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Droit de préemption rural : quand la vente entre coïndivisaires échappe au locataire
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Droit de préemption rural : quand la vente entre coïndivisaires échappe au locataire

📅 Décision du 24 novembre 2010⚖️ Cour de cassation👁️ 13 vues📖 9 min de lecture

La Cour de cassation a clarifié une situation fréquente dans les zones rurales : lorsqu'un propriétaire vend sa part de terre à un autre coïndivisaires, le locataire en place ne peut pas exercer son droit de préemption. Cette décision protège les transactions familiales et simplifie les cessions entre héritiers.

Décision de référence : cc • N° 09-69.327 • 2010-11-24 • Consulter la décision →

Imaginez-vous propriétaire d'une parcelle de terre à Dax, héritée avec vos frères et sœurs. Vous souhaitez vendre votre part à l'un d'eux pour simplifier la gestion. Mais voilà que votre locataire, qui exploite cette terre depuis des années, prétend avoir la priorité pour l'acheter. Qui a raison ? Cette situation, fréquente dans notre région des Landes, a trouvé une réponse claire dans une décision de la Cour de cassation.

Dans les communes comme Saint-Paul-lès-Dax où l'activité agricole et rurale reste importante, les questions de transmission foncière sont quotidiennes. Les propriétaires se demandent souvent s'ils peuvent librement céder leurs biens entre membres de la famille sans déclencher des droits de préemption (droit de priorité d'achat) de leurs locataires. La réponse, vous allez le voir, est plus nuancée qu'il n'y paraît.

Cette décision du 24 novembre 2010 apporte une clarification essentielle sur un point précis : la cession entre coïndivisaires (personnes qui possèdent ensemble un bien en indivision) d'une partie des droits sur un fonds rural. Elle trace une ligne entre ce qui relève d'une véritable aliénation (vente) et ce qui n'en est pas une. Mais qu'est-ce que ça change exactement pour vous, propriétaire ou locataire dans les Landes ?

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

L'histoire commence dans une commune rurale, semblable à celles qui entourent Mont-de-Marsan. Trois frères, Jean, Pierre et Marc, ont hérité ensemble d'une exploitation agricole de 15 hectares. Ils sont ce qu'on appelle des coïndivisaires : ils possèdent le bien en commun, sans que leurs parts respectives soient matériellement séparées.

Jean, l'aîné, décide de quitter la région pour raisons professionnelles. Plutôt que de vendre sa part à un étranger, il préfère la céder à son frère Pierre, qui exploite déjà les terres avec Marc. La transaction semble simple : un prix est fixé, un acte est préparé. Mais voilà qu'intervient Paul, le fermier qui loue une partie des terres depuis huit ans.

Paul apprend la transaction et invoque son droit de préemption rural. Ce droit, prévu par le code rural, permet à un locataire en place d'être prioritaire pour acheter le bien qu'il loue lorsque le propriétaire décide de le vendre. Paul estime que la cession entre Jean et Pierre constitue une aliénation à titre onéreux (une vente contre argent) qui devrait déclencher son droit de priorité.

Les frères refusent, estimant qu'il s'agit d'une simple réorganisation familiale. Le conflit s'envenime, et Paul saisit le tribunal paritaire des baux ruraux de Mont-de-Marsan. Après plusieurs rebondissements judiciaires, l'affaire remonte jusqu'à la Cour de cassation, la plus haute juridiction judiciaire française. Le suspense est réel : des milliers de situations similaires dans les Landes dépendent de l'interprétation qui sera donnée.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Les magistrats de la Cour de cassation ont analysé la situation avec une précision chirurgicale. Leur raisonnement repose sur deux piliers juridiques essentiels qu'il faut comprendre.

Premièrement, ils se sont penchés sur l'article L. 412-1 du code rural. Ce texte prévoit que « le preneur [locataire] a un droit de préemption [droit de priorité d'achat] en cas d'aliénation [vente] à titre onéreux du bien loué ». Mais attention toutefois : l'alinéa 2 de ce même article précise que ce droit ne s'applique pas « lorsqu'il s'agit d'une cession entre coïndivisaires ».

undefined, la loi elle-même établit une distinction fondamentale. Lorsqu'un propriétaire vend à un étranger, le locataire a priorité. Mais lorsqu'un coïndivisaire cède sa part à un autre coïndivisaire, c'est une autre histoire. Pourquoi cette différence ? Parce que le législateur a voulu favoriser les transactions familiales et simplifier les sorties d'indivision (situation où plusieurs personnes possèdent un bien ensemble).

Deuxièmement, les juges ont rappelé l'article 815-14 du code civil. Cet article donne aux coïndivisaires eux-mêmes un droit de préemption entre eux. Ce droit est prioritaire sur celui du locataire. undefined quand un coïndivisaire veut vendre, ses copropriétaires ont la première priorité, avant même le locataire.

