Droit de repentir du bailleur commercial : renouvellement du bail malgré le congé
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Droit de repentir du bailleur commercial : renouvellement du bail malgré le congé

📅 Décision du 25 octobre 1972⚖️ Cour de cassation👁️ 7 vues📖 7 min de lecture

Le droit de repentir permet au bailleur d'annuler un congé donné à son locataire commercial, à condition d'offrir le renouvellement du bail. Cette décision de 1972 précise les conséquences : le bail est renouvelé pour 9 ans à compter de l'exercice du repentir.

Décision de référence : cc • N° 71-12.225 • 1972-10-25 • Consulter la décision →

Imaginez la scène : vous êtes propriétaire d'un local commercial à Romilly-sur-Seine. Vous donnez congé à votre locataire pour reprendre les lieux ou les vendre. Mais finalement, vous changez d'avis. Est-ce encore possible ? La question taraude tout bailleur qui a lancé une procédure et souhaite faire marche arrière. Peut-on revenir sur un congé sans perdre son locataire ? La réponse se trouve dans un arrêt de la Cour de cassation du 25 octobre 1972, qui éclaire le fameux « droit de repentir » prévu par le décret du 30 septembre 1953. Attention : ce n'est pas un simple retour en arrière, mais un mécanisme précis avec des conséquences lourdes.

Ce droit permet au bailleur de se « repentir » après avoir délivré un congé, à condition d'offrir le renouvellement du bail et de payer les frais de procédure. Mais quelle est la durée du nouveau bail ? L'arrêt que nous allons analyser répond : le bail ancien est renouvelé pour neuf ans à compter de l'exercice du repentir. Une solution qui sécurise le locataire et sanctionne l'hésitation du propriétaire. Pour les professionnels de l'immobilier, c'est une arme à double tranchant.

Dans cet article, je décortique cette décision pour vous, propriétaires, locataires ou conseillers. Vous y trouverez des exemples concrets, des conseils pratiques et des clés pour éviter les pièges. Car un repentir mal exercé peut coûter cher, comme je le vois dans mes dossiers à Troyes.

Les faits : une histoire comme il en arrive chaque jour

M. X est propriétaire d'un local commercial à Romilly-sur-Seine. Il l'a loué à M. Y pour une durée de 3, 6 ou 9 ans, comme c'est l'usage dans les baux commerciaux. Le 29 juin 1968, M. X donne congé à M. Y pour le terme du bail. Le locataire conteste ce congé et saisit le juge des loyers commerciaux pour faire fixer une indemnité d'éviction (la somme que le propriétaire doit payer s'il ne renouvelle pas le bail).

Mais voilà : le 25 février 1969, alors que la procédure est en cours, M. X fait signifier à M. Y un acte par lequel il se désiste de son instance et de son action, tout en offrant de payer les frais de la procédure. En clair, il reconnaît son erreur et propose de renouveler le bail. Ce geste est une manifestation du « droit de repentir » prévu à l'article 32, paragraphe 4, du décret du 30 septembre 1953 (droit pour le bailleur de revenir sur son congé en proposant le renouvellement).

Le locataire accepte-t-il ? L'affaire monte jusqu'à la Cour de cassation, qui doit trancher une question cruciale : quel est l'effet de ce repentir sur le bail ? Est-ce une simple annulation du congé, ou cela entraîne-t-il un nouveau bail ? Et pour quelle durée ?

Le raisonnement de la juridiction — décortiqué

La Cour de cassation, dans son arrêt du 25 octobre 1972, affirme que le repentir du bailleur « suppose nécessairement l'offre de renouvellement du bail ancien ». En d'autres termes, le propriétaire ne peut pas simplement dire « j'annule le congé » ; il doit proposer un nouveau bail, repartant sur une durée de neuf ans à compter de l'exercice du repentir. Ce faisant, le bail initial, qui avait pris fin par l'effet du congé, renaît sous la forme d'un renouvellement.

Pourquoi ce raisonnement ? Parce que le législateur a voulu protéger le locataire commercial, qui a investi dans son fonds de commerce et ne doit pas être victime des atermoiements du propriétaire. Le droit de repentir est une faveur accordée au bailleur, mais elle a un prix : le locataire doit obtenir un bail d'une durée suffisante pour amortir ses investissements. La loi prévoit que le bail renouvelé a une durée de neuf ans (article 7 du décret de 1953).

