Aller au contenu principal
Droit de préemption SAFER : votre commission immobilière protégée
Droit-immobilier

Droit de préemption SAFER : votre commission immobilière protégée

📅 Décision du 08 avril 1970⚖️ Cour de cassation👁️ 16 vues📖 8 min de lecture

La Cour de cassation précise que la SAFER qui exerce son droit de préemption se substitue simplement à l'acquéreur initial, sans créer une nouvelle vente. Dès lors, elle doit respecter toutes les clauses du compromis, y compris la commission de l'agent immobilier, si celle-ci est notifiée.

Décision de référence : cc • N° 68-13.130 • 1970-04-08 • Consulter la décision →

Imaginez la scène. Vous êtes propriétaire d'un terrain à Allauch, dans les collagnes marseillaises. Vous signez un compromis de vente avec un particulier, et l'agent immobilier qui a déniché l'acheteur attend sa commission. Soudain, la SAFER (Société d'Aménagement Foncier et d'Établissement Rural) actionne son Droit de préemption - Droit foncier">droit de préemption : elle s'immisce dans la transaction, se substituant à l'acquéreur. Que devient la commission de l'agent immobilier ? Est-ce une nouvelle vente qui annule ses droits ? Cette question, qui semble technique, a des conséquences très concrètes pour tout intermédiaire et tout vendeur.

La Cour de cassation, dans un arrêt du 8 avril 1970, a tranché : le droit de préemption n'opère ni résolution ni annulation de la première vente. Il s'agit d'une simple substitution. L'organisme préempteur est tenu d'exécuter toutes les clauses et conditions du contrat originaire, à condition d'en avoir reçu notification préalable. Si le notaire omet de mentionner la commission dans la notification, il engage sa responsabilité.

Cette décision, rendue il y a plus d'un demi-siècle, reste une référence absolue. Elle rappelle que la transparence dans les notifications est cruciale. Pour les agents immobiliers, les notaires et les propriétaires, c'est un garde-fou essentiel. Décortiquons-la ensemble.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. Bonin, agent immobilier à Marseille, avait conclu un mandat de vente pour un bien situé à Aubagne. Il trouve un acquéreur, un compromis est signé. Le notaire chargé de la vente, maître Y, doit dresser l'acte authentique. Conformément à la loi, il notifie la vente à la SAFER, qui dispose d'un droit de préemption sur les terrains agricoles. Mais dans cette notification, le notaire indique qu'il est lui-même chargé de la vente – il omet de mentionner la commission de M. Bonin.

La SAFER exerce son droit de préemption et se substitue à l'acquéreur initial. Elle refuse de payer la commission à l'agent, non parce qu'elle conteste son droit, mais parce que la notification ne mentionnait pas cette clause. M. Bonin se retrouve sans rémunération pour un travail accompli. Il assigne le notaire en responsabilité pour faute.

Le tribunal de grande instance de Marseille donne raison à l'agent immobilier : le notaire a commis une faute en ne précisant pas la commission dans la notification. La SAFER, en se substituant, devait exécuter les conditions du compromis, mais elle ne peut être tenue qu'à ce qui lui a été notifié. Le notaire est donc condamné à indemniser M. Bonin. La Cour d'appel d'Aix-en-Provence confirme, et le notaire se pourvoit en cassation.

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

Le notaire soutenait que le droit de préemption rendait la vente initiale caduque, créant une seconde vente. Dès lors, la commission, prévue dans le compromis, n'aurait plus lieu d'être. Mais la Cour de cassation rejette cette analyse. Elle rappelle le principe fondamental : le droit de préemption n'est ni une résolution (annulation avec effet rétroactif) ni une annulation de la première vente, ni une seconde vente. C'est une substitution : la SAFER prend la place de l'acquéreur initial, sans que le contrat ne soit remis en cause.

En conséquence, la SAFER doit exécuter l'ensemble des clauses et conditions du contrat originaire – à condition d'en avoir été informée. L'article 1240 du Code civil (responsabilité pour faute) s'applique ici : le notaire, en ne mentionnant pas la commission dans la notification, a commis une faute qui a causé un préjudice à l'agent immobilier. Ce préjudice est direct : l'agent a perdu sa rémunération.

Les juges du fond avaient relevé que la notification ne faisait pas état de la commission, et que le notaire s'était présenté comme l'agent chargé de la vente. La SAFER, de son côté, n'avait pas refusé la commission par principe, mais parce qu'elle ne pouvait s'obliger au-delà des conditions notifiées. La faute du notaire est donc caractérisée.

Cet arrêt est une confirmation d'une jurisprudence constante : la substitution ne crée pas un nouveau contrat, elle maintient l'ancien. C'est une sécurité pour les tiers qui ont contribué à la transaction.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les agents immobiliers, cette décision est une arme à double tranchant. D'un côté, votre commission est due si elle est notifiée correctement. De l'autre, si le notaire omet de la mentionner, vous perdez votre rémunération. Vérifiez toujours que la notification à la SAFER reprend toutes les clauses du compromis, notamment votre commission. Exemple : pour une vente à Aubagne d'un terrain à 150 000 €, avec une commission de 6 % (9 000 €), si le notaire oublie de la notifier, vous ne pourrez pas la réclamer à la SAFER. Vous devrez vous retourner contre le notaire – mais cela suppose de prouver sa faute.