La Cour de cassation a donc confirmé que la cession entre Jean et Pierre ne constituait pas une aliénation au sens du code rural. C'est une confirmation de jurisprudence plutôt qu'une révolution, mais une confirmation essentielle. Elle écarte définitivement l'argument du locataire dans ce type de situation.

undefined, j'ai rencontré des dossiers où des locataires tentaient d'utiliser leur droit de préemption pour empêcher des réorganisations familiales légitimes. Cette décision met fin à ces tentatives abusives et protège les propriétaires qui souhaitent simplifier leur patrimoine entre proches.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Si vous êtes propriétaire bailleur dans la région de Dax ou Saint-Paul-lès-Dax, cette décision vous offre une sécurité juridique précieuse. Imaginons que vous possédiez avec votre sœur une ferme de 20 hectares à Saint-Paul-lès-Dax, louée à un agriculteur. Vous souhaitez lui céder votre part pour 80 000€. Avant cette décision, vous deviez craindre une contestation du locataire. Désormais, vous savez que cette transaction échappe à son droit de préemption.

Concrètement, vous pouvez procéder à la vente sans avoir à notifier au locataire votre intention de vendre, ni à lui laisser un délai pour exercer son droit de priorité. Cela représente un gain de temps considérable — souvent plusieurs mois — et évite les frais d'huissier et d'avocat liés à cette notification. Pour une transaction de 80 000€, les économies peuvent atteindre 2 000 à 3 000€ en frais et délais évités.

Si vous êtes locataire, la situation est différente. Vous perdez un moyen de pression dans ce cas précis. Mais attention : cela ne signifie pas que vous n'avez plus aucun droit. Votre droit de préemption reste entier si le propriétaire vend à une personne extérieure à l'indivision. Par exemple, si les frères décidaient de vendre l'ensemble de l'exploitation à un promoteur immobilier, vous seriez prioritaire.

Pour les acquéreurs potentiels, la décision clarifie les règles du jeu. Si vous envisagez d'acheter une part dans une indivision rurale, vous savez désormais que vous ne serez pas concurrencé par le locataire si vous êtes déjà coïndivisaire. En revanche, si vous êtes extérieur à l'indivision, la prudence reste de mise : le locataire pourrait exercer son droit.

Comment réagir si vous êtes dans cette situation ? Première étape : vérifiez votre statut exact. Êtes-vous véritablement coïndivisaire ? La réponse n'est pas toujours évidente, surtout dans les successions complexes. Une consultation avec un avocat spécialisé peut éviter des erreurs coûteuses.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Documentez précisément l'indivision : Avant toute transaction, faites établir un état descriptif clair des parts de chacun. Dans les successions landaises, il n'est pas rare que les parts soient mal définies, source de conflits futurs.
  • Prévenez le locataire par courrier recommandé : Même si son droit de préemption ne s'applique pas, l'informer de la transaction évite les mauvaises surprises. Une communication transparente prévient souvent les contentieux.
  • Faites rédiger l'acte par un notaire spécialisé : Les cessions entre coïndivisaires doivent mentionner explicitement cette qualité. Un notaire du ressort de Mont-de-Marsan connaît les spécificités locales et rédigera un acte sécurisé.
  • Vérifiez les baux en cours : Certains baux ruraux anciens contiennent des clauses spécifiques qui pourraient modifier l'application du droit commun. Une relecture attentive par un professionnel est indispensable.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision s'inscrit dans une ligne jurisprudentielle cohérente. Déjà en 1995, la Cour de cassation avait estimé dans un arrêt n° 93-15.876 que « la cession de droits indivis entre coïndivisaires ne constitue pas une aliénation au sens de l'article L. 412-1 du code rural ». La décision de 2010 vient confirmer et préciser cette orientation.

undefined, c'est que cette jurisprudence s'applique spécifiquement aux biens ruraux. Pour les biens urbains, les règles sont différentes. Par exemple, pour un immeuble en copropriété en centre-ville de Dax, le droit de préemption du locataire commercial pourrait s'appliquer même entre copropriétaires, sous certaines conditions.

La tendance des tribunaux est claire : protéger les transactions familiales tout en préservant les droits essentiels des locataires. Cette recherche d'équilibre est particulièrement importante dans notre région où le patrimoine foncier est souvent transmis de génération en génération.

Pour l'avenir, on peut anticiper une application stricte de cette distinction. Les juges du tribunal judiciaire de Mont-de-Marsan suivent désormais cette ligne directrice, ce qui apporte une prévisibilité bienvenue pour les acteurs du monde rural landais.

Points clés à retenir

1. La situation type concernée : Vous êtes coïndivisaire d'un bien rural (terre, ferme, bois) et vous vendez votre part à un autre coïndivisaire.

