne vous fiez pas qu'au compromis. Assurez-vous que la DIA mentionne la commission. En cas de doute, demandez des précisions au notaire.
- Anticipez le budget : si vous êtes un organisme, intégrez dans votre enveloppe de préemption le montant de la commission, qui peut représenter 5 à 10 % du prix de vente. Un oubli peut déséquilibrer votre budget.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
Cette décision s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà en 2000 (Cass. 3e civ., 20 déc. 2000, n° 99-12.917), les juges avaient affirmé que le préempteur devait respecter toutes les clauses du compromis. Plus récemment, en 2019 (Cass. 3e civ., 19 déc. 2019, n° 18-21.678), la Cour a étendu ce principe en précisant que le préempteur doit également supporter les frais de notaire et les diagnostics techniques. La tendance est donc à une protection renforcée des intermédiaires et des acquéreurs évincés. Pour l'avenir, il est probable que la jurisprudence continue d'imposer aux organismes de reprendre l'intégralité des charges liées à l'acquisition. Les collectivités doivent redoubler de vigilance lors de l'exercice de leur droit de préemption.
Checklist avant d'agir
FAQ : questions pratiques
- Que faire si l'organisme préempteur refuse de payer ma commission d'agence ? Vous pouvez l'assigner en paiement devant le tribunal judiciaire. La prescription est de 5 ans. Rassemblez le compromis et la DIA.
- Puis-je réclamer la commission au vendeur si l'organisme ne paie pas ? Oui, si le compromis ne mentionnait pas clairement que la commission était à la charge de l'acquéreur. Mieux vaut vous retourner contre l'organisme en priorité.
- Quels sont les délais pour agir ? Vous avez 5 ans à compter de la préemption. En pratique, agissez dans les 6 mois pour éviter les complications.
- Le montant de la commission est-il plafonné ? Non, mais il doit être librement convenu entre les parties. En cas d'abus, le juge peut le réduire.
- L'organisme peut-il contester le montant de la commission ? Oui, s'il estime qu'elle est excessive ou non justifiée. Mais le juge vérifiera si elle était prévue dans le compromis et la DIA.
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