Décision de référence : cc • N° 13-21.824 • 2014-09-17 • Consulter la décision →
Imaginez : vous êtes propriétaire à Septèmes-les-Vallons. Vous avez reçu une offre d'achat intéressante pour votre maison. Conformément à la loi, vous déclarez votre intention de vendre à la mairie (c'est ce qu'on appelle la déclaration d'intention d'aliéner, ou DIA). Mais entre-temps, un autre acquéreur se présente avec un prix plus élevé, ou vous changez d'avis. Pouvez-vous encore vous rétracter ? Une question que tout propriétaire peut se poser, et à laquelle la Cour de cassation apporte une réponse claire dans un arrêt du 17 septembre 2014.
Dans cette décision, la Haute juridiction rappelle que la DIA n'est qu'une offre de vente, une simple pollicitation en termes juridiques, qui peut être retirée tant que la commune n'a pas officiellement accepté. undefined, le vendeur garde la main jusqu'au dernier moment. Ce qui semble logique, mais qui a des conséquences importantes pour les communes et les acquéreurs.
Mais alors, que se passe-t-il si la commune a déjà notifié sa décision de préempter ? Et si le vendeur se rétracte avant la notification ? L'arrêt de la Cour de cassation du 17 septembre 2014 (n° 13-21.824) est venu trancher ces questions. Décryptons ensemble cette décision et ses implications pratiques pour vous, propriétaires, locataires ou professionnels de l'immobilier à Marseille, Plan-de-Cuques ou ailleurs.
Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour
M. X, propriétaire à Septèmes-les-Vallons, décide de vendre son bien. Il adresse à la mairie une déclaration d'intention d'aliéner (DIA) le 25 mars 2004, conformément à l'article L. 213-2 du Code de l'urbanisme (qui impose au vendeur de notifier son intention de vendre à la commune pour qu'elle puisse exercer son droit de préemption). La mairie a alors deux mois pour répondre. Mais le 1er avril, M. X change d'avis : il envoie une lettre recommandée à la mairie pour annuler la vente. Cette lettre est réceptionnée en mairie le 3 avril. Or, le même jour, la mairie notifie à M. X sa décision de préempter le bien. Qui l'emporte ? La rétractation du vendeur ou la préemption de la commune ?
Le litige est porté devant les tribunaux. En première instance, le tribunal administratif donne raison à la commune, estimant que la préemption était valable. M. X fait appel. La cour administrative d'appel de Marseille, dans un arrêt du 23 juin 2011, annule la décision de préemption, considérant que la rétractation du vendeur, intervenue avant la notification de la préemption, était valable. La commune se pourvoit en cassation. La Cour de cassation, dans son arrêt du 17 septembre 2014, rejette le pourvoi et confirme l'arrêt de la cour d'appel.
Les juges ont donc dû déterminer le moment précis où la préemption devient effective. Est-ce à la date d'envoi de la notification, à sa réception, ou à un autre moment ? Et surtout, le vendeur peut-il se rétracter jusqu'à ce moment ?
Le raisonnement de la juridiction — décortiqué
La Cour de cassation s'appuie sur un principe fondamental : l'offre de vente (la DIA) n'est qu'une pollicitation, c'est-à-dire une offre révocable tant qu'elle n'a pas été acceptée. En droit des contrats, une offre peut être librement retirée avant que son destinataire ne l'ait acceptée (article 1116 du Code civil, dans sa rédaction antérieure à la réforme de 2016, mais le principe est le même). Transposé au droit de préemption, cela signifie que le vendeur peut renoncer à son intention d'aliéner tant que la commune n'a pas fait connaître sa décision de préempter. Et cette décision n'est opposable qu'à partir de sa notification au vendeur (article R. 213-8 du Code de l'urbanisme).
En l'espèce, la rétractation de M. X a été envoyée le 1er avril et réceptionnée le 3 avril. La commune a notifié sa préemption au plus tôt le 3 avril. La Cour en déduit que la préemption n'a pu prendre effet, car à la date de notification (ou même avant, si l'on considère la date d'envoi), le vendeur avait déjà manifesté son intention de ne plus vendre. La commune ne pouvait donc pas préempter un bien qui n'était plus à vendre.
Ce raisonnement est une application stricte du droit commun des contrats au droit administratif. Il confirme une jurisprudence antérieure (CE, 1999, Commune de Montreuil) mais en la précisant : c'est la date de notification de la préemption qui compte, non la date de la décision interne de la commune. Attention toutefois : si la commune avait notifié sa préemption avant la rétractation, le vendeur aurait été lié. Mais dans notre cas, la rétractation a précédé la notification.
Les magistrats écartent l'argument de la commune selon lequel la préemption serait parfaite dès l'adoption de la délibération en conseil municipal. Non, répond la Cour, tant que le vendeur n'a pas été informé, il peut encore se rétracter. Ce qui est logique : comment un vendeur pourrait-il être engagé par une décision qu'il ignore ?