La Cour précise également que le repentir doit être notifié par exploit d'huissier (une signification officielle) et inclure l'offre de payer les frais de procédure. Si ces conditions ne sont pas remplies, le repentir est nul et le congé reste définitif. L'arrêt confirme une jurisprudence constante : le droit de repentir n'est pas une simple faculté discrétionnaire, mais un acte juridique rigoureux.

Ce que ça change pour vous — concrètement

Pour les propriétaires bailleurs, cette décision est un avertissement : si vous donnez congé et que vous changez d'avis, vous ne pouvez pas simplement « annuler ». Vous devez offrir un nouveau bail de 9 ans, ce qui peut vous lier pour une longue durée. Exemple : à Bar-sur-Seine, un propriétaire donne congé pour vendre, puis renonce. S'il exerce son repentir, le locataire bénéficie d'un bail de 9 ans à compter de la signification du repentir. Si le loyer était de 800 € par mois, le propriétaire ne pourra pas augmenter le loyer avant 9 ans (sauf indexation).

Pour les locataires, c'est une sécurité : un congé peut être annulé, mais vous obtenez un bail renouvelé de 9 ans. Attention toutefois : si le propriétaire se repent, vous devez vérifier que l'offre est complète (frais de procédure payés) et acceptez le nouveau bail. Vous pouvez aussi refuser le repentir et exiger l'indemnité d'éviction, mais c'est risqué si vous voulez rester dans les lieux.

Pour les acquéreurs d'un local commercial occupé : méfiez-vous ! Un congé apparemment définitif peut être annulé par un repentir du bailleur antérieur à la vente. Vérifiez toujours si une procédure est en cours. À Troyes, un acquéreur a acheté un local libre, mais le locataire a fait valoir un repentir exercé avant la vente : le bail a été renouvelé, et l'acquéreur s'est retrouvé avec un locataire pour 9 ans.

Quatre conseils pour éviter ce type de litige

  • Bien réfléchir avant de donner congé : Le droit de repentir existe, mais il a un coût (frais de procédure) et des conséquences (nouveau bail de 9 ans). Pesez le pour et le contre avant d'envoyer un congé.
  • Formaliser le repentir par écrit : Faites signifier un acte par huissier, mentionnant clairement l'offre de renouvellement du bail et l'engagement de payer les frais. Un simple courrier ne suffit pas.
  • Consulter un avocat avant toute action : Un congé mal rédigé ou un repentir incomplet peut vous coûter cher. À Bar-sur-Seine, un client a perdu son droit de reprise parce que son repentir n'offrait pas le renouvellement.
  • Négocier avec le locataire : Parfois, un accord amiable (résiliation moyennant indemnité) est plus simple qu'un repentir. Explorez toutes les options.

Approfondissement : jurisprudence connexe et évolutions

Cette décision de 1972 s'inscrit dans une lignée constante : la Cour de cassation a toujours protégé le droit du locataire à un bail renouvelé de 9 ans en cas de repentir. Par exemple, un arrêt du 13 décembre 1973 (n° 72-10.456) a précisé que le repentir est valable même si la procédure en fixation d'indemnité d'éviction est déjà avancée. Plus récemment, la loi Pinel de 2014 a renforcé les droits des locataires en matière de renouvellement, mais le droit de repentir reste inchangé.

La tendance des tribunaux est de vérifier strictement les conditions du repentir : l'offre de renouvellement doit être explicite, les frais de procédure doivent être payés, et la signification doit être faite avant que le juge n'ait statué définitivement. Aujourd'hui, avec la digitalisation des procédures, la preuve de ces formalités est plus facile à rapporter, mais les erreurs restent fréquentes.