2. Le droit du locataire : Dans ce cas précis, le locataire en place NE PEUT PAS exercer son droit de préemption rural.

3. L'exception : Si vous vendez à une personne extérieure à l'indivision, le locataire retrouve son droit de priorité.

4. La procédure sécurisée : Faites toujours constater votre qualité de coïndivisaire dans l'acte de vente et conservez les preuves de l'indivision.

5. Le territoire d'application : Cette règle s'applique sur tout le territoire français, y compris dans le ressort de Mont-de-Marsan, Dax et Saint-Paul-lès-Dax.

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Questions fréquentes

Le locataire a-t-il un droit de préemption sur une vente entre coïndivisaires ?

Non, la vente entre coïndivisaires d'une part indivise échappe au droit de préemption du locataire. La Cour de cassation l'a confirmé. Consultez un avocat pour vérifier votre situation.

Puis-je vendre ma part à un coïndivisaire sans prévenir le locataire ?

Oui, car cette cession n'est pas considérée comme une aliénation soumise au droit de préemption. Le locataire ne peut pas s'y opposer. Une consultation est recommandée pour sécuriser l'opération.

Quels sont les recours du locataire si le propriétaire vend à un coïndivisaire ?

Le locataire ne peut pas contester cette vente, sauf si elle est frauduleuse. Il peut demander des dommages-intérêts si son exploitation est compromise. Consultez un avocat pour évaluer les options.

La vente entre coïndivisaires est-elle toujours exempte de préemption ?

Oui, selon la Cour de cassation, la cession de droits indivis entre coïndivisaires n'ouvre pas de droit de préemption au locataire. Cela vaut même si le bien est rural. Une consultation est nécessaire pour les cas particuliers.

Que faire si le locataire prétend avoir un droit de préemption sur une vente entre coïndivisaires ?

Vous pouvez lui opposer la jurisprudence de la Cour de cassation. En cas de litige, le tribunal tranchera. Consultez un avocat pour défendre vos droits.

Informations juridiques

  • Numéro: 09-69.327
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 24 novembre 2010

Mots-clés

droit ruralpréemptioncoïndivisaireindivisionbail rural

Cas d'usage pratiques

1

Cession entre frères d'une parcelle agricole à Dax

Trois sœurs, Marie, Claire et Sophie, sont coïndivisaires d'une parcelle de 8 hectares à Saint-Paul-lès-Dax (Landes) louée à un agriculteur depuis 10 ans. Marie souhaite vendre sa part à Claire pour 80 000€ afin de financer un projet personnel, sans informer le locataire.

Application pratique:

Selon la décision de la Cour de cassation du 24 novembre 2010, la cession entre coïndivisaires (comme entre sœurs) ne constitue pas une aliénation au sens du droit de préemption rural. Le locataire n'a donc pas de priorité d'achat. Marie et Claire peuvent procéder à la transaction sans solliciter le locataire, mais doivent vérifier que l'acte de cession précise bien qu'il s'agit d'un transfert entre coïndivisaires et non d'une vente à un tiers.

2

Agriculteur locataire face à une vente familiale à Mont-de-Marsan

Paul, agriculteur, loue 12 hectares de vignes à Parentis-en-Born (Landes) depuis 15 ans à trois cousins coïndivisaires. L'un des cousins, Luc, annonce vouloir vendre sa part à sa sœur Émilie pour 120 000€. Paul craint de perdre son bail et souhaite exercer son droit de préemption.

Application pratique:

La jurisprudence de 2010 indique que le droit de préemption rural ne s'applique pas aux cessions entre coïndivisaires. Paul ne peut pas invoquer ce droit pour acheter la part de Luc, car la transaction reste dans le cercle familial des propriétaires initiaux. Paul doit se renseigner auprès d'un notaire pour confirmer la nature de la cession et, si nécessaire, négocier le maintien de son bail avec les nouveaux coïndivisaires (Luc et Émilie) après la transaction.

3

Notaire conseillant une famille en indivision à Biscarrosse

Un notaire à Biscarrosse (Landes) est consulté par une famille de quatre coïndivisaires possédant une ferme de 20 hectares louée à un éleveur. L'un d'eux, Thomas, veut céder sa part à sa nièce Camille pour 150 000€, mais la famille craint les recours du locataire.

Application pratique:

En application de la décision de 2010, le notaire doit expliquer que la cession entre Thomas et Camille (membre de la famille des coïndivisaires) n'est pas soumise au droit de préemption du locataire. Il doit rédiger l'acte de cession en précisant qu'il s'agit d'un transfert entre coïndivisaires, éviter toute mention de 'vente' qui pourrait prêter à confusion, et informer la famille que le locataire ne peut pas bloquer la transaction ni exiger d'être prioritaire.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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