Ce que ça change pour vous — concrètement
Pour les propriétaires bailleurs : vous pouvez changer d'avis après avoir déposé une DIA, mais uniquement avant que la commune ne vous notifie sa préemption. Par exemple, si vous recevez une meilleure offre d'un particulier après avoir déclaré votre intention de vendre, vous pouvez retirer votre bien de la vente, à condition que la mairie n'ait pas encore officiellement préempté. Mais attention : si la mairie a déjà envoyé son courrier, vous êtes lié. undefined, j'ai rencontré des dossiers où des vendeurs, pressés par une offre alléchante, ont voulu se rétracter après avoir reçu la notification de préemption : ils étaient contraints de vendre à la commune au prix déclaré.
Pour les acquéreurs (particuliers ou promoteurs) : soyez vigilants. Si vous signez une promesse de vente avec un propriétaire, mais que celui-ci a déjà fait une DIA, la commune peut préempter. Votre compromis n'est pas opposable à la commune. Vous pouvez toutefois vous porter acquéreur si la commune renonce ou si le vendeur se rétracte avant la préemption. À Plan-de-Cuques, un promoteur immobilier a perdu une opportunité car le vendeur s'est rétracté après avoir reçu une offre plus élevée, mais avant que la commune ne préempte. Le promoteur n'a pu que constater l'annulation de la vente.
Pour les locataires : le droit de préemption du locataire (dans le cadre de la vente d'un logement) suit des règles similaires. Le bailleur peut se rétracter tant que le locataire n'a pas accepté l'offre. Mais attention, le locataire dispose d'un délai de deux mois pour accepter ; si le bailleur se rétracte pendant ce délai, il peut être tenu à des dommages et intérêts si le locataire justifie d'un préjudice (frais de recherche, etc.).
Pour les communes : cette décision les incite à agir vite. Dès qu'elles reçoivent une DIA, elles doivent notifier leur décision rapidement pour éviter que le vendeur ne se rétracte. Un délai de 48 heures peut tout changer. En pratique, certaines communes envoient la notification le jour même de la réception de la DIA pour sécuriser leur préemption.
Quatre conseils pour éviter ce type de litige
- Si vous êtes vendeur : ne déposez une DIA que si vous êtes vraiment décidé à vendre. Si vous avez un doute, attendez d'avoir une offre ferme. Une rétractation peut être mal perçue par la commune et vous exposer à des poursuites pour abus de droit si la commune justifie d'un préjudice.
- Si vous êtes acheteur : vérifiez auprès de la mairie que le vendeur a bien déposé une DIA et que la commune n'a pas préempté. Vous pouvez aussi demander au vendeur de renoncer à la DIA (si possible) avant la signature du compromis.
- Si vous êtes une commune : mettez en place une procédure de notification rapide. Dès réception de la DIA, préparez la décision et notifiez-la sans attendre. Utilisez de préférence un courrier recommandé avec accusé de réception pour prouver la date de notification.
- En cas de rétractation : conservez tous les justificatifs (copie de la lettre de rétractation, preuve de dépôt, accusé de réception). En cas de litige, vous devrez prouver que votre rétractation est antérieure à la notification de la préemption.
Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions
L'arrêt du 17 septembre 2014 s'inscrit dans une lignée de décisions qui protègent la liberté du vendeur. Le Conseil d'État avait déjà jugé en 1999 (Commune de Montreuil) que la DIA n'est qu'une offre révocable. Mais la Cour de cassation va plus loin en précisant que la rétractation peut intervenir jusqu'à la notification de la préemption, même si la décision de préempter a déjà été prise en interne. Cette solution est aujourd'hui constante.
Une décision plus récente (CAA de Marseille, 2018, n° 16MA04562) a rappelé que la rétractation doit être expresse et non équivoque. Un simple silence ou une inaction ne suffit pas. Par ailleurs, si le vendeur se rétracte après avoir signé une promesse de vente avec un tiers, il s'expose à des dommages et intérêts envers ce tiers, mais cela n'affecte pas la validité de la rétractation vis-à-vis de la commune.
À l'avenir, les communes pourraient demander une réforme législative pour sécuriser leurs préemptions, par exemple en considérant la préemption parfaite dès l'adoption de la délibération. Mais pour l'instant, la jurisprudence est claire : le vendeur garde le dernier mot.
En pratique : ce qu'il faut faire
FAQ pratique
- Puis-je me rétracter après avoir déposé une DIA ? Oui, tant que la commune ne vous a pas notifié sa décision de préempter. Envoyez une lettre recommandée avec AR à la mairie pour annuler votre intention de vendre.
- Que faire si la commune préempte après ma rétractation ? Contestez la préemption devant le tribunal administratif. Vous aurez de bonnes chances d'obtenir son annulation si vous prouvez que votre rétractation est antérieure.
- La commune peut-elle me forcer à vendre si je me rétracte ? Non, si la rétractation est antérieure à la notification. Mais si elle est postérieure, vous êtes tenu de vendre.
- Quel est le délai pour se rétracter ? Le délai est celui de la mairie pour préempter (2 mois en général). Vous pouvez vous rétracter à tout moment avant la notification, même le dernier jour.
- Y a-t-il des frais en cas de rétractation ? Aucun frais direct, mais vous pourriez être condamné à des dommages et intérêts si la commune prouve un préjudice (ex. : frais d'étude de dossier).
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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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