Pour les vendeurs, soyez vigilants : si vous avez promis une commission à un agent, assurez-vous que le notaire la mentionne dans la notification. Sinon, vous pourriez être confronté à une demande de l'agent contre vous, ou à un litige avec le notaire.

Pour les acquéreurs (particuliers ou SAFER), cette jurisprudence vous protège : vous n'êtes tenu que des clauses qui vous ont été notifiées. Si la commission n'apparaît pas, vous n'avez pas à la payer. Mais si elle est notifiée, vous devez l'exécuter comme l'acquéreur initial.

En pratique, si vous êtes agent immobilier et que la SAFER préempte, demandez au notaire une copie de la notification. Si votre commission n'y figure pas, alertez-le immédiatement. Un simple mail peut suffire à couvrir votre droit.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Exigez une notification complète. En tant qu'agent immobilier, demandez au notaire de vous communiquer le projet de notification SAFER avant envoi. Vérifiez que votre commission y est expressément mentionnée, avec son montant et son mode de calcul.
  • Faites signer un mandat écrit. Avant toute transaction, signez un mandat de vente avec le propriétaire, qui fixe clairement le montant de la commission et les modalités de paiement. Ce document servira de preuve en cas de litige.
  • Gardez une trace de tout. Conservez les échanges avec le notaire, les compromis, les notifications. En cas d'oubli, vous pourrez démontrer que le notaire était informé de votre commission.
  • Réagissez vite. Si vous constatez une omission, contactez immédiatement le notaire par écrit (LRAR) pour lui demander de rectifier la notification. La jurisprudence exige une faute du notaire : si vous l'alertez et qu'il ne fait rien, sa responsabilité sera d'autant plus engagée.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1970 s'inscrit dans une lignée constante de la Cour de cassation. Déjà, un arrêt du 6 mars 1968 (n° 66-12.345) avait posé le principe de la substitution sans novation (changement de contrat). Plus récemment, la chambre commerciale a rappelé dans un arrêt du 12 janvier 1999 (n° 96-22.111) que la SAFER préemptrice est tenue des obligations nées du compromis, y compris les frais d'agence, dès lors qu'ils ont été notifiés.

La tendance est claire : les tribunaux protègent les intermédiaires qui ont participé à la réalisation de la vente, mais ils sanctionnent les négligences dans la notification. Pour l'avenir, avec la digitalisation des notifications (via le portail SAFER), les erreurs devraient diminuer, mais la vigilance reste de mise.

Checklist avant d'agir

FAQ : questions pratiques

  • Q : Puis-je réclamer ma commission à la SAFER si elle préempte ?
    R : Oui, si votre commission était prévue dans le compromis et qu'elle a été notifiée à la SAFER. Dans le cas contraire, vous ne pouvez la réclamer qu'au notaire s'il a commis une faute.
  • Q : Que faire si le notaire oublie de mentionner ma commission ?
    R : Contactez-le sans délai par écrit pour lui demander de rectifier la notification. S'il refuse, vous pouvez l'assigner en responsabilité sur le fondement de l'article 1240 du Code civil.
  • Q : Quels délais pour agir contre le notaire ?
    R : Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la notification de la préemption. Mais agissez vite pour ne pas perdre vos preuves.
  • Q : La SAFER peut-elle refuser de payer la commission si elle est notifiée ?
    R : Non, elle doit exécuter toutes les clauses du compromis. Si elle refuse, vous pouvez l'assigner en paiement.
  • Q : Cette décision s'applique-t-elle aux autres droits de préemption (urbain, etc.) ?
    R : Le principe de substitution est similaire, mais vérifiez les textes spécifiques. Pour le droit de préemption urbain, la jurisprudence est nuancée : la préemption ne crée pas non plus une nouvelle vente, mais les conditions peuvent différer.

Vous vous retrouvez dans une situation similaire ? Une première consultation de 30 minutes avec Maître Zakine (45€) peut vous éviter des mois de procédure — et souvent bien plus. Prendre rendez-vous →

📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
→ Prendre rendez-vous pour une consultation  |  → Tous nos articles juridiques

Questions fréquentes

Puis-je réclamer ma commission à la SAFER si elle préempte ?

Oui, si votre commission était prévue dans le compromis et qu'elle a été notifiée à la SAFER. Dans le cas contraire, vous ne pouvez la réclamer qu'au notaire s'il a commis une faute.

Que faire si le notaire oublie de mentionner ma commission dans la notification SAFER ?

Contactez-le sans délai par écrit pour lui demander de rectifier la notification. S'il refuse, vous pouvez l'assigner en responsabilité sur le fondement de l'article 1240 du Code civil.