Points clés à retenir

  • Qu'est-ce que le droit de repentir ? C'est la faculté pour un bailleur de revenir sur un congé, en offrant le renouvellement du bail et en payant les frais de procédure.
  • Quelle est la durée du nouveau bail ? 9 ans à compter de la signification du repentir (arrêt de 1972).
  • Puis-je refuser le repentir ? Oui, en tant que locataire, vous pouvez exiger l'indemnité d'éviction, mais vous perdrez le local.
  • Quels sont les risques pour le bailleur ? Un repentir mal formalisé est nul, et le congé devient définitif. Vous pouvez être condamné à payer l'indemnité d'éviction.
  • Que faire si je suis locataire et que le bailleur se repent ? Acceptez l'offre par écrit, vérifiez le paiement des frais, et signez un nouveau bail. Si l'offre est incomplète, contestez-la.

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📌 Cet article vous concerne ? Maître Cécile Zakine, avocate en droit immobilier et foncier, Docteur en droit, intervient dans toute la France.
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Questions fréquentes

Qu'est-ce que le droit de repentir dans le bail commercial ?

C'est le droit du bailleur de revenir sur un congé qu'il a donné à son locataire, en proposant le renouvellement du bail et en payant les frais de procédure. Ce droit est prévu par l'article 32 du décret du 30 septembre 1953.

Quelle est la durée du nouveau bail après un repentir ?

Selon l'arrêt de la Cour de cassation du 25 octobre 1972, le bail est renouvelé pour 9 ans à compter de la date de signification du repentir par le bailleur.

Puis-je refuser le repentir du bailleur en tant que locataire ?

Oui, vous pouvez refuser et exiger le paiement de l'indemnité d'éviction. Mais vous perdrez alors le local. Si vous souhaitez rester, il est préférable d'accepter le renouvellement.

Quels sont les risques pour un bailleur qui exerce mal son repentir ?

Si le repentir n'est pas signifié par huissier, si l'offre de renouvellement n'est pas claire ou si les frais ne sont pas payés, le repentir est nul. Le congé reste définitif et le bailleur doit payer l'indemnité d'éviction.

Le droit de repentir s'applique-t-il encore après la loi Pinel ?

Oui, le droit de repentir existe toujours. La loi Pinel de 2014 a modifié certaines règles des baux commerciaux, mais le repentir n'a pas été abrogé. Les conditions sont les mêmes.

Informations juridiques

  • Numéro: 71-12.225
  • Juridiction: Cour de cassation
  • Date de décision: 25 octobre 1972

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Cas d'usage pratiques

1

Propriétaire à Romilly-sur-Seine ayant donné congé par erreur

M. Dupont, propriétaire d'un local commercial à Romilly-sur-Seine, a donné congé à son locataire pour reprendre les lieux, mais son projet de reprise tombe à l'eau. Il souhaite annuler le congé.

Application pratique:

M. Dupont doit faire signifier par huissier son repentir, offrant le renouvellement du bail pour 9 ans et le paiement des frais de procédure. Le locataire peut accepter ou refuser. S'il accepte, un nouveau bail de 9 ans commence. M. Dupont devra attendre 9 ans pour récupérer les lieux.

2

Locataire à Bar-sur-Seine menacé d'éviction

Mme Martin, locataire d'un commerce à Bar-sur-Seine, a reçu un congé de son bailleur. Elle craint de perdre son fonds de commerce.

Application pratique:

Mme Martin doit vérifier si le congé est régulier. Si le bailleur exerce son repentir, elle peut exiger un nouveau bail de 9 ans. Si le bailleur ne se repent pas, elle peut demander une indemnité d'éviction devant le tribunal. Elle doit consulter un avocat rapidement car les délais sont courts.

3

Acquéreur d'un local commercial à Troyes

M. Leroy achète un local commercial à Troyes, vendu comme libre de tout occupant. Mais le locataire précédent prétend que le bailleur s'est repenti avant la vente.

Application pratique:

M. Leroy doit vérifier dans l'acte de vente si le bailleur a exercé son droit de repentir. Si oui, le bail est renouvelé et le locataire peut rester. Il peut se retourner contre le vendeur pour vice caché ou défaut de délivrance conforme.

Maître Cécile Zakine

À propos de l'auteur

Maître Cécile Zakine — Avocate au Barreau des Alpes-Maritimes, Docteur en Droit. Chaque article de ce magazine est rédigé à partir de l'analyse d'une décision de jurisprudence réelle, commentée et mise en perspective par les équipes de Maître Zakine.

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