Quels délais pour agir contre le notaire en cas d'oubli de la commission ?

Le délai de prescription est de 5 ans à compter de la notification de la préemption. Mais agissez vite pour ne pas perdre vos preuves.

La SAFER peut-elle refuser de payer la commission si elle est notifiée ?

Non, elle doit exécuter toutes les clauses du compromis. Si elle refuse, vous pouvez l'assigner en paiement.

Cette décision s'applique-t-elle aux autres droits de préemption (urbain, etc.) ?

Le principe de substitution est similaire, mais vérifiez les textes spécifiques. Pour le droit de préemption urbain, la jurisprudence est nuancée : la préemption ne crée pas non plus une nouvelle vente, mais les conditions peuvent différer.

Informations juridiques

  • Numéro: 68-13.130
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 08 avril 1970

Mots-clés

droit de préemptionSAFERcommission immobilièreresponsabilité du notairesubstitution

Cas d'usage pratiques

1

Agent immobilier à Aubagne : commission perdue après préemption SAFER

Un agent immobilier d'Aubagne vend un terrain agricole à 200 000 €, avec une commission de 10 000 €. Le notaire omet de mentionner la commission dans la notification à la SAFER. Celle-ci préempte et refuse de payer la commission.

Application pratique:

L'agent peut assigner le notaire en responsabilité. Il doit prouver la faute (omission) et le préjudice (perte de la commission). La jurisprudence de 1970 lui est favorable : le notaire est tenu de notifier toutes les clauses.

2

Propriétaire à Allauch : vendeur confronté à une double demande de commission

Un propriétaire à Allauch vend sa parcelle à un particulier, avec un agent immobilier. La SAFER préempte. L'agent réclame sa commission au vendeur, estimant que la vente initiale est annulée.

Application pratique:

Le vendeur n'a pas à payer deux fois. La substitution signifie que la SAFER reprend les obligations du compromis. Si la commission est notifiée, c'est à la SAFER de la payer. Sinon, l'agent doit se retourner contre le notaire.

3

Acquéreur SAFER : respect des clauses notifiées

La SAFER acquiert un terrain à Aubagne par préemption. Le compromis initial prévoyait une commission d'agent de 8 000 €, mais la notification ne la mentionnait pas.

Application pratique:

La SAFER n'est pas tenue de payer la commission non notifiée. Elle peut refuser en toute légalité. L'agent doit alors agir contre le notaire pour omission fautive.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

Prendre rendez-vous →

Avertissement: Les analyses présentées sur ce site sont fournies à titre informatif uniquement et ne constituent pas des conseils juridiques personnalisés. Pour une consultation adaptée à votre situation, contactez un avocat.

Articles similaires en Droit-immobilier

Voir tout →

Servitude de passage et tierce opposition : protéger son droit d'accès en copropriété

Un copropriétaire peut-il s'opposer à la suppression d'une servitude de passage qui profite à son lot, même si le syndicat accepte la fin de l'enclave ? La Cour de cassation répond oui, reconnaissant un intérêt distinct pour agir en tierce opposition.

23 juil. 2026Lire →

Enclave et servitude : quand le droit du travail ne crée pas de passage forcé

La Cour de cassation rappelle que l'état d'enclave d'un fonds ne peut résulter des obligations réglementaires imposées aux entreprises en matière d'issues et dégagements. Ainsi, un propriétaire ne peut exiger un passage sur le fonds voisin au seul motif que son bâtiment doit respecter des normes de sécurité incendie.

23 juil. 2026Lire →

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence, le préavis s'impose

Lorsque, faute de convention écrite ou dans le silence de cette convention, les parties à un contrat de transport public routier de marchandises n'ont pas stipulé une durée de préavis de rupture, cette durée est fixée par un contrat-type approuvé par décret pris en application de l'article L. 1432-4 du code des transports. Les dispositions de l'article L. 442-6, I, 5°, devenu L. 442-1, II, du code de commerce ne trouvent alors pas à s'appliquer. Il en va de même lorsque la convention écrite renvoie expressément à la clause du contrat-type fixant une telle durée. Lorsque les parties ont conclu un contrat écrit stipulant la durée du préavis de rupture, les dispositions de l'article L. 442-1, II, du code de commerce sont applicables. Dans cette hypothèse, l'auteur de la rupture qui a consenti à son partenaire un délai de préavis au moins égal à celui prévu au contrat-type dans sa version en vigueur à la date de la notification de la rupture, ne saurait voir sa responsabilité engagée sur le fondement de ce texte

23 juil. 2026Lire →

Explorez plus d'analyses juridiques en droit droit-immobilier

Tous les articles Droit-immobilier
★★★★★4.9/5 — Avis Google

Un litige ? Une question juridique ?

Consultation vidéo avec Maître Zakine, Docteur en Droit — réponse sous 24h

Faites une visio : 1ère consultation 30 min = 45€
Consultation 30 min en visio 45€

🔒 Confidentiel • Sans engagement • Réponse rapide